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PREMIÈRE OBSERVATION

Faites-vous pour habitude de prendre et de renouveler journellement cette résolution : « Je veux augmenter le nombre des pasteurs bons, sages et prudents; » que cette pensée soit l'âme de toutes mes études ! « Je veux devenir un théologien, c'està-dire un homme instruit sur Dieu, capable de le faire connaître ; et je n'aurai point de repos que tout en moi, âme, intelligence, pensée et conduite, ne soit théologique. — Je veux me aisser former par des principes, encourager par des exemples, diriger par des observations et des avertissements, afin de pouvoir un jour satisfaire aux besoins de la moisson qui attend des ouvriers. »

Pour donner à ces pensées plus de consistance et de vie, et pour stimuler davantage les jeunes candidats auxquels elles

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s'adressent plus particulièrement, on leur a donné la forme suivante :

Lettre adressée par des prêtres de paroisses aux jeunes candidats du sacerdoce et aux futurs pasteurs des âmes.

« Ne soyez pas surpris, chers amis en Jésus- Christ, que dans une matière si importante où il s'agit des intérêts qui nous sont les plus chers, à vous et à nous, nous venions en vous apportant nos cœurs vous confier un écrit, qui, nous l'espérons, laissera dans vos âmes une impression durable. Vous pouvez devenir une cause de bénédiction ou de malédiction pour le temps présent et pour le siècle à venir. Vous êtes ou l'espérance d'un avenir plus heureux, ou les précurseurs d'une future dissolution. C'est en effet parmi vous que, dans quelques années, les chaires paroissiales viendront réclamer leurs prédicateurs; les communes, leurs chefs ; les évêques, leur conseillers ; les écoles publiques, leurs maîtres.

Serez -vous une source de bénédiction ou de ruine pour les âges futurs? serez-vous la gloire ou la honte de l'Évangile lorsque vous apparaîtrez en qualité de prédicateurs, de guides, de conseillers, de docteurs ? La solution de ce problème dépend en grande partie de l'usage que vous ferez maintenant, dans ces années, de vos talents, de votre temps, des occasions de devenir meilleurs et plus sages ; cela dépend totalement de la direction que prendront maintenant votre cœur, votre intelligence, vos inclinations, vos désirs. Telles sont les principales causes pour lesquelles nous vous écrivons aujourd'hui.

Écoutez donc maintenant les voix réunies du clergé de votre pays ; c'est la vérité et la charité qui parlent par notre bouche. Accédez à notre prière ; c'est la prière d âmes immortelles pour lesquelles Jésus-Christ a incliné sa tête et est mort.

Voyez ces petits enfants! Que votre cœur interprète le bégaiement de leur bouche qui vous dit : « Soyez nos pères, instruisez-nous, nourrissez-nous du lait maternel de la religion ;

apprenez-nous à rompre le pain de vie. » Seriez-vous assez cruels pour dédaigner ce cri de détresse? pourriez- vous rester insensibles aux supplications de ce monde d'enfants qui tendent vers vous leurs mains délicates et suppliantes ? Considérez-les attentivement, ces mains ; elles recèlent ou votre paradis ou votre enfer.

Voyez cette jeunesse qui grandit en âge. Elle a besoin d'un guide fidèle pour diriger ses premiers pas dans les sentiers de la sagesse et de la crainte de Dieu. Il nous semble entendre leurs anges protecteurs vous dire d'une voix suppliante : « Venez nous aider par vos travaux à protéger leur innocence ; rendezvous capables de remplir cette importante mission ; vous êtes destinés à devenir les auges de vos paroisses ; vous êtes appelés à être les esprits tutélaires de l'innocence quand des lions rugissants viendront ravager publiquement le jeune troupeau du Seigneur, ou que des loups dévorants voudront s'y glisser secrètement sous la peau de brebis. » Cette invitation trouverat-elle vos cœurs insensibles? Pourrez-vous rester indifférents au spectacle des dangers qui environnent la jeunesse de votre siècle? Voyez ce bon peuple des campagnes qui languit, négligé et inculte, dans l'oppression et l'ignorance ; qui porte le poids du jour sans éprouver aucune jouissance qui en allège le fardeau ! Voyez les larmes de ses angoisses ! Nulle part il n'aperçoit dans les nues une main qui vienne les sécher ! Pouvez-vous contempler ce peuple, sans éprouver et redire ce qu'éprouvait et disait Jésus-Christ : « J'ai pitié de cette foule ! » Vos frères, vos sœurs, les gens de bien, issus du même sang que vous, attendent et espèrent du milieu de vous un pasteur qui les conduise en de bons pâturages. Voudriez- vous les frustrer de ce qu'ils ont de plus cher au cœur ?

Écoutez ces malades qui respirent péniblement sur un lit de douleur; prêtez l'oreille à ce râle universel de la mort qui retentit dans les villages, dans les villes, dans les hôpitaux, et apprenez à comprendre le sens de ces soupirs, le langage de ce râle. Ces malheureux vous demandent un consolateur pour les

accompagner jusqu'à la porte de l'éternité, pour les armer de ce courage qu'inspire la foi, cette foi qui a vaincu le monde ; pour les empêcher de trembler quand ils verront la face horrible de la mort ! Si vous avezuncœur humain, pouvez-vous dédaigner cette prière?

Voyez ces légions de pécheurs qui marchent dans les voies de

la perdition , aveugles, qui ne voient pas le terme où ils

aboutissent : la désolation et les grincements de dents. Oui ! les malades ont besoin du médecin ; mais ceux-là principalement en ont besoin qui se disent bien portants tout en étant malades. Eh bien, pouvez-vous contempler ces victimes du péché et de la faiblesse sans sentir votre cœur s'émouvoir de pitié, et sans prendre cette résolution : « Allons porter du soulagement à ces infortunés ; allons les fortifier et les sauver, sinon ils périront!»

Oui, chers amis, la moisson est abondante, mais il y a peu d'ouvriers; ou plutôt le champ est vaste, mais il y a peu de cultivateurs. Priez donc que le maître du champ y envoie des ouvriers et des moissonneurs pour faire la moisson; et comme votre vocation est d'augmenter le nombre de ces ouvriers, faites en sorte maintenant de ne pas augmenter la foule immense des travailleurs oisifs, inutiles, égoïstes, mais plutôt le petit nombre des ouvriers habiles, diligents et fidèles.

Car nous devons vous le dire, l'âme navrée de douleur, et comme devant être pour vous un salutaire avertissement : Tous les pasteurs des âmes qui maintenant sont à la tête des communautés chrétiennes ne sont pas dignes de ce nom et de cet honneur, Jésus-Christ, qui connaît la situation de ses enfants sur la terre, sait que nous ne nous plaisons pas à rechercher des fautes là où il n'y en a pas, ni à dévoiler contre toute charité ce qui est enfoui dans le secret. Nous remercions plutôt le dispensateur de tout bien de celui qu'il nous a communiqué de tout temps, en nous envoyant, dans une mesure plus abondante, des pasteufs animés du véritable esprit apostolique. Notre cœur, qui saigne de douleur, veut que nous vous cachions quelques blessures, afin que vous travailliez à acquérir le courage et l'habitude nécessaires pour les guérir.

Quelques-uns sont si complètement absorbés dans le soin des affaires économiques, que leur cœur n'a plus de place que pour les choses temporelles, et que leur âme est devenue aussi basse, aussi terrestre que la terre elle-même. Ils portent le costume du prêtre, mais ils ont les sentiments de Fhomme du monde. Les fruits qu'ils tirent de leur position leur sont plus chers que les fruits de vertus que doivent produire des âmes immortelles; ils comptent plus sur la laine des brebis que sur le bonheur spirituel du troupeau . Ils s'appellent ministres des âmes, mais, hélas ! ils ne sont que des ministres des finances. Oh ! nous vous en prions et vous en supplions autant qu'il est en nous, n'augmentez pas le nombre de ces infortunés ! Ils laissent dépérir le champ du Seigneur, et ils dépérissent avec lui.

Ceux-ci ne s'occupent pas, il est vrai, à ramasser des biens temporels ; ils vivent dans les jouissances que leur procurent les revenus de leur position. Déshabitués des choses de la pensée et de la vie spirituelle, comme si, en achevant leur cours de Théologie, ils avaient promis de ne plus penser à l'avenir, et qu'ils eussent juré au règne des sciences une éternelle inimitié, ils se mettent à la poursuite des plaisirs, et, ne les trouvant pas au sein de leur paroisse, ils vont dans des localités plus ou moins éloignées passer ou plutôt perdre un temps précieux dans les jeux et les festins. C'est une chose terrible à penser, que le ministre des peuples, qui a pris sur ses épaules le lourd fardeau de la direction des âmes, puisse s'ennuyer et ne savoir comment tuer le temps.

Ceux-là, épris de nous ne savons quel idéal de civilisation grecque, cherchent dans les ouvrages classiques de l'antiquité, ou dans ceux de la littérature nouvelle, à ressusciter pour eux l'âge d'or; et ils ne songent pas qu'ils feraient mieux comme hommes, comme chrétiens et comme pasteurs des âmes, de se contenter d'approfondir l'esprit de la Bible, et d'établir dans leur paroisse le règne de l'âge d'or.

D'autres, aux sentiments moins nobles, mais qui du moins devraient être des hommes, ne craignent pas de devenir des

enfants de la mode. Leur habillement, leur regard, leur attitude, leurs paroles ne révèlent plus aucune trace du caractère sérieux, de la dignité, de la modestie qui caractérisent l'ecclésiastique; ils exhalent plutôt le parfum des eaux de senteur de la dernière invention, qu'ils ne respirent Fonction 'd'un Évangile qu'ils appelleraient volontiers suranné.

D'autres, dépourvus de l'esprit de la religion, dont ils ne connaissent que la lettre, et emportés par un zèle ardent pour les choses accessoires, n'ont pas le temps d'approfondir les doctrines fondamentales sur Dieu et l'éternité, sur Jésus-Christ et l'esprit de Jésus- Christ, sur la Foi et la Charité, et d'en rassasier îes âmes qui en ont soif. Leurs sermons sont une paille vide, où l'auditeur le plus empressé peut à peine glaner un grain de vérité chrétienne. Leurs catéchismes sont une enfilade de formes scolastiques qu'ils ne comprennent pas eux-mêmes, à plus forte raison les enfants. Leur principale occupation au confessionnal consiste dans une stérile nomenclature de péchés, qui rend le pécheur froid, le pénitent revêche, et remplit d'angoisses le confesseur toi-même. D'autres, ayant le goût plus fin, le jugement mieux formé, ne méconnaissant pas l'essence de la religion, et, loin d'en renier le pur esprit, le manifestant au contraire par leur conduite, croient que le nec plus ultra de l'art de la prédication consiste à imiter dans leurs sermons ce qu'autrefois on nommait le genre français, et parlent au peuple comme jadis Massillon et Bourdaloue parlaient en présence du roi et de sa cour. Le laboureur reste la bouche béante à la vue de ce flot d'éloquence, dont il lui est impossible d'attraper une goutte pour rassasier son âme altérée.

Un grand nombre, accablés de dettes, et rabaissés par le mépris dont le siècle poursuit leur état, n'ont pas encore appris à élever la tête au-dessus de leur siècle et au-dessus d'eux-mêmes, à brandir de toutes parts le glaive de l'esprit, le seul qu'on ne puisse leur enlever, et à proclamer la parole de Dieu avec le courage de l'Apôtre.

Après vous avoir indiqué, chers amis, quelques-unes des

taches par lesquelles quelques-uns de vos devanciers ont avili eux et leur ministère, '/ordre naturel des choses nous amène à vous mettre en garde contre une foule d'autres, contre celles-là surtout qu'il nous importe principalement, à vous et à nous, d'éviter.

La première chose que nous voudrions vous redire , non pas une ou deux fois, mais vous répéter sans cesse, c'est d'avoir le sentiment profond de l'excellence du ministère des âmes. Celui qui n'a pas le vif sentiment de sa vocation, n'en atteindra jamais le hut. Qu'est-ce qui fait qu'un prince royal se distingue de la foule par sa conduite, que toutes ses actions respirent la noblesse et la douceur, qu'il agit royalement même avant que sa main ait saisi le sceptre, avant que la couronne brille sur son front? — Cette pensée : « Je suis né pour être roi, » l'enflamme, jeune encore, à de belles actions, met de la décence dans ses gestes, donne de la grâce à tous ses mouvements, adoucit son regard, agrandit son cœur, au point qu'enfants et vieillards rendent hommage à ce futur roi et lui jurent obéissance, avant même que le temps en soit venu et que luimême l'exige. C'est ainsi que le futur ecclésiastique doit avoir cette pensée constamment présente à l'esprit : « Je suis destiné à devenir le guide, le père, l'ami des fidèles ; je suis destiné à opérer des miracles : miracles d'activité, miracles de respect de moi-même. Lumière destinée à être placée un jour sur le chandelier, je dois luire de bonne heure dans le cercle étroit de mes condisciples. De bonne heure, je dois être séparé de la foule, vivre dans ma chair avec la pureté d'un ange, être fort dans une faible enveloppe, plein du sentiment de ma dignité, puisque ma mission est d'être l'ambassadeur de Dieu auprès des hommes, de ramener à Dieu ceux qui en sont éloignés, de réunir à lui ceux qui en sont séparés. Ces sentiments, cette conduite, cet extérieur conviennent au pasteur des âmes; qu'ils soient donc les miens. » Voilà le langage que doit se tenir à lui-même le jeune homme qui aspire à ces hautes fonctions.

La seconde chose que nous voudrions graver profondément

dans votre cœur, c'est que, dès maintenant, pendant ces années de préparation au ministère des âmes, vous cherchiez à pénétrer jusqu'à la moelle de la religion, si je puis ainsi dire ; c'est que, toutes les vérités que vous entendrez de la bouche de vos maîtres, vous appreniez à les appliquer à la religion et au ministère des âmes; c'est que, non contents de les recueillir avec le soin de l'abeille, et de les conserver fidèlement dans votre intelligence, vous en sépariez encore ce qu'il y a de plus important pour en faire l'objet de vos réflexions, et pour travailler à votre formation intérieure ; c'est que, dès maintenant, vous vous habituiez à prendre goût à la parole sept fois sainte du Seigneur, et principalement à son Évangile ; que, dès maintenant, vous appreniez à distinguer l'écorce du noyau ; que, dès maintenant, vous vous formiez à la connaissance indispensable de la nature, de l'homme, de vous-mêmes et de Dieu, afin qu'un jour nous ayons la joie d'entendre de votre bouche, dans un langage simple et intelligible, non pas des choses apprises par cœur, récitées sans sentiment ; mais des choses senties, comprises, et qui se seront enracinées dans le plus intime de votre être, c'est-à-dire le christianisme vivant. Le peuple chrétien attend de vous des économes fidèles et diligents, qui répandent sur le champ du Seigneur la bonne semence et non l'ivraie, la parole de Dieu et non la parole humaine, après que vous l'aurez travaillé, ce champ, de vos propres mains, et arrosé de vos sueurs. La troisième chose sur laquelle nous vous prions de méditer, c'est sur l'idée de vos devoirs et sur celle du bien que vous devez produire. Les paroisses appartiennent à leurs pasteurs, et les pasteurs à leurs paroisses. Plût à Dieu que, dès maintenant, vous comprissiez le sens de ces paroles ! Impossible de dire tout ce qu'elles expriment ! Quel désolant spectacle n'est-ce pas pour un chrétien de voir, les jours de dimanches et de fêtes, des légions tout entières de fidèles émigrer de leur paroisse, et se porter en foule dans une paroisse voisine , se troublant ainsi l'un l'autre dans leur dévotion, pour aller se faire instruire par la bouche d'un étranger. Oh ! impuissance du pasteur, qui n'a

pas la force de retenir ses brebis dans ses propres pâturages ! Oh ! le malheureux pasteur, qui aime à voir son troupeau chercher des pâturages étrangers, pour n'avoir pas la peine de le paître lui-même ! 0 Finfortuné troupeau, qui, dépourvu d'un pasteur fidèle, erre dans les vallées et les montagnes, et dont la destinée est confiée au hasard ou à la bonne fortune! Laisseznous donc vous répéter cette parole qui sera éternellement vraie : » Le ministre des âmes est pasteur de sa paroisse, la paroisse est le troupeau du pasteur; au jour du jugement, on redemandera chaque paroisse des ?nains de son pasteur.»

Malheur donc à ceux qui aiment à se décharger de leurs devoirs personnels sur les épaules de leurs coopérateurs ! Malheur à ceux qui , par leur froideur et leur paresse, négligent leur propre peuple, et le contraignent d'aller chercher des prédicateurs, des confesseurs, des ministres dans les localités voisines! Malheur à ceux qui, manifestement, ont moins de sollicitude pour des âmes immortelles que le berger n'en a pour le bétail de la commune ! Malheur à ceux qui, au lieu de ne faire qu'un cœur et qu'une âme avec leur paroisse, sèment euxmêmes, par leur cupidité, leur esprit contentieux, ou par leur prédilection marquée pour certaines familles , des germes de discorde dans la masse de ce peuple ; qui agitent et portent eux-mêmes les torches de la discorde entre le troupeau et le pasteur! Or, vous qui êtes l'espérance d'un avenir meilleur, n'oubliez jamais que le pasteur et sa paroisse ne doivent être qu'un, comme Jésus-Christ ne forme qu'un avec son Père et avec ses disciples. Ne repoussez jamais dédaigneusement la confiance qu'auront en vous vos paroissiens; tenez-la, au contraire, en haute'estime ; elle est le gage de l'amour, et le sceau de votre sainte vocation.

La quatrième chose que nous soumettons à vos réflexions, c'est que parmi les qualités que doit réunir le pasteur des âmes, l'une des principales, est qu'il s'élève au moins au-dessus des préjugés du peuple, et qu'il conserve son caractère pur de tous les opinions ridicules et erronées du vulgaire. On ne saurait savoir

mauvais gré à la partie inculte du peuple d'admettre sans examen certaines idées anciennes ou nouvelles, de s'y attacher avec opiniâtreté et entêtement, et de s'écrier en toute occasion : « Il en a toujours été ainsi. » Mais il est honteux pour le guide du peuple de parler le langage du préjugé, de ne pas voir plus loin que le vulgaire, de ne pas juger plus sainement que la foule, et de n'agir pas plus sagement qu'un enfant qui n'a pas l'usage de sa raison. On ne saurait savoir mauvais gré à la partie inculte du peuple, si peu à peu elle s'éloigne de l'esprit de la religion et ne s'en tient plus qu'à la lettre, si elle prie et agit mécaniquement ; mais il est honteux pour le conducteur du peuple, lui qui est destiné à diriger la foule, de se laisser conduire par elle ; de marcher sur les traces du peuple, au lieu de persuader le peuple de marcher sur les siennes. 11 est honteux pour le chef du peuple de repaître des vapeurs d'une science futile la veuve qui a soif des consolations de la vie future, le pauvre cultivateur qui recevrait si volontiers la semence du pain céleste, comme lui-même confie à la terre la semence du pain matériel, et de priver les enfants de la maison des parcelles delà vérité.

Une cinquième prière que nous avons à vous adresser, c'est que dans l'œuvre de votre formation au ministère des âmes, vous ayez égard au siècle où nous vivons. 11 est une classe d'hommes, placés au sommet de la société, qui marchent dans les voies d'une incrédulité orgueilleuse ; une autre, qui fourmille dans le chemin spacieux d'une ignorance paisible ; une troisième, qui marche dans le sentier du Christianisme pur et vivant. Dans un grand nombre de villages, il semble qu'on n'en a guère suivi jusqu'à cette heure, parmi les voies que nous venons de nommer, d'autre que la seconde.

Certes, c'est un art divin d'annoncer le même Évangile de manière que la même lumière éclaire l'œil des simples et abatte l'orgueil des prétendus sages; d'exposer aux yeux et d'introduire dans le cœur de toute une paroisse le Fils unique du Dieu vivant, de telle sorte que tous se frappent la poitrine et se prosternent pour adorer.

THÉOLOGIE TASTORALE. 45

Enfin, pour résumer en un seul mot toutes nos prières, nos exhortations et nos avertissements, nous vous dirons : Ne méprisez aucune des voix du Seigneur, mais ouvrez à chacune votre cœur et votre intelligence.

La nature est une voix du Seigneur.... Ne fermez pas l'oreille à cette voix naturelle ; sentez et voyez combien le Seigneur est bon ; étudiez au moins chaque jour une note de cette voix aux milliers de sons.

La conscience de l'homme est une voix du Seigneur ; car ce que l'homme y entend est la parole, la volonté, la loi de Dieu. Que la première étude de l'homme soit donc l'homme lui-même; en d'autres termes, soyez vous-mêmes l'objet de votre étude. Ouvrez les yeux et apprenez à vous connaître, à comprendre votre excellence et à sentir votre misère. Votre excellence : l'homme est un être créé pour la vérité, la sainteté et le bonheur; votre misère : l'homme porte les traces de sa déchéance, et ne saurait devenir fils de la lumière qu'en subissant de douloureuses transformations.

La révélation notifiée par Moïse, les Prophètes, Jésus-Christ et les Apôtres, est une voix de Dieu. Scrutez les saintes Écritures : le Père des hommes y parle à ses enfants.

Le langage du Saint-Esprit est une voix de Dieu. Ne méprisez pas cette sublime parole de la Divinité ; ne troublez pas cet orateur, ne profanez pas ce temple qui est vous-même.

\J Église de Jésus-Christ, une, sainte, catholique est une

voix de Dieu. N'oubliez pas que ce qu'elle enseigne est la parole de Dieu. Jésus-Christ l'a achetée par son sang, et son Esprit demeure éternellement avec elle.

Toute vérité qui jaillit du chaos de l'histoire de l'ancien et du nouveau monde est une voix de Dieu; car tout ce qui est bon vient de Dieu et conduit à Dieu. — Oh ! comme la vigne du Seigneur fleurirait bientôt, si vous preniez en considération nos conseils, nos désirs, nos prières et nos larmes ! Quelle clarté toute céleste l'Église répandrait au loin et au large ! Comme tous les membres de l'Église catholique vous béniraient des

larmes de leur reconnaissance, pour avoir trouvé en vous ce qu'ils désirent : des pasteurs tels qu'ils doivent être, capables de former pour la joie du ciel et le bonheur de la terre, la partie immortelle de Fhomme !

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