‹ Théologie pastoraleChapitre 53 sur 209 · HUITIÈME EXERCICE, SUR SAINT LUC, IX · texte numérisé non relu

HUITIÈME EXERCICE, SUR SAINT LUC, IX

« Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes; car le fils de l'homme n'est pas venu pour perdre les hommes, mais pour les sauver. »

Il n'était pas facile de trouver une âme plus douce que saint Jean, le disciple affectueux et bien-aimé du Seigneur. Et cependant les Samaritains n'ayant pas voulu accueillir son Maître, ce disciple si doux et si bienveillant s'exalta tellement, qu'il aurait volontiers appelé le feu du ciel pour les dévorer. C'est ainsi que même des âmes douces et animées d'un zèle ardent pour Jésus- Christ et son Église , se laissent quelquefois emporter par une ferveur qui est en opposition manifeste avec l'esprit de Jésus- Christ. Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes. Ils s'imaginent que c'est l'esprit des anciens prophètes Élie, Elisée, l'esprit de Dieu qui les pousse, et ce n'est que l'esprit emporté de leur nature. Ils montrent du zèle pour la gloire de Jésus; mais la sagesse de Jésus-Christ ne les éclaire pas. Ils appellent le feu du ciel, et condamnent ce qui n'est pas conforme à leur opinion et à leur sentiment ; mais ce qui en eux appelle le feu du ciel n'est que l'esprit terrestre voilé sous la forme d'un zèle divin; ce n'est pas le bon esprit. Aussi bien le Fils de Dieu n'est-il pas venu pour appeler le feu du ciel, mais pour apporter sur la terre la grâce et la miséricorde, l'amour et le bonheur. Il n'est pas venu pour améliorer tumultueusement ce qui avait besoin de l'être, mais pour allumer les étincelles du bien où il les trouverait et pour guérir ce qui avait besoin de l'être. Outre que le zèle ardent et impétueux ne vient pas du bon esprit, il ne sait pas non plus de quel esprit il est , ni de quel esprit le chrétien doit être. De

tels zélateurs ne savent ni ce qui les pousse, ni ce qui doit les pousser : ils ignorent de quel esprit ils sont agités. Ils s'imaginent combattre pour Dieu, et ils combattent pour la chair et le sang qui les échauffent, qui leur fournissent des armes, qui se présentent à eux comme chose sacrée, et dont ils confondent les fruits avec ceux de l'Esprit-Saint, trompés qu'ils sont par leur propre orgueil. Ils ne savent pas quel esprit doit s'exprimer par leur bouche, ils ne savent pas qu'ils appartiennent à l'esprit de Jésus-Christ. Ce qu'il y a de certain , c'est que le véritable zèle vient de Dieu, qu'il est aussi actif et aussi indulgent, aussi fort et aussi patient que Dieu. Que le Père céleste soit patient, miséricordieux, indulgent ; que Jésus-Christ, le Fils de Dieu, soit un médiateur compatissant/ plein de miséricorde; que le Saint-Esprit soit un esprit de paix, de douceur, nul chrétien ne peut le révoquer en doute. Donc, il est également certain que le vrai disciple de Jésus-Christ est plein de charité comme le Père céleste, miséricordieux comme Jésus-Christ, pacifique comme le Saint-Esprit, ou du moins qu'il s'efforce de le devenir toujours de plus en plus. Le véritable zèle est donc charitable, patient, miséricordieux, pacifique, parce qu'il est de Dieu; et celui qui n'est ni charitable, ni miséricordieux — n'est point de Dieu.

56. Quand le passage de l'Ecriture est figuratif, cherchez le point de ressemblance entre la figure et la chose figurée, et recherchez quelle occasion, quelle intention et quel esprit ont inspiré l'écrivain , afin de ne point imaginer de faux points de ressemblance, mais de trouver le véritable.

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