‹ Théologie pastorale (volume 2)Chapitre 62 sur 172 · A SES JEUNES AMIS · texte numérisé non relu

A SES JEUNES AMIS

89. « Ce que m'ont appris Tesprit de rÉvangile, l'histoire des voies de la Providence, mes propres expériences, la pratique du ministère des âmes, les communications des hommes de Dieu, d'amères souffrances, je le dépose dans votre cœur. Acceptez-le: c'est toute la prière de Tun de vos compagnons de voyage dans le pèlerinage de la vie. »

1° Commencez, ici comme partout, et surtout ici où il s'agit de ramener l'humanité à Dieu, par le vrai commencement, par la transformation de votre propre cœur. Quand vous aurez commencé par vous débarrasser du péché et par vous unir à Dieu, d'autres pourront, par votre intermédiaire, arriver au même résultat ; mais soyez d'abord vous-même ce que vous voulez que les autres deviennent par vous. Si Jésus-Christ vit en vous, vous le ferez vivre dans les autres.

20 Commencez, même pou¥ les autres, parle commencement, c'est-à-dire conduisez-les d'abord dans leur conscience et dans leur cœur, afin qu'ils apprennent à sentir, à connaître, à voir, dans son principe et ses conséquences, la misère de toutes les misères, leur séparation d'avec Dieu. Quand ils seront pénétrés du sentiment de leur misère, tout ce que vous leur direz du Sauveur sera pour eux une joie nouvelle. Ils étendront les deux bras vers celui qui pourra les délivrer de l'esclavage du péché.

3^ Restez attaché à l'ordre éternel de tout salut. Conformément à cet ordre, la parole de Dieu engendre dans l'esprit de l'apôtre qui l'annonce, la foi; la foi enfante la charité, et la charité produit les bonnes œuvres. Tel est l'arbre généalogique de la justice. La sagesse éternelle plante d'abord le bon arbre, et alors les fruits viennent d'eux-mêmes; ainsi ne fait pas la folie humaine : comme elle commence par les fruits, elle n'arrive jamais à avoir ni un bon arbre, ni de bons fruits.

4** Surtout ne vous refusez pas à ceux en qui Tesprit de Dieu a déjà préparé les voies, qui sentent déjà leur misère spirituelle, qui regrettent réellement leurs péchés, qui ont faim et soif de la justice; car ce n'est pas sans raison que le Christ les proclame heureux : ils sont sur le point de l'être. Ils le seront dès qu'ils auront contemplé leur Sauveur avec rœil de la foi ; et alors on pourra dire d'eux : « Ceux-ci étaient pauvres d'esprit, et maintenant ils sont riches d'esprit; ils étaient tristes, maintenant ils sont consolés ; ils avaient faim, maintenant ils sont rassasiés ; ils étaient pécheurs, maintenant ils sont justes. »

5° N'imposez point à des cœurs abattus des fardeaux que vousmêmes ne pourriez porter, et que Jésus-Christ ne leur imposerait pas. Conduisez-les à Jésus-Christ, afin qu'ils apprennent à croire, à espérer et à aimer. Dès qu'ils pourront cela, ils pourront tout; dès qu'il sentiront cela, ils ne sentiront presque pas le fardeau : l'amour et la reconnaissance font plus que ne peut exiger le précepte le plus rigoureux.

6" « Jésus- Christ livré à la mort pour nos péchés, ressuscité pour notre justification, et régnant à la droite de Dieu le Père,» voilà quel doit être au confessionnal votre texte de prédilection.

Apprenez aux pénitents à croire humblement en Jésus-Christ, à accepter avec reconnaissance ce qu'il donne, et à obéir avec joie à tout ce qu'il commande.

7° Ne vous reposez pas sur vous-même de quoi que ce soit, mais confiez-vous à Dieu en toutes choses ; faites ce que vous pouvez, et là où vous ne pouvez rien, adorez; semez où vous pouvez, mais seulement la semence de Dieu, et semez chaque fois autant que le terrain le comporte ; arrosez, mais n'attendez l'accroissement que de celui qui peut le donner; ne ménagez point la parole du Seigneur, et la prière encore moins ; car l'une et l'autre sont le bras de l'apôtre : récolter dans la prière, et semer dans la parole.

Bref : soyez humain envers les pécheurs vos frères ; humble envers ceux qui, comme vous, ont participé au bienfait de la Rédemption ; respectueux envers les cohéritiers de la même

sainteté, charitables envers les enfants du même Dieu, notre Père à tous.

Celui qui a trouvé lui-même grâce devant Dieu, reconnaîtra dans les péchés des autres sa propre faiblesse, et dans les miséricordes de Dieu envers les pécheurs, les miséricordes de Dieu envers lui-même. Celui qui a appris à jeter sur sa faiblesse un regard d'humilité, et sur les miséricordes de Dieu un regard de reconnaissance, trouvera dans ses propres souffrances un motif de compassion, et dans la douceur du Seigneur envers lui, un esprit de douceur envers ses frères. Et celui qui portera au confessionnal un cœur doux et compatissant, saura, tout en étant obligé de lier, témoigner de la douceur; et quand il devra délier il éprouvera la joie ineffable du pasteur qui rapporte au bercail, au milieu des quatre-vingt-dix-neuf autres, la centième brebis qui était perdue. Venez donc dans nos cœurs, esprit de Notre- Seigneur, esprit de miséricorde et de douceur, afin que nous remplissions dignement votre place auprès de ceux que vous avez rachetés par votre sang ; car sans cet esprit vivificateur, toute règle deFécole est morte, ou bien elle tue lors même qu'elle a la vie.

Lit fer a occidit, spiritus vixnficat.

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