‹ Théologie pastoraleChapitre 110 sur 209 · SUJET D'UN SERMON CHRÉTIEN · texte numérisé non relu

SUJET D'UN SERMON CHRÉTIEN

9. Toutes les règles particulières qui doivent diriger les jeunes prédicateurs, non-seulement quand il s'agit de trouver un sujet, mais encore de rassembler des matériaux, de les disposer, de les élaborer et de les présenter, n'aboutissent à rien, quand le prédicateur manque de cette qualité fondamentale que le mathématicien Hahn, qui était en même temps un orateur chrétien, a le premier formulée en termes précis, et, s'il m'est permis de le dire, avec une exactitude mathématique :

Le prédicateur doit, avec le regard de son intelligence, pénétrer jusqu'à l'essence même du christianisme.

U importe donc, avant tout, de faire connaître au jeune prédicateur quelle est cette condition fondamentale.

A. Ce regard du prédicateur est celui qui, partant des rayons du christianisme, arrive au centre du foyer, et, de ce centre, contemple tous les rayons qui s'en échappent.

Ce regard lui permet de ramener chaque doctrine particulière du christianisme à la doctrine fondamentale, et, de cette doctrine fondamentale, d'étendre sa vue sur chacune des doctrines particulières. Cette vue découvre dans chaque doctrine spéciale le centre du christianisme, et dans le centre du christianisme, chaque doctrine spéciale.

v /y . B. Cette vue 'centrale, là où elle existe, suppose dans l'âme /i^JstCCA '■ une disposition analogue, une « force centrifuge » qui doit s'emparer de l'homme à tous les moments de sa vie, et le faire converger vers le foyer de tout ce qui est Vrai, Beau et Bien, c'està-dire vers Dieu.

C. Cette vue centrale suppose en outre qu'il y a dans le christianisme une idée centrale, que cette idée est entrevue par le prédicateur, et qu'elle est pour son intelligence d'une clarté évidente, c'est-à-dire propre à produire l'évidence.

D. Cette idée centrale du christianisme ne saurait être complexe ; ce doit être la même que celle qui était en Jésus-Christ, et qui de Jésus-Christ a passé dans saint Jean, dans saint Paul, dans tous les Apôtres et dans tout ce que le christianisme a eu de prédicateurs distingués,

E. Cette idée centrale du christianisme peut être plus ou moins obscurcie, devenir plus ou moins lumineuse, être manifestée et exprimée avec plus ou moins de force; mais elle ne saurait être méconnue même dans son expression extérieure ; car j'aurai soin de la choisir à dessein et de profiter de toutes les occasions pour lui donner une fraîcheur et une beauté nouvelles. Cette idée centrale, c'est :

Dieu en Jésus-Christ :

Salut du monde pécheur !

F. Autant il est certain que cette vue intime dans l'essence du Christianisme suppose dans l'âme et une « force centrifuge, » et une idée fondamentale du christianisme, autant cette vue centrale est indispensable à tout orateur chrétien qui ne veut pas bavarder au hasard, ou même prêcher un christianisme imaginaire ; mais qui veut faire connaître l'essence même du christianisme.

G. Comme saint Paul avait cette vue centrale à un très-haut degré, l'un des amis de l'Apôtre parcourut plusieurs fois toutes ses Épîtres dans l'unique intention de l'y saisir dans son unité et dans sa variété. Pour celui qui aurait cette vue de saint Paul,

les conseils que nous allons donner sur Fart de trouver le thème d'un sermon seraient aussi clairs que superflus.

'!0. Par thème (1), j'entends la pensée fondamentale que le sermon doit expliquer, développer, prouver, appliquer, exposer, le foyer d'où jaillissent et où aboutissent toutes les autres pensées du prédicateur.

\ I . Celui qui veut trouver un thème convenable, intéressant, n'a rien autre chose à faire qu'à prendre le christianisme tel que l'ont présenté Jésus-Christ et ses Apôtres, puis à se conformer aux exigences de la communauté, aux nécessités de lieu, de temps, de circonstances, etc. Il prendra donc en considération :

\ ° Le but de la réunion. Ce qui réunit le peuple, c'est ou un jour de fête commun à tous les chrétiens, ou un événement particulier, ou une nécessité de circonstance. Il considérera donc:

2° L'état de la communauté. Que peut-elle comprendre ? que peut-elle supporter? que peut~elle raisonnablement attendre? A-t-elle plus d'instruction que d'autres communautés, ou en a-t-elle moins ?

3° Ses propres ^capacités. Ai-je réellement foi à ces doctrines que je dois annoncer au peuple? Ai-je assez de connaissances et de courage pour les faire comprendre et leur donner de l'importance à ses yeux ? Ma foi en ces vérités est-elle solide ? La connaissance que j'en ai est-elle large, et le courage de la communiquer aux autres est-il suffisamment grand ?

4° Son âge et sa personne. Convient-il à mon âge et à ma personne de traiter cette question devant ce peuple?

5° Le temps, dont il n'est guère permis à un prédicateur de passer la limite. Suis-je en état d'exposer clairement cette doc-

(1) Je suppose ici que le prédicateur veut mettre de l'unité dans son discours ; car il n'est pas nécessaire, ni même avantageux que nous donnions toutes les années la même forme a nos sermons. L'homélie peut prendre les passages dans l'ordre où ils se suivent, sans rattacher son discours kjin thème unique ; et qui pourrait douter que l'homélie ne tienne la première place parmi les discours chrétiens ?

triiie à ce peuple dans l'espace d'une demi-heure, de trois quarts-d'heure?

6° Le but de la prédication chrétienne. Cette pensée fondamentale exposée au peuple réalisera-t-elle le but immédiat de la prédication : l'édification, et son but éloigné : le salut éternel du peuple?

7° Les doctrines fondamentales du christianisme et les principaux devoirs quelles imposent, devoirs qui s'y trouvent déjà renfermés et n'ont en quelque sorte pas besoin d'en être déduits.

Un prédicateur bon et chrétien ne parle pas en l'air; il communique ce que son intelligence aperçoit dans un jour lumineux et qui vivifie réellement son cœur, à ceux qui lui sont unis par la même foi chrétienne, et il le leur communique pour développer en eux les étincelles de leur commune foi ; il le communique suivant le besoin, les forces et l'attente de ses auditeurs ; et la manière dont il le fait est proportionnée aux circonstances, aux conjonctures au milieu desquelles il exerce son ministère. Il devra donc, dans le choix de son thème, prendre en considération le fond du christianisme, les forces, les besoins, les espérances de ses auditeurs, le but de son ministère, la mesure de ses forces, les nécessités de lieu et de temps, afin de choisir une matière conforme à l'esprit du christianisme, aux capacités du peuple, au but du sermon, aux circonstances de lieu et de temps, etc.

Peut-être le prédicateur aimera-t-il voir exposés parallèlement dans un seul tableau les principaux enseignements de la religion et les devoirs qui en découlent pour la vie ; car, sciemment ou non, il faut qu'il parte constamment de là et qu'il y revienne sans cesse, s'il veut prêcher le christianisme tel que l'ont prêché Jésus-Christ et les Apôtres.

Quand vous connaîtrez l'idée centrale et unique du Christianisme : Dieu en Jésus-Christ, salut du monde, il vous sera impossible de n'y point trouver les doctrines suivantes, qui forment toute la science de la foi et des mœurs.

Page 1