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SUR LA VRAIE ET SUR LA FAUSSE VERTU

t. De la vraie vertu.

\° Où est la vraie vertu, là se fait le bien et s'évite le mal. On donne l'aumône aux pauvres, on paye ses débiteurs, on méprise les excitations à l'impureté. C'est là en quelque sorte le corps de la vertu.

2° Où est la vraie vertu, là se fait le bien et s'évite le mal par la plénitude de la bonne volonté, de la bonne intention. C'est l'âme de la vertu. La bonne volonté veut et accomplit le bien, parce que c'est le bien.

3° Où est la vraie vertu, là se trouve la bonne volonté de l'homme, cette volonté qui veut faire le bien et qui l'accomplit. Cette volonté naît de la religion, de l'intelligence des choses divines et éternelles, du stimulant de la foi, laquelle opère dans la charité ; et tel est l'esprit de toutes les vertus.

4° La vraie vertu est disposée à toute sorte de bien, elle exclut toute espèce de mal ; âme de la vertu, la bonne volonté est persévérante ; esprit de la vertu, la religion triomphe de tous les assauts de la vie ; là, l'accomplissement du bien et la fuite du mal deviennent avec le temps déplus en plus faciles; et telle est la perfection d'un cœur vertueux. Sa tendance au bien

est universelle, persévérante ; elle est en quelque sorte une seconde et meilleure nature.

Voilà la vraie, la parfaite vertu ; voilà ce qui, à toutes les époques, constitue, aux yeux de tous les gens de bien, Fessence de toute vraie et parfaite vertu.

5° Où était la vraie vertu parmi les Israélites, là le bien qui était à faire se faisait, le mal qu'il fallait éviter était évité ; et tout cela par la plénitude de la bonne volonté née de la foi vive au seul vrai Dieu, et de la confiance sincère en ses promesses plus ou moins connues. Ainsi étaient Abraham, Joseph, David, Zacharie, Siméon, Elisabeth, etc; telle est la véritable vertu Israélite.

6° Où est la véritable vertu chrétienne, là on fait tout le bien qui est à faire, et Ton évite tout le mal qui est à éviter, dans la foi en Famour paternel de Dieu, dans la confiance en l'amour fraternel de Jésus-Christ, par le stimulant de la charité envers Dieu et envers les hommes, charité qui a été répandue dans nos cœurs par la force et la grâce du Saint-Esprit, et d'après l'exemple du Seigneur et de son Fils Jésus-Christ; on supporte toutes les contradictions qui sont à supporter, on se dépouille de toutes les choses dont il faut qu'on se dépouille. Telle était la vertu de saint Pierre, de saint Paul, de saint Jean. Telle est la véritable vertu chrétienne.

7° La véritable vertu chrétienne est donc la bonne volonté qui naît de la foi agissant dans la charité, et qui accomplit la volonté du Père selon la doctrine, le modèle et l'esprit de Jésus- Christ.

8° Ainsi donc, aux yeux de l'intelligence droite, il n'y a qu'une seule vertu chrétienne. — La foi n'est pas une véritable vertu chrétienne quand elle ne produit pas la charité et le zèle pour toute espèce de bien. L'espérance n'est pas la véritable vertu chrétienne quand elle n'a pas la charité pour compagne. La charité n'est pas une véritable vertu chrétienne quand elle n'est pas animée par la foi en Dieu, quand elle ne fait pas le bien d'après le modèle de Jésus -Christ. Ainsi en est-il de

tout ce qu'on nomme vertu. — Il n'y a donc qu'une seule vertu chrétienne.

9° L'essence de la vertu chrétienne consiste donc dans l'union permanente de l'âme avec la volonté de Dieu, dans l'accomplissement prompt, joyeux, parfait de cette volonté d'après la doctrine et l'exemple de Jésus-Christ, et soutenu par la force du Saint-Esprit. Un grand nombre s'imaginent que la vertu est quelque chose de partiel, de morcelé. Hélas! ou notre cœur tout entier n'est qu'une vertu, ou bien nous n'avons encore aucune vertu réelle.

4 0° I,a seule véritable vertu suppose la transformation de la partie la plus intime de l'homme, transformation qu'il faut considérer comme une nouvelle création opérée en Jésus- Christ et par Jésus-Christ, p En Jésus-Christ rien n'a de valeur que la nouvelle créature. »

il. De la fausse vertu.

1 ° Prendre pour de la vraie vertu, la compassion, la résignation et autres manifestations agréables de la nature, que Ton pourrait appeler des vertus de tempérament, si le tempérament pouvait être vertueux, c'est là une fausse vertu.

Cette fausse vertu humaine est certainement la plus commune. Quand le bien se fait en nous et par nous en vertu d'un penchant naturel, nous l'attribuons à nous-mêmes; mais quand nous faisons le mal, nous le mettons sur le compte de la nature.

2° Les exercices extérieurs de la piété, les pratiques publiques de la vertu, destitués de la véritable vie de la piété, de la \ertu, pris néanmoins pour de la \raie vertu, sont une fausse vertu.

Cette fausseté des vertus humaines se manifeste sous une forme odieuse dans ce qu'on nomme les faux dévots, chez lesquels ni la piété n'est alliée à la vertu, ni la vertu à la piété. 3° Dompter une passion et s'adonner à une autre, par exemple maîtriser sa colère pour s'abandonner à l'impureté, et tenir pour de la vraie vertu ce mélange qui n'est ni chair ni esprit, est une fausse vertu.

i te fausseté' de la vertu humaine se révèle dans ces personnes qui, en matière de morale, portent, comme on dit, sur les deux épaules. La véritable vertu soumet la sensualité à l'esprit, et l'esprit à l'Auteur des esprits ; la fausse vertu se partage entre la sensualité et l'esprit.

4u Faire le bien, par exemple, distribuer des aumônes, jeûner, prier pour en être loué des hommes, et prendre cette vertu de parade pour de la vraie vertu, est une fausse vertu.

Cette fausseté des vertus humaines s'est surpassée ellemême dans la justice des Pharisiens, sans toutefois disparaître avec eux ; car elle se rajeunit dans chaque hypocrite, qui lui communique une vie nouvelle.

5° Retenir les passions dans les limites d'une certaine tempérance, afin de prolonger la vie et les charmes de la vie, et prendre pour de la vraie vertu cette modération qui n'est inspirée que par l'amour de la vie, est une fausse vertu.

Cette fausseté des vertus humaines se couvre volontiers de cette sorte de manteau qu'on appelle sagesse on philosophie de la vie.

6° Afficher les apparences du bien pour cacher d'autant plus sûrement aux regards du monde le mal que l'on fait, et, tout en ne croyant nullement à la vertu, montrer partout qu'on y croit, uniquement pour s'attirer la réputation d'homme vertueux en jouant le rôle d'un impie, n'est-ce pas là la plus fausse des vertus? — C'est tout ce qu'il y a de plus faux, oui; c'est la pins fausse des vertus, non : car ce n'est pas une vertu.

La fausseté /mi est plutôt dans la conduite que dans l'âme, l'âme étant devenue tout à fait incrédule à la vertu, tandis que la conduite en montre encore les dehors, a volontiers ces paroles dans la bouche : Je suis un honnête homme.

A peine oserait-on appeler cette manière d'agir une vertu politique; l'expression serait trop magnifique et indiquerait mal la chose horrible qu'elle devrait exprimer.

7° Vouloir ne dépendre de personne, se prescrire à soi-même le bien que l'on fera, se passer de Dieu, vouloir être soi-même

sa propre divinité, et prendre pour de la vraie vertu ces sentiments qui ne respirent que l'orgueil et l'irréligion, est le comble de l'égoïsme. Si c'est là ce qu'on voudrait appeler « vertu philosophique, » il faut dire que la plus belle expression exprime la chose la plus repoussante.

m. Pourquoi la véritable vertu chrétienne est-elle si rare parmi les chrétiens ?

C'est que la chair est trop près de l'homme, et que l'esprit en est trop éloigné. Bien que la semence de la vie spirituelle et céleste soit semée par une main fidèle, il arrive qu'une partie tombe à côté du chemin, et elle est dévorée par les oiseaux ou foulée aux pieds parles animaux des champs; qu'une autre partie tombe sur un sol rocailleux et a peine à prendre racine : elle croit vite et se fane bientôt; qu'une autre tombe dans les épines, lesquelles s'élèvent au-dessus d'elle et Fétouffent. Il n'en tombe que bien peu sur un sol bien préparé et fidèlement entretenu. 11 existe un vieil ennemi qui enlève du cœur des hommes la bonne semence de Dieu, et ce qu'il n'enlève pas, souvent les épines l'étouffent, et ce que les épines n'étouffent pas, sèche souvent sur le sol; cela seul que ni le vieil ennemi, ni les épines, ni le sol rocailleux ne sauraient gâter, produit, dans la patience et avec la bénédiction de Dieu, le fruit qu'on en attendait. La dureté, l'insensibilité du cœur humain pour les choses du ciel , c'est-à-dire le sol rocailleux, sont une des causes qui expliquent l'absence et la rareté de la véritable vertu. Où est le prophète, le sage, qui ne se soit plaint de cette dureté de cœur chez ses comtemporains? Les épines de la vie et delà société, les soucis, les affaires, les principes, les exemples du monde, les illusions du mien et du tien, les voluptés sensuelles, l'honneur et l'ambition humaine, unissent leur forces pour conquérir et occuper le cœur de l'homme, endurci et fermé aux choses du ciel. — Oh! semence d'une vie meilleure ! quel n'est pas votre sort dans ce tourbillon des préoccupations et des joies de la terre! Ce n'est pas tout ! Voici venir un autre ennemi de la maison ; il arrive à minuit, au moment même où les gardes et les combattants,

ensevelis dans le sommeil le plus profond, ne veillent pas et ne sauraient se défendre. 11 arrive clandestinement, subitement, mêle de l'ivraie avec le bon grain, pour ajouter encore aux ravages du champ du Seigneur. Oh ! bonne semence d'une vie meilleure ! quel n'est pas votre sort, accablée que vous êtes par la mauvaise semence !

« Mais non ! s'écrie le siècle, il n'en est pas ainsi ! L'ennemi qui sème l'ivraie, il n'existe pas, il n'a jamais existé, ou du moins il ne sème plus maintenant de mauvaise semence,» — Rien de plus propre que ces clameurs pour fermer et endormir les quelques yeux qui veillent encore, et pour laisser l'homme ennemi semer encore plus facilement le mauvais grain, dans le cas où il existerait encore et en sèmerait encore. Quant à savoir s'il existe et s'il sème encore de l'ivraie, on n'en saurait douter, puisque le mauvais grain ne fait nulle part défaut. Or, puisque l'ivraie croît encore généralement, pourquoi douter de l'existence d'un semeur et croire qu'il se repose ? Mes chers frères, ne faisons pas consister notre sagesse à contester l'existence du semeur d'ivraie, aussi longtemps que nous verrons encore les produits de sa semence ; prions plutôt, veillons et faisons en sorte que les germes divins qui sont dans l'homme, après avoir suffisamment souffert des trois autres ennemis, n'en trouvent pas un quatrième dans cette fausse sagesse qui se dit la raison éclairée.

Troisième exerciee.

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