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SUR LA SÉPULTURE DES MORTS

Cette instruction a été composée par un vénérable pasteur, nommé Endres, et retouchée par son ami. L'auteur a su féconder son sujet, qui paraît si aride, en décrivant les circonstances, et en mettant à profit les diverses cérémonies de l'Église.

Explication préliminaire.

Mes chers amis, ce qui est né est condamné à mourir. Quiconque entre dans cette vie par la naissance, porte déjà en soi le germe de la mort : — Il faut qu'il meure. Aujourd'hui c'est votre père, votre sœur, qu'on porte au tombeau; demain ce sera votre voisin, bientôt vous-même. Si donc la mort tue toute vie mortelle, peut-elle aussi tuer la charité que les hommes se doivent les uns aux autres, et que les chrétiens se témoignent réciproquement?

Non; la charité subsiste. Après avoir soutenu un voisin à travers le cours de son existence, elle l'assiste encore à la mort, et lui montre le séjour de l'éternité qui s'ouvre pour le recevoir. Quand il a réellement rendu son âme à Dieu, la charité accompagne son cadavre jusqu'au tombeau, et son âme jusque dans l'éternité. Quoique la charité n'ait plus à donner à manger à quelqu'un qui a faim, à boire à quelqu'un qui a soif, des vê-

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ements à quelqu'un qui n'en a pas, à délivrer un captif, à visiter un malade, puisque la mort met un terme à la faim, à la soif et à tous les autres besoins, la charité trouve encore de quoi s'exercer,

Elle honore l'âme du défunt, en accompagnant son corps inanimé à sa dernière demeure; car elle entend une voix sainte qui lui dit : Ensevelissez les morts.

Cette bonne action, notre catéchisme l'appelle : la septième œuvre de miséricorde corporelle.

Que cette œuvre d'amour soit agréable au Seigneur, cela se comprend de soi; car notre Dieu étant un Dieu d'amour, ou plutôt étant l'Amour même, tout ce que fait la charité en vue de l'Amour est une œuvre divine.

Nous en avons aussi des exemples dans nos saintes Écritures : « Lorsque vous priiez avec larmes, et que vous ensevelissiez les morts ; que vous quittiez pour cela votre dîner, et que vous cachiez les morts dans votre maison durant le jour, pour les ensevelir durant la nuit, j'ai présenté vos prières au Seigneur. Et comme vous étiez agréable à Dieu, il a été nécessaire que la tentation vous éprouvât, » disait l'ange Raphaël à Tobie. Vous le voyez, quand la charité vit dans les cœurs, elle prie vers Dieu et fait du bien aux hommes. Or, que Dieu récompense toutes les œuvres de charité, par conséquent aussi celles dont nous parlons, nous en avons une preuve dans David, qui fît dire aux habitants de Jabès-Galaad , qui avaient enseveli le corps du roi Saul et celui de ses fils : « Le Seigneur vous le rendra selon sa miséricorde et sa vérité, et moi-même je vous récompenserai de cette action que vous avez faite. »

Il est donc hors de doute que lorsque, obéissant aux inspirations de la charité chrétienne, nous ensevelissons les corps de nos frères, ou que nous les accompagnons à leur dernière demeure, nous sommes agréables au Seigneur, soit à cause de la charité qui nous y excite, soit à cause de l'œuvre que nous produisons en vertu de cet amour. Dieu, en effet, reste toujours le même; tandis que nous changeons à tout instant de senti-

ment et d'opinion, que nous existons aujourd'hui et que demain nous ne sommes plus, Dieu est éternellement immuable; ce qui lui plaisait il y a des siècles, lui plaît encore aujourd'hui et lui plaira éternellement.

Ce sont là de belles paroles, direz-vous ; mais nous n'avons plus aucune occasion de pratiquer cette sorte de bonne œuvre, puisque dans chaque paroisse il y a des personnes spécialement destinées à cet office.

Eh bien, vous dirai-je, si vous ne pouvez plus donner vousmêmes la sépulture aux morts, vous pouvez du moins les accompagner jusqu'au tombeau. Quand la charité accompagne un frère à sa dernière demeure, elle est agréable au Seigneur. Ajoutons que celui qui accompagne pieusement un défunt jusqu'au cimetière, voit et entend quantité de choses qui l'édifient, et se sent porté à recommander au Seigneur l'âme de la personne qui vient de quitter ce monde.

\ ° Il voit et entend quantité de choses qui l'édifient.

\ ° Il voit, dans un touchant spectacle, la tendre sollicitude de l'Église. Oui, l'Église chrétienne est une mère pleine de tendresse. De même que lorsqu'un enfant vient au monde, elle veille à ce qu'il soit admis par le saint baptême au nombre des enfants du Christ et incorporé à la communauté de Dieu ; de même, après sa mort, elle envoie ses ministres, les prêtres, pour rendre en son nom à la terre son corps inanimé. Vous et moi, elle nous a aussi pressés à notre naissance sur son cœur maternel ; c'est elle qui nous dirige à travers la vie, et ce sera elle encore qui un jour nous rendra à la terre.

2° Les cérémonies qui ont lieu lors de la sépulture d'un mort nous révèlent toute la grandeur du chrétien. On porte la croix en tête du convoi funèbre, pour indiquer que celui que Ton conduit au tombeau a juré, lors de son baptême, fidélité au drapeau de Jésus-Christ, de même que les soldats jurent d'être fidèles au drapeau de leur roi. Ici, nous devons nous rappeler que nous nous sommes tous enrôlés sous l'étendard de Jésus-

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Christ, et que toute séparation d'avec lui par le péché est une sorte de parjure. Nous appartenons à Jésus-Christ. Quelle dignité !

3° On dépose le cadavre d'un chrétien dans une terre bénite ; et par là l'Église veut nous rappeler ces paroles de l'apôtre saint Paul : « Ne savez vous pas que vos corps sont les membres de Jésus-Christ? » En déposant un corps mort dans une terre bénite, l'Eglise veut nous encourager à consacrer à Dieu nos membres vivants, afin que, comme dit saint Paul, personne ne transforme les membres de Jésus-Christ en instruments de péché; mais afin que, comme renseigne le même apôtre, nous employions les membres du corps, comme autant d'instruments de justice, au service de Dieu, et que nous n'en usions que selon l'esprit de Jésus-Christ.

4° Quand on dépose le cadavre dans la tombe, le prêtre y jette trois fois de la terre en prononçant ces paroles significatives (Gen.,m, 19) : « Souvenez -vous, ô homme, que vous êtes poussière et que vous retournerez en poussière. » En ce moment-là, nous devons entendre comme une voix du ciel nous dire au fond de notre âme : Qui que nous soyons, nous n'avons pas de raison de nous élever au-dessus des autres; nous sommes tous, l'un comme l'autre, cendre et poussière ; nous finirons tous par rentrer dans la terre. A quoi bon attacher votre cœur aux choses visibles et passagères ! Vous n'avez point ici-bas de demeure fixe; la mort viendra tout ravir.

5° Dès que la tombe est remplie de terre, le prêtre prend la croix de bois, et faisant avec elle le signe de la croix sur la tombe, prononce ces paroles : « Que le signe de notre Sauveur et Seigneur Jésus-Christ qui vous a racheté par cette image, soit marqué sur vous ! » Ici, vous entendez de nouveau ce qu'on vous a si souvent répété dans les sermons, dans les catéchismes et au confessionnal : «. Vous avez été rachetés à un prix élevé (I Cor., vi, 20), » c'est-à-dire par le sang de Jésus-Christ. D'où chacun doit tirer pour soi cette conclusion : « Il faut que notre Père céleste nous aime d'un amour bien grand, puisqu'il a sacrifié pour nous son propre Fils. »

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Enfin, le lieu où nous nous trouvons n'a t-il pas lui-môme une bien haute signification? Le sol que nous foulons est le champ de Dieu. Comme le champ du laboureur appartient à celui-ci, ainsi, et à plus de titres encore, ce champ appartient au Seigneur. En automne ou au printemps, le paysan sème le grain sur son champ : et Dieu sème sur le cimetière les corps des chrétiens défunts. Quand arrive le temps de la moisson, le paysan coupe son blé et le conduit dans ses greniers : au jour du dernier jugement, les anges de Dieu viendront et appelleront les corps; la moisson se fera alors sur le cimetière. Ainsi, ce n'est pas seulement le souvenir de la mort, mais encore celui de la résurrection, que nous rappellent les cérémonies des funérailles.

Telles sont, et bien d'autres encore, les pensées qu'éveille en nous l'acte de pieuse charité que nous accomplissons envers les défunts. La mort et la vie éternelle se dressent devant nous ; la mort se montre aux yeux de notre corps, et la vie éternelle aux yeux de notre esprit.

Mais, outre que notre foi s'agrandit et s'élève auprès d'une tombe quand nous y voyons descendre et disparaître sous terre le corps du défunt, notre charité s'émeut, et intercède pour l'âme du défunt.

2° Celui qui accompagne un mort prie pour Vame de ce mort.

Il est une pensée terrible, qui doit nous venir chaque fois que nous sommes sur le bord de la tombe d'un chrétien. Cette pensée, c'est que le chrétien qui meurt sans être entièrement purifié de ses fautes ne saurait être admis à contempler la face du Seigneur ; car il n'y a que ceux qui sont entièrement purs qui puissent supporter le regard de celui qui est la pureté même; ils n'y a que ceux qui sont purs qui voient Dieu. Exclus de sa vue, et pleins du désir de le posséder ; si près de Dieu, et cependant privés de lui : tel est l'état de douleur et d'impatience où se trouve l'âme du pieux chrétien qui est sorti de ce monde sans

avoir entièrement satisfait pour ses péchés. En cet état, lïime ne saurait plus rien faire pour elle ; elle attend son salut de l'intervention puissante de Jésus -Christ, qui seul peut achever sa purification, et satisfaire son désir de contempler la face auguste du Très-Haut.

11 vient une nuit où personne ne peut plus agir ; cette nuit commence au moment de la mort. Immédiatement et par nos propres forces, nous ne pouvons pas, quoique membres vivants, venir an secours d'une personne défunte. Nous ne pouvons, pas plus qu'à nous-mêmes, lui procurer la vue de Dieu. Mais ce qui est en notre pouvoir, c'est de la recommander à l'amour paternel de Dieu et à la tendresse fraternelle de Jésus-Christ. Notre prière charitable est, comme la charité même, plus forte que la mort et le tombeau, elle franchit les limites du temps, arrive au pied du trône de la miséricorde, trouve grâce devant Dieu et hâte le jour de la délivrance.

Telle est la valeur de la charité fraternelle des chrétiens. Elle prie pour les vivants et pour les morts ; elle obtient aux uns des grâces, aux autres le salut.

11 n'est point d'occasion plus solennelle et où nous soyons invités avec plus d'instances à prier pour nos frères et sœurs défunts, que la présence d'un cadavre.

L'odeur de la putréfaction nous rappelle le souvenir de la mort, et les larmes des parents, celui de la personne défunte. Et comme nous ne pouvons pas nous-mêmes la secourir, nous devons nous adresser à celui qui en a ia puissance. Le prêtre, debout à côté de la tombe, s'écrie par trois fois : Oremus ! Prions, et il récite lui-même cette prière :

« Seigneur, recevez l'âme de votre serviteur, que vous avez rappelée de cette vie; arrachez-la de ce lieu de tourments, et faites-lui goûter le repos et le salut. »

« Seigneur, délivrez des liens du péché ceux dont les corps reposent en ce lieu, afin qu'admis dans la société des saints ils se réjouissent en vous éternellement. »

Qui voudrait ne pas s'unir à ces prières ! — Vous voyez, mes

chers amis, comme tout nous invite à prier pour les défunts ! Ainsi, désormais, nous accompagnerons à leur demeure les restes mortels de nos frères, nous pratiquerons envers eux la septième œuvre de miséricorde, nous montrerons notre foi et notre charité par nos œuvres; et c'est ainsi que, tout en nous intéressant au bonheur d'autrui, nous travaillerons nous-mêmes à notre propre sanctification.

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