Qu'est-ce qui doit se passer aujourd'hui
Ce même Esprit, qui jadis éclaira les Apôtres, les embrasa, les transforma en des hommes nouveaux et les rendit propres à toute espèce de bien, doit aussi nous éclairer, nous embraser, nous créer à neuf, et nous donner la force d'opérer toute espèce de bonnes œuvres. Et c'est ce qui arrivera effectivement, pourvu que nous en ayons la volonté.
\ . Puisqu'il fait en nous si froid, si sombre, que nous ne pouvons nous défaire de nos vieilles habitudes, de notre assujettissement au péché, il n'y aurait rien de plus nécessaire, de plus désirable pour nous que d'être éclairés, réchauffés, fortifiés, affermis dans le bien et transformés en des hommes nouveaux par le Saint-Esprit.
2. Si nous faisons notre possible, comme l'ont fait les disciples de Jésus; si, à leur exemple, nous demandons du secours; si, comme eux, nous utilisons les forces que nous recevons, le Saint-Esprit agira de plus en plus en nous ; il fera de plus en plus clair dans notre intérieur; nous obtiendrons de nouvelles forces pour le bien, et insensiblement nous serons changés en des hommes nouveaux. Car l'esprit de Jésus-Christ est toujours le même, et c'est en lui que doivent s'accomplir toutes les promesses du Seigneur, le « Oui » et Y « Amen. »
8 ! . Cet essai prouve non-seulement la possibilité de présenter d'une manière sensible la plus sublime doctrine du christianisme, mais il montre encore que le devoir qui résulte pour nous de cette doctrine est réellement présenté ainsi par l'événement du jour.
82. Si donc les doctrines de foi peuvent être rendues sensibles de la manière que nous avons indiquée, tous ceux qui veulent acquérir de l'habileté dans l'exposition sensible des vérités supra-sensibles, doivent étudier les trois plus beaux livres qui existent :
1° Le livre de la nature, en nous et hors de nous;
2° Le Livre des livres, la Bible;
3° Le grand livre de la tradition, savoir : l'histoire, tant sacrée
que profane, les diverses coutumes, habitudes, institutions, constitutions, mœurs des époques, des temps et des lieux.
Le plus grand nombre divise, le plus petit nombre unit. De là le chiffre toujours croissant des divisions, des défectuosités, des scissions, des sectes, des erreurs.
Celui qui se contente d'étudier la nature, sans consulter ni la Bible ni la tradition, n'est qu'un naturaliste ordinaire.
Celui qui se contente d'étudier la Bible ou son catéchisme, dédaignant la nature et la tradition, n'est qu'un chrétien ordinaire, du moins sous le rapport du nom. • Celui qui étudie à la fois la tradition, la Bible et la nature, et qui forme son cœur tout entier sur ce triple modèle, ou plutôt qui laisse à la vérité la faculté de former son cœur, celui-là est un chrétien dans la meilleure signification du mot ; il est ce qu'il doit et ce qu'il peut être.
Ce but unique et élevé doit vous être sans cesse présent à la pensée, et pour l'atteindre, vous devez rechercher et employer tous les moyens qui vous y peuvent conduire.
Voilà le couronnement de toute sagesse et de toute prudence.
Ce but unique et élevé consiste :
A ramener à Dieu l'humanité qui s'en était éloignée ;
A l'initier à la connaissance vivante de Dieu et de Celui qu'il a envoyé, par conséquent à la réconcilier avec Dieu.
Quant aux moyens d'atteindre ce but sublime, c'est tout ce qui peut fonder, étendre, agrandir, propager, renouveler, vivifier la connaissance de Dieu et de Jésus-Christ.
Or, comme l'étude harmonique de la nature, de la Bible et de la tradition, étude inspirée et dirigée par l'amour du souverain bien, conduit à ce bien souverain, je vous la recommande comme un moyen excellent d'arriver à ce but unique et élevé. C'est donc une erreur préjudiciable de recommander aux futurs ministres des âmes :
\ ° L'étude de la nature sans l'étude de la Bible ; puisque leurs communautés se composent d'hommes qui font profession du christianisme ;
2° L'étude de la Bible sans l'étude de toute la tradition ; car l'homme ne doit pas séparer ce que Dieu a uni, et la Bible ellemême n'est que la tradition de certaines révélations divines consignée par l'Écriture ;
3° L'étude de la Bible et de la tradition sans l'étude de la nature ; car si l'on ne sait pas lire dans la nature, que l'on a journellement devant les yeux, comment comprendrait-on ce qui est au-dessus de la nature; comment apprendrait-on à lire dans l'invisible? Comme la nature entoure le peuple de toutes parts ; comme le peuple reçoit sa lumière du soleil, qu'il respire l'air, boit l'eau des fontaines, cultive la terre, attelle ses bœufs à la charrue, demande la pluie, entend chanter les oiseaux, voit les fleurs s'épanouir dans les prairies..., il serait singulier que le disciple de Jésus n'empruntât pas à la nature, comme le faisait son Maître, le sujet de ses comparaisons, et ne fît pas de ce qu'il voit et de ce qu'il sent, le symbole de ce qui est au-dessus de la nature.
83. Quant aux doctrines morales, on peut les rendre sensibles :
i. Par la nature, que tous les sages considèrent non-seulement comme un type, mais encore comme un reflet des choses spirituelles, puisque les choses visibles n'ont pu venir que des choses invisibles ;
h. Par l'histoire, biblique et autre; car l'histoire fait agir sous nos yeux le vice comme la vertu ; elle nous en révèle les aspects odieux ou agréables; elle nous en découvre les principes et les conséquences;
m. Par la vie humaine, qui est comme un miroir suspendu (Jevant nous, où se reproduisent les pensées et les actions des hommes, le bien comme le mal. Il faut y ajouter : a. les contradictions qui existent dans les actes d'un même individu; b. les contradictions entre les actes d'un homme et ceux d'autres hommes; c. l'analogie entre un acte et un autre acte; d. la comparaison des emplois , des fonctions , des dignités entre elles ;
iv. Par la comparaison des relations sociales, laquelle nous initie à la vie naturelle des hommes.
v. Par les symboles, qui ont une application multiple à la vie morale.
84. C'est, du moins, d'après ces idées que travaillait saint Chrysostôme ; et nul d'entre les orateurs chrétiens n'a possédé à un degré aussi éminent le don de parler au peuple d'une manière vive et saisissante. Les fortes peintures, les grandes images empruntées à la nature abondent dans ses discours, comme on pourra s'en convaincre en lisant le fragment suivant, extrait de sou sermon sur ces paroles : « Si votre ennemi a faim, etc.» Dans la traduction de ce passage, nous aurons soin d'indiquer chaque fois celle d'entre les règles tracées plus haut que l'orateur aura observée.
« Est-il possible que quelqu'un qu'on ne cesse d'avertir, de persuader, ne devienne pas plus vertueux et plus zélé? Il est un proverbe bien connu, mais que je citerai néanmoins, parce qu'il est une preuve de la'vérité que j'annonce. L'eau(\), en tombant, sans discontinuer, goutte à goutte sur une pierre, finit par la creuser. Et pourtant quoi de plus mou que l'eau et de plus dur qu'une pierre ? Néanmoins la persistance de ces petites gouttes finit par vaincre la nature de la pierre. Or, si la persévérance triomphe de la nature même, combien plus une application infatigable ne pourra-t-elle pas dominer la volonté ? Le christianisme, mes frères, n'est ni un amusement ni une chose accessoire; nous ne cessons de le répéter, et nous n'avançons rien.
« Savez-vous quelle douleur me consume, quand je me rappelle
qu'aux joursde fête cette nombreuse assemblée imite les flots (2)
innombrables de la mer, tandis qu'aujourd'hui je vois à peine
la centième partie de cette multitude apparaître à cette réunion?
Où sont-ils donc ceux qui se montrent si importuns les jours
de divertissements? Je les cherche; ce sont eux qui m'arra-
(4) Nature, i. — (2) Nature, i.
chent des larmes quand je réfléchis combien grande est la multitude de ceux qui étaient justifiés et qui se damnent ; quelle perte de frères nous faisons, et combien est faible le nombre de ceux qui arrivent au salut : aussi la plupart des membres de l'Eglise ressemblent-ils à un corps glacé et immobile (1). Mais, direz-vous peut-être, qu'est-ce que cela nous importe ? Cela vous importe beaucoup, à vous qui ne vous occupez pas de leurs nécessités, ne les avertissez pas, ne les aidez pas de vos conseils; à vous qui ne leur faites pas violence, qui ne les attirez pas par force, qui ne les réveillez pas d'une si grande torpeur. Car que nous devions être utiles non- seulement à nousmêmes, mais encore à plusieurs, Jésus-Christ nous l'a prouvé en nous appelant sel (2), levain, lumière ; toutes choses qui sont profitables à autrui. La lumière ne brille pas pour elle-même, mais pour ceux qui sont assis dans les ténèbres. Or, vous qui êtes aussi un flambeau, vous ne devez pas en jouir vous tout seul ; vous devez encore éclairer ceux qui sont égarés ; car à quoi sert la lumière si elle n'illumine pas ceux qui sont dans les ténèbres? à quoi sert un chrétien, s'il ne gagne et n'amène personne à la vertu? Le sel (3) ne se conserve pas seulement lui-même, mais il empêche encore les autres corps de se corrompre et de tomber en pourriture. Ainsi en est-il de vous-mêmes. Puisque Dieu vous a faits un sel spirituel, resserrez et réunissez les membres du corps qui se corrompent, je veux dire vos frères dissidents, et ramenez-les au corps de l'Église. Voilà pourquoi Dieu vous appelle un levain. Le levain (4), lui non plus, ne fermente pas pour lui-même, mais il agit sur toute pâte, quelle qu'en soit la quantité et si peu qu'il y ait de levain. De même vous, quelque faibles que vous soyez parle nombre, soyez nombreux et puissants par votre foi et votre zèle pour le culte divin ; et, comme le levain qui, malgré son exiguité, n'est pas impuissant, mais reçoit de sa chaleur naturelle et de la force de son excellence une vertu supérieure, vous pouvez, si vous le voulez,
(1) Nature. — (2) Nature. — (3) Description des analogies de la nature. — (4) Description par les analogies.
inspirer à plusieurs un même zèle et une même ardeur. Que s'ils prétextent la chaleur, car j'entends dire à quelques uns : « La température est ardente, les chaleurs sont insupportables nous ne pouvons pas être ainsi à l'étroit, écrasés au milieu de cette foule, inondés de sueur de toutes parts, accablés de chaleur et comprimés dans un si petit espace, » croyez-moi, je rougis d'eux ; car ce sont des excuses de femme ; que dis-je ? ces faux-fuyants ne sont pas même recevantes dans la bouche des femmes, dont les corps sont beaucoup plus tendres et plus délicats.— 11 est honteux, sans doute, de réfuter de telles excuses, mais il est nécessaire de le faire ; car s'ils ne rougissent pas de recourir à de pareils prétextes, nous ne devons pas, nous, rougir de les réduire à néant.
« Qu'opposerons-nous à ces excuses? Je veux leur rappeler le souvenir (1 ) de ces trois jeunes hommes qui, placés dans une fournaise, enveloppés de flammes et se voyant entourés de toutes paris de feu qui leur entrait dans la bouche, dans les yeux et arrêtait leur respiration, ne cessaient de chanter à Dieu avec toute la création cet hymne sacré et mystérieux (2), et, plus gais que s'ils eussent été au milieu d'une prairie, offraient, debout au milieu du bûcher, leurs louanges au souverain Maître de toutes choses. Outre l'histoire de ces trois jeunes hommes, je les prierai de se ressouvenir des lions de Babylone, de Daniel (3) et de sa fosse; de cette autre fosse, de ce prophète et de cette fange où Jérémie était plongé jusqu'au cou. Et en sortant de ces fosses, je veux introduire dans la prison ceux qui s'excusent sur la chaleur, et leur montrer Paul et Silas (4) enchaînés, couverts des traces de coups dont leur corps a été blessé et déchiré, louant Dieu au milieu de la nuit, et célébrant leurs veilles sacrées. N'est-il pas absurde , tandis que ces saints (5) , dans une fournaise de feu, étendus sur la braise, au milieu des lions, dans des fosses infectes, dans les liens et dans les fers, en proie à des douleurs insupportables, loin de s'en plaindre, persévèrent avec
(4) Histoire biblique, n° % — (2) {Ban. m.) —(3) Histoire biblique, n° %. — (4) Histoire biblique, n° 2. — (5) Application des histoires bibliques, n° 2.
une patience infatigable et une piété sans fin dans la prière et la louange de Dieu, que nous, qui n'avons enduré ni une grande ni une faible partie de toutes ces souffrances, nous voulions, pour de la chaleur, pour une faible chaleur, pour un peu de sueur répandue, abandonner le soin de notre salut, et, désertant ces assemblées, errer sur la place publique, et nous mêler aux sociétés qui nous pervertiront, tout y étant malsain et corrompu ? La parole de Dieu est une rosée si abondante, et vous prétextez la chaleur (1) ! a L'eau que je leur donnerai, dit Jésus-Christ, est une fontaine d'eau qui jaillit jusque dans la vie éternelle. » Et ailleurs : » Celui qui croit en moi, des torrents d'eau vive jailliront de son corps » [Jean, vu, 38). Comment, dites-moi, vous qui avez au dedans de vous des fontaines et des fleuves spirituels, pouvez-vous redouter la chaleur sensible {%) ? Mais, dites-moi, sur la place publique (3), où il y a tant de tumulte, de presse et chaleur, pourquoi n'objectez-vous ni les feux ni les ardeurs du soleil ? Je ne pense pas, en effet, que vous osiez dire qu'on y respire l'air plus frais de la nature, tandis qu'ici toute la chaleur du soleil est concentrée sur nous ; car c'est tout le contraire. Ici, grâce au sol qui est couvert d'un pavé de pierres, et à toute la disposition de l'édifice (qui s'élève à une hauteur prodigieuse;, l'air est plus léger et plus frais ; là, au contraire, le soleil qui darde ses rayons de toutes parts, et la multitude du peuple, et la fumée, et la poussière, et tant d'autres inconvénients, causent beaucoup de désagréments. D'où il est manifeste que c'est à l'inertie, et à la mollesse de leur âme, et à l'absence de la flamme du Saint-Esprit, qu'il faut attribuer ces prétextes et ces excuses.
« Ces reproches que je fais maintenant s'adressent moins à eux qu'à vous qui ne les entraînez pas, qui ne les tirez pas de leur paresse et ne les amenez pas à cette table salutaire. Si, quand des serviteurs veulent entreprendre une tâche commune (4), ils ap-
(4) Application des histoires bibliques, n° 2. — (2) Nature, n° n. — (3) Contradictions dans les actes d'un même individu, n° m. — (4) Nature, n° n.
pellent leurs compagnons, pourquoi vous, quand vous voulez commencer ce culte spirituel, souffrez -vous que vos compagnons soient privés de ce bienfait ? — Mais, dira quelqu'un, s'ils ue le veulent pas ? — Faites-les vouloir par vos instances réitérées ; car s'ils vous voient les presser, ils voudront tout-à-fait. Au reste, ce sont là des prétextes et des excuses. Combien de pères, en effet, qui sont ici, et qui n'ont pas leurs fils avec eux? Or, ces lils, vous était-il difficile de les entraîner avec vous ? Preuve évidente que les autres aussi, ce n'est pas seulement par leur propre paresse, mais encore par votre insouciance qu'ils restent dehors. Eh bien, puisque vous ne l'avez pas fait jusqu'ici, réveillez-vous du moins en ce moment, et que chacun entre à l'église accompagné des siens ; et que le père stimule le fils (4), et le fils le père, et les hommes les femmes, et les femmes les maris, et le maître le serviteur, et le frère son frère, et l'ami son ami, et les pressent de se rendre à cette assemblée. Que dis-je ? ce ne sont pas seulement les amis, mais encore les ennemis qu'il nous faut inviter à ce commun trésor de richesses. En voyant votre sollicitude, votre ennemi déposera entièrement sa colère. Dites-lui : Les Juifs ne vous font-ils pas rougir ? N'avez-vous pas honte en voyant cette exactitude avec laquelle ils gardent le sabbat, et, dès le soir, s'abstiennent de tout travail (2)? Voientils, le jour de la Pentecôte, le soleil descendre à l'horizon, ils interrompent les contrats et terminent les affaires. Que si quelqu'un, ayant fait un achat avant la nuit, venait le soir en apporter le prix, ils n'oseraient ni l'accepter, ni recevoir de l'argent. Mais que parlé-je du prix des choses vénales et des contrats ? Ce prix, fût-il permis de le recevoir, ils préféreraient le perdre plutôt que de violer la loi. N'est-ce pas que les Juifs, tout en observant une loi à contre-temps, sont bien fidèles et bien attachés à une observance qui, loin de leur être avantageuse, leur est au contraire préjudiciable ? Et vous, qui valez mieux que l'ombre, vous à qui il est donné de voir le Soleil de justice, vous ne mon-
(1) Rapports des hommes entre eux, iv.
(2) Conduite des autres, m, 6*
trez pas même autant de zèle et d'empressement que ceux qui s'attachent à Terreur ! Appelés ici pour une faible partie du jour, vous ne daignez pas même la consacrer à l'audition des divins oracles ! Quelle indulgence, dites-moi, pouvez- vous mériter? Quelle excuse aurez-vous à présenter, qui soit légitime et
juste?
« Peut-être un grand nombre de ceux qui entendent ces reproches seront-ils affligés. Mais les négligents ne sont pas si sensibles ; autrement, ils déposeraient leur insouciance, comme nous qui nous préoccupons journellement de vos intérêts. Vos affaires extérieures vous rapportent-elles un profit égal au dommage que vous vous causez? Il est impossible que vous reliriez d'une autre société ou réunion autant de profit (i ) que de votre présence ici, soit que vous citiez les tribunaux, le sénat ou le palais. Sans doute,- nous ne confions ni le gouvernement des nations et des villes, ni la conduite des armées à ceux qui entrent ici ; par contre, nous leur conférons une autre dignité (2) supérieure à la royauté elle-même ; ou plutôt ce n'est pas nous, mais la grâce du Saint-Esprit qui la leur confère. Quel est donc ce pouvoir plus noble que la puissance royale, qu'obtiennent ceux qui entrent ici ? — Ils apprennent à régner sur leurs folles passions, à gouverner leurs inclinations perverses, à commander à leur colère, à comprimer leur envie, à asservir la vaine gloire. Un roi (3) assis sur son trône, paré du diadème, ne mérite pas autant de respect qu'un homme dont la raison est parvenue à régner sur ses passions asservies, et qui, par l'empire qu'il exerce sur chacune d'elles, semble porter sur son front un magnifique diadème. Car, dites-moi, à quoi servent la pourpre (4), les vêtements d'or, une couronne étincelante de pierres précieuses, quand l'âme est asservie par les passions ? Quel profit revient-il de cette liberté extérieure, quand ce qui est pour nous la chose capitale est assujetti à une honteuse et misérable servitude ?
(1) Comparaison des avantages entre eux, m b. — (2) Comparaison des dignités avec les dignités, m b. — (3) Analogie tirée des relations sociales. — (4) Comparaisons, iv.
De même, en effet, que quand la fièvre a pénétré dans notre intérieur, et qu'elle a enflammé toutes nos entrailles, il importe peu que la superficie de notre corps (1) n'éprouve rien de pareil; de même, si notre âme est bouleversée par des passions intérieures, la puissance extérieure ne sert de rien ; l'autorité souveraine elle-même est inutile quand l'âme, précipitée de son trône royal par quelque insurrection violente des passions, s'assujettit à elles, et redoute leurs soulèvements désordonnés. C'est afin de les prévenir que les prophètes et les apôtres accourent de toutes parts, répriment nos passions, éloignent de nous toute brutalité désavouée par la raison , et nous donnent une souveraineté bien supérieure à la puissance royale. Voilà pourquoi je disais que ceux qui s'exemptent de ce soin se font une blessure mortelle, et en souffrent autant de dommage qu'ils en peuvent éprouver de quelque part que ce soit, puisque, comme il résulte du développement même de ce discours, ceux qui entrent ici en retirent un profit qu'ils ne peuvent trouver nulle part ailleurs, a Vous n'apparaîtrez pas vide en présence du Seigneur, » disait la loi (2); c'est-à-dire vous n'entrerez pas sans sacrifice. Que s'il ne faut pas entrer dans la maison de Dieu sans sacrifice, à plus forte raison ne faut-il pas sans sacrifice apparaître aux assemblées avec ses frères ; car y amener une âme avec soi est un sacrifice, une offrande bien supérieure. Ne voyez- vous pas les colombes (3) qui ont été dressées à cela, attirer, lorsqu'elles sont sorties, les autres par leurs caresses ? Faisons de même. Car quelle excuse nous restera-t-il, si, tandis que des animaux privés de raison savent attirer à eux d'autres animaux de la même espèce, nous, qui sommes doués de raison et de sagesse, nous négligeons une semblable capture ? Dans mon précédent discours, je vous disais : « Que chacun aille se poster auprès de la maison de son prochain, et, épiant ceux qui sortiront, qu'il les saisisse et les amène à notre Mère commune. Oh ! imitez donc
(1) Analogie avec le corps humain, avec la nature, i.
(2) Application des lois Israélites t ». — (3) Nature, i.
Théol. past. I. 31
ceux qui raffolent des spectacles du théâtre ! ceux-là, dans l'ardeur de leur passion, rassemblent des masses entières, et attendent, dès le lever du soleil, pour assister à ces représentations illicites. » Malheureusement notre exhortation n'a servi à rien ; c'est pourquoi je vous le dis encore une fois, et je ne cesserai de vous le répéter, que je ne vous aie persuadés, » etc.
Or, si Fhistoire et la nature contiennent tant de figures propres à présenter sous une forme sensible nos vérités dogmatiques et morales, il est clair qu'une bonne explication et une application convenable des figures, des paraboles et des faits qui se rapportent à la vie de Jésus-Christ, auraient l'avantage de rendre plus sensibles les doctrines dogmatiques et morales. Telle était d'ailleurs la manière de Jésus-Christ lui-même , qui employait les figures pour donner à ses enseignements une enveloppe extérieure.
85. Afin d'initier encore davantage le ministre des âmes à ses importantes fonctions, je veux indiquer sur deux colonnes les vérités dogmatiques et morales qui peuvent être présentées sous une forme sensible au moyen des figures, des paraboles et des faits qui ont trait à la vie de Jésus- Christ, et placer sur une troisième colonne les figures, les paraboles et les faits qui les présentent sous cette forme sensible.
Ce tableau nous montrera : \ ° que les plus importantes vérités sont voilées par des figures comme par autant d'enveloppes ; 2° que les exhortations et les conseils les plus importants peuvent être rattachés à ces vérités dévoilées; 3° que ces vérités et ces exhortations peuvent être rendues sensibles par le récit et l'application des paraboles ; 4° que Jésus-Christ nous a offert un modèle d'enseignement non-seulement dans les vérités qu'il a annoncées, mais encore dans la manière dont il les a présentées.
[\) Conduite contradictoire des homme*, m.