‹ Théologie pastoraleChapitre 54 sur 209 · NEUVIÈME EXERCICE, SUR SAINT MATTHIEU, TX · texte numérisé non relu

NEUVIÈME EXERCICE, SUR SAINT MATTHIEU, TX

a Personne ne met une pièce de drap neuf à un vieil habit, parce que le neuf emporterait une partie du vieux, et le déchirerait encore davantage. »

Aussi longtemps que le cœur du pécheur n'est pas entièrement changé, qu'il n'a pas quitté entièrement le péché et ne s'est pas complètement tourné vers Dieu, le bien le plus apparent, la vertu la plus brillante, ne sont souvent qu'un rapièce-

tage inutile. Il faut que l'homme devienne une créature nouvelle ; il faut que l'esprit du pécheur soit renversé et créé à neuf. Voilà en quoi consistent la vertu et l'esprit du christianisme. 11 y a des hommes qui prient, jeûnent et font quelques aumônes aux pauvres ; — mais qui, ce qui est l'affaire capitale, continuent avec d'autant plus de sécurité à vivre dans leurs dissolutions et à se conduire selon le vieil esprit du monde, qu'ils ont étouffé la voix de leur conscience par l'éclat de quelques bonnes actions. Eh bien, pour parler sans détour et appeler les choses par leur véritable nom, ce n'est là que du rapiècetage . Prier, jeûner, faire l'aumône sont choses excellentes, assurément ; mais aussi longtemps que le fond du cœur n'est pas renouvelé, toutes les prières, tous les jeûnes, toutes les aumônes ne sont qu'une pièce neuve appliquée sur un vieil habit, pièce souvent plus nuisible qu'utile ; car le vieil habit ne fait que se déchirer davantage. L'adultère, quand elle a fait l'aumône et qu'elle a versé une larme, s'imagine avoir fait merveille ; et cependant, au moment même où sa main généreuse rassasiait un pauvre, son cœur ne faisait que s'envelopper davantage dans les liens du péché. Telle n'est pas notre conduite quand le Saint- Esprit habite réellement en nous, c'est-à-dire quand nous croyons, espérons, aimons, agissons, comme doit le faire un chrétien; nous n'avons plus besoin de ce rapiècetage; nous nous sommes revêtus d'un habit entièrement neuf, qui n'est autre que Jésus-Christ; et notre jeûne, nos prières, nos aumônes ne tardent pas à devenir ce qu'ils doivent être. Quand une fois l'arbre est bon, qu'il est planté dans un bon terrain, les bons fruits ne sauraient se faire attendre long temps.

Toutefois, on ne doit pas conclure de ce que nous venons de dire qu'il faille omettre la prière, le jeûne et l'aumône jusqu'à ce qu'ils soient tout à fait bons ; car nulle langue humaine ne doit se hasarder de blâmer ce dont Jésus-Christ lui-même a fait l'éloge, comme la prière, le jeûne et l'aumône; ce qui d'ailleurs est prescrit au pécheur, et ce que le pénitent accepte volontairement, soit pour avancer dans La perfection, soit pour

affaiblir l'impression que ses péchés ont produite sur son prochain, ou pour Feffacertout à fait par ses bonnes œuvres.

Bien prier, bien jeûner, bien faire Faumône n'est pas un rapiècetage^ mais prier, jeûner et faire Faumône comme faisaient quelques Pharisiens, afin de mieux cacher au peuple , et , si c'était possible, à leur propre conscience, leurs vices grossiers : voilà du rapiècetage ; celui-là ne fait que déchirer encore davantage. Or, c'est contre une telle manière de prier, déjeuner et de faire Faumône que proteste l'Évangile. Ainsi donc, si vous ne priez, ne jeûnez et ne faites l'aumône que pour embellir vos péchés, à la manière des Pharisiens; si, sans changer votre cœur, vous vous croyez bon parce que, outre vos prières, vos jeûnes et vos aumônes, vous faites encore quelque bien, je vous dis, moi, que tout votre travail n'est encore que du rapiècetage.

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