DIVISION FONDAMENTALE DU DISCOURS
4 . La division fondamentale du discours suppose une idée fondamentale, claire et précise, un toutquiporte déjà en lui-même ses parties, de sorte qu'il soit moins nécessaire de faire les divisions après coup, que de laisser le tout se diviser lui-même.
C'est ainsi que ces paroles de l'Apôtre : « En Jésus-Christ , rien n'a de valeur que la foi active dans la charité, » constituent un tout qui porte déjà en lui-même les trois parties d'un discours. La pensée fondamentale : «Il n'y a que la foi active dans la charité qui ait de la valeur au tribunal de Dieu, » est suffisamment claire et précise ; et quant à la division, elle ne demande pas de grands efforts; elle se fait d'elle-même, ou plutôt elle est toute faite :
428 THÉOLOGTE PASTORALE.
i. Qu'est-ce que la foi, dans le sens de l'Apôtre?
ii. Qu'est-ce que l'activité de la foi ?
ni. Pourquoi n'y a-t-il que cette foi agissante dans la charité qui ait de la valeur aux yeux de Dieu?
Essence de la foi,
Activité de la foi,
Valeur décisive de la foi : — voilà ce que l'Apôtre avait en vue lorsqu'il transcrivait ces belles paroles.
C'est ainsi encore que ce souhait de l'Apôtre : « Que la grâce de Jésus-Christ, l'amour de Dieu et la communauté du Saint- Esprit soit avec vous tous, » forme un tout qui porte déjà en lui-même ses trois parties.
Celui qui souhaite à lui-même et aux autres ce qu'il y a de mieux, le commerce confidentiel et familier avec Dieu, celui-là souhaite le sentiment tendre, vivant et vivifiant
De l'amour de Dieu, le Père,
De la grâce de Jésus-Christ, le Fils,
De la communion du Saint-Esprit.
C'est ainsi que ces paroles de Jésus-Christ : « Croyez à la lumière pendant que vous l'avez, afin que vous deveniez des enfants de lumière, » constituent un tout qui contient déjà eu lui-même ses parties :
Croire à la lumière est la première chose ;
Renaître de la lumière, devenir fils de la lumière, est la seconde; c'est celle qui fait de l'homme un chrétien.
2. Quand la division se fait d'elle-même, elle a par cela même l'avantage d'être simple et naturelle. Ainsi quand le texte dit : « Que chacun soit prompt à écouler et lent à parler, » le commentateur du texte fera bien de dire : « Que l'esprit soit prompt et lent ; prompt à écouter, lent à parler. » Ou encore : « Soyez docile et réfléchi; car celui qui est docile se mootre disposé à écouter, et celui qui est réfléchi, lent à parler.»
3. Quand la division se fait d'elle-même, l'auditeur la retient facilement, précisément parce qu'elle a le caractère du naturel et de la simplicité.
Il y a des antithèses non recherchées, et qui n'étant nullement des jeux de mots, font qu'on retient mieux l'ensemble du discours, par exemple :
i. 0 homme, aimez Dieu de tout votre cœur ; alors vous aimerez certainement votre frère comme vous-même.
ii. 0 homme, aimez votre frère comme vous-même, et vous aimerez certainement Dieu de tout votre cœur.
Cette division a son fondement dans cette doctrine de Jésus- Christ : « Le second commandement est semblable au premier. »
4. Quand la division est pour le peuple non-seulement facile à retenir, mais qu'elle rappelle aisément le souvenir de quelques grandes doctrines, la mémoire du prédicateur est ellemême impérissable.
Ainsi, cette doctrine : « L'homme pieux se réveille le matin pour louer Dieu, et jamais il ne s'endort sans louer le Seigneur,» peut se graver dans la mémoire en caractères indélébiles au moyen de quelques questions aisées à retenir, telles que celles-ci: « Qu'est-ce que l'étoile du matin annonce aux âmes pieuses? » et «qu'est-ce que leur annonce l'étoile du soir? » L'une et l'autre ne leur disent qu'une seule chose : Louez le Seigneur , car c'est lui qui nous a faites !
5. Quand la division se fait d'elle-même, le naturel doit précéder le figuré, l'image les choses, l'ombre le corps. Ainsi celui qui veut expliquer la parabole de Jésus-Christ sur le sort de la parole divine doit commencer par expliquer « ce que devient le grain de semence dans un champ, » puis « ce que devient la semence de la vie éternelle, la parole de Dieu, dans le cœur de l'homme. » Comment, en effet, celui qui ne comprend pas les choses naturelles, comprendrait-il les choses célestes ?