CHAPITRE PREMIER
Conduite du paateur des âmes auprès du lit des malades, considérée au «eul point de vue de son ministère.
§ I. — Principe fondamental du ministère des âmes.
• Le soin des malades, considéré comme œuvre de l'amour du prochain, rentrant dans la vocation de chaque individu, et ce soin, entendu dans le sens du christianisme qui, non content de
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soulager les nécessités corporelles^ cherche à calmer et à faire disparaître les infirmités de l'âme, étant nn devoir pour tout chrétien, nous sommes forcés d'envisager le soin des malades tel qu'il résulte de la mission du prêtre, à un point de vue supérieur, comme étant la culture de Tâme et du cœur.
Cette culture de Tâme et du cœur est exposée clairement et avec assez de détails dans la petite Bible que j'ai publiée à Fusage des malades et des mourants, et qui sera pour les candidats auministèredesâmesun vade mecum dans les visites qu'ils feront aux infirmes. Je me contenterai ici de mettre dans un nouveau jour le principe fondamental de la haute cure des âmes.
\ . Quand le pasteur apparaît au lit d'un malade ou d'un mourant, la raison n'attend pas autre chose de lui, sinon qu'il intervienne comme chrétien et comme directeur des âmes chrétiennes.
2. Pour y intervenir comme chrétien, il doit avoir saisi la vie éternelle en Jésus-Christ, et être à même de l'exposer, cette vie éternelle, selon l'esprit de Jésus-Christ; car le christianisme vivant n'est autre chose que la vie éternelle saisie en Jésus- Christ et exposée dans l'esprit de Jésus-Christ. « La vie éternelle, dit le Sauveur, consiste à vous connaître, vous le seul vrai Dieu, et celui que vous avez envoyé. »
3. Pour apparaître comme ministre des âmes chrétiennes auprès du lit de ses frères, le pasteur ne devra pas se contenter d'annoncer la vie éternelle dans sa forme théorique; outre qu'il devra déjà la posséder en lui-même et l'avoir exposée dans sa conduite, il devra encore la faire naître et la fortifier dans le malade ou dans le mourant; la fortifier^ si le malade l'a déjà en lui-même ; l'y faire naître, s'il ne Ta pas encore. C'est en cela que consiste l'unique et grand œuvre du ministère des âmes. Ou les membres de la communauté sont déjà entrés par la pénitence et la foi, par la foi et la charité, par la charité et la confiance, dans l'intimité de Jésus- Christ, et sont déjà arrivés à la possession de la vie spirituelle, éternelle ; ou c'est le contraire. Dans le premier cas, ils n'ont plus besoin que d'y
être conservés, fortifiés, affermis par Tinfluence du ministère des âmes: dans le second, toute la direction du pasteur doit avoir pour objet d'éveiller en eux ce besoin de la vie éternelle, et de le contenter une fois qu'il existera.
4. La direction des âmes, entendue dans ce sens élevé, c'està-dire cette formation de Tâme et du cœur, qui constitue la mission du pasteur, consiste donc simplement: « à faire naître et à fortifier, par l'influence du ministère des âmes, la vie éternelle dans les malades et les mourants. »
5. Aussi, tout ce que le pasteur prononce, fait, dispense auprès du lit des malades ne doit avoir d'autre sens et d'autre but que de faire naître et de fortifier la vie éternelle dans le malade et le mourant.
6. Le principe fondamental de la conduite des âmes, au lit des malades et des mourants, est donc celui-ci :
I. Les visites que le directeur spirituel fait aux malades doivent être spirituelles.
II. Pour que ces visites soient spirituelles, il faut que le directeur spirituel soit lui-même spirituel, qu'il possède et montre en lui-même la vie éternelle, afin de pouvoir la faire naître et la fortifier dans le malade.
III. Pour que l'ecclésiastique puisse communiquer au malade la vie éternelle, l'éveiller et la fortifier en lui, il faut que Jésus- Christ vive dans le prêtre et y soit en quelque sorte visible ; comment, en efiet, pourrait-il le faire, si la parole de Jésus- Christ, la force de Jésus-Christ, l'esprit de Jésus-Christ ne parlaient pas en lui, n'agissaient pas par lui?
IV. Pour que l'esprit de Jésus-Christ vive dans l'ecclésiastique et se manifeste en lui dans ses visites aux malades, il faut non-seulement que son âme soit détournée du péché et tournée vers Dieu ; il faut que chaque visite qu'il fait aux malades resserre les liens qui l'unissent à Dieu, et qu'il n'apparaisse jamais devant le malade qu'après avoir ainsi renouvelé son âme. Cette transformation du sens intérieur fonde en nous la vie éternelle, et ce renouvellement la conserve ; transformation
et renouvellement qui sont les deux conditions fondamentales de la haute direction des âmes.
V. Comme ce renouvellement de l'esprit avant la visite des malades et cette réunion de Tâme avec Dieu sont une même chose, le pasteur n'ira jamais trouver son frère sans avoir fait la prière de Tesprit et du cœur ; car c'est cette prière qui recueille râme^ rélève et Tunit à Dieu; c'est elle qui, après l'avoir ainsi renouvelée^, communique à l'homme intérieur une force^ un essor, une vie nouvelle.
VI. Si le pasteur est obligé de faire naître et de fortifier la vie éternelle dans le malade, et par conséquent de maintenir son union avec Jésus-Christ, il est clair qu'il ne saurait par lui-même opérer ce grand ouvrage; car la vie éternelle, ce n'est pas l'homme, mais Dieu; l'homme n'est que le vase qui reçoit la vie éternelle qui lui arrive de sa source : il ne peut que communiquer ce qu'il a reçu. Ce n'est donc pas le pasteur comme homme, qui peut réunir le malade à Dieu ; mais c'est Dieu en Jésus-Christ qui, par l'organe du prêtre, produit et fortifie la vie éternelle dans le malade.
Si donc la confiance en Dieu, source de la vie éternelle, doit accompagner le pasteur auprès du malade, l'humilité ne saurait non plus lui faire défaut; car les malades appartenant non au pasteur, mais à Dieu, ce n'est pas la parole du pasteur qui vivifie le malade; mais c'est la parole de Dieu, qui passe par sa bouche pour arriver au cœur du malade.
7. L'essence et les conditions fondamentales de la haute direction des âmes consistent donc : à produire et à fortifier la vie éternelle dans les malades, à les soigner dans le véritable sens du ministère des âmes. Celui qui veut produire et développer la vie éternelle dans les autres, doit l'avoir en lui-même, pouvoir la montrer en lui-même et la communiquer aux autres. Il faut donc qu'il l'ait puisée à sa source , et pour cela, il faut qu'il soit en union avec elle. Or, ce qui l'unit à la source, et le maintient dans cette union, c'est la jg^ière, la confiance, l'humilité.
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§ II. — Autres conditions delà conduite des âmes.
8. Celui qui veut produire et développer la vie éternelle dans les malades, doit avoir triomphé en lui-même de la crainte de perdre ce qui participe des choses de la terre, de Thorreur naturelle et du dégoût qu'occasionne la chambre d'un malade. Sans cela, ou il ne visitera pas son malade, ou il rendra sa visite impuissante par la crainte de la mort et le dégoût qui se manifesteront en lui.
9. Mais comment le jeune pasteur arrivera-t-il à maîtriser son imagination qui ne voit partout que danger do mort, et à vaincre cette crainte et cette horreur naturelles que lui fait éprouver la chambre d'un malade? La charité, la méditation, Texercice, la familiarité avec la mort, la compagnie, l'expérience : voilà ce qui fait les héros.