‹ Théologie pastorale (volume 2)Chapitre 87 sur 172 · QUELQUES OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

QUELQUES OBSERVATIONS

1 « L'Apôtre, après avoir exprimé les doctrines positives concernant la chute de l'homme, la rédemption du genre humain, la nouvelle justice qui vient de la foi et qui est agréable à Dieu ; après avoir parlé de l'esprit qui doit animer les enfants de Dieu, etc., l'Apôtre édifie sur ces vérités fondamentales une morale aussi universelle qu'elle est simple.

Telles sont par exemple ces deux propositions : « Comportez-

VOUS comme durant le jour, afin que ni vos pensées, ni vos désirs^ ni vos actions^ ni vos gestes n'aient à rougir de la lumière de TÉvangile; » et : « Conduisez-vous de telle sorte qu'on voie à vos actions que vous appartenez à Jésus-Christ. » De même que le guerrier trahit par son costume le maître sous lequel il sert; de même le chrétien montre par sa conduite qui est son Seigneur et son chef. La première de ces propositions, T Apôtre la formule ainsi : « Marchez honnêtement comme pendant le jour ; » et la seconde : « Attirez Jésus-Christ. »

2° Les principales vertus d'un chrétien, d'après la morale de saint Paul, sont : « la tempérance, la pureté, la douceur et la charité ; vertus qui ne consistent pas dans les débauches, les ivrogneries, les impudicités, les querelles et l'envie. »

Par la tempérance, la pureté, la douceur et la charité, la vraie conduite du chrétien se distingue de celle du païen; car le paganisme pratique consiste dans l'impudicité, l'ivrognerie, les querelles et l'envie. Par où l'on voit qu'une foule de chrétiens de nom , se livrant aux vices que nous venons de citer, ne sont autre chose, dans le sein de l'Église, que des païens pratiques. Oh ! qu'il est affreux le coup d'oeil que présente le paganisme au milieu de la société chrétienne !

3° Saint Paul appelle enfants de la lumière ceux-là seuls qui, nés de la lumière, marchent à sa splendeur, et qui, par conséquent, peuvent sans crainte étaler leur intérieur et leur extérier aux regards souverainement purs de Dieu : voilà ce qui en fait des fils de la lumière. Cette lumière, c'est Dieu, et tout ce qui en naît est pur et irréprochable : la lumière est le symbole d'un cœur pur et d'une vie intègre.

40 Saint Paul appelle œuvres des ténèbres, non-seulemeuf l'ivrognerie et la fornication, mais encore Fenvie et les contentions. Ces derniers péchés sont ordinairement mis au dernier rang dans le registre de nos délits, et surtout dans notre conduite. Les disputes des savants, non moins que les procès haineux des ignorants, sont des œuvres de la chair, des fruits d'un cœur charnel et terrestre.

DEUXIÈME DIMANCHE DE L'AVENT (sur saint PAUL, rom.j xv , 4-7).

« Tout ce qui est écrit a été écrit pour notre instruction, afin que nous conservions une espérance ferme par la patience, et par la consolation que les Écritures nous donnent » (Vers. 4).

i '^ Ce verset est précédé de trois autres, où il est dit : « Nous devons, nous qui sommes plus forts, supporter les faiblesses des infirmes, et ne pas nous laisser aller à une vaine complaisance pour nous-mêmes. Que chacun ait de la complaisance pour son prochain, dans ce qui est bon et qui peut l'édifier. Jésus-Christ lui-même n'a eu aucune complaisance pour lui-même ; selon ce qui est écrit : «Les injures qu'on vous a faites sont tombées sur moi. » Après quoi saint Paul continue : « Tout ce qui est écrit a été, etc. »

Il est donc question ici de la conduite que doivent tenir envers les faibles ceux qui ont plus de lumières, comme il ressort encore plus clairement du chapitre xiv. Saint Paul nous trace cette règle : « Avez-vous plus de lumières que votre frère, supportez patiemment son ignorance, et cédez-lui, quand son édification le réclame ; ne vous enorgueillissez pas de la supériorité de votre science ; Jésus-Christ ne se prévalait pas de sa haute dignité, et supportait en patience les blasphèmes dont on Taccablait. »

Cette doctrine est encore, assurément, aussi applicable à notre époque qu'elle Tétait du temps de saint Paul ; car jamais il n'y a eu entre les connaissances une difierence plus grande que de nos jours. On dit bien, comme saint Paul : « Supportez celui qui est plus faible que vous ; » mais la réalité ne répond guère à de si belles paroles. Chacun veut être le plus fort, et personne ne veut supporter un plus faible. Tout en prêchant la tolérance, on cherche à rendre les faibles ridicules. Ce qui vient après : * Cédez à un plus faible, quand il y va de son édification, » est

aussi très-significatif. Le but de la condescendance, c'est Tédification. Ici encore l'exemple du Sauveur met le sceau à la doctrine de saint Paul : Le Messie lui-même ne se prévalait pas de sa haute dignité ; il laissait blasphémer les méchants chaque fois qu'il ne pouvait les réduire au silence sans un plus grand scandale.

20 L'Apôtre s'est servi des paroles de David pour exprimer cette conduite du Sauveur (Ps. xviii^ 4 0) ; et il s'en justifie en disant que tout a été écrit pour notre édification. Par où l'on voit qu'au sentiment de saint Paul, les premiers chrétiens pouvaient consulter a;vec profit les écrits de l'Ancien Testament. Ils pouvaient et devaient y puiser des instructions, de la patience, des consolations et des espérances : « Tout ce qui est écrit a été écrit pour notre édification.» Ces écrits, nous pouvons donc aussi les utiliser ; car, assurément, nous avons autant besoin de consolations que les premiers chrétiens ; comme eux, nous pouvons et devons nous fortifier dans la patience et dans l'espérance ; comme eux, nous pouvons et devons être édifiés par la conduite d'Abraham, de David, de Joseph, etc.. Ce qui était vrai à l'époque de saint Paul l'est encore de nos jours : « Tout ce qui est écrit a été écrit pour notre édification. »

« Que le Dieu de patience et de consolation vous fasse la grâce d'être toujours unis de sentiment et d'affection les uns avec les autres, selon l'esprit de Jésus-Christ ; afin que n'ayant qu'un même cœur et une même bouche, vous glorifiiez Dieu, le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ » {Vers. 5 et 6).

i'' Saint Paul prie le Seigneur d'accorder aux chrétiens, ses frère bien-aimés,la conformité de sentiments et de pensées. Il connaissaitresprit du christianisme. C'est aussi pour nous un devoir de demander, à son exemple, cet unique esprit des chrétiens. Un cœur et une âme : telle est la marque des chrétiens, tels ont été l'enseignement et la pratique de notre divin Maître, telle la conduite de ses premiers disciples. Un cœur et une âme : tel est le doux présent que nous fait le Ciel ; telle est la vraie lumière, le sel de la terre.

S* Le premier fruit que produit cette unité d'âme et de cœur, c'est la glorification du Père céleste. Quand les chrétiens ne forment plus qu'un cœur^ ils se conduisent tous d'après les mêmes vues^ et profèrent tous les mêmes discours. Cette unité de conduite, de pensées et de langage, fait impression sur les autres hommes, elle leur apprend à connaître Dieu dans ces chrétiens qui se distinguent par l'uniformité de leurs sentiments et de leur langage, et à le glorifier.

« C'est pourquoi traitez-vous les uns les autres comme Jésus- Christ vous a traités pour la gloire de Dieu» [Vers, 7).

Jésus-Christ faisait un accueil amical aux Juifs comme aux Gentils; il les recevait indistinctement dans son Église. Montrez les uns envers les autres la même affahilité. Si Jésus-Christ admettait les Juifs dans sa société, vous ne devez point repousser celui qui, hier, était encore païen, mais plutôt le traiter comme un frère. Si Jésus-Christ accueillit les païens dans sa compagnie, vous ne devez point non plus repousser le Juif que ce même Christ favorisa au jour de sa grâce, mais plutôt le traiter en frère. « Traitez-vous amicalement les uns les autres connne Jésus-Christ vous a traités. »

Mais, de même qu'à l'époque de saint Paul, les chrétiens sortis du paganisme et les chrétiens sortis du judaïsme avaient de la peine à ne former entre eux qu'un cœur et qu'une âme; de même il arrive encore souvent de nos jours que des chrétiens nourrissent dans leur cœur des sentiments d'aversion pour d'autres chrétiens, à cause de la difierence extérieure de patrie, de lieu natal, de condition, etc., et manifestent cette aversion dans leur conduite. Il arrive que des chrétiens haïssent d'autres chrétiens à cause de cette différence extérieure.

Eh hien ! dirai-je ici, puisque Jésus-Christ nous a accueillis fraternellement, pourquoi ne ferions-nous pas de même les uns envers les autres? En ce qui concerne la première différence, on entend souvent dans la houche de chrétiens ce mot dédaigneux : a Un tel est Allemand, Itahen, Belge, Suisse, etc. » Tel ne serait pas le langage de saint Paul : a En Jésus-Christ, dirait-

il, il n'y a ni Allemand, ni ItalieU;,ni Belge, ni Suisse, car vous n'êtes qu'un en Jésus-Christ (1). »

Ce langage discordant, inspiré par l'esprit de parti, retentissait aussi autrefois dans la bouche de certains ecclésiastiques. « Celui-ci est un Bernardin, celui-là un Bénédictin, celui-ci un Carme, celui-ci un Pétrinien ; et quand, par malheur, il s'en trouvait un qui était. .. grand Dieu ! alors le feu était aux quatre coins du pays. — Chers amis ! oublions toute distinction extérieure, et accueillons-nous les uns les autres avec la mome bonté que Jésus-Christ nous a accueillis. C'est là ce qu'enseignait saint Paul, et quiconque agit autrement , ne sera jamais un avec la vérité.

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