CINQUIÈME DIMANCHE APRÈS L'EPIPHANIE
(sur saint PAUL, ColoSS.^ III, 12-17).
«Mes frères, revêtez-vous, comme élus de Dieu, saints et bien- aimés, de tendresse et d'entrailles de miséricorde, de bonté, d'humilité, de modestie, de patience, vous supportant les uns les autres, chacun remettant à son frère tous les sujets de plainte qu'il pourrait avoir contre lui, et vous entre-pardon nant comme le Seigneur vous a pardonné. Mais surtout revêtezvous de la charité, qui est le lien de la perfection, et faites régner dans vos cœurs la paix de Jésus-Christ, à laquelle vous avez été appelés pour ne former qu'un corps, et soyez reconnaissants. Que la parole de Jésus-Christ habite en vous avec plénitude et vous comble de sagesse. Instruisez-vous et exhortezvous les uns les autres par des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels, chantant de cœur avec édification les louanges du Seigneur. Quoi que vous fassiez, ou en parlant, ou en agis-
(1) L'évêque Ungelter combattait avec autant de délicatesse que de sens chrétien ce préjugé antisocial non moins qu'antireligieux. Comme on le pressait fortement, dans une élection , de ne point donner son suffrage k un Souabe, il sauva lui et sa liberté, par cette parole : « Je ne connais que deux nations, celle des bons et celle des méchauts. »
saiit^ faites tout au nom -du Seigneur Jésus-Christ, rendant grâces par lui à Dieu le Père. »
Dans cet incomparable fragment de sa lettre aux ColossienS;, saint Paul enseigne quels doivent être les sentiments des chrétiens envers Dieu, envers Jésus-Christ et envers leurs frères : 1° Tout, dans votre langage et dans vos actions, doit être inspiré par un sentiment de reconnaissance envers le Père ; S° tout, dans votre langage et dans vos actions, doit indiquer que vous êtes disciples de Jésus-Christ ; tout doit être fait en son nom, conformément à sa doctrine, à son exemple et à sa volonté, et dans le but de le glorifier. Tout ce que vous pensez, faites, souffrez, doit porter les caractères et les marques de Jésus-Christ. 3** Tous vos discours et toutes vos actions doivent respirer la charité mutuelle. Aimez- vous les uns les autres comme Jésus- Christ vous a aimés ; pardonnez-vous réciproquement comme Jésus-Christ vous a pardonné.
S'il y avait de tels hommes sur la terre, aurait-on encore besoin de prouver que Tarbre qui porte de tels fruits, que le christianisme est divin ?
Les motifs pour lesquels saint Paul veut que nous nous aimions les uns les autres ne sauraient être plus sublimes : 1 o la charité nous rend semblables à Dieu et à Jésus-Christ. Aimez comme Jésus-Christ. 2*' La charité est le lien le plus parfait qui unisse les hommes entre eux. 3° La charité est la véritable marque du christianisme et la couronne de notre vocation. Les chrétiens sont destinés à ne former qu\m seul corps.
Saint Paul énumère les plus beaux effets de la charité : « Revêtez-vous des entrailles de la miséricorde; soyez bons, humbles, doux, patients ; supportez-vous les uns les autres ; faites régner parmi vous la paix et la concorde. »
Saint Paul veut que nous chantions des cantiques qui nous instruisent, nous fortifient et partent du fond de notre cœur. Les qualités d'un chant vraiment chrétien consistent, en effet, en ce qu'il soit instructif pour l'intelligence, fortifiant pour la volonté, et conforme aux sentiments d'un cœur chrétien. Quand
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saint Paul est pour uii tel chant,, qui pourrait être contre? Mais ce chant-là demande plus que de beaux vers^ de bon papier,, de fins caractères et des voix exercées.
44. Le liturgiste qui veut contribuer à la sanctification du dimanche, fait en sorte que le peuple qui assiste àToflice divin ne forme qu'un cœur et qu'une âme avec le prêtre. Car c'est proprement au nom du peuple qu'il fait des prières, des sacrifices et des actions de grâces. Il n'est point à l'autel une personne privée, mais une personne publique ; il agit au nom des fidèles.
45. Pour que le peuple ne forme qu'un cœur et qu'une âme avec le liturgiste, il est nécessaire que ce dernier soit familiarisé avec l'esprit de la liturgie catholique, et qu'il puisse familiariser son peuple avec cet esprit.
46. Le liturgiste qui ne méconnaîtra pas l'esprit de la liturgie catholique de la Messe, mais qui aura appris à la considérer dans sa vraie lumière, trouvera dans les sept paragraphes suivants l'expression exacte de la vérité et de sa propre conviction.
§ 1 . 11 est deux actes qui constituent toute l'essence de la religion :
La soumission à la majesté souveraine, à Dieu ;
Et l'union avec la charité souveraine, avec Dieu.
§ 2. Ces deux actes de la religion doivent, pour devenir une image de cette religion, être représentés et symbolisés dans la religion extérieure.
§ 3. Or, on ne saurait mieux les représenter que par un m- ''ifice qX\x\\ festin.
Le sacrifice est, en effet, le symbole le plus éloquent de la dépendance et de la soumission, et le festin est la figure la plus expressive de l'union.
§ 4. C'est en Jésus-Christ que ces deux actes reçoivent leur plus touchante manifestation ; car, d'après notre Évangile, il a été le sacrifice, et il est le pain de vie de l'humanité.
§ 5, Le meilleur office public pour les fidèles serait donc
TlIÉOL. PAST. I!. 18
Î74 TUJiOLOaiJS fASTOKAU;.
celui où Jésus-Christ apparaîtrait clairement comem étant le sacrifice et le pain de vie de Fhumanité.
§ 6. Le culte catholique^ considéré dans la sainte Messe, nous montre réellement en Jésus-Christ le sacrifice et le pain de vie de l'humanité ; car le sacrifice et le festin de l'amour ont été considérés de tout temps, par tous les Pères de l'Église, comme les deux parties essentielles de la Messe.
§ 7. Le culte catholique, considéré dans la sainte Messe, est donc, représenté dans ses deux parties essentielles, tout à fait conforme à l'idée de toute espèce de culte divin.
47. Le liturgiste qui voudra familiariser les fidèles avec l'esprit de la liturgie catholique devra non-seulement leur exposer sous les yeux la doctrine fondamentale de cette liturgie : Jésus- Christ oifert en sacrifice pour les péchés du monde, et devenu le pain de vie de l'humanité; il devra encore leur montrer la manifestation de cette doctrine dans la sainte Messe; les habituer à y assister d'esprit, c'est-à-dire à s'ottrir avec Jésus-Christ à la majesté suprême, et à s'unir avec l'amour souverain; il devra, par des explications, dévoiler à l'intelligence des fidèles, ce que la lettre soustrait à leurs oreilles.
48. Sans cette triple connaissance, la présence des fidèles à l'église ne sera qu'une présence stérile et purement physique, et alors même qu'ils y apporteraient quelque étincelle de dévotion, ils ne sauraient soutenir leur union avec la piété du prêtre. Il en est de la liturgie comme" de la doctrine ; « La lettre tue, c'est l'esprit qui vivifie; »
49. Pour établir cette union entre le prêtre et le peuple, le liturgiste devra appeler l'attention des fidèles sur ce qu'ils voient et entendent tous les jours sans le comprendre ; par exemple :
i « Sur les inclinations de la tête, les génuflexions et V extension des mains. « Le cœur adore Dieu intérieurement, et le corps exprime cette adoration par des signes extérieurs. L'âme s'abîme dans le néant, en présence de celui qui est tout en tout : c'est ce qu'indiquent les génuflexions; elle implore le Seigneur et se
soumet à lui : c'est ce qu'expriment les inclinations de la tète et l'extension des mains :
^2*> Sur le Confitcor, récité successivement par le prêtre et par le peuple. Le prêtre et le peuple commencent par se purifier en faisant Taveu de leurs péchés, afin de paraître purs devant la face du Seigneur. Si le juste, avant de s'entretenir avec Dieu, commence par s'accuser lui-même, avec combien plus de raison le pécheur ne doit-il pas le faire? Quant au mea culpa^ il est assez significatif pour le peuple^ pour qu'il îie soit pas besoin de le lui expliquer ;
3« Sur le Kyrie, eleison j ayez pitié de nous, où le prêtre et le peuple rivalisent en quelque sorte entre eux en s'écriant successivement: «Seigneur, ayez pitié de nous; Jésus-Christ, ayez pitié de nous (1 ) ; »
4<* Sur le Gloria in excelsis JJeo. Les prières que fait le pécheur en vue d'être délivré des ténèbres, du péché et de la mort^ ne restent pas sans etTeî : Dieu est apparu en Jésus-Christ, et avec lui paraissent la lumière, la charité, la vie. Par Jésus-Christ les anges et les hommes ne forment plus qu'un seul troupeau du Seigneur, le ciel et la terre ne chantent plus qu'un seul cantique : Gloire à Dieu dans les hauteurs !
5° Sur VOrate, fratres. Cette prière nous rappelle l'époque, véritable âge d'or, où les chrétiens ne formaient encore entre eux qu'une société de frères, et elle nous invite, nous qui ne
il) Cette émulation entre le prêtre et le peuple est admirablement exprimée dans la Messe de saint Chrysostôme, traduite par Érasme. Le diacre énonce les supplications particulières où l'on demande la paix intérieure et le salut de l'âme, la paix sur la terre, la prospérité et l'union dos saints de l'Église de Dieu ; oii l'on prie pour la maison où sont réunis les fidèles, et pour tous ceux qui y sont entrés ; pour les évêques, les prêtres, les diacres, pour tout le clergé et le peuple; pour les empereurs, pour leur cour et leurs sujets, pour le succès de leurs armes, pour demander des tenips heureux et paisibles, pour la ville et pour la campagne, pour tous les voyageurs, tant sur terre que sur mer; pour les malades, les opprimés, les captifs. Et après chacune de ces demandes, le peuple répète : Domine, miserere noMs, « Seigneur ayez pitié de nous. Il n'y a là véritablement qu'un cœur et qu'une àme, implorant pour tftus les hommes toute espèce de biens.
formons qu'une seule famille, composée du prêtre et du peuple, à adresser une prière commune à notre Père céleste ;
6** Sur le Dominus vobiscum. Ces paroles indiquent l'unité de sentiment qui doit régner dans les chrétiens. « Que le Seigneur soit avec vous, » dit le prêtre au peuple, « et avec ton esprit, » répond le peuple; paroles qui montrent la dépendance des chrétiens vis-à-vis de leur maître. Ils ne connaissent rien de mieux que de souhaiter que le Seigneur soit au milieu d'eux, conformément à cette grande promesse : « Quand deux ou trois seront rassemblés en mon nom, je serai au milieu d'eux. »
70 SnvV esprit des prières de TÉglise. Ces prières ne contiennent que les pieux désirs des fidèles présentés à Dieu au nom de tous par la bouche du prêtre, et qui à la fin sont scellés par le consentement des fidèles exprimé par un amen qui part du fond du cœur.
S^ Sur le sens de ces paroles ; Ceci est mon corps, ceci est mon sang. Le prêtre et le peuple ne voient avec le regard de la foi que le Sauveur Jésus mourant sur la croix pour le salut du mondeet ce qu'ils voient, ils l'adorent.
9^ Sur YOraison dominicale, que le prêtre récite en présence du peuple. « Que votre nom soit sanctifié, que votre règne s'établisse en nous, que votre volonté s'accomplisse par nous, que vos miséricordes se manifestent en nous ! » Est-il possible au peuple chrétien d'exprimer de plus beaux désirs ?
10° Sur ces paroles : Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous. Tout homme qui voudra faire un léger retour sur lui-même, sentira bientôt qu'il est pécheur. Or, (lue peut-il y avoir de plus agréable pour un criminel qui sent sa faiblesse que de répéter ces paroles : « Agneau de Dieu qui efiacez les péchés du monde. » Et quand y a-t-il un moment où il nous convienne mieux de les bien approfondir que lorsque nous renouvelons le sacrifice du Sauveur ?
i i ^ Sur ce passage : 0 Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez en moi, etc.; et sur la Communion. Si le prêtre et 1^ peuple s'étaient offerts avec Jésus-Christ pour l'accomplissement
(le la volonté du Père éternel, ils pourraient^^par la participation réelle au corps et au sang de Jésus-Christ, ne plus faire qu'un avec lui ; car telle est la signification du sacrifice et de la sainte Cène.
1 20 Sur ces mots : Et le Verbe s'est fait chair, et il a habitf' parmi nous. Quand, à la fin de la Messe, le prêtre arrive à ces paroles, il fait la génuflexion, pour indiquer que ce mystère est l'œuvre d'amour par excellence.
50. Après que le liturgiste aura familiarisé les fidèles avec les prières, les cérémonies, les bénédictions et les parties essen- , tielles delà Messe, avec le renouvellement du sacrifice du Sauveur et avec la sainte communion, il s'efforcera de leur persuader de plus en plus que la Foi et la Charité constituent l'essence de toute religion; que la Foi au sacrifice de Jésus et Tamour de Dieu, qui font de Thomme et de Jésus-Christ un seul sacrifice, sontTessence de la religion chrétienne, et constituent la seule manière raisonnable d'assister à l'office divin.
5 ! . L'institution du dimanche ayant pour but de manifester et de vivifier dans les fidèles la vie religieuse, par conséquent aussi de développer dans les membres encore ignorants et faibles la connaissance et Tamour de Jésus-Christ, il est du devoir du pasteur de faire, le dimanche, le catéchisme solennellement et publiquement. A ceux qui ont du zèle, nous n'avons pas besoin de leur rappeler la loi ecclésiastique, et quant aux froids, la reproduction du précepte ne parviendrait sûrement pas à les réchauffer. Mais nous voudrions prier les parents et les pères de famille non-seulement de veiller à ce que leurs enfants et les personnes de leur maison assistent au catéchisme, mais encore de se faire un honneur d'aller s'asseoir eux-mêmes au milieu des enfants.
Peut-être ce respect public de la parole de Dieu forcerait-il les pasteurs à mieux se préparer pour ces catéchismes solennels, et à n'annoncer que la pure parole de Dieu. U me semblerait voir renaître l'âge d'or du christianisme si, les jours de dimanches et de fêtes, je voyais aux heures consacrées à l'enseigne-
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ment public de la jeunesse, les pères de famille et les magistrats aller s'asseoir avec les petits à Técole de Jésus-Christ, pour y entendre la foi du magnanime saint Paul et la charité de Taimahle saint Jean s'énoncer par la bouche du catéchiste.
52. Le pasteur dans le diocèse duquel sont instituées des confréries en profitera : i ^ pour rattacher plus étroitement les fidèles à réglise paroissiale ; 2° pour les instruire plus à fond des vérités du christianisme ; 3** pour les exciter avec plus d'énergie à Tamour de Dieu et du prochain ; 4'' pour les habituer à adorer Dieu en commun ; 5° à prier pour les malheureux ; 6** à secourir les pauvres, à recevoir fréquemment les sacrements de pénitence et d'eucharistie, suivant que les besoins de la paroisse le réclameront. Saint François de Sales avait lui-même établi une confrérie qui produisit beaucoup de bien. L'une des prescriptions de cette congrégation était qu'il fallait « visiter, consoler, instruire et soigner les malades. » Prescription tout à fait conforme à l'esprit de TÉvangile, car il est dit : « Aimez- vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »
53. Parmi toutes les confréries. Tune des plus belles est celle de la bonne mort ; car elle oblige expressément d'assister à un sermon de Faprès-midi, de penser sérieusement à la mort, de s'y préparer, de prier pour ses frères, de s'exercer dans la foi, l'espérance, la charité et la soumission à la volonté de Dieu ; par conséquent elle a toutes les qualités d'une bonne dévotion publique.
Il y a eu^des philosophes qui ont considéré la méditation de la mort comme la plus haute philosophie, et personne ne les en blâmera.
La mort est non-seulement le meilleur maître de morale, comme l'appelle Claude, elle est encore le meilleur prédicateur populaire.
54. Mais non-seulement le liturgiste contribue autant qu'il est en lui à la sanctification du dimanche ; il veille encore à ce que les jours de fêtes atteignent le but de leur institution, et soient un sujet d'édification commune.
55. Pour arriver à cette fin, le pasteur explique aux fidèles
l'origine des fêtes chrétienne?, puis il eniixe la signification et en montre l'esprit. Par exemple :
Représentons-nous bien la situation où se trouvaient les disciples du Seigneur, et nous comprendrons que les premières fêtes doivent nécessairement avoir été instituées par eux.
Leur divin Maître^ avec lequel ils avaient vécu durant trois ans en qualité de disciples et d'a^iis, en qui ils avaient mis leur espérance^ celle de leur nation et celle de Funivers entier, dont ils avaient entendu la puissante parole, dont ils avaient admiré les miracles, dont ils avaient vu de leurs yeux et entendu de leurs oreilles Tamoùr, la sagesse et la puissance; qu'ils avaient vu enseigner, pratiquer, guérir, exhorter, remettre les péchés, faire le bien et endurer le mal d'une manière digne de Dieu ; ce maître, dis-je, fut exécuté comme un malfaiteur, déposé dans un sépulcre taillé dans le roc, et gardé sévèrement, même après sa mort.
Pendant ces jours si douloureux pour les disciples du Seigneur, alors que, se rappelant qu'il avait prédit sa résurrection, ils ne pouvaient pas bien comprendre le sens de ses paroles, ou du moins y croire fermement... tout à coup il apparaît au milieu d'eux, portant aux pieds et aux mains la marque de ses clous, leur parle de sa voix aimable, qu'ils connaissaient si bien, s'entretient, mange avec eux, se laisse toucher par eux, afin de les bien convaincre que ce n'est pas un autre que lui-même. Or, je vous demande ce qu'ils durent alors éprouver dans leurs cœurs? Et si j'ajoute que, pendant quarante jours, le Seigneur s'entretint souvent avec eux et leur parla du royaume des cieux, qu'il leur promit à plusieurs reprises de leur envoyer l'Esprit de Dieu ; que, le quarantième jour, il les conduisit sur le mont des Oliviers, les bénit et leur adressa ses dernières paroles ; qu'il s'éleva vers le ciel en leur propre présence, et finit par disparaître complètement ; que des envoyés de Dieu se présentèrent à eux et leur dirent : Autant il est vrai qu'il est monté au ciel, autant il est vrai qu'il en descendra, et qu'après cet événement saisissant, ils retournèrent dans la salle encore tout émus et hors d'eux-
mêmes; que ne dut-il pas alors^ je tous le demande, se passer dans leurs cœurs ?
Et si j'ajoute qu'au moment où ils étaient réunis dans une salle, le jour de la Pentecôte^ et priaient ensemble, un vent im pétueux ébranla la salle; que TEsprit de Dieu descendit sou h forme de langues de feu et reposa sur eux; que cet Esprit les inspira et en fit des hommes nouveaux, quelle pensez-vous que tut rémotion de leurs cœurs, lorsqu'ils sentirent en eux la lumière divine, la force divine et le don sublime des langues?
Après avoir ainsi passé ces trois jours de la Résurrection, de l'Ascension et de la Pentecôte, les plus remarquables de leur vie, croyez-vous qu'ils auraient pu les oublier jamais? Cette histoire ne devait-elle pas être l'objet de toutes leurs espérances, le sujet de toutes leurs prédications ? N'est-ce pas sur la vérité de ces faits divins que repose la divinité de l'Évangile, la vérité de la mission du Sauveur, le salut et la vie du monde?
Croyez-vous qu'une année après, lorsque revint pour la première fois la fête de la Résurrection , il leur fut possible de laisser passer ce jour avec indifiërence, et de ne point s'écrier : « Il y a un an aujourd'hui que notre Sauveur est ressuscité du tombeau, et que, venant à nous il nous a dit : Que la paix soit avec vous! » Leur était-il possible d'oublier ce jour où leur frayeur se changea en joie, et de ne point le solenniser ?
Et lorsque, au bout d'une année, le jour de l'Ascension revint pour la première fois, ne durent-ils pas se dire entre eux : « Il y a un an aujourd'hui que nous étions à la montagne, que nous entendîmes pour la dernière fois la voix de notre Seigneur, que nous reçûmes la dernière parole de sa bouche, que nous le vîmes s'élever vers les cieux. » Ce jour, dont le souvenir était encore si présent à leur pensée, fut donc pour eux un jour de fête. u Réjouissons-nous, frères et amis, se dirent-ils sûrement entre eux ; car c'est en ce jour que notre Seigneur est retourné auprès de son Père. »
Et lorsque le cinquantième jour après la résurrection revint pour la première fois, il est impossible que les disciples du Sei-
THBJLOGIK l'ASTORALE. 281
'/ae\xr, que nous nommons apôtres, en quelque lieu qu'ils se soient trouvés, aient laissé passer ce jour inaperçu, puisque o/était en ce jour que le Seigneur les avait favorisés de dons si extraordinaires. L'ébranlement de la maison où ils s'étaient trouvés alors, les langues de feu sous lesquelles était apparu le Saint-Esprit, la transformation soudaine qui s'était opérée dans leur intérieur, le pouvoir de prêcher et d'opérer des miracles, :iinsi que toutes les grâces divines qui leur avaient été accordées, élait-il possible qu'ils oubliassent tout cela? Et s'ils ne l'oublièrent pas, pouvaient-ils se rappeler le grand jour où tant de inerveilles s'étaient opérées en eux, sans en faire un magnifique jour de fête pour les fidèles?
56. Telle est l'origine des principales fêtes chrétiennes ; voilà comment elles se sont instituées d'elles-mêmes, ou plutôt comment Dieu les a instituées.
u Jésus-Christ est ressuscité des morts, il est monté au ciel, il nous a envoyé le Saint-Esprit, et nous l'avons vu de nouveau vivant, et nous l'avons vu monter au ciel, et nous avons reçu le Saint-Esprit. » Voilà ce qu'on nomme les faits divins ; ils produisirent sur les apôtres, témoins oculaires, et sur les fidèles, à qui les apôtres les racontèrent, une impression si profonde que ni les uns ni les autres ne purent jamais les oublier.
Ces faits divins ont donc rendu mémorables les jours où ils se sont passés. Et de même que ce fut Dieu qui ressuscita Jésus d'entre les morts, le fit asseoir à sa droite, et envoya son Saint- Esprit ; de même ce fut lui qui, par ces faits, produisit une impression profonde sur les apôtres et les premières communautés, et qui, par cette impression indélébile de sa puissance, fit de ces trois jours mémorables des jours de fêtes et d'allégresse qui subsisteront éternellement parmi les fidèles.
Que dans la suite, un peu plus tôt ou un peu plus tard, les .supérieurs ecclésiastiques aient élevé ces solennités paisibles des premiers chrétiens au rang des fêtes publiques et universelles, et les aient gravées dans le souvenir des hommes par la pompe dont ils les environnèrent, cela s'explique tout naturellement.
282 THÉOLOiilE PASÏORAU:.
Il faut attribuer la même origine aux autres fêtes du Seigneur. D'après ces explications, il sera facile de résoudre cette question : « Dans quel but les fêtes ont-elles été établies dans l'Église chrétienne ? »
Elles ont été établies pour annoncer annuellement et publiquement dans l'Église universelle le souvenir des faits divins, pour en rafraîchir et éterniser la mémoire parmi les chrétiens, et pour développer, manifester et vivifier ainsi parmi les fidèles Fesprit des choses célestes.
Elles ont été établies pour réveiller le souvenir des miracles de Tamour éternel qui allait s'afî'aiblissant, et pour renouveler dans les esprits de nos jours ces miracles de l'ancien temps.
Elles ont été établies, afin qu'en nous rappelant le souvenir de la Résurrection, de l'Ascension et de la glorification de Jésus- Christ, elles nous préparassent nous-mêmes à devenir le théâtre où ces mêmes faits divins doivent se reproduire.
Elles ont été établies pour produire dans les assemblées publiques et dans la conduite des chrétiens une nouvelle manifestation de la Foi, de la Charité et de TEspéraiice, qui constituent la vie véritablement divine, et pour les préparer par cette manifestation pour le sabbat éternel qui , réalisant le sens mystérieux de toutes les fêtes, les transportera des régions du temps dans les demeures de l'éternité.
Que ce soit là réellement l'esprit des fêtes chrétiennes, c'est ce qu'attestent et les prescriptions des chefs de l'Église, et les ordon^ nances des souverains chrétiens.
Voilà pourquoi, en ces jours de fêtes, les vrais liturgistes ne font point d'autres prédications que celles qui en montrent la signification, et qui ont pour objet de rattacher plus étroitement à Dieu manifesté en Jésus-Christ, les âmes des fidèles.
Voilà pourquoi, aux grandes fêtes du Seigneur, les fidèles sont spécialement invités à s'approcher des sacrements de pénitence et d'eucharistie : l'âme purifiée de ses péchés et réunie à Jésus- Christ, étant d'autant plus capable de comprendre le sens de la tête qu'elle est plus en hnrmonie avec l'esprit de ce grand jour.
Voilà pourquoi la communion solennelle de Pâques se fait à répoque du jour de la résurrection, conformément à une loi générale de l'Église.
Voilà pourquoi, en ces belles solennités^ le culte divin revêt un éclat extraordinaire.
Voilà pourquoi , par une disposition aussi légitime que raisonnable de la puissance civile, toutes les affaires judiciaires sont suspendues les jours de dimanches et de fêtes, que les travaux manuels cessent, ainsi que tout ce qui pourrait troubler la dévotion publique.
Voilà pourquoi tous les pieux chrétiens n'entreprennent ces jours -là aucun voyage, à moins de nécessité, évitent les divertissements publics, et consacrent la plus grande partie de leur temps aux affaires de leurs âmes, à Texamen de leur conscience, à la prière et à la lecture d'ouvrages spirituels.
Ainsi donc , la vraie manière de célébrer dignement les jours de fêtes consiste simplement à résoudre pratiquement ces deux questions : «Pourquoi cette fête est-elle instituée?» et : « Quel est, dans ma position, le moyen le plus facile et le plus convenable d'atteindre ce but, moi et les miens?»
57. Le temps de VAvent (commencement de Tannée ecclésiastique) fournit au pasteur une belle occasion de parler au peuple du motif pour lequel sont instituées les fêtes chrétiennes et de lui indiquer la meilleure manière de les célébrer.
Sans cette connaissance , la piété publique deviendra un sel affadi, incapable de donner dû ton et de la vie à nos autres actions, et propre seulement à rendre la religion inutile pour nous et sans influence sur les hommes qui Tignorent et la méprisent.
Le temps de l'Avent offre aussi une belle occasion de réfléchir : \ 0 Sur ce que le genre humain serait devenu sans Jésus- Christ; 2° sur ce qu'il est devenu grâce à lui; 3<> sur ce qu'il peut devenir; 4» et sur ce qu'il deviendra certainement encore.
On pourra aussi faire valoir cette grande idée : que Jésus • Christ a eu pour précurseur saint Jean, lequel a frayé les voies
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au royaume de Dieu en prêchant la pénitence ; que bien des montagnes devaient être aplanies avant que le soleil brillât dans les cœurs de tout son éclat.
Le liturgiste saura aussi distinguer le triple avènement de Jésus-Christ. La première fois, il est apparu sous la forme d'un esclave; la dernière fois, il apparaîtra dans le plein éclat de sa gloire; la seconde fois, il apparaît en esprit, comme Sauveur et Rédempteur, à quiconque entend, conserve et fait fructifier sa parole. Là où Jésus-Christ n'apparaît pas en esprit, son nom n'est qu'une lettre morte, son Évangile qu'un vain idéal, son royaume qu'une folie.
Comme Sauveur et Rédempteur , Jésus-Christ apparaît en esprit à tous les pieux fidèles qui croient en lui, l'aiment sans l'avoir vu, et s'ahandonnent en toute confiance à sa providence suprême.
58. Le jour de Noël, le pasteur pourra appeler l'attention des fidèles : 1 ° Sur l'importance et la signification de la nativité de Noire-Seigneur ; ^2*>sur le cantique que les anges chantèrent à sa naissance ; 3** sur la gloire de Dieu se manifestant dans l'abaissement de son Fils; 4** sur le dessein de Dieu, qui choisit ce qui est petit aux yeux des hommes pour confondre ce qui est grand, et montrer que ce conseil se révèle dès la naissance du Sauveur ; 5" sur la haute signification de ces trois mots : Le Verbe s'est fait chair; 6*» sur la preuve évidente de la science et de la providence divines, annoncées dans le prophète Michée et accomplies au pied de la lettre; 7* sur l'objet de la mission du Sauveur et sur les obstacles qu'elle rencontre.