VII. LE CHRIST ET LE NOUVEAU CHRÉTIEN
A . L'intention de Dieu, en nous envoyant Jésus-Christ, a été pur amour. Le Père a envoyé dans le monde ce qu'il avait de plus cher et de plus précieux, son Fils [Hébr., i, 2). Le Père a envoyé son Fils sous la forme d'esclave [Jean, i, U). Le Père a envoyé son Fils par amour {Jean, iv, 9)- L'amour de Dieu envers nous s'est manifesté en ce qu'il a envoyé dans le monde son Fils unique (I Jean, iv, 9). Le Père a envoyé son Fils par amour, par conséquent non pour damner le monde, mais pour le sauver (/ea/i, m, 1). Le Père a envoyé son Fils par amour, par conséquent non à cause de nos mérites, mais parce qu'il nous aimait. « Depuis que la bonté de Dieu notre Sauveur, et son amour pour les hommes a paru, il nous a sauvés, non à cause des œuvres de justice que nous eussions faites, mais à cause de sa miséricorde » (II Tim., m, 4, 5). Par conséquent, en nous donnant son Fils il nous a tout donné : « Celui qui n'a pas même épargné son propre Fils, mais qui l'a livré pour nous tous, comment avec lui ne nous donnera-t-il pas aussi toutes choses ? » Par conséquent, il ne nous a pas envoyé son Fils pour nous faire une visite de quelques instants, mais pour qu'il vécût parmi nous, sacrifiât sa vie pour nous, nous fît naître aune vie nouvelle; pour qu'il nous élevât jusqu'à la droite du Père
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et se chargeât de nos intérêts auprès de lui. « Comme Moïse dans le désert érigea le serpent, il faut de même que le Fils de Phorame soit élevé en haut^ afin que quiconque croit en lui ne périsse points mais qu'il ait la vie éternelle ; car Dieu a tellement aimé le monde^ qu'il a donné son Fils unique » {Jean, m, \ky 15). Voilà jusqu'où doit s'élever le regard du chrétien en contemplant la crèche de Jésus ; au lieu de ne voir que les pleurs d'un enfant, il doit considérer su naissance comme étant celle du Messie : Dieu a envoyé son Fils pour nous admettre de nouveau 'au rang d'enfants de Dien, après que nous avions déshonoré sa famille. Voilà jusqu'à quel point le Père nous a aimés {Jean m, I ) ! « A ceux qui l'ont accueilli, il leur a donné puissance de devenir enfants de Dieu » (Jean, i, 1 %). Il y a longtemps que, selon la complaisance de sa volonté, il nous a admis au rang de ses fils adoptifs [Eph., \i, 5). Dieu a envoyé son Fils pour nous purifier de nos péchés, pour enlever les iniquités de la terre (/ean, in/5). Il est apparu pour trouhler les œuvres de Satan : « La grâce de notre Sauveur a paru à tous les hommes, et elle nous a appris que, renonçant à l'impiété et aux passions mondaines, nous devons vivre dans le siècle présent avec tempérance, justice et piété, étant toujours dans l'attente de la béatitude que nous espérons et de l'avènement glorieux du grand Dieu et notre Sauveur Jésus-Christ, qui s'est livré lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité, et de nous purifier, pour se faire un peuple particulièrement consacré à son service, et fervent dans les bonnes œuvres » (Tit., ii, i1- 15). « Dieu nous a élus en lui avant la création du monde, afin que nous fussions saints et irrépréhensibles devant ses yeux, nous ayant prédestinés par un efi'et de sa bonne volonté pour nous rendre ses enfants adoptifs par Jésus-Christ » (Eph., i, 4, 5). «Quiconque est né de Dieu ne commet point dépêché; parce que la semence de Dieu demeure en lui ; et il ne peut pécher, parce qu'il est né de Dieu » [Jean^ m, 9). a L'amour de Dieu consiste à garder ses commandements » (I Jean, v, m). « C'est en ceci que l'on reconnaît ceux qui sont enfants de
Dieu, et ceux qui sont enfants du diable : tout homme|qui ne fait point les œuvres de justice n'est point de Dieu » (I Jeon, m, 10). Et de même que c'est uniquement par amour que Dieu a envoyé son Fils^ ainsi ce n'est que par amour pour nous que le Fils a pris la forme d'esclave. C'est pour Tamour de nous que riche^ il est devenu pauvre, afin de nous enrichir par sa pauvreté (Il Cor., vu, 9). «Nous avons reconnu l'amour de Dieu envers nous^ en ce qu'il a donné sa vie pour nous » (iJean, m^ 16). « Il m'a aimé, et s'est livré lui-même à la mort pour moi » (Galat., ii^ 20).
B. Si l'intention du Père en nous envoyant son Fils a été pur amour, si Jésus-Christ lui-même n'a agi que par charité^ il s'ensuit que Tégoïsme, qui est le propre péché de tout pécheur, et qui est directement opposé à l'esprit du christianisme, est le principe qui lutte sans cesse contre les intentions de Dieu et contre l'esprit de Jésus-Christ. L'égoïsme, enfant de ténèbres, travaille contre Dieu le Père, devenu en Jésus-Christ le salut du monde. L'égoïsme, engendré dans la mort spirituelle, lutte contre la vie éternelle, qui veut ressusciter les morts et qui travaille infatigablement à anéantir la mort même. Tuez en vous régoïsme, et aussitôt y apparaîtront la charité, la lumière et la vie.
« Le chrétien, disait un profond penseur, dans un sermon de Noèl, célèbre une triple naissance : Naissance du Fils éternel dans le silence de l'éternité, naissance du fils de l'homme dans la plénitude des temps, naissance du Christ dans l'esprit de l'homme qui, croyant en lui, en reçoit la puissance de devenir enfant de Dieu.
» Cette triple naissance, l'Église la célèbre dans les trois messes qui se disent le jour de Noël. La première, qui se dit à minuit, indique la première naissance au sein de l'éternité; la seconde, qui se dit à l'aurore, figure la naissance du Sauveur, qui annonça le crépuscule du jour ; la troisième, qui se dit en plein jour, représente la renaissance de l'homme à la vie éternelle, opérée par l'esprit du Christ. »
59. La manifestation de Jésus devant les païens résout cette grande question : « Gomment pouvons-nous aller à Dieu et à Jésus-Christ ? » Aussi, le prêtre et le peuple ne sauraient mieux célébrer l'anniversaire de FÉpiphanie de Jésus qu'en rivalisant d'une sainte ardeur pour résoudre pratiquement cette question : « Comment puis-je aller à Jésus ? » Donnons ici, en faveur des moins exercés, un essai destiné à faire comprendre cette importante question.
« Je ne puis m'empêcher de penser sans cesse aux mages d'Orient; c'étaient des hommes au cœur si franc et si généreux, qu'ils n'avaient rien de plus pressé que de trouver la vérité. Us partirent d'un pays lointain et se rendirent à Jérusalem; quant aux bergers, ils étaient moins éloignés de la crèche. Ils suivirent une étoile qui les conduisait. C'était là, assurément, un singulier conducteur. Ces bergers étaient plus tranquilles qu'eux, une ange leur ayant dit d'une manière précise où se trouvait l'enfant. Ils n'eurent garde de se déconcerter quand on leur dit, à Jérusalem, qu'on ne savait rien de la naissance d'un nouveau roi ; ils ne se méfièrent pas de l'étoile ; ils prirent partout des informations, allèrent en toute simplicité trouver Hérode, ajoutèrent foi à ses indications, se mirent en marche pour Bethléem, virent de nouveau l'étoile, ce qui les réjouit grandement, et la suivirent jusqu'à ce qu'elle s'arrêtât sur la maison où était Jésus. Ils entrent, se mettent à genoux, adorent, et racontent la manière miraculeuse dont Dieu les a dirigés. Ils se témoignent mutuellement la joie ineffable qu'ils éprouvent, et à laquelle Marie et Joseph s'associent. Eh bien , si au lieu de suivre rétoile, ils s'étaient dit : Pourquoi voyagerions-nous ainsi à l'aventure? tout le monde se moquera de nous; si Dieu ^eut que nous partions, il saura bien nous le faire mieux connaître ; s'ils étaient restés tranquillement assis chez eux , auraient-ils trouvé Jésus? Ainsi donc, quiconque veut trouver le Sauveur, doit embrasser avec courage et confiance le chemin du salut; il doit, sans consulter ni la chair ni le sang, se lever, partir et faire ce que Dieu lui commande. Si, arrivés à Jérusalem, ils
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n'avaient pas mis tant d'empressement à prendre des informations, toutes leurs peines eussent été de nouveau en pure perle : ils n'auraient pas trouvé Jésus. C'est pourquoi celui qui veut trouver le Sauveur ne doit reculer devant aucun obstacle ; il ne doit point se décourager en face de quelque impossibilité apparente, mais il doit demander en toute sincérité et se confier en la sagesse divine ; il doit faire ce que lui conseillent sa conscience et la vérité déjà connue ; il doit persévérer : alors il trouvera Jésus. Les mages eurent beaucoup à souffrir avant d'arriver auprès du Sauveur ; la maison où il se trouvait était bien éloignée de leur pays ; il y avait bien des pas à faire avant de pouvoir s'agenouiller aux pieds du divin Enfant. Mais comme ils ne se lassèrent point, à force de marcher, de questionner, d'espérer, de combattre et de prier, ils arrivèrent à leur but. L'étoile ne brilla pas toujours; quand ils furent arrivés à Jérusalem, elle disparut, et ils ne surent plus do quel côté se diriger. Heureusement, l'obscurité ne les arrêta pas plus que les fatigues ne les avaient rebutés. Ils espèrent, cherchent de nouveau, et voilà que l'étoile reparait devant eux.
» La conduite de ces saints personnages nous fournit une double leçon, qui nous est d'une grande importance, si nous voulons atteindre le but de notre voyage, le salut éternel.
» La -première, c'est que, quand Dieu nous appelle à lui par sa lumière et par sa parole, nous ne devons pas hésiter, imaginer des empêchements, consulter nos inclinations ou les hommes légers et insouciants ; mais nous lever, partir, faire ce que Dieu nous prescrit, et sacrifier les choses les plus chères et les plus agréables à Dieu, quand il est question d'accomplir sa volonté suprême.
» La seconde, c'est que, quand de nouveaux obstacles se présentent à nous sur la voie du salut, que nous rencontrons toutes sortes de souffrances, que notre étoile pâlit et disparaît, nous ne devons ni reculer ni perdre courage, mais prier, persévérer, consulter, combattre : alors la lumière reviendra, et la joie rentrera dans notre cœur.
» Au surplus, notre tâche, du moins en partie, est plus facile que celle des mages ; nous n'avons pas seulement pour nous éclairer une étoile lointaine; la lumière du soleil évangélique nous envoie immédiatement son plein éclat. Combien de fois n'entendons-nous pas dans les sermons, ou ne lisons-nous pas dans les saintes Écritures que Jésus est venu chercher ce qui était perdu; que si nous le voulons, nous pouvons aller à lui par la foi et par la pénitence? Ce n'est pas seulement Hérode, mais tous les Apôtres, tous les livres du Nouveau Testament, tous les Pères de l'Église, tous les prédicateurs, tous les pieux chrétiens, tous les confesseurs, qui nous conseillent d'aller à Jérusalem ; tous ceux-là ne cessent de nous dire : « Croyez en Jésus-Christ, mettez en lui votre confiance, faites ce qu'il vous enseigne, et vous trouverez la paix et la tranquillité de vos âmes. » — Et, ce qui vaut mieux encore, ce n'est pas seulement la voix du prédicateur, la lettre de la parole de Dieu , qui nous convie auprès du Sauveur ; le Saint-Esprit lui-même nous y exhorte et nous y pousse dans le fond de notre cœur. Si, malgré tant d'encouragements, nous restons indifférents pour notre saint, si nous n'avons point de goût et de sens pour la grâce de Jésus-Christ; si nous continuons à ne faire que ce qui nous plaît, et négligeons sans cesse ce qui peut nous conduire à Dieu et nous unir à lui, je crains fort qu'au jour du jugement les mages d'Orient ne se lèvent contre nous et nous condamnent, etc. »
60. Que le chrétien éclairé voie dans la manifestation de Jésus-Christ aux bergers et aux mages l'annonce des grands desseins de la Providence, tels que l'introduction dans l'Église chrétienne, des juifs et des païens, des savants et des ignorants, c'est ce qui saute aux yeux les moins clairvoyants.
61 . Mais que chacun de nous ait, pendant sa course à travers la vie, une étoile particulière qui brille, s'éclipse et reparaît tour à tour, étoile qui est celle de notre salut, parce que, quoique d'un éclat différent pour chacun de nous, elle nous conduit tous au même Dieu en Jésus-Christ, c'est ce que nous voulons examiner plus en détail.
62. Vlustoire de la présentation de l'Enfant Jésus au Temple fournit au liturgiste un riche fonds de méditations très-instructives pour les fîdèleS;, et éminemment propres à vivifier le culte public. Les Écritures de TAncien Testament, aussi bien que celles du Nouveau^, recommandent tout particulièrement la crainte du Seigneur^ si douce dans ses incitations, si forte dans ses œuvres, si magnifique dans ses effets et si salutaire dans toutes ses conséquences. Cet ensemble/ à lafois varié et unique, se rencontre partout dans Thistoire de la présentation de Jésus au Temple.