THÉOL. PA5T. I
Si Finondation est venue détruire mes semences, c'est parce1 que c'est la volonté de Celui qui peut commander aux orages de se taire, et qui le fera certainement, si mes intérêts le réclament. C'est pourquoi « Que sa volonté soit faite ! »
Si j'ai perdu mes quelques pièces d'argent, c'est parce que c'est la volonté de Celui qui m'aime ; il saura bien me remettre entre les mains mon argent perdu ou enlevé, et m'aider dans les diverses positions où je me trouverai, si je travaille laborieusement et si je me confie en lui de toute mon âme. C'est pourquoi « Que sa volonté soit faite ! »
ce Si , par exemple , vous veniez à manquer de pain et des autres choses nécessaires à votre entretien; si vous n'aviez plus aucun moyen d'élever vos enfants, malgré votre travail et votre économie, et que vous fussiez vous-même réduit à vous demander comment faire pour ne point mourir de faim, vous diriez aussitôt : « Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien, » comme font journellement des milliers de langues.
« Vous élèveriez les yeux au ciel, vous regarderiez vers ce Père invisible qui ouvre sa main et rassasie toute créature vivante. Vous vous diriez : Celui qui donne au jeune corbeau sa nourriture, Celui qui prend soin des plus petits oiseaux, dont cependant vous faites peu de cas et que vous appelez passereaux, celui-là, si nous travaillons de toutes nos forces et si nous attendons notre bonheur de sa main, saura bien donner à manger à ses chers enfants, pour lesquels Jésus-Christ est mort. Vous vous diriez : Puisque le Fils nous a appris à réciter cette prière : « Donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour, » le Père ne voudra pas repousser la prière que nous lui adresserons d'après l'invitation de ce Fils. Il a créé le ciel et la terre, et nous, il nous a faits de telle sorte que, pour pouvoir vivre, il nous faut absolument boire et manger. Si donc nous le prions avec confiance et si nous travaillons de toutes nos forces, il nous donnera certainement quelque chose à boire et à manger. Aussi bien, il sait que nous en avons besoin, et il le sait avant que nous le lui disions.
« Si, tourmentés par le souvenir de nos péchés passés, et craignant le sort terrible qui nous serait réservé si la main de Dieu venait à nous frapper, il nous semblait que nous nous trouvons au tribunal de Dieu, et que nous voyons tous nos péchés devant nous, nous nous dirions : Le Seigneur est bon et miséricordieux, il ne rejette pas un cœur contrit et repentant ; il a sacrifié son Fils unique pour nous purifier de nos péchés. Nous nous rappellerions ces paroles que prononcent journellement des milliers de bouches : « Pardonnez-nous nos offenses ! » Nous nous dirions que Celui à qui nous adressons nos prières, accourt miséricordieusement au secours de l'enfant prodigue qui retourne à lui, et le reçoit dans ses bras paternels. Nous nous dirions que Dieu nous pardonnera nos péchés comme un père pardonne à son enfant. Touchés de tant de tendresse, et détournant notre cœur de tout péché et de toute vanité, nous lui di* rions avec une confiance filiale : « Pardonnez-nous nos offenses,» et nous ne cesserions de le répéter jusqu'à ce que la joie^et la tranquillité fussent rentrées dans notre âme.
« Si notre cœur était blessé d'entendre les hommes médire de nous et nous calomnier; si, sous l'impression de la colère, nous étions sur le point de céder à la vengeance; si nous avions l'occasion et si nous étions exposés au danger de nuire à notre prochain, notre conscience nous rappellerait ce que nous récitons tous les jours : « Pardonnez-nous nos offenses; » elle nous encouragerait à prouver par nos actes ce que nous promettons si souvent de faire. Et si nous étions trop faibles pour pardonner sincèrement à notre ennemi, nous chercherions du secours là où nous en avons déjà trouvé si souvent. « Ne nous induisez point en tentation , » Dirions-nous ; et le Père, qui exauce la prière de ses enfants, nous enverrait du ciel le secours nécessaire pour pardonner, puisqu'il l'a fait si souvent envers nous; pour pardonner, parce que si nous ne voulions pas pardonner sincèrement à nos ennemis, lui-même ne nous pardonnerait pas.
« Ainsi de chaque souffrance :
« Chaque souffrance qui nous arrive, à nous, à nos parents, à nos amis, est comme un chemin qui s'ouvre devant nous pour aller à Dieu, qui a puissance d'enlever tous les maux, ou de donner la force de les supporter. Aussi longtemps que ce chemin nous reste ouvert, et que nous le parcourons avec joie, aucun mal ne saurait nous attrister.
« Or, si nous savions bien réciter le Notre Père, nous n'oublierions pas si vite qu'il nous reste encore toujours un chemin pour aller à Dieu, et nous éprouverions le désir, nous sentirions le besoin d'y aller. Dans chaque souffrance, nous dirions à Dieu, avec liberté et confiance :
« Délivrez -nous du mal. »
« Et cette liberté-là, notre Père céleste ne nous en saurait pas mauvais gré ; il nous délivrerait du mal, ou du moins nous donnerait les forces de le supporter en patience en vue de notre salut.
« Et c'est ainsi que nous nous accommoderions de toutes nos souffrances, a. Nous les considérerions toutes comme envoyées de Dieu, nous respecterions sa volonté dans toutes nos épreuves ; b. dans toutes nos nécessités corporelles, nous nous réfugierons auprès du Père nourricier des hommes; c. dans toutes nos inquiétudes de conscience nous implorerions sa miséricorde ; d. dans tous nos maux, nous chercherions et trouverions du secours auprès de lui.
« m. Et comme nous accepterions tout de la main de Dieu, les souffrances comme les consolations ; et que dans les unes comme dans les autres nous glorifierions notre Père par les témoignages de notre reconnaissance et de notre confiance, nous n'aurions garde, lorsque nous nous trouverions dans des situations où il n'y aurait ni joies ni souffrances spéciales, d'oublier notre Père céleste. »
Ce sermon est populaire quant à la forme ; mais, comme doctrine, il veut être nécessairement suivi d'une seconde instruction. Car si la pensée fondamentale du discours est vraie et claire : « Si vous saviez bien réciter le Notre Père, vous seriez
toujours contents du bon Dieu, » la solution de cette question n'en est pas moins ajournée, et les auditeurs ne manqueront pas de dire : « Cela est très-bien ; mais veuillez nous apprendre à le bien réciter : » deuxième question , qui a autant besoin d'être résolue et comprise que la première. Mais là ne se borne pas le devoir du prédicateur; car que servirait-il au peuple d'avoir appris comment il doit réciter la prière du Seigneur, s'il lui manquait l'œuvre par excellence, la transformation de l'homme intérieur, le retour complet à Dieu; s'il n'avait pas la foi agissante dans la charité ? Il faut que le cœur de l'homme soit créé à neuf, pour qu'il puisse prier selon l'esprit de Jésus- Christ. Il faut que l'idée fondamentale du christianisme ait pris un corps dans la vie de l'homme, pour que, dans la souffrance, dans la joie et dans les vicissitudes de la vie humaine, il puisse être et rester content de Dieu.
De toutes ces considérations résulte cette conséquence, claire comme le soleil, que les sermons chrétiens sont frappés de maladie et d'impuissance aussi longtemps qu'ils n'ont pas pour point de départ et de ralliement l'idée fondamentale du christianisme; car c'est de cette idée qu'ils empruntent leur force et leur richesse.
77. Les préceptes que nous avons donnés (nos 76-77), ainsi que les exemples à l'appui, faciliteront incontestablement l'étude du langage convenable au peuple; mais il nous reste encore à résoudre la question principale, celle de savoir comment il faut présenter d'une manière sensible les vérités de la religion. Le désir de la résoudre m'a fait trouver la théorie suivante :
THÉORIE SUR LA MANIÈRE DE PRÉSENTER SOfT S UNE FORME SENSIBLE LES VÉRITÉS SUPRA-SENSIBLES DE NOTRE RELIGION.
78. J'appelle sensible tout ce qui peut faire impression sur les facultés des sens tant intérieurs qu'extérieurs de l'homme, sur la sensibilité et l'imagination. D'après cette explication, j'appelle sensibles :
Premièrement, toute la nature matérielle, en tant qu'exer-
çant une certaine action sur les sens extérieurs de l'homme ; Deuxièmement, non-seulement les expériences, tant intérieures qu'extérieures de l'homme; mais encore la connaissance elle-même, à laquelle ni les sens ni l'imagination ne sont étrangers. Ainsi, cette simple argumentation a un caractère sensible : Si une maison n'est bâtie ni par les rats ni par les souris, à plus forte raison le monde ne l'est-il pas par la poussière du soleil. L'histoire fournit aussi quelques raisonnements faciles de cette espèce.
Troisièmement, j'appelle sensible l'histoire, en tant que les récits qu'elle contient se comprennent sans grand effort, ou qu'ils peuvent être reproduits sous une forme saisissante ; par exemple, celui-ci : David lança la pierre, qui alla frapper Goliath à la tête.
Quatrièmement, j'appelle sensibles toutes les coutumes, habitudes, usages, mœurs, cérémonies, institutions où les sens ont quelque chose à voir, à entendre, à sentir.
Cinquièmement, j'appelle sensibles tous les travaux extérieurs qui se rencontrent dans chaque condition, âge, vocation, métier, art, etc.
79. Le côté supra-sensible des doctrines de foi peut donc être présenté sous une forme sensible :
i. Par les événements qui se produisent dans le monde matériel en général, événements que nous font connaître les sens extérieurs ;
il. Par certains faits, faciles à comprendre, qui se passent dans la partie intellectuelle de l'homme, que le sens intérieur de l'homme saisit sans peine, et qu'on peut rendre accessibles aux sens extérieurs au moyen d'exemples ;
m. Par certains événements que l'histoire nous fait connaître ;
iv. Par les symboles, les cérémonies, les usages, etc., destinés à représenter quelque vérité supra-sensible;
v. Par les expériences ordinaires que font les hommes dans les diverses circonstances où ils se trouvent.
80. Que les doctrines de foi puissent être ainsi présentées sous une forme sensible, nous allons le prouver par un exemple.
Un orateur devait, le jour de la Pentecôte, exposer au peuple la doctrine du Saint-Esprit. Il le fît en se conformant aux règles tracées sous les nes \, % et 3. Le Saint-Esprit étant apparu sous la forme de langues de feu, il comprit qu'il devait s'appuyer sur ce fait extérieur (d'après le n° m), qu'il devait expliquer cette appparition en partant d'un phénomène sensible (n° i), et qu'alors il lui serait facile de tirer des conclusions. — Nous nous contenterons de résumer son discours, en le dépouillant de tous ses ornements oratoires.
Qu'est-ce qui s3 est passé autrefois, le jour de la Pentecôte?
Que doit-il se passer maintenant?
\ . Qu'est-ce qui s'est passé autrefois?
Le Saint-Esprit apparut sous la forme du feu, sous la forme de langues de feu.
4° Le Saint-Esprit apparut sous la forme du feu. Ce feu avai^ pour objet d'indiquer extérieurement ce que le Saint-Esprit allait opérer intérieurement.
L'expérience de tous les jours nous apprend que le feu éclaire \ réchauffe , consolide, renouvelle.
Et de fait, l'histoire enseigne que les disciples de Jésus-Christ furent éclairés, réchauffés, fortifiés, renouvelés par le Saint- Esprit. Désormais, ils sont animés d'un feu tout céleste, l'amour de Jésus-Christ; une force nouvelle, divine, agit dans l'intérieur de leur cœur.
%° Le Saint-Esprit apparut sous la forme de langues de feu, afin d'indiquer le but de sa mission. La langue est l'un des instruments de la parole (n° i), et un symbole de l'éloquence (n° v). De fait, le Saint-Esprit rend les Apôtres éloquents, et met dans leur cœur une vertu divine destinée à agir sur l'intelligence et le cœur des hommes. Ils prêchèrent avec une force nouvelle, avec une éloquence persuasive. Le feu de l'amour céleste qui réchauffait leurs cœurs, jaillissait de leurs bouches.
472 THÉOLOGIE TASTORALE.