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SUR LE PÉCHÉ

35. — IDÉE DU PÉCHÉ, SON ORIGINE, SES CONSÉQUENCES ; COMBIEN IL EST HONTEUX ET PRÉJUDICIABLE.

i. Différentes idées sur un seul et même sujet.

Si nous examinons quelle est l'essence du péché , la corruption radicale de l'humanité, nous trouverons que c'est l'égoïsme de l'âme humaine se séparant de Dieu et se faisant le centre de ses travaux et de ses aspirations. Si nous recherchons comment nait le péché, nous trouverons qu'il vient ou

de la faiblesse, ou de l'impuissance, ou de la mort de la foi, ou de l'incrédulité par rapport à Dieu. Si nous considérons l'état du péché, nous verrons que c'est la souveraineté de la chair sur l'esprit. Si nous l'envisageons par rapport à la source primitive de toute vie, de toute sainteté, de toute beauté, nous trouverons que c'est le renoncement à la vie éternelle, la rébellion contre la loijde la sainteté même, le désaccord avec la beauté et la félicité souveraine.

il. Le péché dans son origine.

Où le péché se commet, là se trouvent : l'occasion, l'excitation, la tentation au péché.

Où se commet le péché, là se font entendre le cri de la conscience, et la voix de Dieu. : « Ne faites pas cela ! » Il est vrai qu'avec le temps cette voix peut s'affaiblir de plus en plus; mais il y a toujours eu un moment où elle s'est fait entendre de manière à être comprise, autrement l'homme aurait perdu la conscience de sa culpabilité.

Où se commet le péché, là les actes de la volonté sont en opposition avec le cri de la voix divine; car aussi longtemps que j'agis contrairement aux prescriptions de ma conscience, sincèrement consultée, je pèche, selon ce qu'a dit saint Paul: Quodnon est ex fide, peccatum est.

Où se commet le péché, là s'affaiblit ou meurt totalement la foi aux commandements de Dieu; car si cette foi vivait, elle répandrait la vie, c'est-à-dire qu'elle rendrait le péché impossible.

Où se commet le péché, là prévaut le plaisir illicite, c'està-dire le mépris du combat contre soi-même, auquel on est obligé , étouffe la voix de la conscience : il l'emporte sur la foi en Dieu et à la loi sacrée , sur les sentiments de satisfaction que procure la fidélité aux devoirs, et que la conscience promet à la victoire sur soi-même ; il l'emporte sur le jugement de l'éternité, qui annonce au pécheur sa condamnation.

in. Le péché dans ses conséquences prochaines et éloignées pour le pécheur.

Ces conséquences sont:

Les reproches de la conscience. Ce premier châtiment succède immédiatement au péché dans tout cœur que la prédominance du mal n'a pas encore rendu insensible. En ce moment, la voix de Fesprit retentit de nouveau, parce que la voix de la sensualité, satisfaite ou fatiguée, se tait.

Le trouble, le mécontentement, la désunion avec soi-même, la honte, la perte de la confiance en Dieu, Faffaiblissement de la piété filiale envers Dieu, le pressentiment du jugement futur, le manque de goût pour les plaisirs innocents de la nature, Finconstance vagabonde de Gaïn, destituée de toute tranquillité et de toute paix.

Le découragement, l'impuissance des forces à résister aux passions. La défaite jette dans la tristesse et donne le sentiment de son impuissance; chaque péché affaiblit.

Nouvelles forces ajoutées aux attraits du péché :

Le souvenir d'un premier péché est une tentation à en c ommettre un second.

L'habitude du péché née de l'expérience.

L'habitude d'agir contrairement à la voix de la conscience. Chaque concession faite à la passion la rend plus impérieuse, chaque oppression de la voix de la conscience affaiblit cette voix.

Ze -péché délibéré. Dans le principe, nous péchons en laissant simplement entrer le péché en nous; il nous surprend, nous aveugle avant que nous ayons aperçu les chaînes qu'il traînait après lui. Mais,. plus tard, nous l'appelons nous-mêmes, nous nous livrons à ses charmes sciemment et de dessein prémédité.

Le culte servi le. Celui qui pèche devient l'esclave du péché.

Extinction du sentiment pour toute espèce de bien, — ce qui est une véritable mort spirituelle. Dans cet état, Fhomme n'a plus le sens du bien, le goût de la vertu. C'est moins lui qui possède le péché, que le péché qui le possède. Le péché règne sur lui en maître, l'homme est son esclave ; le péché en fait ce qu'il veut.

Impuissance de rompre les chaînes du vice.

Obscurcissement du sens de la vérité , incrédulité complète par rapport à Jésus-Christ, à FÉternité et à Dieu ; athéisme.

Triomphe du péché, absence totale du bien.

Dernier pas de Fincrédulité : à ses yeux, la différence entre le bien et le mal est une chimère.

Remarque : Ces conséquences du péché se produisent toutes dans Fâme du pécheur, mais elles ne tardent pas à se révéler extérieurement. Qui pourrait décrire les conséquences éternelles du péché, qui sont proprement la moisson du pécheur ? Quant à ses conséquences extérieures, tant pour le corps que pour Fhonneur et les biens du pécheur, pour le cercle où s'exerce son action, etc., chacun les voit suffisamment.

iv. Ce que le péché a d'odieux et de préjudiciable.

Celui qui voudrait dépeindre le péché devrait mettre en lumière ces deux traits caractéristiques : ce qu'il a d'odieux en soi, et ce qu'il a généralement de préjudiciable. Le péché, considéré en soi et selon sa nature , est mauvais, honteux, repoussant; et envisagé dans ses conséquences, il est nuisible et ruineux.

Le péché est, de sa nature, mauvais, digne de haine et de mépris ; car il consiste en ce que la volonté, créée pour s'attacher par un libre amour au bien souverain, à Dieu, et ne faire qu'un avec lui, oubliant sa noblesse et sa destination, se laisse séduire aux attraits de la matière ou aux fantaisies de son imagination.

Mais non-seulement le péché est généralement préjudiciable; il est encore généralement ruineux.

\ ° Il empoisonne toutes les jouissances de cette vie, et ouvre toutes les sources de la corruption. La pauvreté, la honte, la maladie, la mort marchent à sa suite.

2° Il paralyse le bien et opprime les gens de bien. Qu'y a-t-il de meilleur que le royaume de Dieu? Voyez néanmoins comme à toutes les époques le péché combat contre lui? Qui a été meilleur que Jésus-Christ? Cependant le péché n'a point eu de repos qu'il ne l'eût cloué sur la croix. Or, le sort qu'ont éprouvé

Jésus-Christ et sa doctrine, est celui de tout ce qui est bon et de tous ceux qui sont bons. C'est une loi du péché d'opprimer le bien ; aussi saint Paul avait-il raison de dire que « tous ceux qui veulent vivre avec piété en Jésus-Christ souffriront persécution. » Il est dans la nature du péché de s'opposer au bien. C'est que le péché est ténèbres, et les ténèbres sont en lutte continuelle avec la lumière.

3° Le péché affaiblit toutes les forces du bien, et fortifie tous les instincts du mal, — jusqu'à ce qu'il ait parcouru tout le domaine- de son empire, et soit arrivé à la plénitude de sa souveraineté.

4° Le péché rend le mal de plus en plus général, et les méchants de plus en plus méchants. Chaque péché devient une officine de péchés nouveaux, une peste qui gagne de plus en plus. Elle rend le mal plus général et les méchants plus méchants : par l'exemple, le scandale, la séduction, les nouveaux attraits, le développement des passions, la répétition et l'impunité. Avant d'immoler l'Agneau de Dieu, la ville de Jérusalem dut immoler bien des envoyés de Dieu.

5° Le péché endurcit le cœur, et rend l'endurcissement complet ; il obscurcit l'intelligence, et rend les ténèbres impénétrables. Car : \ . Il obscurcit les choses les plus claires. Quoi de plus visible à l'œil de l'intelligence que cette idée : C'est un Dieu qui a fait l'universalité des choses ? Eh bien, l'existence si évidente de Dieu est obscurcie par les nuages que le péché répand autour de l'âme. « Le sens des pécheurs s'est obscurci, et croyant être sages, ils sont devenus insensés » [Rom., i , 21 , 22, 23). 2. Il rend douteuses les choses les plus certaines. Qu'y avait-il de plus certain que le fait de la guérison d'un aveugle-né par Jésus? Et cependant les Pharisiens en doutèrent, parce qu'ils haïssaient Jésus-Christ. 3. H enlève toute importance aux choses les plus sérieuses. Quoi de plus important que de faire de son salut sa principale occupation ! Eh bien, telle est l'illusion où nous jette le péché, que nous nous précipitons dans le tourbillon de cette vie comme s'il n'y en avait point

d'autre. 4. Il nous rend insensibles à la vue des exemples de vertu les plus éclatants, des preuves les plus frappantes de la vérité, et des jugements les plus terrifiants de la justice divine.

6°. Le péché hâte et consomme la ruine des familles, des pays, des États, à laquelle il met en quelque sorte le sceau, de même que le meurtre du Messie mit le sceau à la ruine de Jérusalem et au démembrement de la nation juive.

7°. Le péché tue, outre l'espérance des joies de la terre, l'attente du bonheur surnaturel.

Cette réflexion peut s'appliquer à chaque péché en particulier, devenu prédominant. Tout péché est, comme tel, généralement préjudiciable, et comme contagion, il porte, autant qu'il est en lui, la malédiction dans les familles, dans les villages, dans les villes, dans les nations et dans le monde entier.

36. Parmi les exercices ayant pour but de rassembler des matériaux de sermons sur des sujets de morale, il en est un qui récompense largement des peines qu'il occasionne : c'est celui qui a pour objet de résumer brièvement quelques bons travaux faits sur le sujet que l'on veut traiter, et d'ajouter des pensées nouvelles à celles déjà recueillies. Par là, non-seulement le lecteur pénètre mieux dans la pensée de l'auteur, mais il apprend encore à combler une foule de lacunes, à l'aide des ressources puisées dans sa propre réflexion.

Donnons ici pour exemple une collection de pensées résultant de méditations personnelles et étrangères, empruntées en grande partie à YEthica christiana commums , pars m, sect. i, de Stattler.

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