CATÉCHISME POUR LES PETITS ENFANTS
Comme quoi nous pouvons trouver dans chaque grain de semence le Dieu que nous adorons dans notre cœur, qui nous dit dans notre conscience ce que nous devons faire et ce que nous devons omettre, et dont Jésus-Christ nous a raconté tant de choses.
B. Monsieur le curé disait, dans sa dernière instruction, que nous pouvons trouver le bon Dieu dans chaque grain que le paysan sème sur son champ. Que voulait-il dire par là?
A. Cela n'est pas difficile à comprendre, mon cher enfant. Quand on a le bon Dieu dans son cœur, on peut le trouver partout, par conséquent dans un grain aussi. Dites-moi : quand vous avez faim, qui vous donne du pain?
B. Ma mère.
A. Où prend-elle ce pain, votre mère?
B. Dans le tiroir de la table.
A, Comment ce pain est-il arrivé dans le tiroir de la table?
B, Chez nous on met toujours au four un grand nombre de miches ; quand on en a mangé une, notre mère va en chercher une autre dans une armoire, la coupe en deux, et met les deux morceaux dans le tiroir de la table.
A. Ainsi, le pain passe du four où il était dans le tiroir?
B. Oui, monsieur.
A. Mais votre mère aurait-elle pu faire du pain, si elle n'avait pas eu de farine ?
B. Non, monsieur. On ne peut pas mette au four quand on n'a pas de farine.
A, Et où la prend-on, cette farine?
B. Notre domestique s'en va tous les mois au moulin avec
THÉOLOGIE PASTOttALE. 539
du blé, et c'est là, au moulin, qu'on fait de la farine avec le blé. Ensuite on va la chercher.
A. Et d'où vient ce blé ?
B. 11 croît sur les champs, magnifique et superbe ; puis on le coupe, on le rentre, on le bat ; c'est ainsi qu'on a du pain.
A. Le grain croît-il tout seul sur les champs?
B. Non, il faut labourer le champ et semer les grains de blé.
A. D'où viennent-ils, les grains de blé?
B. On les a gardés depuis la dernière moisson, et quand il n'y en a plus à la maison, on va en acheter à la halle aux blés.
A. Mais s'il ne venait point de blé sur les champs pendant plusieurs années de suite, où prendrions-nous du pain?
B. Alors il n'y aurait plus guère de pain : il y aurait une famine, une disette générale. Ma mère m'a déjà parlé bien des fois de ces sortes de malheurs.
A. Si les hommes se mettaient tous ensemble, ne pourraientils pas faire un grain de blé ? Si tous les artistes, tous les princes, tous les employés, tous les grands et petits seigneurs y voulaient réfléchir bien sérieusement, ne pourraient -ils pas en venir à bout?
B. Non. — Chaque fois qu'on fait les semailles, notre père nous dit : Mes enfants, nous ne pouvons faire autre chose que semer, nous ne pouvons pas même faire un petit grain de blé. Si les hommes en avaient le pouvoir, il y a longtemps que les paysans de notre village l'auraient appris.
A. Ainsi donc, tout ce que peuvent les hommes, c'est de jeter en terre la semence qui existe déjà, mais ils ne sauraient faire un grain de semence ?
B. Non, monsieur.
A. Quelle est donc l'origine de la première semence? S'estelle faite toute seule?
B. Faite toute seule ! — Je ne comprends pas cela; je ne sais pas ce que cela veut dire.
A. L'église où nous sommes maintenant s'est-elle faite toute seule? L'autel s'est-il construit tout seul? La croix s'est-elle
o40 THÉOLOGIE PASTORALE.
faite toute seule ? Le plancher qui vous porte s'est-il fait tout seul? Les cloches sont-elles montées toutes seules dans la tour? B. Non; Tannée dernière, pendant l'été, j'ai vu de mes propres yeux les charpentiers tirer avec des cordes les cloches sur la tour; — un jeune apprenti est tombé du haut du toit et s'est tué.
A. Et la nourriture que vous mangez à midi, se cuit-elle toute seule ?
B. Non, tout ce qui se cuit chez nous, c'est ma mère et notre servante qui le font cuire. Même chose se passe chez notre voisin.
A. Et le matin, quand vous vous levez, vos habits se mettentils tout seuls?
B. Non; je suis obligé de les prendre et de les mettre l'un après l'autre.
A. Quand vous voulez boire, l'eau s'approche-t-elle de vous, et entre-t-elle toute seule dans votre bouche?
B. Non; je suis obligé de prendre la cruche, d'aller à la fontaine, de puiser de l'eau , de lever la cruche quand elle est pleine, et de boire.
A. L'herbe des prairies se coupe-t-elle toute seule?
B. Non, mon père prend une grande faux, et la coupe.
A . Ainsi donc, rien en ce monde ne se fait tout seul?
B. Non, tout se fait par quelqu'un.
A. Par conséquent, le grain de blé ne s'est pas non plus fait tout seul ?
B. Non, monsieur ; autrement l'église pourrait aussi se bâtir toute seule.
jt. Eh bien, mon enfant, écoutez ce que je vais vous demaner : Les hommes ne sauraient faire un grain de blé ?
B. Non, monsieur.
4. Et cependant ce grain de blé est quelque chose de bon,a puisqu'il produit des épis, que les épis produisent la farine, et la farine le pain qui nourrit les hommes.
B. On peut encore faire toutes sortes d'autres choses délicates avec de la farine.
A. Ainsi, celui qui a fait le grain de Lié savait certainement ce qu'on en pourrait faire, et à qui serviraient le pain et la farine ; il fallait donc qu'il eût de l'esprit ?
B. Oui, et beaucoup, beaucoup d'esprit.
A. Celui qui a fait le grain de blé doit nécessairement nous aimer, puisqu'il prend tant de moyens pour que nous ayons \ manger?
B. Oh oui ! il faut pour cela qu'il nous aime grandement.
A. Celui qui a fait le grain de blé doit avoir un grand talent et une grande puissance?
B. Certainement qu'il a beaucoup de talent et de puissance. Tous les hommes ensemble ne seraient pas en état de faire un seul petit grain, quand même ils y mettraient mille ans.
A. Or, celui qui a fait le grain de blé doit être un Être plein d'esprit, d'amour et de puissance ?
B. Oui, monsieur.
A. Eh bien, cet Être qui a tant d'esprit, d'amour et de puissance, qui est-ce ? Comment l'appelle-t-on ?
B. Ah !... Je vois comment on peut trouver le bon Dieu dans chaque grain de blé.
A. Comment cela?
B. Celui qui a fait le grain de blé est un Être intelligent, puissant, aimant; et cet Être, c'est Dieu.
A. C'est donc le même Dieu qui a fait le ciel et la terre, et tous les hommes, et tous les animaux, et le soleil, et la lune, et les étoiles ?
B. Le même Dieu.
A. C'est donc le même Dieu qui nous a donné un œil pour voir, une oreille pour entendre, une intelligence pour comprendre, un cœur pour aimer?
B. Le même Dieu.
A. Ainsi, quand vous demandez un morceau de pain à votre mère, que devez-vous penser ?
B. Que le pain vient de la farine, la farine du blé, le blé du grain de semence, et ce grain de Dieu.
A . Ou, tout simplement : que c'est la main de Dieu qui met le pain dans la main de votre mère pour vous le donner ?
B. Oui, c'est Dieu lui-même qui me donne du pain.
A. Eh bien, de ce que c'est Dieu qui vous donne votre pain de tous les jours, que faut-il conclure?
B. Que je
A. Ah ! si vous pouviez voir de vos propres yeux cet Être si intelligent, si aimant et si puissant, comme vous voyez votre père et votre mère !
B. Ah oui ! si je le pouvais ! Il faut que ce soit un Seigneur bien bon et bien aimable, pour qu'il prenne tant de soins de moi.
A. Vous ne le sauriez voir des yeux du corps; mais vous le pouvez voir des yeux de l'esprit.
B. Que veut dire cela : les yeux de l'esprit?
A. Je vous l'expliquerai après-demain. Je vous dirai alors de si belles choses sur le bon Dieu que, si vous écoutez bien, vous croirez le voir de vos yeux.
B. Oh oui! si seulement c'était déjà après-demain!
REMARQUES SUR CE CATÉCHISME
4. Cette manière d'instruire les enfants paraît trop longue, mais elle ne l'est qu'en apparence. Car la vérité annoncée ainsi instruit plus que mille instructions qui ne sont entendues que des oreilles et n'arrivent jamais à l'intelligence. Une doctrine bien comprise donne pour toute la vie plus de lumière et de vérité que ne pourraient le faire une foule d'autres qu'on se contenterait d'apprendre par cœur. Ce système d'enseignement produit donc beaucoup plus de résultats qu'il ne parait tout d'abord.
2. Néanmoins, je ne prétends pas dire qu'il faille entrer avec chaque enfant dans des explications aussi circonstanciées. Après l'avoir fait pour un seul en présence des autres, on peut en résumer pour ceux-ci la partie la plus facile dans un court récit, afin que les enfants puissent en retenir facilement l'essentiel, puis
la rendre intelligible pour tous en la récapitulant. Ou Lien, on pourra adresser une question à celui-ci, une autre à celui-là, et en parcourir ainsi une vingtaine, afin de soutenir par ce moyen ainsi l'attention de tous.
3. En disant cela, je prétends encore moins qu'on ne doive adresser que ces questions-là aux enfants, ni qu'on ne puisse le faire dans un ordre différent; car c'est tout le contraire. Ce catéchisme a commencé par le pain, un autre pourra commencer par une fleur, ou par tout autre objet ; l'essentiel est qu'on instruise les enfants en puisant dans le réservoir de leurs propres idées, et en marchant par gradation.
4. Surtout je suis loin d'affirmer qu'il faille procéder avec cette lenteur quand il s'agit d'élèves plus avancés. Ce qui est indispensable pour des enfants serait fastidieux et superflu pour des jeunes gens.
5. Je trouve, au contraire, que le catéchiste doit, autant que possible, bannir de l'enseignement des enfants tout ce qui, dans les questions, pourrait être désagréable et inutile; autrement il deviendrait obscur, et au lieu de porter la lumière dans les esprits, il y porterait les ténèbres.
6. Quant à donner aux enfants des preuves de l'existence de Dieu, il est clair qu'aucun catéchiste n'y doit songer. Un catéchisme d'enfants n'est pas une dispute d'école sur la critique de la raison pure. C'est bien assez de remplir la tête des adultes de la sagesse des écoles, sans vouloir essayer ce tour de force ridicule sur des enfants.
7. Ajoutons qu'en général il est superflu de prouver la vérité de l'existence de Dieu. La foi en Dieu est gravée si profondément au plus intime de la conscience humaine, Dieu s'est manifesté dans toute l'histoire de la nature et du monde avec des signes si frappants, l'Amour éternel s'est fait connaître en Jésus-Christ et par Jésus-Christ sous des formes si palpables, que, si l'on entendait des hommes sensés demander sérieusement une preuve de l'existence de Dieu, on croirait qu'ils ont perdu la têîe.