‹ Théologie pastorale (volume 2)Chapitre 65 sur 172 · LA MÉDITATION · texte numérisé non relu

LA MÉDITATION

L'âme vraiment religieuse a la force de combattre, par la réflexion et l'habitude de se vaincre elle-même, la puissance de l'imagination, qui exagère si facilement les inconvénients d'un objet, et elle a la force de la vaincre après l'avoir combattue.

Celui qui , dès qu'il est question d'un mourant, ne s'occupe que de la puanteur d'un cadavre en putréfaction, de la figure pâle et décharnée du malade , du danger d'être infecté de sa maladie, celui-là ne maîtrisera jamais son imagination. Bien différentes seront les dispositions de celui qui se dira sérieusement et fréquemment à lui-même : Vous aussi vous serez obligé un jour, et bientôt peut-être, de franchir ce passage. Or, que

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diriez-YOïis si^ étendu sur votre lit^ nul médecin, nul gardemalade, nul prêtre ne venait vous rendre visite, crainte de gagner votre maladie? Eh bien, ce que vous ne voulez pas qu'on vous fasse à vous-même, et ce que l'on vous ferait certainement, si Ton était aussi faible et aussi timide que vous, ne le faites pas aux autres. — Des enfants peuvent craindre de visiter des malades, mais des hommes qui doivent avoir appris à voir la mort en face sans en être troublés, jamais ! — Dieu, qui est la source de la vie, en est aussi le maître. Puisque c'est lui qui Fa donnée, il peut la redemander quand il lui plaît. L'air empoisonné peut attaquer le peureux même quand il n'est pas près du lit d'un malade, de même qu'il peut, si c'est la volonté de Dieu, laisser intact le pasteur zélé qui s'acquitte de son devoir. Obéissez à votre maître, et ne craignez point la nature; elle ne peut rien contre celui sans lequel elle n'est rien. Vous et elle devez obéir à la volonté de Dieu ; ce qu'elle fait sans le savoir, vous devez le faire sciemment : vous, accomplir la volonté de Dieu, quand l'esprit de Dieu vous pousse, et elle, se soumettre à la puissance de Dieu. — La crainte empoisonne plus que la maladie. — Celui qui remplit fidèlement son devoir est honoré de Dieu et des hommes; mais celui qui laisse mourir sans secours un frère malade, afin d'échapper lui-même au danger de la mort, n'est pas digne de s'appeler disciple de Jésus-Christ, et encore moins son ministre; car il aime plus sa vie que Jésus-Christ et que le troupeau qu'il lui a confié. — En général, le danger de mort est rarement aussi grand que le fait la crainte de la mort. — Rien n'est plus beau que de mourir en travaillant au salut des hommes, pour lesquels Jésus-Christ est mort le premier. — Celui qui meurt au service de l'amour, celui-là n'est point mort aux yeux de Dieu, qui est Amour : il n'a fait que déposer son enveloppe, pour ne plus faire qu'un avec la Charité même. En méditant soir et matin sur ces considérations et autres semblables, on aura la force de rendre aux malades tous les soins que prescrit l'amour du prochain*

l'exercice.

Le pasteur exercé, tout en ne craignant pas la mort^ ne néglige ni les bons conseils, ni les précautions, ni les préservatifs nécessaires pour se mettre en garde contre la contagion. Il veille, autant qu'il le peut, à ce que Tair de la chambre du malade soit renouvelé, surtout avant sa visite ; du vinaigre répandu sur du fer ou sur une pierre chaude, rend en ce cas de bons services. Dans la chambre du malade, il se tient de manière à ne pas recevoir directement dans la bouche ou dans les narines, Tair vicié qu'exhale le malade. Il ne reste pas dans la chambre plus longtemps que son devoir ne le lui prescrit mais ; il va prendre un air plus pur soit au dehors, soit dans des chambres aérées et placées vers l'orient. Aussi longtemps qu'il est dans la chambre du malade , il ne doit pas avaler sa salive, et dès qu'il est arrivé chez lui il doit changer de linge, se laver le visage, la bouche et les mains avec du vinaigre et de l'eau fraîche. En courant auprès des malades, il doit se mettre en garde contre tout échauffement ; car alors son corps serait plus susceptible de recevoir les émanations malsaines. Heggelin et d'autres hommes de prudence, quand ils visitaient des malades, emportaient toujours avec eux du « vinaigre des quatre voleurs, » ou de la t graine de genièvre , » pour se préserver des mauvaises influences. Comme les visites du matin peuvent être plus nuisibles au pasteur quand il les fait avant d'avoir déjeuné, il aura soin, aux époques de contagion, de ne point dédaigner cette précaution. Au reste, qu'une âme exempte d'angoisses et de soucis, confiante en Dieu, et libre des imaginations exagérées, soit le meilleur préservatif, nous n'avons pas besoin de le répéter.

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