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PORTRAIT D'UN BON ÉVÊQUE ET D'UN BON PASTEUR

1° « Il doit être irrépréhensible dans sa conduite » (vers. 2) :

C'est-à-dire, il doit être non- seulement exempt de crimes et de vices, mais encore, autant qu'il dépend de lui, à l'abri de tout soupçon qui ferait supposer qu'il en est coupable.

Cette exemption de reproches devant les hommes doit être accompagnée d'efforts infatigables pour en être exempt aux yeux de Dieu et de sa propre conscience.

Cette exemption de reproches a donc trois degrés : I ° exemption devant les hommes, qui ne voient pas l'intérieur ; 2° exemption aux yeux de la conscience, qui juge l'intérieur ; 3° exemption aux yeux de Dieu, qui voit les taches quo n'aperçoit pas la conscience même la plus sincère.

Le plus beau panégyrique d'un évêque ou d'un pasteur serait donc celui-ci : « Il a vécu irréprochable devant le peuple, devant sa conscience, devant son Dieu. »

2° Ce que saint Paul a appelé irréprochable, en un seul mot, il l'a expliqué par une foule d'expressions.

L'évêque doit être « sobre, prudent, grave, modeste, chaste, hospitalier, capable d'instruire; il ne doit être ni sujet au vin ni violent, ni prompt à frapper; mais équitable, modéré, éloigné des contestations, désintéressé » {vers. 2 et 3). Nous apprenons donc ici : 1° ce que le ministère des âmes ne doit pas être. Il ne

doit être : a, ni querelleur, ni violent, ni porté aux contestations ; b, ni ami de la bonne chère; c, ni intéressé. » Ce paganisme pratique avilit en effet tout chrétien, à plus forte raison le chef de la communauté. Nous y voyons : 2° ce qu'il doit être. Il doit être : a, « capable d'instruire; b, prudent, vigilant ; c, chaste, grave ; d, sobre, et néanmoins hospitalier. » Ces vertus, nées de l'esprit de l'Évangile, font du pasteur des âmes l'ange et l'ami de sa communauté. Docteur, il la forme à la vertu ; pasteur prudent et vigilant, il la préserve du mal; chaste, modeste, grave, hospitalier, il se concilie de plus en plus sa confiance, et par conséquent se rend de plus en plus digne d'édifier dans sa communauté le royaume de Dieu.

3° Ce que saint Paul dit [vers. 4, 5) de la femme et des enfants ne s'applique pas aux ecclésiastiques de nos jours ; mais les paroles suivantes : « Si quelqu'un ne sait pas gouverner sa propre famille, comment pourra~t-il conduire l'Église de Dieu,» s'appliquent à tous, mais surtout aux pasteurs accablés sous les charges de l'économie domestique, etc., et elles sont d'une haute signification. « Comment celui qui ne sait pas gouverner sa propre maison pourrait-il conduire l'Église de Dieu ? » Cette conclusion intéresse tous les pasteurs des âmes de tous les temps.

Comment, en effet, celui qui ne soigne pas ce qui le touche de si près pourrait-il administrer la communauté, qui, à \rai dire, n'est pas sa chose, mais la propriété de Dieu ? Comment celui qui n'est pas fidèle dans les petites choses le serait-il dans les grandes? Quand un pasteur ne sait pas ordonner sa propre maison, peut-il espérer qu'il préviendra ou réparera le désordre dans sa paroisse? Et puisque nul pasteur ne saurait vivre dans l'air, et qu'il a besoin d'avoir au moins quelques personnes autour de lui, il lui importera toujours de se comporter, en face de ceux qui l'approchent de plus près et qui font d'habitude la bonne ou la mauvaise renommée du pasteur dans la paroisse, de telle sorte que la régularité dans ses affaires domestiques éveille de bonnes présomptions sur sa régularité dans les devoirs de sa charge.

4J « Que ce ne soit point un nouveau converti, de peur qu'il ne s'enorgueillisse et ne s'élève . »

Avec quelle sollicitude et quelle tendre prévoyance FApôtre s'intéresse au bien de la communauté ! Il voit non-seulement le présent, mais encore l'avenir. Cette sollicitude de l'Apôtre, prise au pied de la lettre, n'aurait plus de nos jours qu'une rare application; mais l'esprit de cette doctrine convient à toutes les époques. Dans le choix d'un pasteur, il faut prendre en considération tout ce qui pourrait être nuisible et dangereux au pasteur ou à la communauté, ou à l'un et à l'autre. Qui ne souhaiterait de voir toujours un saint Paul décider dans le choix des évêques, dans leurs nominations, dans leurs confirmations et dans tous les exercices des droits de patronat, et de le voir assez fort pour procurer aux bons la prédominance sur les méchants ? Quelle rapide transformation s'opérerait dans le pasteur et dans le troupeau ! '

5° « Il faut aussi qu'il soit en bonne réputation auprès de ceux qui ne sont pas chrétiens, de peur qu'il ne soit un objet de blasphème public, et qu'il ne tombe dans les pièges du démon » (ni, 7 ).

Si saint Paul exige que l'évêque jouisse d'une bonne renommée auprès des non-chrétiens, des juifs et des païens, comment se fait-il que des personnes zélées et bien pensantes croient devoir soupçonner tant d'hommes de bien, par cela seul qu'ils jouissent auprès de chrétiens non catholiques de la réputation d'hommes raisonnables? Pourquoi cette manière de penser contraire à l'esprit de saint Paul? Qui que vous soyez qui endurez les fouets de ces hommes insensés et injustes, continuez à faire le bien, et abandonnez à Celui qui voit et juge les cœurs, le soin de sauver votre innocence ! Mais aussi que celui qui se permet de censurer un homme de bien se demande en présence du Seigneur et la main sur la conscience : « Saint Paul penserait -il comme moi? Et si le disciple éclairé du Seigneur contestait la sagesse de mon zèle et la justesse de mon jugement, comment supporterais-je la face du Seigneur , lorsqu'il viendrait juger mon frivole jugement?» L'intention qu'avait saint Paul en traçant ce précepte est du reste aussi apostolique que le précepte lui-même :

« Le guide de la communauté doit faire éviter les blasphèmes publics, et ne pas tomber dans les pièges du démon. » 123. « Conduisez-vous au milieu de la communauté comme dans la maison de Dieu » (m, 4 5).

Charmante idée que celle qui nous montre dans l'Église de Dieu la maison du Seigneur ! cette maison qui, comme le dit ailleurs saint Paul, est « bâtie sur la pierre angulaire, Jésus- Christ, et édifiée sur le fondement des Prophètes et des Apôtres.» Le maître de cette maison, c'est Jésus-Christ ; les membres les chrétiens, et l'administrateur Févêque. Que saint Paul donne à la communauté le nom de « maison de Dieu, » il n'y a rien là qui doive étonner celui qui sait que tout chrétien est un temple de Dieu, une maison du Seigneur.

Or, si chaque communauté est une maison de Dieu, Févêque et le pasteur doivent traiter leurs frères en Jésus-Christ comme des familiers du Seigneur; Févêque lui-même est Fun de ces familiers, mais il est en même temps administrateur. Il doit veiller et être attentif sur ses frères, parce qu'il est administrateur; mais il leur doit en même temps le premier respect et le premier amour, parce que, comme lui, ils sont membres de la maison de Dieu.

Que de vérité et d'amour dans cet antique précepte : Le pasteur est administrateur et membre de la maison de Dieu! Comme administrateur de la maison de Dieu, il doit la fidélité et la vigilance ; comme membre de cette maison, il doit la charité et la douceur.

Voici, ce nous semble , un excellent sujet de conférences religieuses. Les ecclésiastiques sont exposés à deux écarts : quelques-uns, contents d'avoir prêché le dimanche, ne s'occupent nullement de la surveillance de leur paroisse ; d'autres, infatués de leur dignité imaginaire, traitent leur paroisse avec hauteur et fierté. Les uns oublient qu'ils sont administrateurs ; les autres qu'ils sont membres de la maison de Dieu. Les vrais pasteurs trouvent dans ce mot de saint Paul : « Conduisez -vous dans la communauté comme étant dans la maison de Dieu, » tout leur Évangile.

124. « L'Église de Dieu — base et colonne de la vérité. » (in, 15).

Nulle erreur, nulle persécution n'en triomphera : elle est la maison de Dieu, la colonne de la vérité. Je m'en tiendrai là, malgré l'oppression sous laquelle gémiront la vérité et la vertu. Dieu protégera sa maison. C'est une puissante consolation pour le pasteur de pouvoir se dire au milieu de l'inconstance des opinions : Dieu sauvera sa maison, il en connaît tous les membres. — L'Église est la colonne de la vérité, parce qu'elle annonce le même Évangile qu'ont annoncé Jésus-Christ et les Apôtres, parce qu'elle rend témoignage à cet Évangile par ses paroles, par ses actions et par son sang, et parce qu'elle le conserve dans toute sa pureté.

125. Le contenu de cette doctrine est véritablement le grand mystère d'amour : ce mystère, c'est que « Dieu s'est fait voir dans la chair, qu'il a été justifié par le Saint-Esprit, manifesté aux Anges, prêché aux nations, cru dans le monde, reçu dans la gloire » (m, 16).

Voilà ce que doit prêcher le prédicateur chrétien. Après avoir dit que l'Église est la colonne de la vérité, saint Paul montre le plus beau côté de cette vérité que l'Église porte et conserve comme sa colonne.

Ce qu'il y a de plus excellent dans cette vérité, c'est le mystère d'amour ; un mystère, parce qu'il était inconnu aux anges et aux hommes, et parce que c'est proprement Dieu en Jésus- Christ qui a apporté la charité dans le monde.

Ce mystère devait, comme Évangile, être manifesté à chacun par les Apôtres et par l'Église. Et voyez comme ce qui est mystère devient aussitôt histoire! La manifestation de Dieu dans la chair, c'est de l'histoire; l'apparition de Jésus comme Messie, ses paroles, ses actions, sa force, c'est de l'histoire. Jésus annoncé à tous les peuples, c'est de l'histoire ; la participation des anges et des hommes à sa gloire, c'est de l'histoire.

Vous voyez combien celui-là connaît peu sa religion, qui fait peu de cas de l'histoire de Jésus- Christ, qui déplace ses disci-

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pies du terrain solide de l'histoire pour les introduire dans le monde vaporeux de ses conceptions. Oui, ce que saint Paul a appelé un grand mystère d'amour, ce qui, grâce à lui, est devenu un Évangile universel, doit aussi être pour moi un Évangile d'un grand prix, un grand mystère, un mystère d'amour éternel et infini, révélé en Jésus-Christ, et un Évangile de salut que Dieu nous a envoyé en Jésus-Christ.

126. « Éloignez-vous des imposteurs et des hypocrites, dont la conscience est noircie de crimes , qui interdiront le mariage et les viandes que Dieu a créées pour être reçues avec actions de grâces par les fidèles , et par ceux qui connaissent la vérité. Car tout ce que Dieu a créé est bon , et on ne doit rien rejeter de ce qui se mange avec action de grâces, parce qu'il est sanctifié par la parole de Dieu et par la prière » (iv, 1 -6).

Ces paroles renferment de grandes leçons pour les pasteurs des âmes — a. Evitez les imposteurs , qui font des commandements de Dieu où il n'y en a pas , qui veulent être plus sévères que l'Évangile, qui préfèrent partout le chemin étroit à la voie spacieuse , et qui, par leur sévérité sans bornes, étouffent la liberté des âmes et égarent les consciences innocentes. Évitez ces imposteurs qui défendent ce qu'eux-mêmes ne croient pas être défendu, qui, faisant la loi, vivent eux-mêmes sans loi , et qui, par conséquent, montrent dans leur doctrine en contradiction avec leur vie, la noirceur de leur conscience. Mauvaise garantie pour un maître que de porter des crimes dans sa conscience ! - b. Enseignez à votre communauté à bien user des choses naturelles, et annoncez trois vérités : la première, que ce que Dieu a créé est bon , et n'est pas pernicieux en soi ; la seconde, qu'il devient sacré, quand on s'en sert en vue de Dieu, comme d'un don venant de lui , avec reconnaissance et respect pour son saint nom. Ici s'offre une belle occasion de parler des réjouissances des chrétiens. Le plaisir modéré n'est pas pour autant une jouissance chrétienne : pour qu'il mérite ce nom, pour qu'il soit chrétien, saint et sanctifiant, il faut qu'il soit modéré en vue de Dieu et accompagné de reconnaissance. Une pareille

jouissance fait du boire et du manger une action chrétienne, un hommage à Dieu. La troisième vérité qu'il faut annoncer , c'est qu'il est permis , pour apprendre à se vaincre soi-même , pour se préparer à des privations plus pénibles , pour des motifs nobles et agréables à Dieu , de se limiter de diverses manières dans la jouissance des nourritures. L'Église, en nous fournissant, par ses préceptes, Foccasion de nous livrer à cet exercice, n'est nullement en contradiction avec l'Écriture , comme on l'en a si durement accusée.

127. «Fuyez les fables impertinentes et puériles » (îv, 7). Il y avait des fables de ce genre du temps de saint Paul ; n'y

en aurait-il pas aussi de pareilles de nos jours ? C'est pourquoi examinez attentivement si la manière d'agir et de penser de votre communauté, et la vôtre avant tout, concordent avec le contenu si évident de la doctrine de l'Apôtre et avec le pur modèle de sa conduite. Examinez attentivement si vous et votre peuple comprenez l'essence du christianisme , si peut-être des doctrines fausses et imaginaires ne vous ont pas éloignés, vous et votre communauté, de notre Sauveur Jésus-Christ, pour vous porter sur des choses accessoires.

1 28. « Exercez-vous à la piété (dans le commerce continuel de votre âme et de votre esprit avec Dieu) ; car les exercices corporels servent à peu de chose... Mais la piété est utile à tout, et elle a les promesses de la vie présente et de la vie future. C'est là une vérité certaine , et digne d'être reçue avec soumission » (iv, 8-9).

Tout ce qui est simplement corporel, extérieur, sert à peu de chose; s'empresser, courir... ne rend pas heureux. Au contraire, l'union intime et permanente du cœur et de l'âme avec Jésus-Christ, et par lui avec son Père, et la conduite qui résulte de cette union , sont utiles à tout. Cette vraie piété est déjà icibas la vie éternelle, bien qu'encore voilée; mais là-haut elle sera à la fois éternelle et magnifique. La vraie piété est la source du vrai bien-être. Quand je vois des âmes pieuses supporter courageusement la souffrance, de suite ces paroles me reviennent

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à la pensée : « La piété est utile à tout. » Cette doctrine de l'Apôtre ne saurait être trop inculquée de nos jours où Ton parle tant de politique, de population, de législation, d'arts, de sciences, de bibliographie , d'économie, d'industrie, etc., et si peu de la piété. Tous ces grands discours et ces grands mots perdraient singulièrement de leur vogue, si la piété se rencontrait dans un grand nombre. Jeune homme, n'oubliez jamais cette parole : Pietas ad omnia utilis ; elle vous préservera de bien des erreurs et des égarements; si vous pouviez croire cette seule parole que vous adresserait un ami dans vos conversations avec lui, elle vous rendrait plus sage que toutes les bibliothèques et toutes les sciences ne pourront jamais le faire. Ne croyez pas , d'ailleurs , que la piété perde quelque chose de sa haute valeur parce que l'Apôtre a dit « qu'elle est utile à tout.»

Il faut que ce soit quelque chose de bien précieux , ou plutôt que ce soit le souverain bien de l'homme , ce qui, après l'avoir rendu en ce monde bon, sage, paisible , doit encore un jour le rendre heureux. Or , ce bien , c'est la piété ; il est vrai que dans cette vie elle procure plus de vertu que de joie ; cependant elle est déjà le bonheur dans son principe ; mais , dans l'autre monde, elle sera tout à la fois la sainteté et la félicité.

i 29. « C'est pourquoi travaillez avec courage , et souffrez qu'on vous maudisse , puisque nous espérons au Dieu vivant , qui est le Sauveur de tous les hommes, principalement des fidèles. » (iv, 10).

Qui veut trouver des consolations doit les chercher à leur source.

Celui qui veut faire le bien, et qui, pour le faire , se laisse maudire, a besoin de consolations. Il n'y a qu'un Dieu, ce Dieu unique est le Dieu vivant, ce Dieu vivant est, en Jésus- Christ, ie salut des hommes ; ce salut des hommes est aussi le mien ; je veux mettre ma confiance en ce Sauveur; fortifiés par lui, nous pouvons faire le bien et endurer le mal. Tels sont les sentiments, telle est l'œuvre journalière du chrétien : faire le bien, souffrir l'injustice, et en même temps mettre sa confiance au

Seigneur. Celui qui veut faire le bien doit se résigner à être inaudit ; mais celui qui, en le faisant , met sa confiance au Sauveur de tous les hommes, ne craint aucune malédiction.

430. « Comportez-vous de telle sorte que personne ne vous méprise à cause de votre jeunesse » (rv, 12).

Gravité dans les mœurs, éloignée de toute légèreté, mais ne repoussant pas les faibles et ne voulant pas paraître plus âgée qu'elle ne l'est réellement; affabilité qui attire les simples, sans provoquer l'insolence des méchants ; activité paisible, prudence virile, voilà ce qui vous doit mettre hors des atteintes de la critique.

Saint Paul, prévoyant d'avance de quel côté ïimothée serait le plus accessible aux reproches, s'efforçait de le prémunir de ce côté-là.

Il était bien éloigné de ce préjugé ou de cette jalousie commune entre gens de même condition, et qui se rencontre aussi dans les vétérans du sacerdoce, lesquels, lorsqu'ils aperçoivent un jeune ecclésiastique, le regardent de travers et se disent entre eux : « Ce jeune homme ne comprend rien atout cela; » devenant ainsi la cause que ce jeune homme est méprisé du peuple en considération de son âge. — Chers amis, si votre âge avancé vous donne de véritables avantages, prouvez-le en servant, par votre exemple, de modèles aux jeunes ecclésiastiques, en les faisant profiter de votre science, et en les élevant par votre charité indulgente. Tel était l'esprit de saint Paul; si cet espritlà vous manque , avec toute votre expérience et vos cheveux séculaires, vous n'êtes encore que des enfants.

13!. « Rendez-vous l'exemple et le modèle des fidèles dans les entretiens, dans la manière d'agir avec le prochain, dans la charité, dans la foi, dans la chasteté » (vers. \% ).

Voilà, en abrégé, la plus parfaite théologie pastorale; tel est le résumé de toutes les prédications. Le pasteur qui enseigne doit ètrj un modèle de vertu, afin que sa paro.e ne soit pas dépourvue de sa véritable éloquence ; il doit être un modèle de charité, de foi, de chasteté, afin que sa vie soit une

reproduction vivante de ce qui constitue l'essence du christianisme, et que l'âme de l'auditeur s'ouvre à la parole de l'orateur. Le docteur du christianisme doit être un modèle pour tous les chrétiens, afin que tout œil qui tombe sur lui voie briller sur sa figure le rayon de la véri té ; il doit être un modèle dans la doctrine et dans les conversations, afin que l'homme ne contredise jamais le docteur, que la vie privée ne soit jamais l'opposé de la vie publique. Celui qui est un modèle de vertu a déjà par cela même réalisé le côté le plus difficile de son ministère. Quand le prédicateur muet, je veux dire l'exemple, est irréprochable, la voie est déjà frayée dans le cœur des auditeurs au prédicateur réel. Toutefois, la parole vivante ne doit pas faire défaut, de même que la vérité ne doit jamais être absente de la prédication de la vérité.

1 32. « Le pasteur des âmes doit joindre aux exhortations et aux enseignements qu'il adresse au peuple, la lecture de l'Écriture sainte » (îv, 1 3) .

L'Écriture fournit le fond, la parole vivante donne les explications. Ainsi en était-il d'après saint Paul, ainsi devra-t-il en être toujours. Saint Paul assigne à la parole vivante un triple ministère : la lecture, l'instruction, l'exhortation. La lecture fournit la nourriture à l'intelligence et au cœur; l'instruction agit sur l'intelligence; l'exhortation, sur le cœur. Dans cette triple fonction , la voix humaine a aussi un triple accent : le ton de la lecture est différent de celui de l'enseignement, et celui de l'enseignement différent de celui de l'exhortation. Le but de l'enseignement, la préparation à l'enseignement, le degré de sensibilité où se trouve le cœur humain, et surtout la mesure de l'amour divin, qui donne de l'onction à l'enseignement : voilà ce qui forme l'accent de l'orateur.

133. « Le vrai pasteur des âmes fait en sorte que ses progrès soient connus de tous. Il ne néglige pas la grâce qui lui a été donnée par l'imposition des mains; il veille sur son cœur et sur sa doctrine, et fait en sorte que tous ceux qui l 'écoutent soient sauvés » (iv, 14-16).

Ainsi donc, l'essentiel du pasteur, c'est: i° de croître en forces spirituelles, et de manifester cet accroissement devant les fidèles par les œuvres de l'humilité, de l'amour et de la fidélité. Un grand nombre de pasteurs n'ont pas malheureusement de plus grande préoccupation que celle de savoir comment ils payeront leurs dettes et se procureront un ameublement plus somptueux. Les dettes, il les faut payer assurément, et la maison du prêtre doit être en proportion de la dignité de l'homme ; mais sa première préoccupation ne reste pas moins celle-ci : La vie de l'âme doit chaque jour se développer en moi, et les fidèles doivent s'en apercevoir en eux et en moi.

2° Ainsi donc, la mission, le but du pasteur, c'est 4e se sauver, lui et les autres, par la vigilance sur lui-même et la surveillance sur les fidèles. A la vérité ce n'est que Dieu, à proprement parler, qui sauve; mais les dons de Dieu ne passent pas moins par les mains des hommes. Plusieurs ne donnent pas d'autre preuve qu'ils ont reçu l'imposition des mains que celle de porter la tonsure et l'habit ecclésiastique : ce qui manifeste plutôt le mérite du tailleur ou du perruquier que le leur.

134. « Ne reprenez pas durement; que les prières et les avertissements soient vos armes. Conversez avec les vieillards comme avec vos pères, avec les femmes âgées comme avec vos mères, avec les jeunes comme avec vos sœurs, et cela avec toute sorte de pureté. »

Saint Paul, dans cette courte prescription, a énoncé toutes les lois qui doivent présider à la conversation, et qui règlent ce qu'on nomme la prudence pastorale. Contentons-nous d'approfondir le sens de ces paroles, et d'étudier les avertissements qu'elles renferment. Ces lois-là sont et resteront immuables. Les paroles de saint Paul signifient que le pasteur doit posséder 1 grand talent de savoir se vaincre lui-même, qu'il doit être tellement avancé en douceur et en gravité, en calme et en réflexion de l'esprit, en pureté et en sagesse, que ses relations avec les vieillards et la jeunesse soient non-seulement irréprochables aux yeux des fidèles, non-seulement sans danger pour

le pasteur, mais encore de tout point édifiantes, fructueuses et en harmonie avec Fobjet de son ministère. Il doit être respectueux envers les personnes d'un âge avancé, et fraternel envers la jeunesse. L'orgueil et la fierté repoussent les personnes mûres, et la sévérité impérieuse éloigne les jeunes gens. Le respect doit remplacer l'orgueil, et la fraternité la sévérité pleine d'arrogance et de roideur. Le pasteur doit se comporter au milieu des fidèles comme un bon fils de famille, parvenu à l'âge adulte,, se comporte dans la maison de son père : il est plein de respect pour son père et sa mère, plein d'affabilité envers ses frères et ses sœurs plus jeunes que lui.

Il doit être affable, mais « avec toute sorte de piété. » Comme des frères et des sœurs vivent ensemble sans passion les uns pour les autres , ainsi le pasteur doit se comporter dans ses relations avec la jeunesse qui lui est soumise.

Il est hors de doute que cette prescription a été dictée à saint Paul par les sentiments de son cœur, et qu'il n'a fait que transcrire ce qu'il éprouvait lui-même au milieu de sa communauté, où son cœur débordait d'estime et d'amour pour tous et pour chacun. Comment aurait-il pu, autrement, s'exprimer avec tant de vérité, avec tant de force ; comment aurait-il pu si bien parler au cœur, si lui-même n'avait pas suivi les inspirations du sien?

LE SOIN DES VEUVES (v, 3-17).

135. L'enseignement que donne ici l'Apôtre respire la bonté et la prudence. Nous en voulons recueillir les fragments épars.

1° Il y a dans la communauté des veuves dignes de tout respect et de toute sollicitude.

2° A cette classe appartiennent, selon saint Paul : «, celles qui sont destituées de tout secours humain ; b, celles qui mettent toute leur confiance en Dieu et persévèrent jour et nuit dans la prière; c, celles qui mènent une vie irréprochable; d, celles qui peuvent attester qu'elles ont bien élevé leurs enfants, qu'elles ont hébergé les malheureux, rendu aux autres chrétiens toutes

sortes de services charitables, qu'elles sont accourues au-devant des nécessiteux ; e, que, quoique âgées de moins de soixante ans, elles n'ont eu qu'un mari.

3° A cette classe n'appartiennent pas : a, celles qui peuvent être secourues par leurs enfants et leurs petits-fils; b, celles qui, s'adonnant à la joie et aux plaisirs, ou qui du moins étant encore jeunes, pourraient, si elles étaient aidées par les fidèles, retomber dans le désordre, et rompre le vœu de continence; c, celles qui aiment l'oisiveté, qui s'en vont de maison en maison pour apprendre et divulguer tout ce qui s'y fait. — De telles veuves deviendraient à charge à la communauté, donneraient aux ennemis des fidèles occasion de blasphémer, et enfin pourraient devenir infidèles à leur Sauveur.

4° Celui qui a une veuve dans sa parenté et qui peut la soigner lui-même doit le faire, sinon il est pire qu'un païen : une telle veuve ne saurait être considérée comme délaissée.

De ces sages institutions en vigueur dans l'Église primitive, on peut déduire pour notre époque les prescriptions suivantes. . I. Une communauté chrétienne doit incontestablement considérer le soin des pauvres comme un devoir important; car c'est un devoir de charité, et la charité constitue l'esprit du christianisme.

IL Une chose non moins incontestable, c'est qu'une communauté chrétienne doit distinguer entre pauvres et pauvres : a, afin que l'aumône ne soit donnée qu'à ceux qui en ont besoin et qui en sont dignes ; b, afin de ne pas multiplier sans nécessité les charges delà communauté; c, afin de pouvoir donner à tous ceux qui ont vraiment besoin (vers. \ 6).

III. Les aumônes ne doivent pas devenir une sorte de rente pour les indignes, c'est-à-dire pour ceux qui n'en savent pas faire un bon usage, qui en font un moyen de débauche, et qui, par leur conduite, deviennent une cause de blasphème pour les ennemis du christianisme.

IV. Les aumônes de l'Église ne doivent être dispensées qu'à ceux qui sont véritablement abandonnés; car celui qui peut et

doit être soutenu par ses parents, ne doit pas tomber à la charge de la communauté.

V. Ceux qui sont entretenus par la communauté doivent particulièrement se distinguer par une conduite irréprochable et se rendre dignes des soins qu'ils reçoivent.

VI. Celui qui a quelque influence sur la dispensation des aumônes de l'Église doit insister pour ce qu'elles soient distribuées aux personnes qui le méritent, à celles qui peuvent se rendre le témoignage qu'elles ont bien mérité de la communauté.

VII. Saint Paul, en invitant les jeunes veuves à se remarier (vers. 14), et en exigeant, pour qu'elles soient employées au service de l'Église, qu'elles aient atteint l'âge de soixante ans, donne à entendre que, quand il s'agit du vœu de continence, il faut surtout prendre l'âge en considération.

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