‹ Théologie pastorale (volume 2)Chapitre 68 sur 172 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De la conduite du pasteur dans les circonstances particulières où se trouve le malade.

§ I. — Dans les maladies moins graves, ou du moins qui n'offrent encore aucun véritable danger de mort.

9Î 117. Quand le malade est dégoûté et triste, et qu'il paraît n'avoir point encore de goût pour les méditations spirituelles, le pasteur devra attendre un instant, et ne point apparaître de suite, l'Évangile en main. Il pourra commencer par parler de la multiplicité des souffrances qu'endurent en ce moment tant de malheureux , et exprimer sur toutes ces douleurs une parole de compassion. Il tâchera d'amener ensuite le malade à raconter lui-même la cause prochaine de sa situation. En un mot , il se fera comme un pont au moyen duquel il puisse pénétrer dans le cœur du malade, s'il ne le peut autrement.

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Quoi qu'il en soit, il est sûr que plus le prêtre est avancé dans la spiritualité, plus il s'ouvre facilement un passage pour arriver au cœur du malade; et celui qui possède la plénitude de la foi apostolique trouve partout de la toile et des couleurs pour dépeindre son Christ aux regards étonnés du malade.

18. Quand la maladie est une conséquence avouée, ou du moins probable, d'une vie dissolue, le prêtre trouvera là un motif pour détruire les causes de la maladie et prononcer son nolipeccare. Il fera sentir au malade : a, combien la justice éternelle agit sagement en attachant des douleurs sensibles aux jouissances du péché; que c'est là un moyen que Dieu emploie pour nous ramener à lui, et pour nous préserver de retomber dans ce péché ; 6, avec quelle évidence la miséricorde se manifeste dans la justice, puisque, par la maladie qu'elle nous envoie, elle fait tourner à notre avantage notre péché et les conséquences de ce péché. Nuper animi languor me monuit optimos nos esse, dum infirmi sumus. Infirmus meminit se hominem esse (Senega).

c. L'homme, continuera le prêtre, ne saurait donc rien faire de plus raisonnable que de considérer sa maladie comme un châtiment paternel infligé à ses désordres, de méditer sur ce qu'ils ont d'odieux, de les regretter de tout son cœur, d'implorer la grâce et le pardon du Père des miséricordes, de mettre entièrement son cœur entre les mains du Sauveur mort pour nous sur la croix, de supporter en patience les souffrances de cette maladie, et d'abandonner en toute confiance sa destinée future au maître de la vie. d, Dès qu'il se sera soumis sans réserve à la direction de Jésus- Christ, toute inquiétude devra disparaître. Le Seigneur aime celui qui donne de bon cœur; et quand il exige la foi et la pénitence, la foi et la charité, la foi et la patience , il ne manque pas de répandre son Saint-Esprit dans notre cœur, et avec lui toutes les grâces qui adoucissent les choses les plus amères et allègent les fardeaux les plus pénibles.

\ 9. Si la maladie n'est pas une suite probable d'un péché probable, et si le malade est tourmenté par cette idée que sa maladie est une punition de Dieu et une preuve manifeste qu'il

est dans sa disgrâce, le pasteur s'efforcera de lui enlever ce préjugé , en lui montrant, à Fexemple de saint Jean , que Dieu est l'amour même :

« Les hommes même les plus vertueux ne laissent pas d'être visités par des souffrances ; devenir malade n'est point une marque qu^on est dans la disgrâce de Dieu. Il permet que nous souffrions, afin de nous rendre meilleurs. Il ne veut pas plus de mal aux malades qu'aux bien portants. Un malade qui élève en toute humilité ses regards vers Dieu, vaut mieux qu'un homme bien portant qui se perd dans le bien-être et la vanité , et qui ne pense ni à soi-même ni à Dieu. »

20. Toutefois, continuera le pasteur, si la maladie n'est point un châtiment particulier du ciel, et si le malade ne se l'est attirée par aucun péché dont il ait conscience, nul homme n'est assez pur pour que Pceil de Dieu ne puisse découvrir en lui aucune souillure. Par conséquent, cher malade, la maladie trouve aussi en vous de quoi purifier, lors même que vous n'y apercevez aucune tache particulière.

21 . Si le malade est encore jeune, et que, pour ce motif ou pour d'autres, il ait une horreur particulière de la mort, il faudra le familiariser insensiblement avec le danger de la mort, et, quand elle approchera réellement, l'armer de courage.

Les personnes bien portantes, pas plus que celles qui sont malades, ne sont jamais éloignées de la mort : elle arrive sans nous demander avis. Dieu possède un moyen infaillible de rendre à l'homme la vie amère et la mort douce. Il lui sufiit de faire que la maladie soit excessivement douloureuse pour montrer ce que peut la piété, en inspirant le courage de mourir avec joie. Quand la maladie doit être suivie de la mort. Dieu donne à ses amis la force de ne rien craindre et il leur apprend à mourir heureux. Dieu peut aussi sauver du danger; quand on abandonne tout à Dieu, il faut aussi lui sacrifier l'incertitude où l'on est si la maladie amènera le danger de mort, ou la mort elle-même. Celui qui a réglé son compte avec sa conscience, avec son Dieu, avec sa maison, et mis ordre aux affaires de son état, celui-là

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peut s'endormir doucement dans Tattente de son salut éternel. La crainte de la mort peut rendre dangereuse la maladie qui ne l'était pas encore; les jeunes et tendres fleurs tombent plus facilement des arbres que les fruits d'automne^ qui tiennent solidement à la branche. Ce qu'il y a de vraiment terrible, c'est d'être surpris par la mort sans s'y être préparé. Celui qui croit au Sauveur, ressuscité de la mort, vainqueur de la mort et du tombeau, ce Sauveur qui ne laisse pas mourir les siens, même lorsqu'ils meurent, celui-là ne tremble pas devant la mort,

§ II. — Des visites réitérées à un malade qui ne l'est pas dangereusement.

22. Quand nous visitons à plusieurs reprises une personne qui n'est pas dangereusement malade, nous pouvons puiser soit dans le nouveau Testament, soit dans quelque livre spirituel, soit dans le trésor de notre liturgie, des enseignements et des consolations pour cette personne. En ce qui concerne la liturgie, je lui traduirais entre autres le contenu de la Messe des malades.

A. LA PREMIÈRE PRIÈRE DE l'ÉGLISE.

Dieu tout-puissant et éternel, qui êtes le salut de tous ceux qui croient en vous, nous supplions vos miséricordes de secourir vos serviteurs visités par la maladie. Exaucez-nous et rendezleur la santé, afin qu'ils puissent de nouveau vous louer dans l'assemblée des fidèles, et vous en remercier. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ, etc.

Cette prière dit au cœur du malade : Voyez! le maître qui donne la vie est le même que celui sans lequel la maladie ne saurait venir, le même que celui dont vous pouvez recevoir la guérison.

Cette prière éveille dans le malade l'espérance d'être secouru de Dieu : Voyez comme tout est beau dans la communauté des fidèles ! Quand un membre soufîre, tous les autres compatissent; tous prient pour lui.

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B. EXTRAIT DE l'ÉPITRE DE SAINT JACQUES.

<c Quelqu'un d'entre vous est -il dans la tristesse? qu'il prie. Est-il dans la joie ? qu'il chante des cantiques. Quelqu'un parmi vous est-il malade? qu'il appelle les prêtres de l'Église, et qu'ils prient sur lui en l'oignant d'huile au nom du Seigneur. Et la prière de la foi sauvera le malade ; le Seigneur le soulagera ; et s'il a des péchés^ ils lui seront remis. Confessez donc vos fautes l'un à l'autre, afin que vous soyez sauvés. » {Jacq., v, 13-17).

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