UN MOT SUR LA RÉPÉTITION SOMMAIRE DU DISCOURS
94. Ici, comme partout, le salut doit venir de l'intérieur; tous les secours qui viennent de l'extérieur ne sont que des auxiliaires. Heureux qui n'en a pas besoin.
\ . A celui qui a tiré son discours de son propre, qui s'est en quelque sorte identifié avec la pensée fondamentale de son sermon; qui depuis longtemps porte en lui-même le germe
de son discours et qui Faime comme sa vie , il suffira de le parcourir une ou deux fois, pour qu'il jaillisse spontanément de son âme. Il n'ira pas redemander les diverses parties de son sermon au plafond de l'église, aux autels, ni aux piliers, et, en attendant qu'il les retrouve, étendre les bras d'un air effaré. De même que le feu ne demande pas : Où prendrai-je de la vie, afin de ne point mourir? de même le prédicateur ne se dira pas : Où prendrai-je une idée, afin de ne point rester la houche close ? Son discours, transformé en sa vie intérieure, saura s'ouvrir un passage dans le cœur des auditeurs, et prendre dans l'attitude et les gestes la forme qui lui convient.
% Ce qui facilite la répétition du sermon est cela même qui Ta gravé profondément dans la mémoire. L'ordre qui pénètre tout le discours, le triple amour de Jésus-Christ qu'on annonce, de la vérité qu'on expose, de la communauté qu'on gagne à Jésus-Christ ; les figures vivantes qui sont comme autant de vases où se trouve renfermé l'Évangile : voilà ce qui grave dans la mémoire d'une manière ineffaçable l'ensemble du discours.
3. Ajoutez à cela la puissance de l'exercice, qui fait des prodiges. Vinkelhofer écrivait encore son discours une minute avant que la cloche ne l'appelât à l'église ; en se rendant de chez lui à la chaire, distante d'à peine quatre-vingts pas, il lisait encore son manuscrit, et arrivé en chaire, pas un mot ne lui manquait.
4. Ceux qui sont moins favorisés de la nature reliront deux ou trois fois mot pour mot leur discours, qu'ils auront eux-mêmes composé , — car c'est la première condition pour apprendre facilement par cœur, — et ils porteront toute leur attention :
a Sur le début;
b Sur la pensée fondamentale ;
c Sur la division ;
d Sur l'invocation du Saint-Esprit avant l'entrée en matière ;
e Sur le rapport des membres de chaque partie avec l'idée fondamentale ;
/ Sur les figures, les exemples , les comparaisons, et sur certaines expressions particulières ;
g Sur la gradation des preuves et des pensées;
h Sur les points d'arrêt ;
t Sur la récapitulation de l'ensemble ;
j Sur la conclusion.
Ensuite, ils chercheront à redire par cœur ce qu'ils auront lu, en remarquant chaque mot, chaque passage, chaque figure où ils seront restés courts. Ils répéteront cet exercice jusqu'à ce qu'ils possèdent pleinement tout leur discours, avec toutes ses parties, ses pensées et ses expressions.
Je conseille aux commençants de faire beaucoup d'alinéas dans leurs discours, d'aller à la ligne à chaque période nouvelle et de commencer par de grande lettres. Les alinéas leur donneront ce qu'on nomme une mémoire locale ; les grandes lettres et les lignes espacées faciliteront les vues d'ensemble du discours.
5. Ceux qui veulent épargner aux commençants la peine d'apprendre par cœur, et conseiller au prédicateur de lire son discours comme un professeur lit ses leçons, ceux-là ignorent ce qu'est un sermon. Il ne suffit pas que la parole soit écrite sur le papier, il faut encore qu'elle tombe du ciel et jaillisse du cœur. Je sais un meilleur moyen d'épargner aux prédicateurs la peine d'apprendre par cœur. Dès que Jésus-Christ vivra en eux, dès qu'ils parleront à leurs auditeurs comme un père parle à sa famille, dès qu'ils dédaigneront l'élégance des mots et l'éclat des phrases, et qu'il n'y aura plus que leur cœur qui parlera à des enfants, ils sauront bientôt leur sermon. Comme il vivra dans leur cœur, ce sermon , il se transfusera en quelque sorte sans qu'ils s'en aperçoivent dans celui de leurs auditeurs.