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LE CATÉCHISTE DANS SES FONCTIONS

5. Il manifeste dans sa vie, comme homme et comme chrétien, ce que, comme précepteur des enfants, il enseigne en paroles. Il commence par leur faire voir la religion dans une image vivante, afin qu'ils puissent entendre, comprendre et saisir la parole qui leur annoncera ce qu'ils auront vu. Il commence donc par graver profondément dans l'âme des enfants les impressions du Bien, du Beau et du Vrai, avant d'essayer de faire entrer dans leur intelligence les idées du Bon, du Beau et du Vrai. L'exemple d'une vie sainte laisse de profondes impressions, et l'enseignement met les idées dans l'intelligence.

Le catéchiste doit donc être chrétien avant de vouloir mettre en scène le christianisme ; et il doit avoir manifesté le christianisme, avant de vouloir le faire comprendre.

Ainsi : Vivre de la vie chrétienne ;

Manifester cette vie dans sa conduite ;

Puis seulement instruire : voilà ce que doit être le catéchiste.

6. 11 commence donc à parler au sentiment des enfants par sa vie chrétienne, avant de fortifier ce sentiment par ses paroles.

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7. Il parle au sentiment des enfants par la parole, avant de s'adresser à leur intelligence; car comment transformer en idées ce qui ne Ta pas encore été en impressions?

« Écoutez, mes enfants !

» Je veux vous raconter quelque chose de grand , d'aimable , de magnifique ; écoutez ! »

» Ces grandes, aimables et magnifiques choses que je veux vous apprendre, les voici... »

Et c'est seulement ensuite qu'il commencera son instruction.

Mais il ne s'en tiendra pas là.

8. Pour éveiller les sentiments des enfants, il fera précéder chaque entretien d'une prière fervente; car si les exemples de la vie laissent de profondes impressions, la prière rafraîchit ces impressions en en créant de nouvelles ; la prière est elle-même la vie.

« Père, soyez au milieu de nous!

» Je veux apprendre à ces enfants à connaître votre nom.

» Jésus- Christ, soyez au milieu de nous !

» Je veux vous amener les petits enfants ! »

Mais cette prière, il ne faut pas se contenter de la réciter de bouche; les yeux, les gestes, l'âme elle-même doivent encore s'y associer.

9. Quand vous serez préparé à votre catéchisme, soyez calme, tranquille, attentif et embrasé d'un feu tout céleste qui vous porte à instruire les autres.

40. N'oubliez pas que votre enseignement est destiné à des enfants.

i \ . Pour que votre enseignement soit ce qu'il doit être, il faut qu'il fasse naître dans l'âme et l'intelligence de l'enfant les dispositions propres à lui faire comprendre le Vrai dans le Bien et dans le Beau, et à aimer le Bon et le Beau dans le Vrai.

1 2. Le catéchiste ne doit donc expliquer aux enfants aucune vérité dont il ne puisse montrer quelque côté saisissable à leur intelligence, et leur en donner peu à peu quelque idée claire ; car on doit leur épargner ce dont ils n'ont encore aucune intelligence.

13. Cette clarté, qui doit se faire peu à peu, ne doit pas jeter dans l'embarras un homme qui connaît sa religion ; car toutes les doctrines de la révélation ont, au moins comme faits révélés, un côté facilement sensible, savoir : le côté historique.

4 4. L'enseignement des enfants, c'est-à-dire le catéchisme proprement dit, renferme trois parties essentielles :

Le catéchiste doit :

î. Raconter, c'est-à-dire présenter la religion comme fait historique ;

n. Diviser en petites parties le fait qu'il raconte, c'est-à-dire réduire le récit en questions et en réponses, se poser à lui-même des questions et les résoudre ;

ni. Interroger les enfants et les laisser répondre; examiner s'ils ont saisi le récit dans son ensemble et dans ses différentes parties, et s'ils peuvent exprimer par des paroles ce qu'ils ont compris.

45. Raconter, réduire en questions et en réponses les diverses parties du récit, examiner les enfants : telle est l'essence du catéchism

Le récit fait pénétrer dans le cœur et dans l'intelligence l'ensemble de la doctrine; les questions et les réponses du catéchiste, en partageant le récit en petites parcelles , font que l'auditeur en saisit les détails; l'examen des enfants met l'ensemble et les parties dans un jour plus lumineux, aide à mieux comprendre, et achève d'éclaircir par de nouveaux récits, de nouvelles questions et de nouvelles réponses, ce que le premier récit avait encore laissé d'obscur.

46. Le récit, le partage du récit en questions et en réponses, ainsi que l'examen , sont soumis à des lois dont les unes sont communes à tous, et les autres particulières à chacun.

4 7. Règles communes :

i. Le récit, le partage et l'examen doivent aller du plus facile au plus difficile, et en jetant une lumière de plus en plus vive. La naissance du jour, depuis les premiers rayons de l'aurore jusqu'au plein éclat du soleil , sont une belle figure de

la manière dont le prédicateur doit répandre la lumière.

ii. Le récit, le partage, l'examen insistent davantage sur le commencement. Le début une fois bien compris, la lumière qui s'est faite dans l'âme des enfants éclairera tout le reste.

Exemple : Notre-Seigneur Jésus-Christ nous a tant raconté de choses de son Père ! Ne seriez- vous pas curieux de les apprendre ? — Oui ! — Qu'a-t-il donc raconté ? — Le voici :

« Mon Père a un œil qui voit tout, absolument tout ;

« Mon Père a un cœur qui aime tous les hommes, toutes les créatures ;

« Mon Père a une main qui s'étend par toute la terre, qui peut tout mettre en mouvement , qui peut tout faire, qui est toute-puissante. »

m. Le récit, le partage, Fexamen partent des sentiments de l'enfant et y ramènent.

Exemple : Jésus- Christ ne nous a pas seulement raconté que son Père nous aime tous, il a encore dit davantage ; il a dit que son Père est l'amour même. Qu'est-ce que cela veut dire : être l'amour même ? N'est-ce pas, mon enfant, que vous aimez vos parents et "que vos parents vous aiment ? Votre père vous aime, parce que vous êtes son enfant ; votre mère vous aime, parce que vous êtes son enfant. Et comme votre père et votre mère vous aiment, ils ne vous oublient jamais ; ils veillent sur vous, vous habillent , vous nourrissent , vous — aiment. Eh bien , Dieu ne vous aime pas seulement, il est encore l'amour même. Voyez ! quand chez vous, un grand feu , un feu énorme brûle sur votre âtre, et que des étincelles volent çà et là, ces étincelles sont-elles tout le feu? Non ! Eh bien, les parents , eux aussi , n'ont qu'une étincelle d'amour, tandis que Dieu est lui-même le feu de l'amour ; il n'est pas comme le feu de l'âtre, il ne s'éteint jamais. Dieu est le feu de l'amour ; il brûle éternellement, et il brûle tout seul. Vos parents vous aiment; mais Dieu est l'amour même. Il n'y a pas un cœur de père, pas un cœur de mère qui aime comme Dieu.

Or, ce bon Dieu qui nous aime tous, qui vous aime autant et

plus que vos parents ne le peuvent , voudriez- vous ne l'aimer point?

iv. Dans le récit, dans la division et l'examen, on doit s'abstenir de tout ce qui tient au côté purement spéculatif du christianisme, et montrer constamment la doctrine comme histoire, comme révélation de Dieu, comme promesse, invitation, institution, établissement, et comme fait de JJésus- Christ. Tout ce qu'on dit de positif sur le christianisme peut s'expliquer et se comprendre par l'histoire.

Ainsi le catéchiste manifeste la puissance de Dieu par les prophéties qui ont été faites il y a plusieurs siècles et réalisées dans le cours des âges ; la toute-puissance de Dieu, par les miracles, qu'on devra raconter en détail aux enfants ; l'amour de Dieu , par sa tendre sollicitude pour le genre humain.

v. Partout Dieu se fait voir, entendre et sentir par l'histoire.

Le récit , les divisions et l'examen font que la science que les enfants ont sur Dieu, sur Jésus-Christ, sur l'amour du prochain, sur la prière mentale, etc., se développe d'elle-même au moyen des idées, des sentiments et des pensées que les enfants tirent de leur propre fond. Et en cela on évite deux graves défauts communs dans l'enseignement : l'un consistant à ne faire apprendre par cœur que des choses incomprises; l'autre, à éveiller trop tôt l'esprit de raisonnement, et à dénaturer le beau caractère de l'enfance.

vi. Mais pour développer les connaissances des enfants en mettant à profit leurs idées, leurs sentiments et leurs pensées, le catéchiste doit :

a Etre bien familiarisé avec les idées de l'enfance , afin de pouvoir la former d'après ses idées, et non d'après celles du catéchiste ;

b II doit savoir proportionner toujours son enseignement aux capacités intellectuelles des enfants. *

c Tout ce qu'il dit , il doit pouvoir le présenter aux enfants us une fo rme sensible; car, pour eux, toute la clarté de l'en-

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seignement dépend des images sous lesquelles on le lui offre. Ce qu'on montre aux enfants dans la nature, ce qu'on leur raconte d'historique, ce qu'on leur met sous les yeux par une peinture aussi vive que s'ils le voyaient devant eux, fait sur leur âme une impression égale à celle que produirait le fait luimême. Car que les phénomènes de la nature physique passent par l'œil , les faits historiques par l'oreille , pour arriver à l'homme, cela ne change rien au résultat. Pour les enfants, la nature est aussi hien une histoire que l'histoire humaine ellemême. Les phénomènes de la nature qui frappent leurs regards, ils ne les comprennent, non plus que les faits historiques , que par l'explication qu'on leur en donne au moyen de la parole humaine.

d. Le catéchiste devra donc, plus encore que le prédicateur, posséder le don de montrer la religion dans la nature et dans l'histoire, et, comme l'une et l'autre se manifestent dans l'art, les rendre intelligibles et saisissables au moyen de l'art ; car les enfants sont de tous les ignorants les plus ignorants de tous.

Si le prédicateur doit rendre la doctrine de Jésus-Christ populaire pour le peuple, le catéchiste doit, si je puis ainsi dire, la rendre enfantine pour les enfants.

e. Mais comme on ne fait rien de rien, le catéchiste devra appeler l'attention et la réflexion des enfants sur ce qui se passe en eux et autour d'eux ; car là où il n'y a chez les enfants nulle provision d'idées, de sentiments et de pensées, on ne saurait développer aucune connaissance, parce qu'il n'y a rien à développer.

Or, cette provision d'idées, de sentiments et de pensées suppose chez les enfants plusieurs exercices préparatoires d'attention et de réflexion.

Remarque. — La famille, la maison paternelle, le père, la mère, les frères, les sœurs, le pain qui est sur la table, le lait, le jardin de la maison avec ses fleurs, ses légumes, ses fruits, les animaux domestiques, les agneaux blancs qui bondissent

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sur l'herbe, l'oiseau qui chante dans la cage, première galerie d'images pour le monde des enfants, et cette autre plus grande, je veux dire la nature avec son soleil brillant, la pluie, la neige, le vent, le jour, la nuit, la lune, les étoiles, etc., et tout ce qui s'agite dans l'enfant, l'amour, la confiance, la reconnaissance envers les parents, et ce que l'enfant apprend à connaître en lui-même, l'œil, la main, la langue, etc., sont assurément les premières idées, les premières pensées qui se produisent dans le monde de la jeunesse.

Un bon catéchiste trouvera là une matière suffisante pour présenter aux enfants sous une forme sensible la doctrine céleste, et il n'aura pas besoin de les faire entrer, par force, dans le labyrinthe de l'histoire naturelle, pour ensuite les préparer à la question de savoir s'il y a un Dieu. Cette question ne s'agite même plus dans les écoles des philosophes qui, apercevant assez clairement leur Dieu au fond de leur conscience, rougiraient d'un pareil doute. La traiter devant des enfants est un scandale, en même temps que c'est une injure que le catéchiste se fait à lui-même.

/". Après avoir appelé l'attention et la réflexion des enfants sur ce qui se passe autour d'eux, le catéchiste aura soin de faire jaillir, avec une douceur et une sollicitude toute maternelle, de ce réservoir d'idées, de sentiments et de pensées, la connaissance de la vérité.

Remarque. — Le meilleur catéchiste serait assurément Socrate s'il vivait au milieu de nous, qu'il fût chrétien et catéchiste.

18. Les règles particulières du récit, des questions, des réponses et de l'examen sont les suivantes :

i. Pour faire le catéchisme avec fruit, il faut commencer par éclaircir à l'enfant ce qui doit devenir clair, et lui faire comprendre par des questions et des réponses ce qu'on lui a éclairci.

Or, cet éclaircissement préalable ne saurait mieux se faire que par des récits , par le partage du récit en questions que le catéchiste se pose et résout lui-même. La meilleure et la plus

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sûre manière de se faire comprendre de l'enfant, c'est de résoudre soi-même les questions qu'on s'est posées, puis de les adresser à l'enfant, de les lui faire résoudre et répéter jusqu'à ce qu'un rayon de joie illuminant sa figure , il montre par ce témoignage irrécusable qu'il a réellement compris.

Le catéchiste devra donc posséder un triple don et un triple talent :

4° Celui de mettre assez de vivacité dans son récit pour que les enfants puissent en saisir l'ensemble ;

2° Celui de réduire le récit en questions et en réponses avec assez de justesse et de clarté, pour que les enfants puissent saisir les détails dont se compose l'ensemble ;

3° Celui d'amener, par des questions, des sous-questions et encore des questions, les enfants au point de pouvoir redire euxmêmes les détails et l'ensemble, et prouver par leur propre explication qu'ils ont saisi, compris et retenu ce qu'on leur a raconté.

h. Pour que le récit puisse exposer aux enfants l'ensemble complet de la doctrine , il faut qu'il ait toutes les qualités que doit posséder un récit adapté au caractère et à l'intelligence des enfants.

Un récit est adapté au caractère et à l'intelligence des enfants, 1° quand le contenu en est puisé dans le cercle où se passe la vie des enfants , par exemple : « Lorsque Jésus eut atteint l'âge de douze ans , sa mère le conduisit au temple de Jérusalem ; » ou bien, quand il correspond à leurs occupations intellectuelles ;

2° Un récit est adapté au caractère et à l'intelligence de l'enfant, quand il ne renferme que des expressions qu'il comprend et auxquelles correspond une idée claire de sa pensée ; ou bien quand cette idée peut facilement être rendue intelligible par une description ou une comparaison. Par exemple : « Je vous ai dit que Jésus alla au temple de Jérusalem ; maintenant je vais vous dire ce qu'étaient Jérusalem et le temple de Jérusalem. Vous avez déjà été plusieurs fois dans quelque ville voisine , et vous venez tous les jours à l'église de votre village. Eh bien,

figurez-vous que cette petite ville ou que l'église du village est de six à dix fois plus grande, et vous aurez une idée de l'étendue de la ville et du temple de Jérusalem. Le mot temple , mes enfants, est un mot latin, et signifie une grande église, etc. »

3° Un récit est conforme au caractère et à l'intelligence des enfants , quand leur attention est soutenue par toutes sortes d'applications, et par ce qu'on a coutume d'appeler la vivacité et l'intérêt du récit ; par exemple , mettre les personnages en scène, et les faire s'expliquer par un langage alternatif. Ainsi, Jésus-Christ ne se contentait pas de dire de l'enfant prodigue : « Il prit la résolution de retourner à la maison paternelle et de demander pardon à son père ; » mais il lui mit ces paroles dans la bouche : « Je veux me lever, retourner auprès de mon père et lui dire : Mon père, j'ai péché, etc. »

4° Un récit est conforme au caractère et à l'intelligence des enfants, quand l'idée principale que le récit doit expliquer , mettre en relief et graver dans la mémoire d'une manière ineffaçable, ressort continuellement, et qu'à la fin du récit elle apparaît dans un jour lumineux. Quant aux peintures accessoires et aux digressions, elles ne servent qu'à maintenir l'attention des auditeurs.

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