‹ Théologie pastoraleChapitre 51 sur 209 · CINQUIÈME EXERCICE, SUR SAINT MATTHIEU, VII · texte numérisé non relu

CINQUIÈME EXERCICE, SUR SAINT MATTHIEU, VII

« Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugés. »

C'est une chose surprenante que tous les hommes se jugent

les uns les autres, et soient jugés par tous. Chacun juge et condamne ordinairement tous ceux qu'il voit, et sur lesquels il lit ou entend quelque chose ; et chacun est ordinairement jugé et condamné par ceux qui lisent ou entendent quelque chose sur lui. C'est une chose surprenante que des hommes ordinaires jugent tout ce qui se passe dans les cœurs, les sentiments les plus cachés, les intentions les plus secrètes de leurs semblables, et que personne ne veuille regarder dans son propre cœur. Or, comme tout se horne à juger et à être jugé ; comme personne n'a ni le talent, ni la mission, ni le droit de juger le cœur d'un autre, attendu qu'il ne le connaît pas suffisamment, le seul vrai Juge, celui qui jugera tout le monde, adresse à tous cette invitation pleine de douceur: « Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugés. » Combien cette parole doit nous être précieuse ! C'est la parole de notre Juge, bien qu'elle sorte de la bouche de notre Maître. Si vous ne comprenez pas le Docteur, interrogez le Juge. Il nous avertit de ne pas juger nos frères, et il le fait dans nos intérêts, afin que nous ne soyons pas jugés nous-mêmes. C'est une loi de justice: quiconque juge sévèrement sera sévèrement jugé. Or, quel est l'homme qui ne juge pas ? Quel est l'homme qui passe un seul jour sans prononcer, au moins dans son cœur, un jugement sur le cœur de son frère. Ne pas se juger entre frères (et tous les chrétiens le sont les uns à l'égard des autres), est aussi rare que la parfaite charité. — Eh bien, dussent tous les hommes me juger, dussent tous les hommes juger tous leurs semblables, je veux, moi, prendre la sainte résolution de ne jamais jeter un regard scrutateur et envieux dans le cœur d'un autre, de ne jamais former un jugement sévère, et surtout de ne jamais le prononcer. Je veux prendre cette résolution avec autant de fermeté que si en ce moment Jésus, le Juge de l'humanité, me disait à moi seul : « Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugé. »

Ces paroles que le Seigneur m'adresse : « Ne jugez pas, v doivent détourner des fautes d'autrui mon regard scrutateur et le tourner vers les miennes propres ; elles doivent me mettre en

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garde contre la tentation qui me porte à juger sévèrement les autres, et exciter ma compassion à la vue de leurs misères.

Puisque cette défense de « ne juger point, » quoique émanée de la bouche même du Docteur de la vérité, ne suffit pas à réprimer mon orgueil, qui aimerait toujours à exercer une sorte de juridiction là où il n'a aucun droit, cette menace sortie de la bouche du Législateur : Si vous jugez, vous serez jugé, doit au moins me déterminer à ne juger plus les co-serviteurs de mon Maître ; car cette menace est celle du Juge des hommes. Il est certain que si je condamne sans pitié ce qui me déplaît dans les autres, si je juge sévèrement ce que je ne puis ni ne dois juger, non-seulement mes semblables se serviront envers moi sur cette terre de la mesure dont je me serai servi envers eux; mais que je devrai encore, au jour du jugement, être questionné et examiné par le Sauveur Jésus sur tous les jugements sévères que j'aurai portés sur autrui. Ne jugez point, afin que vous ne soyez point

i 53. Insistez partout sur l'idée principale et fondamentale, contrairement à l'ignorance et à la légèreté, qui s'en tiennent aux choses accessoires.

SIXIÈME EXERCICE, SUR SAINT MATTMEC, Vil, 21 .

« Tous ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur, n'entreront pas pour cela dans le royaume des cieux; mais celui-là seul y entrera qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. »

Le nom de Jésus, considéré comme un simple nom, comme un mot composé des cinq lettres J. E. S. U. S., n'a pas plus de vertu que tout autre mot, c'est-à-dire qu'il n'a qu'une valeur nominale. Quand donc nous prononçons le nom de Jésus, sans nous reporter vers celui à qui il s'applique, sans mettre notre confiance en lui, sans marcher en sa présence, sans faire sa volonté, sans invoquer son Esprit-Saint; quand l'expression de Jésus n'a pour nous aucune signification, quel sens pourrait avoir la simple prononciation de ce mot ? Si le mot Jésus, cou-

sidéré simplement comme terme, ne saurait rien produire, la simple prononciation de ce terme, sans la foi, sans la charité et la piété, ne saurait non plus avoir aucune efficacité. Tous ceux qui disent : Seigneur, Seigneur, n'entreront pas pour cela dans le royaume des deux. Les paroles, à elles seules, ne suffisent pas pour nous faire sortir de notre place. Être ce que Ion doit être, faire ce à quoi Ton est tenu, croire et aimer, faire avec amour ce que l'on doit faire : voilà l'affaire capitale. Ce que nous devons faire, ce n'est pas seulement prononcer le nom de Jésus, mais encore croire en Jés.us; non pas seulement l'appeler notre Maître, mais encore l'honorer comme tel ; non pas seulement appeler Dieu notre Père, mais encore l'aimer comme tel, et faire sa volonté : voilà ce qui fait entrer dans le royaume des cieux. Ce qui ouvre la porte de ce royaume, ce n'est pas le mot de Jésus, c'est le Seigneur Jésus ; ce n'est pas le simple nom de Jésus, c'est Jésus lui-môme; ce n'est pas l'écorce, c'est la chose ellemême; ce n'est pas la prononciation de ces paroles : Jésus est Notre-Seigneur, c'est la mise en pratique, la réalisation de ce que veut le Seigneur. Les mots sont chose excellente, mais ce ne sont que des mots, et quand ils n'expriment rien de plus, c'est-à-dire quand ils ne manifestent pas nos sentiments d'adoration et de respect envers Dieu, ce sont des mots vides de sens; et quand ils ne fortifient pas le sens du bien, ce sont des mots inutiles. Le nom de Jésus, quand il retentit dans votre âme, doit avoir la vertu d'y attirer Jésus lui-même, et de la lui assujettir tout entière. Que servirait-il à un malade de prononcer le nom du médecin, s'il n'avait pas confiance en lui et refusait de prendre ses remèdes? Ni le nom du médecin, ni le médecin luimême ne sauraient vous guérir, si vous ne prenez pas sa médecine. Celui qui fait la volonté de mon Père, voilà celui qui entrera dans le royaume des cieux.

54. Faites en sorte que les faits, et l'histoire de Jésus-Christ, en général, jettent de la lumière sur sa doctrine, et réchauffez-vous à cette lumière.

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