RÉCIT CONFORME AUX RÈGLES QUE NOUS VENONS DE POSER
Des bienfaits qu'on ne saurait assez apprécier.
Il était une fois un prince de la couronne, fils d'un grand Seigneur, qui devait devenir roi après la mort de son père. Ce jeune prince avait entre autres défauts celui d'aimer l'argent. « Pourvu que j'aie de l'argent, disait-il, beaucoup d'argent, cela me suffit. » Son maître, ou comme on dit, son précepteur, voulant lui montrer combien il était ridicule de faire tant de cas de l'argent, le pria, un jour qu'il faisait une chaleur étouffante, d'emporter avec lui dans la forêt un coffre tout rempli d'argent. Il ne se passa pas beaucoup de temps avant que le prince ne fût tourmenté par une soif ardente , et ne demandât à boire avec instance. Sa soif devenant de plus en plus vive, le prince de-
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manda de l'eau à grands cris. « Mais, lui dit son maître, l'eau n'a pas de valeur; l'or est de beaucoup préférable. L'eau, c'est pour les personnes communes ; l'or, pour les grands messieurs. Le prince n'y voulant point entendre, pria son maître d'aller le plus vite possible lui chercher de l'eau à la maison, sinon qu'il mourrait de soif. Son maître, ouvrant alors le coffre et lui présentant douze ducats, une somme d'argent énorme : « Tenez , lui dit-il , voilà de quoi vous rassasier ; il n'y a rien de tel que For; quand on en a on peut aisément se passer d'eau. » Mais le prince, malgré tout cet or, fut loin d'être satisfait ; car il ne pouvait pas le boire, et ce qu'il lui fallait avant tout, c'était de l'eau pour apaiser sa soif.
Son maître lui donna encore vingt-quatre ducats, et lui dit : « Pour cette fois , vous avez de quoi faire passer votre soif ; quand on a reçu dans une seule matinée vingt-cinq ducats , on n'a pas à se plaindre.» Le prince perdit patience, et pria en grâce le cocher, le conducteur de la voiture, de partir au plus vite pour la maison. Son maître jeta encore trente-six ducats dans son chapeau, en lui disant : « Pour le coup, je pense que vous serez content, et que vous préférerez soixante-douze ducats à une gorgée d'eau fraîche ! » — « Non, dit le prince , si je n'ai pas d'eau à boire, je n'ai que faire de ces soixante-douze ducats. » Son maître le conduisit alors dans un buisson où il avait placé un jeune berger avec une outre d'eau fraîche.
A cette vue , le prince ne se posséda plus de joie et courut aussitôt demander à boire; mais, à son grand étonnement, le berger n'y voulut point consentir. « Je ne vous donnerai pas cette eau, jeune prince, dit-il; j'en ai besoin pour moi et pour mes parents qui, là-haut, sur la montagne , font un si rude travail. » Le prince lui promit un ducat s'il voulait le laisser boire, c Non, répondit le berger, vous me donneriez vingt ducats, que vous n'auriez pas mon eau. » A ces mots, le prince regarda son maître, et le pria de lui venir en aide. « Aie la bonté, mon cher enfant, de donner à boire au prince de la couronne, qui se meurt de soif, » se contenta de dire le maître. Alors le berger présenta
son eau, et le prince but avec un plaisir sans égal. — « Vous le voyez, dit le précepteur en s'adressant au prince, un peu d'eau vaut mieux que tout l'or du monde , quand avec cet or on ne peut pas se procurer de l'eau; par conséquent, la prière que nous adressons à des hommes de bien vaut mieux que tous les ducats du monde, puisque, avec cette prière, on peut obtenir de l'eau, et que, dans bien des circonstances, on n'en saurait obtenir avec des ducats ! »
Le prince de la couronne rougit, et depuis ce moment il considéra l'argent avec des yeux tout autres.
Vous voyez, mes enfants, quel grand bienfait c'est que d'avoir de l'eau au moment de la soif.
Cet art d'enseigner par des récits, Jésus-Christ lui-même l'a consacré par son exemple. Qui ne se rappelle la touchante histoire de ce voyageur qui allait à Jéricho [Luc, x), celle de l'enfant prodigue (Luc, xv), celle du riche et du pauvre (Luc, xvi) ? Jésus- Christ connaissait trop bien la nature de l'homme, il était trop initié à la vérité et à la manière de l'enseigner, pour n'être point prodigue de récits.
m. Mais, outre que le récit a pour objet de préparer l'intelligence des enfants en se proportionnant à leurs aptitudes, il a encore pour but d'exposer d'une manière claire, vive et durable toute l'instruction que l'on vient de graver dans ces jeunes intelligences.
Or, ce but, le catéchiste ne saurait l'atteindre
a Qu'en circonscrivant dans d'étroites limites la matière de ses explications;
b Qu'en choisissant pour sujet des vérités à la portée de l'intelligence des enfants ;
c Qu'en se plaçant pour le traiter au point de vue historique ;
d Qu'en le présentant sous autant de formes qu'il est besoin pour qu'il soit compris des enfants.
Le catéchiste veut conduire ses enfants à Jésus-Christ : il devra donc , pour leur prouver que Jésus-Christ est l'ami des
enfants, leur raconter l'histoire de ces mères et de ces enfants qui, se pressant autour de Jésus avec une douce violence, furent repoussés par les disciples qui voulaient procurer quelques instants de repos au Sauveur fatigué. Jésus reprocha aux disciples leur dureté, prit le parti de ces mères, reçut leurs enfants dans ses bras, les embrassa et prononça cette parole si significative : « C'est pour eux qu'est le royaume des cieux. » — Ce passage, qui est l'âme de tout le récit, le catéchiste en ira chercher l'interprétation dans le propre cœur de Jésus-Christ. Il dira, par exemple :
Jésus-Christ invitait les Israélites à croire en Dieu , à se confier en lui, à s'attacher à lui avec amour, à le reconnaître, à l'adorer et à l'aimer comme étant le Père céleste. Malheureusement, il trouva peu de crédit chez les riches et les savants : c'est qu'à leurs yeux il n'était ni assez riche, ni assez grand, ni assez savant. Il s'adressa donc à la basse classe du peuple, et principalement aux enfants; car, disait-il, ceux-ci peuvent encore croire, espérer, aimer ; ils recevront de ma main le royaume de Dieu, comme un enfant reçoit un morceau de pain de la main de sa mère.
îv. Quand je dis qu'en expliquant la religion aux enfants, on doit se placer au point de vue historique, ces paroles signifient que tout ce que Jésus-Christ a enseigné, est :
4. Envisagé comme étant sa doctrine, un fait historique, ipse dixit; que ce que Jésus-Christ a enseigné peut être expliqué, éclair ci et gravé dans la mémoire :