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CHAPITRE VI

Qualité* indispensables du débit.

(La prononciation).

Par débit, on entend le double langage du prédicateur: langage de la voix, du ton, de l'accent (déclamation) ; langage des gestes et des signes (action).

Le langage intérieur doit se faire entendre et sentir par la déclamation, et se faire voir par Faction. Le débit est parfait, quand le langage des mots et celui des gestes ont de la dignité et de Fonction. Si la vérité et la charité avaient pénétré de part en part et le prédicateur et la prédication , la parole , le ton , l'accent, l'attitude, les gestes sauraient d'eux-mêmes prendre une vie extérieure. Si le prédicateur et la prédication étaient tout imprégnés de vérité et de charité, ils sauraient donner suffisamment d'onction au débit. Sans cette onction intérieure , qui est la véritable, tout ce qui emprunte ce nom n'est que faux vernis et parodie sacrilège des choses divines ; toutes choses qui, n'étant pas dans le prédicateur, ne doivent pas y paraître. Si Dieu a élevé en Jésus-Christ, qui est tout vérité et tout amour, le prédicateur au-dessus de la nature et de lui-même, cette dignité intérieure, cette élévation au-dessus des choses temporelles doivent se manifester dans son attitude , ses gestes et son débit. Mais si son âme rampe sur la terre, s'il se traîne dans le cercle nébuleux des passions humaines ou dans les spéculations stériles de la science, tous les simulacres ridicules de dignité et de gravité ne seront qu'un monologue de comédie manqué. Ainsi donc, ici comme partout, la condition fondamentale de

tout succès trouve son application. Là où la vérité et la charité ne sont pas entrées dans la vie intime , elles ne sauraient se manifester dans la vie extérieure, et quand la vérité et la charité ne versent pas dans l'âme du prédicateur leur onction et leur force, la prédication est aussi dénuée de force et d'onction que le prédicateur lui-même.

Outre ce principe fondamental , voici encore quelques conseils sur le langage des mots et des gestes qui ne seront pas superflus pour les commençants.

88. La déclamation a de la dignité quand le prédicateur parle comme doit parler un homme qui veut être écouté sans répugnance ni dégoût , et qui veut mériter l'attention de plusieurs personnes : 1 ° Un seul parle, et les autres écoutent. Un seul doit parler assez clairement, assez exactement, assez posément pour être facilement entendu de plusieurs. 2® Il doit chercher à éviter tout ce qui offense les oreilles , dans le sens littéral du mot , tout ce qui est désagréable , choquant , contraire , rude , blessant ; autrement les auditeurs, tout en écoutant, n'écouteront pas. 3° Il doit parler assez facilement et assez naturellement pour que ses auditeurs ne croient pas entendre ou le bruit pénible et monotone d'une machine , ou un orateur politique dont les manières recherchées cachent quelque intention secrète. 4° Il doit parler avec assez de gravité et de solennité (et non de raideur) pour que ses auditeurs prennent eux-mêmes des sentiments sérieux , et ne soient pas tentés de dire que le prédicateur a joué son rôle pendant une demi-heure. 5° Il doit avoir appris à donner à chaque expression sur laquelle il est besoin d'insister, le ton et l'accent qui conviennent à la vérité que l'on énonce, aux sentiments et aux talents du prédicateur, au but sacré que doivent atteindre les fidèles ; être compatissant en parlant de la misère des pécheurs, confiant dans les promesses, sympathique dans les consolations, sérieux dans les avertissements, gai dans les exhortations, fervent dans les prières, suppliant dans les reproches , impérieux dans l'explication de la loi, doucement prévenant dans le récit des faits du divin San-

veur, cainie et persuasif dans l'enseignement, animé dans le début, pénétrant dans le cours et à la fin du discours, etc. Pour le ton et l'accent, il n'y a qu'une loi : « ils doivent être naturels. » Or, ils n'auront cette qualité qu'autant qu'ils seront adaptés à la pensée du discours ou de la phrase , au degré de sensibilité et aux autres aptitudes de l'orateur. Tel ton peut être naturel dans la bouche de celui-ci qui ne l'est pas dans la bouche de celui-là.

89. Le langage des gestes a suffisamment de dignité, c'est-àdire qu'il est naturel, quand il s'harmonise avec le sujet, avec les sentiments de l'orateur, avec ses facultés physiques et intellectuelles et avec ses paroles. Quant à l'attitude de l'orateur, a dit un récent écrivain, elle est droite, sans fierté ni raideur; pieuse, mais non courbée et négligée ; sa figure porte l'empreinte de la piété, de la délicatesse de conscience , de la charité , sans hypocrisie ni effronterie ; le mouvement des mains, faible dans le principe , se développe à proportion que l'orateur s'anime, et se règle d'après l'émotion intérieure. Quand il instruit, elles reposent; quand l'émotion va croissant, elles se rapprochent de la poitrine; quand l'horreur grandit, elles repoussent ; quand il questionne et qu'il admire, elles s'élèvent ; dans la compassion et dans la crainte, elles se pressent l'une contre l'autre, etc. L'œil précède la parole et la suit; il ne regarde personne en particulier ; il ne voit que l'ensemble ; tantôt il s'abaisse tendrement sur les fidèles; tantôt il s'élève grave et étonné vers le ciel ; il adore, questionne, doute tour à tour.

90. Le débit, tant pour ce qui concerne le langage des mots que celui des gestes, est onctueux, quand l'amour pour Jésus- Christ et le zèle qui excite à travailler pour Jésus-Christ au salut des fidèles, quand la paix divine remplit l'âme , et que cette plénitude de l'âme déborde dans les gestes , le ton et l'accent. L'extérieur a de l'onction quand l'intérieur en surabonde, et l'intérieur en surabonde quand il connaît par expérience la vérité du christianisme, et qu'il unit à la charité cette paix que le monde ne peut donner. Or quand l'esprit de Dieu, qui seul

peut verser dans le cœur la lumière, la charité et la vie, parle au cœur du prédicateur, cette charité, cet amour, cette vie se font entendre et sentir à l'extérieur ; et ce même esprit produit dans les auditeurs , selon la mesure de leurs dispositions, ce qu'il a produit dans l'orateur, la lumière, la charité, la vie.

91 . Quant à savoir jusqu'à quel point votre discours, sous le rapport du langage, des mots et des gestes, correspond à l'idéal que nous avons indiqué, quelque ami en jugera comme connaisseur, et saura comme ami vous en exprimer son jugement. Mais afin de réaliser autant que possible cet idéal , n'osez jamais parler en public avant de vous être exercé en particulier, en présence d'un ami, et avant d'avoir pu vous rendre ce témoignage : Je suis suffisamment préparé pour oser, au jugement d'un connaisseur, essayer publiquement d'annoncer aux hommes la parole de Dieu.

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