F. TROISIÈME PRIÈRE
0 Dieu, qui êtes Tunique soutien de la faiblesse humaine, faites éprouver les efîets de votre assistance à vos serviteurs malades, afin que, rendus à la santé par le secours de votre miséricorde, ils puissent reparaître dans votre sainte communauté. Par Jésus-Christ Notre-Seigneur, etc.
Ces pensées et autres semblables entretiennent dans le malade
la confiance en Tassistance divine, et excitentceux qui jouissent de la santé à prier pour les infirmes.
Si TÉglise chrétienne prie aussi pour obtenir la délivrance des maux temporels, on ne saurait l'en blâmer. Cette sorte de prière étant inspirée par la foi et par la charité, n'ayant d'autre but que le soulagement de l'humanité souffrante et impliquant d'ailleurs la soumission à la volonté divine , elle respire le pur esprit du christianisme.
Une autre fois, le pasteur fera la lecture d'un psaume, ou de quelque trait puisé dans les Actes des Apôtres, et il en prendra occasion pour éveiller de pieux sentiments dans le cœur du malade.
§ III. — Quand la maladie commence à devenir dangereuse.
23. Au pieux chrétien, c'est-à-dire à celui qui est ce que le mot indique, vous pouvez lui dire sans circonlocution ni détours : « Mon cher frère, le Seigneur arrive ! Préparez-vous à le recevoir! » Et à votre parole il remplira sa lampe d'huile, s'examinera dix fois pour voir s'il pourra supporter le regard de Dieu qui voit tout, et il se confiera en la miséricorde éternelle.
L'habitant des campagnes, habitué à entendre la pure vérité, pourra sans doute apprendre la nouvelle de la mort sans qu'on la lui présente sous une forme déguisée. «Mon ami, nous ignorons ce qu'apportera le jour qui va venir, et puisque celui-ci est encore en notre pouvoir, nous voulons nous préparer avan^ que l'heure arrive où il sera trop tard, etc. »
Au vieillard il est encore plus facile de lui dire ce que ses cheveux blancs lui ont annoncé depuis longtemps : (cll vous faudra mourir. » Mais porter la nouvelle d'une mort prochaine à un pécheur, à un courtisan, à un jeune homme et surtout à une dame, n'est pas ce qu'il y a de plus facile, ni surtout de plus agréable.
Quand le médecin spirituel remplit bien son devoir, le pasteur a plutôt à rappeler le danger de la mort qu'à en préparer l'annonce.
Pour un grand nombre de personnes qui ont une crainte
extraordinaire de la mort, il n'est pas même bon que le prêtre soit le messager de la mort; car par là il se ferme souvent l'accès auprès du lit des malades, or, cet accès doit toujours lui être ouvert.
Ici encore, les circonstances, l'expérience et la confiance sont les meilleures conseillères.
Il y a des malades qui aiment qu'on leur dise franchement : ({ Voilà ce qu'il en est ! » D'autres exigent qu'on leur fasse avaler la vérité à petite dose; ils veulent être épargnés jusqu'au moment où la mort implacable rend tout ménagement impossible. D'autres veulent être instruits du prochain danger de leur mort par telle bouche, et non par telle autre.
Un sage pasteur, sans dédaigner ces mille considérations, fera néanmoins en sorte que son zèle pour le salut de l'âme, son indépendance dans une matière si importante, sa confiance en la bonté de Dieu, et avant tout son ardeur pour les choses de l'éternité n'en soufirent aucune atteinte.
Les prophètes ne font pas tant de compliments, du moins des chrétiens n'en doivent point tant exiger, et les conducteurs des chrétiens n'en doivent point faire sans nécessité.
24. Quand le malade a vu d'assez près la figure de la mort, ce n'est pas le moment de commencer pour la première fois à lui montrer sa conscience, et l'auteur même de son salut : Dieu en Jésus-Christ; c'est le moment pour le malade de se jeter entre les bras de la miséricorde éternelle, d'avouer ses péchés, de recevoir avec reconnaissance les consolations que l'Église lui ofîre dans l'absolution, la communion et l'extrême-onction, et de n'avoir plus d'autres désirs que de tenir ses regards fixés sur sa patrie spirituelle. Que si le malade est encore éloigné de Dieu, le prêtre, conformément à ce que nous avons dit de «la direction des individus au confessionnal, » ne devra point négliger de toucher son âme par les terreurs de la mort, afin de la ramener à Dieu. Dans ce dernier cas, il répétera tantôt l'histoire du bon larron, qui entendit ces paroles : « Aujourd'hui même vous serez avec moi en paradis ; » tantôt celle du mauvais larron, qui mourut impénitent.
§ IV. '- Quand quelqu'un est surpris tout à coup par une maladie ou par une blessure mortelle.
25. Si dans ces cas douloureux il n'est pas rare de voir presque toutes les personnes de la famille perdre la présence d'esprit, le pasteur doit au moins , lui , la conserver. Il est clair qu'ici tout consiste à saisir de suite l'occasion qui se présente, et à en tirer tout le profit possible pour montrer au malade le doigt de Dieu dans la maladie ou dans la blessure, pour lui faire comprendre le (fevoir de se résigner à la volonté de Dieu qui parle si éloquemment, et d'utiliser aussi bien que possible les derniers instants de vie qui lui sont encore accordés, pour l'exciter à la confiance en Dieu et en Jésus-Christ, salut du monde; pour l'exhorter au repentir et à l'aveu de ses fautes, et pour faire le plus nécessaire dans le moins de temps possible.
26. Ordinairement la nécessité vient au secours du pasteur. Quelques paroles, qui bannissent tout délai, font plus d'effet et impressionnent plus que ne le feraient des centaines d'autres.
Le malade, ne pouvant résister à la volonté du Tout-Puissant, et sentant qu'il ne le peut, se résigne avec une volonté déterminée, et se rappelant les miséricordes divines dont il a été si souvent l'objet, il ramasse une dernière fois toutes ses forces pour se préparer à quitter ce monde aussi bien préparé et aussi consolé que le lui permet sa position.
Et c'est ainsi qu'un danger de mort survenu inopinément est souvent un bienfait tant pour le malade que pour le pasteur.
27. Quand la personne mortellement blessée est grossière, ou chargée de grossiers péchés, il est plus difficile de faire naître en quelques instants la lumière, le repentir et l'espérance dans une âme qui sait à peine ce que c'est que la vie spirituelle. Mais la justice éternelle ne demande à aucun semeur au delà de ce qu'il peut semer, ni à aucun terrain plus qu'il ne peut porter. Le regard fixé sur Dieu, faites ce que vous pouvez, et laissez au juge le soin déjuger; adorez, puis profitez pour vousmême et pour les autres de ce qu'il y a d'incontestable dans cet
ovénement: «0 homme, vous n'êtes pas maître d'un seul jour! Ne renvoyez pas Taffaire la plus importante à une époque incertaine ; et ne choisissez pas un moment inopportun pour accomplir rœuvre la plus importante. »
28. Quand la personne dangereusement malade divague dans ses discours, il ne reste qu'à attendre patiemment les intervalles lucides où le malade revient à lui-même, à les épier soigneusement et à en bien profiter.
29. Ces intervalles ne sauraient naturellement être mieux employés : 1 ° qu'à tranquilliser le raalade sur le passé ; 2*^ à le préparer à recevoir les sacrements des mourants ; 3* à l'armer de bonnes résolutions pour les souffrances qui l'attendent, ou pour le combat de la mort; 4° à lui faire mettre ordre à ses affaires temporelles aussi promptement et aussi exactement que possible.
Mais, ô mon Dieu ! comment ceux qui ont vécu sans vous durant cinquante ou soixante années, pourront -ils vous retrouver dans un si court moment , alors surtout que la douleur leur enlève presque toujours la présence d'esprit? « Travaillons pendant qu'il est jour ! » On pourra encore répéter en esprit ces paroles du disciple bien-aimé, saint Jean : » Mes petits enfants, ne péchez plus, ne différez pas un seul instant votre retour à Dieu, et surtout ne le différez pas jusqu'à la mort. Ne péchez plus ; mais si vous avez péché, prenez courage ! Nous avons un intercesseur auprès du Père, qui s'est offert en expiation pour tous les péchés du monde... »
30. Si le malade s'est préparé d'avance par la foi, l'amour, la confiance, et par une vie irréprochable, à toute espèce de danger de mort imprévu, il sera facile au prêtre de le fortifier pour le voyage qu'il sera sur le point d'entreprendre, en lui
^rappelant par de courtes et vigoureuses paroles, Jésus-Ghrist, notre précurseur et notre maître.
31 . Dans les cas de blessures, de mutilations et de contusions violentes qui ne laissent aucun sentiment, il est très-difficile de modérer assez l'inquiétude du malade préoccupé de sa vie et
de sa guérison, pour qu'il ne perde pas de vue le salut de son âme.
On pourra lui montrer^ par un exemple sensible, qu'il vaut mieux entrer au ciel avec un seul pied^ un seul œil, une seule main, que d'entrer avec deux dans le pays des tourments éternels. Heureux celui qui, en de telles circonstances, peut dire avec Feneberg : a Ce n'est pas par les pieds, mais par le cœur que l'on aime Dieu. »
32. Avec les suicidés que l'on peut encoie sauver avant que la vie ne se soit échappée, le seul traitement à employer est celui de la douceur. Il faut au moins que le discours et les actes du prêtre, en les ressuscitant à la vie de la grâce, leur fasse mieux connaître la « tendresse de Dieu pour les hommes, » comme saint Paul appelle Tamour éternel, qu'ils ne la connaissaient avant de se suicider.
§ V. — Dans les maladies chroniques et opiniâtres, qui ne laissent espérer aucune guérison.
33. La leçon à tirer de la longueur et de la persistance de la maladie, le prêtre qui entreverra une mort certaine, ne manquera pas de l'indiquer au malade. « Mon cher ami. Dieu vous montre de loin ce que vous allez devenir. Il a recommandé à la mort de ne point vous enlever inopinément. Le signal de son arrivée vous est donné longtemps d'avance , afin que vous ne soyez point effrayé quand elle viendra. Il ne veut pas qu'elle abatte violemment le mur de séparation qui s'élève entre vous et l'éternité ; il veut qu'elle le mine insensiblement jusqu'à ce qu'il tombe de lui-même, afin que vous mettiez vos espérances en lieu sur, et que vous ne soyez point enseveli sous les ruines de ce mur.
Il permet que vos forces s'évanouissent peu à peu, afin que votre cœur ne brise pas violemment ses rapports avec le monde et avec la terre, mais qu'il en rompe peu à peu le lien, comme on enlève successivement les fils d'un tissu.
Apprenez donc à considérer les diverses périodes de votre
maladie comme autant de messag^ers que le Seigneur vous envoie pour lui préparer les voies, en^' attendant qu'il vous emmène dans le séjour de la félicité.
Apprenez à considérer votre longue maladie comme un purgatoire qui purifie votre cœur et vous prépare à recevoir votre Seigneur.
Apprenez à suivre Jésus-Christ en portant votre croix, et ne tremblez pas si la maladie vous y tient cloué ; tôt ou tatd vous serez obligé de céder et de mourir. »
Sans doute qu'on ne saurait annoncer la mort à toute espèce de malades en des termes si directs; mais si le malade était mon ami, c'est le langage que je lui tiendrais ; or, tout pasteur doit faire en sorte d'avoir autant d'amis que de paroissiens.
§ VIL — Comment l'esprit du Christianisme doit vaincre la crainte de la mort dans les âmes pieuses, mais encore faibles.
â4. Celui qui à la vie éternelle en lui-même, saura vaincre la crainte de la mort ; celui qui a triomphé en lui-même de la crainte de la mort par la plénitude de. la vie éternelle, saura aussi en triompher dans les autres.
Par sa manière d'envisager la mort du corps, il fortifiera les cœurs faibles et relèvera les âmes craiiitîvès. Voici comment, dans l'occasion, il laissera parler son cœur.
"Vous craignez la mort?— Eh bien , considéréz-ïà attentivement, et vous verrez qu'elle n'est pas aussi terrible que vous le croyez. — Quand vous pensez à la mort, vous ne voyez que des yeux qui s'éteignent, que des lèvres qui pâlissent, des mains qui se refroidissent; vous n'entendez que le râle des mourants; vous ne sentez que l'odeur de la corruption ; vous ne vous représentez que le dernier soupir du malade, les pleurs des amis qui entourent un lit de mort; vous n'entendez que le son lugubre de la cloche; vous ne voyez que l'obscurité du tombeau > que la terre froide qui va recevoir le cadavre dans son sein.
Quand vous pensez à la mort, vous ne vous figurez qu'une chose : c'est que vous ne serez plus jamais dans votre maison,
THÉOLOGIE PASTORALE. At\
que vous ne verrez plus ni votre cuisine ni votre étable ; que vous ne boirez ni ne mangerez plus avec vos enfants et les personnes qui vous sont chères; que vous n'irez plus à Téglise^ que vous ne verrez plus jamais le soleil^ et que vous serez séparé pour toujours du monde visible.
En ne considérant la mort qu'à ce point de vue^ il est certain que tous vos membres doivent être glacés d'effroi ; mais, mes chers et bons amis, cette image que vous vous faites de la mort n'est pas la véritable. Les hommes pieux la voient sous un tout autre aspect quand ils l'envisagent de près; je veux vous la montrer telle que vous devez la voir.
Supposez que vous languissez depuis plusieurs années dans une obscure prison. Tout à coup le messager de la liberté fait entendre sa voix; la porte s'ouvre, il vous enlève vos chaînes, et d'une main sûre vous conduit à la lumière du soleil ; vous revoyez le jour, et vous respirez de nouveau librement au milieu de la belle nature. Eh bien, cet ami, qui de l'ombre du temps et de la prison du corps vous transporte dans le pays de la lumière et de la liberté, c'est la mort. Et vous craindriez cet ami, ce sauveur qui vous délivre de la prison?
Représentez-vous un ouvrier laborieux , épuisé par les fatigues de la journée. Après avoir, pendant une chaude journée d'été , porté l'ardeur du soleil et le poids du jour ; après avoir achevé son travail à la sueur de son front, il éprouve une joie ineffable à rentrer dans sa fraîche cabane quand, le soir, l'heure du repos est arrivée. Le sommeil est pour lui un ami et un bienfaiteur, entre les bras duquel il répare les fatigues de la journée. Eh bien, ce doux sommeil qui vous recevra dans ses bras, . quand vous aurez achevé la tâche de votre vie, et qui rafraîchira vos membres épuisés, c'est la mort. Et vous craindriez cet ami, vous n'aimeriez pas ce repos qui vous attend au soir de votre vie ?
Figurez-vous qu'après un long et pénible voyage vous arrivez ' dans votre patrie : quelques pouces seulement vous séparent eucore du but où vous aspirez. Tout à coup, après une longue
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attente, arrive un joyeuse nacelle; le maître vous invite gracieusement à y monter , et vous transporte heureusement au port. Le chef du vaisseau qui, au sortir du pèlerinage de cette vie, vous transporte dans la patrie céleste , c'est la mort. Et vous craindriez ce guide qui vous emmène dans la vie éternelle? Rappelez-vous l'image que des hommes pieux se sont faite de la mort. Le vénérable vieillard Siméon la considérait comme un retour paisible dans sa patrie; saint Paul, comme le passage d'une maison caduque dans la demeure plus excellente et éternelle de Dieu ; saint Pierre, comme la désertion d'une cabane longtemps habitée ; Jésus-Christ, comme une prolongation de la vie, comme la vie éternelle.
Cette dernière idée de la mort est la plus belle ; elle est d'une clarté et d'une vérité qui ne laissent rien à désirer.
L'homme, aussi longtemps qu'il jouit de la vie et de la santé, peut mouvoir ses membres; il peut voir, entendre, toucher, parler, se transporter d'un lieu dans un autre, boire, manger, travailler, prendre tel ou tel costume, être tour à tour gai et triste, sérieux et plaisant, etc. Tout cela s'appelle l'existence visible, sensible de l'homme , parce qu'on peut la voir , la sentir par le moyen des sens.
Mais outre cette existence visible, il y en a une autre invisible, et qu'on ne saurait voir.
Ainsi la foi immuable du chrétien au seul vrai Dieu , et à Celui qu'il a envoyé, est comme une aspiration continuelle du cœur vers l'invisible; c'est une conversation intime de l'âme avec Jésus-Christ; un amour mêlé de reconnaissance envers celui qui l'a racheté de la mort et du péché; une noble ardeur qui fait qu'on renonce aux choses les plus agréables et qu'on supporte les plus rebutantes, pour reproduire en soi le modèle vivant de Jésus-Christ; une confiance et un dévouement inébranlables envers Celui qui est tout dévouement et tout amour, etc. Or, celte foi en Dieu, cette aspiration vers lui, cet entretien de l'âme avec lui, cet amour pour Jésus-Christ, etc., voilà ce qui constitue la vie invisible du chrétien.
Cette vie là^ elle existe dans tout vrai chrétien , bien que nous ne la voyions pas , bien que nous ne puissions ni la voir ni la saisir, à moins qu'elle ne se révèle par des expressions, des laits et des gestes. Or, c'est précisément parce que nous ne pouvons pas la voir qu'elle s'appelle vie invisible.
Eh bien, qu'arrive-t-il quand meurt un homme de cette espèce? Son existence visible est arrivée à son terme : il ne sau^ raitplus mauvoirni le pied, ni la main, ni Toeil, ni la langue; il ne saurait plus ni manger,ni boire, ni voir, ni entendre, ni parler.
Et que se passe-t-il par rapport à cette vie invisible ? L'homme remporte avec lui dans Téternité, auprès de Jésus-Christ, où il la continue ; toute la direction de son être vers Dieu et Jésus- Christ demeure vivante, continue à subsister, devient de plus en plus parfaite, de plus en plus pure, de plus en plus divine. La foi se transforme en intuition, Fespérauce en possession, Taraour en jouissance, et rattachement de Fâme à Dieu en union intime avec lui.
Voilà pourquoi Jésus-Christ a dit : Celui qui croit en moi ne meurt jamais. C'est-à-dire que la vie invisible de l'homme, la connaissance et l'amour de Dieu et de Jésus-Christ , cette vie véritablement divine produite en nous par l'esprit de Dieu , dure éternellement, ne finit jamais, acquiert de plus en plus de vie, parce que les liens qui la paralysaient ont disparu, et que les torrents de vie qui jaillissent de la plénitude de Jésus-Christ la débordent de toutes parts.
On le voit , la mort des gens de bien n'est point proprement une mort; car c'est la vie invisible ; c'est la chose capitale; c'est celle qui constitue l'homme pieux : cette vie là , elle ne meurt point. Par contre, tout ce qui est visible est tributaire de la mort; c'est pourquoi, peu nous importe jque nous mourions : tout n'est pas perdu. Au jour du jugement, notre vie renaîtra plus éclatante que jamais. En attendant nous pouvons nous en passer ; qu'elle périsse dans le tombeau si nous devons la recouvrer plus magnifique ! nous ne perdrons rien, et nous gagnerons beaucoup.
Tbéol. past. il ^3
Le laboureur, à la vue d'une riche moisson, se plaint-il que son grain de semence soit mort dans le sillon? Loin de là, il s'en réjouit; si cette semence n'était point morte, sa moisson eût été nulle ; d'ailleurs la moisson vaut mieux que le grain de semence. En un mot : la vie invisible ne meurt point, et la vie visible meurt pour revivre plus magnifique. Par conséquent, dans la mort de Thomme de bien , tout est gain et rien n'est perte*
. § VII. — De la conduite du pasteur envers ceux qui ne veulent point se préparer à la mort.
35, Le pasteur cherche à découvrir et à faire disparaître les causes qui s'opposent à cette préparation.
Les causes qui font qu'un grand nombre de malades ajournent leur préparation à la mort sont faciles à ti-ouver pour l'homme qui connaît le cœur humain, et elles sont suffisamment connues de celui qui connaît le christianisme.
Ces causes, d'après Uhlenberg, sont celles-ci :
I. Quelques personnes, pieuses d'ailleurs, trouvent un obstacle à cette préparation dans un attachement extraordinaire à la vie, et dans la frayeur naturelle que fait éprouver la pensée de la mort.
n. Ceux-ci sont tellement attachés aux biens et aux honneurs temporels, qu'ils ne veulent point entendre parler de préparation à la mort.
ni. Ceux-là sont tellement préoccupés de leurs parents, de leur conjoint, de leurs enfants, de leurs proches, de leurs amis, de leurs connaissances, qu'ils oublient de se préparer à la mort.
IV. Les uns sont tellement absorbés dans les affaires et les soucis du monde, qu'ils ne peuvent ou ne veulent point en sortir.
V. Les autres sont si exclusivement occupés de savoir quelle médecine ils prendront pour se guérir ou diminuer leurs souf-
frances corporelles, qu'ils n'ont pas le temps de penser ni à Dieu ni à leur âme.
VI. Il en est que la maladie rend si découragés et si tristes^ qu'on ne saurait leur parler ni de l'union de leur cœur avec Dieu, ni des choses de l'éternité.
VII. D'autres se montrent revêches et opiniâtres^ et refusent par pure impiété de se préparer raisonnablement à la mort.
VIII. D'autres ont perdu toute délicatesse de conscience, et s'inquiètent assez peu d'être en union ou en désunion avec Dieu quand ils sortiront de ce monde.
tx. D'autres ont l'habitude de remettre d'un jour à l'autre leur préparation à la mort , et, comme le dit dans son langage énergique l'auteur que nous citons, ne cessent de répéter ce cri désagréable du corbeau : Cras, cras.
Toutes ces causes peuvent facilement se réduire à une seule : Les choses visibles^ temporelles, terrestres, enchaînent tellement le coBHr humain, qu'il ne saurait, même en pensée, souffrir qu'on les lui arrache violemment. Les liens du temps, qui nous attachent à cette vie, sont trop puissants, et ceux qui nouS rattachent àl'éteruité sont trop faibles, pour que nous puissions nous arrêter sérieusement à la pensée qu'il faut briser les premiers avec peine et douleur.
Puis donc que la plupart des malades ne veulent pas mourir, il importe grandement que le pasteur sache comment il doit venir à leur secours.
Nous allons reproduire ici quelques-unes des plus belles pensées dont se sert Uhlenberg pour faire expliquer la première des causes que nous avons signalées, abandonnant le reste à là méditation de chacun.
CE QUE l'on peut DIRE A CELUI QUE LA PREMIÈRE CAUSE ^ EMPÊCHE DE SE PRÉPARER A LA MORT.
I. Tous les hommes étant les membres vivants du corps mystique de Jésus-Christ , et devant, par la foi et la charité, rester unis jusqu'à la fin à Jésus-Christ, leur chef , ils lui appartîen-
neiit touS;, de même que Lui est leur propriété à tous. C'est par Lui qu'ils sont devenus maîtres du péché, de la mort;, du démon^ de Tenfer; et ce mot de Jésus-Christ [Jean, xiv) ; « Consolezvous^ j'ai vaincu le monde, » peut aussi s'appliquer à la mort : « Consolez-vous^ j'ai vaincu la mort. »
II. Il faut que nos yeux voient autre chose que ce qui est dans le tomheau , où le corps tomhe en putréfaction ; il faut qu'ils entrevoient jusqu'au jour de la résurrection générale^ où ce qui est maintenant semé dans la corruption ressuscitera incorruptible (/ Cor., -ni), et où il sera aussi difficile à la mort de conserver nos corps en sa puissance, qu'il lui a été difficile de conserver celui de Jésus-Christ.
III. La chair et le sang ne sauraient hériter du royaume de Dieu ; la maison que nous habitons ne fait qu'appesantir notre corps [Sag., xii). Il faut donc qu'il s'y fasse une transformation, si nous voulons entrer en participation de la demeure du ciel. Il faut, comme l'a dit saint Pierre (ii,i)) que cette demeure soit renversée, si nous voulons habiter avec Jésus-Christ. Il •faut, selon le langage de saint Paul [Philip., m) , que ce corps abject soit transformé, et qu'il devienne conforme au corps glorieux de Jésus -Christ. C'est pourquoi ne nous attristons pas de ce qu'il nous faille émigrer de cette demeure fragile, pour entrer dans une autre plus excellente.
IV. Ce que nous perdons par la mort vaut incomparablement moins que ce que nous gagnons ; nous perdons la vie temporelle, et nous gagnons la vie éternelle dans toute sa plénitude; nous sommes arrachés à un monde coupable , et transportés dans un monde parfait.
V. Nous ne sommes que des étrangers sur la terre. Or, ne devons-nous pas être heureux d'arriver au terme de notre pèlerinage et d'entrer dans une demeure permanente ? Quelle n'est pas la joie d'un voyageur quand il franchit la frontière de sa patrie, ou qu'il voit de loin la fumée s'élever dans les airs audessus de la maison de son père !