Le ton criard et fatigant
5. Les paroles injurieuses et les coups dont quelques-uns se servent pour faire entrer la vérité dans la tête des enfants ;
6. Les questions mêmes que Ton traite, et qui souvent n'ont aucun charme pour les enfants ;
7. La méthode qui se borne à faire apprendre par cœur, toujours apprendre par cœur, rien qu'apprendre par cœur;
8. Le langage, lorsqu'il est tout à fait inintelligible pour les enfants.
25. L'esprit inconstant des enfants, en général; l'absence chez la plupart de connaissances acquises; le peu d'intelligence de quelques-uns; mille autres inconvénients qu'offre nécessairement l'enseignement des enfants et que ne sauraient concevoir ceux qui n'en ont pas l'expérience. Ces inconvénients, il est vrai, tout en n'étant que des bagatelles, anéantissent les premiers efforts du catéchiste, et finissent, à force de s'accumuler et de se reproduire,
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par rendre le ministère du catéchiste souverainement onéreux et pénible, et prouvent qu'une patience, je dirais presque surhumaine, est Tune des premières qualités du bon catéchiste. Il lui faut donc de la patience pour rester calme en présence de réponses inattendues autant qu'ineptes, en présence de la vivacité et de la pétulance de cette sorte d'enfants pour qui tout est important, hormis l'étude. Il lui faut de la patience pour faire saisir aux enfants, à force de répétitions, la vérité la plus commune. 11 lui faut de la patience pour savoir amener à son but les réponses maladroites des enfants, pour en tirer de nouvelles questions, jusqu'à ce que , à force d'exercices, le jour se fasse dans leur intelligence, etc.
26. De toutes les ressources du catéchiste, l'une des plus adroites est celle qui consiste à transformer la doctrine en faits, c'est-àdire àla mettre en action. (Voir plus loin le 4e exercice.)
27. Un bon catéchiste ne néglige aucune occasion pour exposer aux regards des enfants ce qu'ils ont entendu, pour transformer l'ouïe en vue. Ainsi, s'il montre les récits bibliques représentés sur des images ou des tableaux, les enfants écouteront d'autant plus volontiers ce qu'il racontera qu'ils l'auront vu de leurs yeux (1).
28. Le meilleur catéchiste ne saurait s'abstenir complètement défaire apprendre par cœur. Mais, en cela, il doit faire en sorte : \ ° que les enfants n'apprennent par cœur que des choses dont ils ont déjà quelque idée ; 2° qu'ils n'apprennent que le plus essentiel ; 3° que les exercices de mémoire n'enlèvent pas aux fonctions de la réflexion leurs forces et leur temps; 4° que les pieux sentiments des enfants se développent et se fortifient parallèlement. Ce qui n'est gravé que dans la mémoire n'est pas encore gravé assez profondément. Ce qui doit arriver à la vie doit vivre au fond de l'âme.
(4 y En Bavière, plusieurs curés ont l'habitude de montrer aux enfants les principaux faits de l'histoire évangélique représentés sur des lithographies, qu'ils exposent dans les écoles et dans les églises. Les tableaux qui sont dans les églises peuvent aussi servir au même but.
29. Aussi, un bon catéchiste ne se contente pas de donner des idées à ses élèves ; à Vidée qui rend la pensée claire à l'intelligence il joint le sentiment qui conserve la pensée dans le cœur. Par exemple :
« Aujourd'hui, mes enfants, je vous ai expliqué ce que signifié cette demande : Donnez-nous notre pain de chaque jour. Mais il ne faut pas l'oublier de suite, comme si vous n'en aviez jamais entendu parler. Quand , à l'église , en classe , ou quelque part que ce soit, on vous dit quelque chose de bon, on ne vous le dit pas pour que vous l'oubliiez, mais pour que vous fassiez ce qu'on vous a dit. Ainsi, quand vous recevez le pain que vous demandez à vos parents, vous ne devez pas le prendre sans éprouver aucun sentiment de reconnaissance, et courir le manger, comme fait le petit chien à qui vous donnez du pain ; mais vous devez vous dire :
Quel aimable père c'est que le bon Dieu, puisqu'il nous donne ainsi du pain ;
Qu'ils sont bons, nos parents, dont Dieu se sert pour nous donner du pain ;
Combien sont malheureux les pauvres enfants qui n'ont ni pain, ni parents, et qui vont mendier de porte en porte ;
Combien nous devons remercier le bon Dieu, étudier, prier, travailler, puisque c'est Dieu qui nous nourrit, et que cela lui est agréable. »
30. Afin d'agrandir les connaissances de ses élèves, un bon catéchiste exhorte, comme pasteur, les parents et les maîtres d'école à ne pas contredire, ceux-là dans leurs familles, ceux-ci à l'école, son enseignement, mais à le corroborer. Les trois catéchismes, celui de la famille, celui de l'école et celui de l'église, In'en doivent former qu'un. Ce que le catéchiste a dit à l'église, l'instituteur doit le répéter à l'école et la mère dans la famille, afin que le même clou, qu'on me permette cette expression, recevant un triple coup, pénètre plus avant dans l'âme. 31. Mais pour que les enfants^puissent relire à la maison ce
qu'ils ont entendu de la bouche du catéchiste , et recevoir làdessus des éclaircissements de la part des parents, des maîtres ou des précepteurs, il serait à désirer que le prêtre mît entre les mains des enfants un petit livre contenant les questions et les réponses du catéchisme relevées de traits historiques, de comparaisons, de sentences, etc., et accompagnées de prières et d'exhortations propres à faire impression sur le cœur.
Pour atteindre son but, ce « petit livre des enfants » devrait être ainsi conçu :
i. Ce serait un traité complet 'de tout ce que le dogme et la morale renferment d'essentiel;
n. Outre les vérités dogmatiques et morales, il contiendrait, dans un langage intelligible, les principales preuves de la vérité, et les motifs les plus puissants de pratiquer le bien ;
m. On y passerait graduellement des choses faciles aux choses plus difficiles ;
iv. Pour le fond comme pour la forme, on n'oublierait jamais de prendre en sérieuse considération le degré d'intelligence du jeune âge (\).
32. Pour gagner la confiance des élèves et stimuler leur application, le catéchiste unira à cet air de sérénité qui donne à ses paroles, à sa figure et à ses gestes de la douceur et de l'attrait , et à cette condescendance qui fait qu'on s'oublie soimême , une sage générosité qui captive l'attention des esprits légers, et stimule les paresseux par le désir des récompenses.
Remarques, C'est là une excellente occasion pour un pasteur zélé de mettre dans les mains de la jeunesse de bons ouvrages
(\) Un excellent écrivain, .-Egidius Jais, a rempli ce but dans ses «Nouveaux travaux catéché tiques. »
Ajoutons, néanmoins, que le meilleur livre ne saurait jamais remplacer ce qui manque au catéchiste, tandis qu'un bon maître peut toujours remplacer ce qui manque a un livre. Voila pourquoi l'amélioration de l'enseignement public devrait toujours commencer, non par des livres, mais par des « docteurs vivants. »
et de bonnes publications, quelle qu'en soit la forme, et, par elle, de les introduire dans les familles.
La coutume de distribuer des images aux enfants n'est pas aussi cà dédaigner qu'on le pourrait croire. La première chose que nous faisons en ouvrant un livre nouveau, c'est de regarder les images qu'il renferme avant même de lire le texte. Or, pourquoi nous, qui aimons les images, voudrions-nous enlever ce plaisir aux enfants ? L'image du bon Pasteur qui porte sa brebis sur ses épaules a, dans des moments critiques, préservé plus d'une jeune fille. Je sais bien qu'une foule d'images sont, tant pour le fond que pour la forme, au-dessous du médiocre ; mais le bon pasteur a des yeux pour choisir ce qu'il y a de mieux.
Les images, avec pages imprimées qui parleraient au cœur, seraient les plus convenables.
Je ne connais pas beaucoup de fondation d'une utilité plus générale que celle qu'on nomme « les cadeaux des enfants du catéchisme, » quand elle a pour objet de mettre entre les mains des enfants des objets utiles et instructifs , en récompense de leur application en classe et de leur attention au catéchisme.
Dans la capitale de ma patrie, on a établi une fondation de ce genre, composée à l'usage des enfants et du peuple; on la nomme : « Aumône d'or. » J'en remercie la Providence, et je loue le zèle qui, je l'espère, saura en faire un bon usage.
33. Comme les enfants chantent volontiers, et qu'un bon maître ne néglige jamais de leur rendre l'étude agréable, son premier soin est de leur apprendre le chant, afin qu'ils puissent, avant et après le catéchisme, exécuter quelques strophes de cantique.
34. Le catéchiste ne doit pas confondre l'enseignement des enfants, enseignement dont le récit, le partage de ce récit et les questions constituent les trois parties essentielles, avec l'examen public et solennel qui revient toutes les années, et qui n'a pas pour but d'instruire les enfants , mais de convaincre toute la paroisse qu'ils ont bien compris leur catéchisme.
35. Le catéchiste doit distinguer la catéchisation publique qui se fait à l'église d'avec la catéchisation privée, ou publique, qui a lieu à Fécole. Celle qui se fait à l'église, revêtant le caractère de fonction ecclésiastique, doit se faire avec plus de dignité et d'onction ; elle s'adresse plutôt à la masse du peuple.
Voilà pourquoi, dans plusieurs localités, on fait précéder le catéchisme des enfants d'une courte explication de l'Évangile du jour; en quoi Ton prend plus en considération les besoins du peuple que ceux de l'enfance.
36. Quand il y a plusieurs ecclésiastiques dans une paroisse, ils peuvent et doivent partager entre eux le fardeau de l'enseignement catéchétique. Dans ce but, on divisera l'enseignement public en catéchisme pour les enfants, et en catéchisme pour la jeunesse. On assignera à chacune de ces divisions un local spécial, et en cas d'impossibilité, on emploiera le même local, mais à des heures différentes.
37. Un bon pasteur saura séparer les plus capables de ceux qui le sont moins, et distribuer aux diverses sections , à différentes heures, un enseignement différent.
38. Comme il n'y a pas une grande différence entre la science du peuple et l'ignorance des enfants, le pasteur se verra souvent obligé de répéter devant le peuple sous forme de sermon populaire, avec très-peu de différence, ce qu'il aura enseigné aux enfants pendant le catéchisme.
Quant à la manière dont ces sortes de conférences sur le catéchisme doivent se faire, nous appellerons l'attention sur les points suivants :
i. Elles doivent se faire de telle sorte qu'au lieu de remplacer l'Évangile, elles en soient plutôt une explication détaillée. Un chrétien qui connaît la lettre de l'Évangile et qui en possède l'esprit, souffre dans son âme d'être obligé, le dimanche, d'entendre le prédicateur, après quelques périodes, glisser rapidement sur l'Évangile , pour en venir à ce qu'il appelle le catéchisme. De là vient que le peuple, bien qu'il entende toujours
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lire FÉvangile à l'église paroissiale, — ne le comprend jamais.
n. Dans ces conférences sur le catéchisme, il ne faut pas s'en tenir si strictement à son sujet qu'on ne puisse en venir à la fête du jour. Les jours de fêtes, le peuple attend quelque chose de spécial de la part du prédicateur. Or, cette attente, il ne faut pas qu'elle soit déçue ; il vaut mieux rompre de honne grâce le fil de son discours et tâcher de dévoiler au peuple impatient Tidée chrétienne attachée à la fête que l'on célèhre.
m. Dans les conférences sur le catéchisme, il ne faut pas s'arrêter longtemps au même objet, comme on ferait avec de jeunes théologiens qu'on serait obligé de promener à travers tous les lieux communs et de saturer de science; ce qui revient à dire qu'il ne faut pas leur enlever tout le plaisir qu'ils ont d'écouter, en les condamnant à n'entendre que des paroles vides et inintelligibles.
îv. 11 faut faire grâce au peuple des subtilités de la casuistique, et ne pas justifier le préjugé de ceux qui disent que les conférences religieuses sont coulées dans le moule des discussions qui s'agitent dans les écoles.
v. Il faut sans cesse ramener le peuple chrétien aux vérités fondamentales du christianisme. Nous sommes des hommes, des pécheurs; Jésus- Christ est le salut du monde : Retour à Dieu et foi en Jésus-Christ, tel est l'ordre du salut ; la foi agissante dans la charité et appuyée sur l'espérance, voilà la vie intérieure et spirituelle du chrétien. Ici-bas, la vie de la foi; là haut, celle de la vue face à face ; ici, l'Église une, sainte, militante; là haut, l'Église, une, heureuse, triomphante.
Remarque. S'il n'est rien de plus facile que de multiplier les conseils et les avertissements aux jeunes catéchistes, je ne connais guère, en revanche, de peine plus inutile. Un pasteur appliqué, pieux et ami de la vérité, trouvera dans les conseils que nous avons donnés des moyens suffisants pour ne pas manquer le vrai chemin. Une ibis arrivé là, il rencontrera dans
Faffection qu'il aura pour sa paroisse, aussi bien que dans la pratique, deux guides excellents qui le conduiront plus loin que tous les préceptes. Un pasteur manque-t-il d'application, de piété, d'amour de la vérité et des enfants, nul ouvrage ne saurait l'initier à la vie intérieure d'un bon catéchiste.