‹ Théologie pastoraleChapitre 69 sur 209 · IMAGE DE LA SOCIÉTÉ CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

IMAGE DE LA SOCIÉTÉ CHRÉTIENNE

« Jésus-Christ, ce Docteur céleste, a voulu se choisir sur la terre un peuple nouveau, qui n'eût d'attachement que pour le ciel, qui se défiât de tout secours humain, qui fût riche, sage et puissant à sa manière ; un peuple qui eût un œil simple et ne sût rien de l'envie et de la défaveur ; un peuple qui, vivant dans la continence spirituelle, et menant dans la chair la vie d'un ange, ne sût rien de l'impureté ; un peuple qui fût assez fort pour supporter, ou plutôt pour réparer toute espèce de mal, et qui ne sût

THÉOLOGIE l'ASTORALE. 185

rien du divorce; un peuple qui fût trop vertueux pour se délier de qui que ce soit ou pour être capable de tromper , qui ne sût rien du parjure ; un peuple qui, ayant placé son trésor dans le ciel, ne sût rien de la passion de l'argent ; un peuple, dont tous les efforts tendissent à glorifier uniquement Jésus-Christ, et qui ne sût rien des excitations de la vaine gloire ; un peuple qui fût disposé, plus il serait grand, à se soumettre à chacun par amour pour Jésus-Christ, qui ne sût rien des honneurs et de l'ambition; un peuple qui, plein de zèle pour bien mériter des plus méchants comme des plus vertueux , ne sût rien de la colère , du blâme et encore moins de la vengeance ; un peuple qui fût tellement innocent dans ses mœurs et dans sa conduite, qu'il méritât les louanges des païens eux-mêmes; un peuple qui eût les sentiments et la simplicité d'un enfant qui vient de naître; un peuple qui fût sans préoccupation inquiète pour le lendemain, et qui , semblable aux oiseaux et aux lis, fût incapable de se tourmenter ; un peuple qui fût aussi uni que le sont entre eux les membres d'un même corps ; un peuple chez qui l'amour rendît tout commun , afin que ce qui est bon ne manquât à personne , et que ce qui est mauvais fût d'un commun effort aussitôt enlevé , ou du moins affaibli ; un peuple qui fût sage à l'école du Saint-Esprit, qui devînt, selon le modèle de Jésus-Christ, le sel et la lumière de la terre, et fût semblable à une ville construite sur une montagne, que tous aperçoivent de loin ; un peuple dont tout l'avoir et le pouvoir fussent consacrés au bien de tous ; un peuple à qui le désir de l'immortalité rendît cette vie insignifiante, et la mort désirable; un peuple qui, comptant sur l'assistance de Jésus-Christ, ne crajgnît aucun démon ; un peuple , dont la conduite fût ordonnée de telle sorte qu'il fût prêt pour le dernier jugement, et attendît avec joie et consolation le moment décisif. »

(Érasme, Ratio perveniendi ad veram theologiam.)

ARTICLE III

De la paraphrase.

83. La paraphrase a pour objet ou d'expliquer simplement le sens de l'Écriture et d'en éclaircir les difficultés, ou d'y parsemer des observations propres à relever certains détails qui n'en assortent pas naturellement pour chacun. L'une est une description dans le sens le plus large ; l'autre, dans un sens plus restreint, est, d'après Érasme, non une traduction, mais une sorte d'interprétation large et courante qu'on met dans la bouche de l'auteur. Est paraphrasis non translatio , sed liberius quoddam commentarii perpetui genns , non commutatis personis. La paraphrase ne consiste pas dans des notes ajoutées aux textes , mais dans le texte s'expliquant lui-même.

§ I. — 84. Règles de la paraphrase.

1 . N'apportez dans la Bible aucune idée étrangère, — et ne faites pas parler les personnes plus savamment que leur caractère et leur position ne le leur permettent.

2. Ne noyez pas le sens si naturel et si simple de l'Écriture dans des amplifications fades et pleines de synonymes. Une nouvelle sauce répandue sur un vieux ragoût n'est pas une véritable nourriture, comme doit l'être la paraphrase.

3. Celui qui veut sincèrement voir la vérité, s'y affectionner après l'avoir vue, la porter jour et nuit dans son cœur, la transformer, en quelque sorte, en sa chair et en son sang, et, après l'avoir changée en sa propre substance , parler de la plénitude de son cœur, celui-là peut faire l'office de paraphraste.

4. La paraphrase doit assurément rendre plus claire le sens de l'Écriture ; mais elle ne doit changer ni la vérité, ni l'ordre, ni la nature du récit.

5. La paraphrase suppose le talent de découvrir dans l'Écriture sainte beaucoup et de bonnes choses en peu de temps ; mais elle contribue aussi à perfectionner ce talent.

6. La paraphrase permet aussi de s'étendre plus longuement sur un passage important, afin que l'auditeur et le lecteur puissent pénétrer plus avant dans le sens de FÉcriture.

7. Ce sont précisément les passages les plus significatifs qui se prêtent le moins à la paraphrase ; souvent même ils ne s'y prêtent pas du tout, parce qu'une description leur ferait perdre toute leur force ; par exemple, le mot : qu'il soit fait, ou plutôt : qu'il soit ! Ces passages tirent leur force de la simplicité de l'expression ; et la simplicité se perd dans les détails de la description.

§ II. — 85. Modèles de paraphrase, dans le sens plus étendu d'Érasme.

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