‹ Théologie pastoraleChapitre 187 sur 209 · SUR LA CONTRITION ET LE REPENTIR · texte numérisé non relu

SUR LA CONTRITION ET LE REPENTIR

sens de ces mots : a, péché, b, douleur, c, surnaturel.

A. Qu'est-ce que la contrition?

B. C'est une douleur surnaturelle d'avoir offensé Dieu.

A. Savez-vous ce que c'est qu'un péché ?

B. Oui. — Un péché est la transgression d'un commandement de Dieu.

A . Qu'est-ce que cela veut dire : « transgression ? » Serait-ce passer d'un endroit dans un autre?

B. {en souriant). Non, Monsieur; transgression signifie

transgression.

A. Gomment peut-on transgresser les commandements de Dieu?

B. En péchant.

A. Je vais vous le dire; écoutez bien ! Nous transgressons les commandements de Dieu , quand, oubliant Dieu, nous ne faisons pas ce qu'il veut , ou que nous faisons ce qu'il ne veut pas. Par exemple , Dieu a dit : Vous obéirez à votre père. Eh bien, quand vous ne lui obéissez pas, vous ne faites pas ce que Dieu veut, par conséquent vous transgressez le commandement de Dieu. On donne au péché le nom de transgression, parce qu'on se représente la vertu comme un beau , mais étroit chemin, qui nous conduit au ciel, et le vice comme une route large, qui nous mène en enfer. Quand quelqu'un pèche, il quitte 3e chemin des commandements de Dieu, de la vertu, et passe dans celui du vice, de la désobéissance. C'est comme si l'on disait qu'on se transporte du côté droit au côté gauche. Ainsi donc, qu'est-ce que cela signifie : transgression des commandements de Dieu?

B. Cela signifie faire ce que Dieu ne veut pas, et ne pas faire ce que Dieu veut.

A. Et pourquoi appelle-t-on cela transgression?

B. Parce qu'on quitte le chemin de l'obéissance pour se transporter sur celui de la désobéissance.

A. Que signifie ce mot : « commandement » de Dieu ?

B. (Point de réponse).

A. Que dit votre père quand il vous commande quelque chose

B. Il dit : Fais cela, je le veux absolument. Fais cela; l'obéissance est une belle chose ; fais cela ; si tu le fais, tu seras mon enfant chéri, je récompenserai ton obéissance. Fais cela ; si tu ne le fais pas, je punirai ta désobéissance.

À. Le bon Dieu fait la même chose : Croyez en moi, dit-il, ayez confiance en moi, aimez-vous les uns les autres, travaillez assidûment, ne mentez pas, ne vous affligez pas les uns les autres, etc. Si vous écoutez ma parole et l'exécutez avec amour, vous ferez ce qui est beau et bon , vous serez mes enfants bienaimés , tout ira bien ici-bas et là-haut. Je suis votre Père, et vous serez éternellement avec moi. Mais si vous oubliez votre Père, si vous méprisez sa volonté, si vous ne l'aimez pas audessus de tout le reste, si vous vous affligez et vous trompez les uns les autres, etc., vous faites ce qui est mal, vous n'êtes plus mes enfants bien-aimés, vous êtes des serviteurs désobéissants, et tout ira mal pour vous ici-bas et là-haut. — Savez-vous maintenant ce que signifie ce mot : « commandement» de Dieu?

B. Je ne peux pas bien le dire, mais je le comprends.

A. Voici ce que signifie commandement de Dieu : « Aimez Dieu plus que tout le reste, et le prochain comme vous-même. »

B. Maintenant je le sais. Cela est très-bien dit dans l'Évangile : « Vous aimerez Dieu de tout votre cœur : » voilà le premier commandement ; ce vous aimerez votre prochain comme vous-même : » voilà le second commandement.

A. Qu'est-ce donc que le péché ?

B. Oublier Dieu, ne pas faire attention à sa volonté, et trans-

kgresser ses commandements.

TllÉOL. PAST. I. 35

A. Maintenant que vous savez ce qu'est le péché, dites-moi ce que c'est que la douleur d'avoir péclié ?

B. [Point de réponse) .

A. Dites-moi, mon enfant, vous aimez votre mère?

B. Oui, monsieur, je l'aime beaucoup.

A. Si elle mourait, si on l'emmenait de chez vous, si on l'emportait au cimetière, ririez-vous ou pleureriez-vous? seriezvous triste ?

B. Triste. — Je pleurerais ; il me semblerait que moi-même je serais mort, tant j'aime ma mère !

A. Et pourtant rien ne vous piquerait, rien ne vous brûlerait, rien ne vous couperait ?

B. Eh bien, malgré cela, je serais triste.

A. Il y a donc une douleur autre que celle qu'on ressent quand on s'est brûlé, coupé , piqué ?

B. Oui, Monsieur.

A. Quelle sorte de douleur est-ce?

B. C'est une douleur.... cela fait mal dans l'âme.

A . Pourquoi cela vous ferait-il mal dans l'âme si votre mère mourait ?

B. Parce qu'elle est ma mère, parce que j'aime beaucoup ma mère, et que je ne pourrais plus voir ma mère.

A. Ainsi, vous seriez triste parce que vous aimez beaucoup votre mère, que vous ne la verriez plus, et que vous l'auriez perdue?

B. Oui, monsieur, pour cela.

A. Qu'est-ce que le péché fait perdre au pécheur pour qu'il lui cause ainsi de la douleur et de la tristesse ?

B. [Point de réponse).

A. Je vais vous le dire, ce qu'il lui fait perdre ; écoutez bien ! il lui fait perdre , premièrement , la douce consolation d'avoir bien fait, qu'il portait auparavant dans son cœur ; le pécheur ne peut plus se dire : J'ai fait là une belle et bonne action ; mais il est forcé de se dire : Vous avez mal agi, cette fois vous avez

manqué; cette fois, vous n'avez pas fait ce que vous deviez

Qu'est-ce donc que le péché enlève au pécheur ?

B. La douce consolation d'avoir bien l'ait.

A. Quelle est cette consolation ?

B Il ne peut plus dire : «Je me suis bien conduit.»

A . Très-bien ! Je continue ; écoutez de nouveau attentivement. Il perd, deuxièmement, le repos de la conscience, c'està-dire qu'il lui semble entendre comme une voix qui lui dit : « Vous êtes un pécheur; vous n'auriez pas dû faire cela ; vous avez transgressé le commandement de Dieu ; vous avez mérité une punition ; vous ne serez pas heureux, etc. Qu'est-ce donc que le péché fait perdre au pécheur ?

B. Il lui fait perdre le repos de la conscience.

A. Il lui fait perdre, troisièmement, la gaieté, le plaisir et 'ardeur de faire le bien. Voyez ! un enfant obéissant fait avec

plaisir tout ce que veut sa mère. Mais dès que cet enfant néglige ce que sa mère lui commande ; dès qu'il est lent à obéir, qu'il murmure, il devient de plus en plus difficile à cet enfant désobéissant d'obéir sur-le-champ à sa mère. Eh bien , il en est de même du pécheur. Qu'est-ce donc que le péché fait encore perdre au pécheur ?

B. Il n'a plus, comme auparavant , de plaisir à suivre les commandements de Dieu.

A. C'est très-bien répondu ! Il perd la joie d'obéir ; il n'a plus cette gaieté, ce vif désir, cette forte puissance de faire le bien. Mais, mon enfant, ce n'est pas tout. Quand il a commis un grand péché; quand, par exemple, l'envie de voir que son voisin est plus riche que lui , qu'il a plus de blé dans son grenier ; quand cette envie le pousse à mettre le feu à la grange de ce voisin....?

B. C'est un péché énorme , certainement un de ceux qui crient vengeance au ciel.

A. Ainsi donc, celui qui commet un grand péché perd, quatrièmement, la grâce de Dieu. — Savez-vous ce que c'est que la grâce de Dieu ?

B. (Pas de réponse),

A. Écoutez : Quand nous ne faisons pas ce que Dieu veut, ei

que nous faisons ce qu'il ne veut pas ; quand nous nous comportons envers Dieu comme de méchants enfants se comportent envers leurs parents, n'est-ce pas que Dieu ne nous peut plus considérer comme ses enfants dociles et bien-aimés ? B. Oui, monsieur.

A. Or, quand Dieu ne peut plus nous considérer comme ses enfants bien-aimés, ce n'est plus l'esprit de Dieu qui nous pousse. Ceux qui aiment leur père sont attentifs à ce qu'il veut, et font tout ce qu'il veut. Mais les pécheurs sont poussés par un mauvais esprit. Ils ont perdu l'amour de Dieu, et avec cet amour, toute bonne disposition, tout bon désir. Ils ne s'inquiètent plus de Dieu, ne s'informent plus de sa volonté ; ils font ce que leur inspire le bon plaisir de leur cœur. Dieu a disparu de leur cœur. Et probablement qu'ils n'espèrent plus recevoir l'héritage que Dieu a promis à ses enfants fidèles ?

B. Non, monsieur.

A. Ce que Dieu a promis à ses enfants fidèles, c'est qu'après cette vie ils seront éternellement avec lui, le verront dans toute sa magnificence , et que tous entreront dans le partage de ses joies.

B . Mais ce serait le ciel ?

A. Oui, mon enfant, ce serait le ciel, ce serait la vie éternelle, dont le pécheur n'aurait plus aucune espérance. Il aurait donc perdu aussi l'espérance de la vie éternelle.

B. Et il l'aurait perdue, parce que Dieu ne réserve le ciel qu'à ses enfants bien-aimés. Perdre la grâce de Dieu signifie donc : que Dieu ne saurait plus nous considérer comme ses enfants soumis et bien-aimés ; que Dieu ne nous regarde plus avec complaisance ; que nous n'agissons plus d'après le bon esprit, l'esprit de Dieu ; que Dieu ne saurait nous donner l'héritage qu'il a promis à ses enfants vertueux — si nous persévérons dans le péché. Dites-moi donc ce que perd le pécheur en commettant le péché ?

B. Il perd aussi la grâce de Dieu.

A. Et perdre la grâce de Dieu, cela signifie ?

théologtt; pastorale. 549

B. Cela signifie que Dieu ne nous regarde pins comme ses enfants; que nous n'agissons plus d'après l'esprit de Dieu, et que nous avons perdu l'espérance de la vie éternelle.

A. Aussi longtemps que nous restons de grands pécheurs. — Si vous perdiez maintenant votre mère, vous seriez triste parce que vous auriez perdu votre mère. Or, pourquoi un pécheur doit-il être triste ?

2?. Par la raison qu'il a aussi perdu quelque chose.

A. Quoi donc?

B. Premièrement ; la consolation d'avoir bien agi.

A. Deuxièmement ? '

B. Le repos de la conscience.

A. Troisièmement?

B. Le plaisir et la joie de faire ce qui est bien.

A. Quatrièmement ?

B. La grâce de Dieu.

A. Nous allons maintenant expliquer autrement ce que le pécheur a perdu. Le plus grand bien qu'il ait perdu est assurément

'amour et la grâce de Dieu, et l'esprit d'un véritable enfant de Dieu. Or, celui qui a perdu cela ne connaît plus la douce consolation d'avoir bien fait, le repos de la conscience. Tout cela, mon enfant , vous le comprendrez encore mieux dans la suite. Écoutez ! Quoique le pécheur ait perdu l'amour et la grâce de Dieu, qu'il n'éprouve plus cette douce consolation d'avoir bien fait , qu'il ait perdu le repos de sa conscience et la force de faire le bien, il y en a cependant un grand nombre qui ne se débarrassent pas du péché, et qui continuent tranquillement de mal faire. D'où cela vient-il ?

B. (Pas de réponse).

A. Le voici, mon enfant. C'est qu'ils n'ont pas encore ouvert les yeux sur la perte immense qu'ils ont faite ; ils mangent, boivent, dorment, etc., et n'y pensent pas. Ils ne comprennent pas, ne voient pas ce ju'ils ont perdu ; ils ne sentent pas leur misère. Que iaudrait-il faire pour que le pécheur fût triste de la perte qu'il a faite ?

B Je ne le sais pas.

A. Cette perte ne le rendrait-elle pas triste, s'il voyait devan, lui les péchés qu'il a commis et la perte qu'il vient de faire si une voix puissante, semblable à un tonnerre, lui disait dans son cœur : Vous avez péché ; vous avez perdu l'amour et la grâce de Dieu ; vous avez perdu l'esprit de Dieu ; vous avez perdu la vie éternelle. Écoutez ce que dit Jésus-Christ : « Je ne vous connais pas; éloignez-vous de devant ma face? »

B. Oui, bien sûr, cela lui irait au cœur ; il éprouverait une grande, très-grande douleur.

A. Mais si le pécheur ne voyait ni son péché, ni la perte qu'il a faite, pourrait-il en être triste?

B. Je ne sais pas.

A. Le pécheur qui reste dans son péché , aime-t-il le péché ?

B. Il faut bien qu'il l'aime, autrement il ne l'aurait pas commis, ou du moins il n'y resterait pas.

A. Peut-on être triste au sujet d'une chose que l'on aime encore et qui fait encore plaisir ?

B. Non ; quand on a de la joie on n'est pas triste.

A. Vous dites qu'aussi longtemps que le pécheur prend plaisir au péché, il ne saurait en éprouver de la tristesse?

B. Je le crois.

A. Mais comment faire pour que le pécheur devienne triste à. cause qu'il a péché ?

B Sais pas!

A. Je veux vous le dire : Quand le bon Dieu arrange les choses de manière que le pécheur devient malade à cause qu'il a péché; quand on se moque de lui , qu'il tombe dans la misère et qu'il lui arrive toutes sortes de malheurs, ce pécheur se rappelle qu'il a péché; il pense alors au bon Dieu, et frappant sa poitrine, il dit : Je suis un pauvre pécheur. Il apprend à réfléchir sur le mal qu'il a fait et sur ce qu'il a perdu par le péché.

B. 11 devient triste peut-être comme l'enfant prodigue , qui n'avait plus rien à manger que la nourriture des cochons.

A. Oui, mon enfant. Et pour que cette tristesse devienne tout à fait sérieuse, afin qu'il ne se repente pas seulement parce qu'il a perdu ses biens temporels, afin qu'il comprenne bien toutes les autres choses qu'il a perdues et tout le mal qu'il s'est attiré, le bon Dieu donne à ce pécheur une lumière toute particulière , afin qu'il sache clairement où il en est.

B. Quelle est cette lumière?

A. N'est-ce pas, que Dieu a fait le soleil et nos yeux ?

B. Oui, pour que nous voyions.

A. Eh bien, si Dieu a pu faire que nous voyions des choses hors de nous, par exemple l'autel, ce livre , il peut faire aussi que notre âme voie très-bien ce qu'auparavant elle ne voyait pas du tout.

B. Oui ; car il a fait l'âme aussi bien que les yeux.

A. Par conséquent, il peut faire aussi que le pécheur voie parfaitement sa misère. Il met dans l'âme une lumière particulière, comme lorsqu'il fait que les rayons du soleil viennent jusqu'à nos yeux.

B. C'est vrai ; il faut qu'il puisse faire tout cela, puisqu'il est le Maître, le bon Dieu.

A. Très-bien, mon enfant. Celui qui peut tout, peut aussi éclairer le pécheur pour qu'il voie où il en est. Or, quand le pécheur examine attentivement tout ce qu'il peut voir avec cette lumière, son péché luf devient si odieux, si détestable, qu'il lui semble devoir mourir de honte de l'avoir pu commettre. Il tombe dans une grande douleur à cause de ce péché, il le maudit, et il dit de tout son cœur : « Si seulement je n'avais pas fait cela ! » Cette voix de tonnerre, dont nous parlions tout à l'heure, lui dit aussi dans son cœur : « Vous ne méritez pas d'être appelé enfant de Dieu ! » Il ose à peine regarder le ciel, semblable à un enfant qui, après avoir désobéi, n'ose pas regarder son père à la figure. Enfin, levant les yeux au ciel, il dit en pleurant : (c Si seulement je n'avais pas transgressé le commandement du

meilleur des pères ! Si seulement je n'avais pas perdu l'amour et la grâce de Dieu! Si seulement l'heure où j'ai oublié Dieu pour me livrer à ma passion était encore en mon pouvoir ! Si seulement je pouvais faire que cette heure-là n'existât pas ! » — Voilà la véritable douleur ! Cette douleur-là, je l'appelle surnaturelle, parce qu'elle s'élève en quelque sorte au-dessus de la nature du pécheur ; parce que, sans cette lumière céleste qui a éclairé le pécheur, l'horreur de son péché, la douleur de l'avoir commis ne seraient jamais devenues assez grandes, assez puissantes ; parce que c'est proprement Dieu qui a éclairé le pécheur, qui Ta touché et rempli d'une sainte tristesse.

B. Je ne comprends pas encore bien pourquoi cette tristesse est surnaturelle ?

A. C'est fort bien, mon enfant, que vous disiez rondement, hardiment, ce que vous comprenez ou ne comprenez pas. — Le pécheur aurait-il si bien vu la laideur de son péché, si Dieu ne lui avait pas aidé, si Dieu ne l'avait pas éclairé ? Aurait-il maudit le péché de tout son cœur, si Dieu ne lui avait pas touché le cœur?

B. Non, monsieur.

A. Par conséquent, le pécheur n'aurait pu le faire?

B. Non, monsieur.

A, Il avait donc besoin que Dieu lui aidât?

B. Oui, monsieur.

A. Cette tristesse était donc au-dessus de ses forces, au-dessus de sa nature, au-dessus du pouvoir d'un homme abandonné à lui-même et enseveli dans le péché ?

B. Oui, monsieur.

A. Elle était donc surnaturelle, cette force, au-dessus de sa nature ; elle ne pouvait donc devenir si grande que par la lumière, le secours, la grâce de Dieu ?

B. Maintenant je comprends ! Surnaturel, c'est ce qui dépasse nos forces.

A . Si la lumière, la grâce de Dieu n'avaient pas éclairé , touché, ébranlé, adouci le pécheur, il aurait toujours aimé le péché,

ou du moins il ne l'aurait jamais [maudit de tout son cœur. B. Sa tristesse était... surnaturelle!

Page 1