C. Pendant que Jésus priait, son visage parut tout autre
x. La prière, cet élan de l'âme vers le Père des esprits et deâ lumières, est donc la meilleure préparation à la réception de la lumière. La prière est un mouvement vers la source de la lumière; elle transfigure celui qui prie, et après l'avoir transfiguré, elle le transforme en une lumière de plus en plus pure.
D. En même temps ils virent paraître Elie et Moïse qui s'entretenaient avec Jésus (de ce qu'il devait souffrir à Jérusalem).
xi. Jésus n'est donc ni Élie ni Moïse ; il n'est pas l'un des prophètes, comme le pensait le peuple.
xii. Moïse, le type de la loi, et Élie, le représentant de tous les prophètes, rendent témoignage à Jésus qu'il est la réalité, et qu'eux ne sont que la figure. Christus apparuit médius inter Moïsen et Eliam, tanquam Evangelium testimonium haberet a lege et prophetis. (Aug., Tract. 17, in Joann.)
xiii, Moïse, Élie, Jésus — les plus grands hommes qui aient existé, parlent de l'événement le plus grand, le plus important pour toute l'humanité, de la mort de Jésus. Tel l'homme, tel son langage.
xiv. Moïse et Élie apparurent environnés de gloire. — En vérité, Dieu n'est pas un Dieu des morts, mais un Dieu des vivants.
xv. Il y avait déjà longtemps qu'ils étaient devenus invisibles pour la terre, et néanmoins ils vivaient encore. La mort ne termine pas notre vie, elle ne fait que la rendre invisible aux regards des mortels.
E. Et comme Moïse et Elie se séparaient de Jésus, Piéride lui dit : Maître, nous sommes bien ici; faisons-y trois tentes, une pour vous, une pour Moïse et une pour Élie. [Luc, ix, 33).
xvi. Celui qui n'est pas éclairé parle, surtout dans les moments d'admiration et d'effroi, de choses spirituelles, et il ne
sait ce qu'il dit, selon ce qui est écrit en saint Marc : « Il ne savait pas ce qu'il disait. » Il ne réfléchissait pas que Moïse et Élie n'avaient pas besoin de tentes ; il ne savait pas que Jésus ne devait entrer dans sa gloire que par les souffrances ; il n'avait pas compris que le disciple ne reçoit point la couronne avant le combat. La sensibilité ne sait absolument rien; la raison non éclairée ne sait souvent pas ce qu'elle fait.
xvn. Cette invitation de Pierre est conforme aux habitudes qu'on lui connaît, à ce caractère de franchise et d'honnètet qui se manifeste partout, à cette sincérité qui trahit ses premières impressions, à sa situation actuelle, à sa frayeur et à son ravissement qui composent le fond de sa nature, à cet empressement qui résulte de l'état où il se trouve : ce qui est précisément une nouvelle preuve de la crédibilité du récit.
xviii. Le Seigneur ne répondit pas à cette question ; car, dans cette vie, il convient mieux de demander la patience que la gloire. Ut intelligeremus inter tentationes hujus vit ce prius nobis tolerantiampostulandamesse, quant gloriam ; quia tempora patiendi non potest félicitas prœvenire regnandi '. (Léo, serrh.Qi.)
xix. La transfiguration de Jésus ne dura que peu de temps. Pour les transfigurations et les apparitions du monde invisible, pour les consolations et les ravissements surnaturels, on ne saurait construire de tentes sur cette terre : ces transfigurations, ces ravissements ne durent qu'un instant ; ils sont passagers, comme le veut d'ailleurs la nature de cette vie d'exil. Recedit ( Christus ) ut absens magis desideretur , desideratus avidius quœratur, diu quœsitus gratins inveniatur. Ne ergo exilium deputemus pro patria, venit sponsus et recedit vicissim, nunc consolationem afferens, nunc nniversum statum nostrum in infirmitatem commutans. (Berx.)
F. Comme il parlait encore, une nuée lumineuse vint les couvrir, et il en sortit une voix qui fit entendre ces paroles : Celuici est mon Fils bien-aimé, dans lequel j'ai mis toute mon affection : écoutez-le.
xx. Le nuage qui, dans l'ancien Testament, annonçait la pré-
THÉOLOGIE PASTORALE. 17b
sence de Dieu, était obscur (Fxod., xxiv, 46); celui qui l'annonçait dans le nouveau était lumineux. Tels les nuages, tels les temps. Autrefois, c'était le temps de l'obscurité, maintenant c'est celui de la lumière ; mais d'une lumière qui ,♦ comparée au plein éclat des jours qui verront l'avènement du Seigneur, n'est encore qu'une ombre. Voilà comment les symboles de la présence de Dieu sont proportionnés à l'objet et à l'esprit de la révélation.
xxi. Le Père déclare que Jésus est son Fils bien-aimé, et que ce Fils est le précepteur des nommes. Vous voyez là l'Évangile touchant l'excellence du docteur Jésus proclamé par la bouche du Père : Jésus : Fils de Dieu ; le Fils de Dieu : précepteur des hommes.
xxii. En ce moment s'accomplissent ces paroles de Moïse (JDeut.y xvm, 15) :
« Le Seigneur votre Dieu vous suscitera un Prophète comme moi, de votre nation et d'entre vos frères; c'est lui que vous écouterez, selon la demande que vous fîtes au Seigneur votre Dieu près du mont Horeb, où tout le peuple était assemblé, en lui disant : Que je n'entende plus la voix du Seigneur mon Dieu, et que je ne voie plus ce feu effroyable, de peur que je ne meure.» — En d'autres termes : Puisque vous ne voule» plus entendre la voix tonnante du Seigneur, vous entendrez la douce voix du Fils de Dieu, — de Dieu sous une forme humaine. — On peut donc dire que si la loi est venue dans le monde par Moïse, la vérité y est venue par Jésus-Christ.
xxiii. La voix ne fit entendre ces paroles : « Écoutez-le, » que lorsque Moïse et Élie ne purent plus l'entendre.
Celui qui est proprement notre maître, ce n'est ni Moïse, ni Élie ; c'est Jésus-Christ. — Dieu a parlé à nos pères par les prophètes, et à nous par son Fils.
Écoutez-le! — Voilà ce que le Père nous a dit de son Fils.
xxiv. Écoutez-le dans tous les temps, en quelque lieu et sous quelque forme que la superstition et l'incrédulité usurpent les fonctions de docteur; — chaque fois que l'orgueil, la vo-
lupté, l'amour du monde voudront se constituer vos [maîtres.
G. Les disciples , entendant cela , tombèrent le visage contre terre, et furent saisis d'une grande frayeur. Mais Jésus s'approchant, les toucha et leur dit : Levez-vous et ne craignez point.
xxv. Cet attouchement et ces paroles : « Ne craignez point, » sont entièrement conformes au caractère de Notre-Seigneur, de même que tout ce qu'il dit et fait. Secourir, bannir la crainte, établir la paix : voilà son. œuvre ; faire le bien sans tumulte : voilà son caractère. Doux attouchement, douces paroles, doux
accents, doux — tout son extérieur est semblable à son
intérieur, semblable à lui-même : il est tout lumière et tout charité.
H. Ne parlez à personne de ce que vous venez de voir, jusqu'à ce que le Fils de Vhomme soit ressuscité d'entre les morts.
xxvi. Cette résurrection devait être pour le monde entier ce que la transfiguration était pour quelques familiers : une preuve de la divinité de l'Évangile.
La divulgation anticipée et prématurée de cette vision aurait pu, d'une manière ou d'une autre, produire trop tôt la fermentation des esprits, et en hâter l'explosion; voilà pourquoi le Seigneur la défendit. Jésus agissait constamment selon l'esprit de sa mission.
§ VIII. — Nous ne pouvons ici qu'indiquer l'essai le plus fructueux : choisissez dans les Docteurs de l'Église qui ont vécu dans les premiers temps, dans les temps moyens, et dans les temps subséquents , tous les passages qui mettent en lumière la doctrine fondamentale et l'esprit du Christianisme.
Les passages qui mettent en lumière la doctrine fondamentale et l'esprit du christianisme, sont :
\° Ceux qui démontrent le besoin de la Rédemption, ou l'existence du péché; 2° la Rédemption elle-même, ou Dieu en Jésus- Christ, — le salut des hommes ; 3° les fruits de la Rédemption, ou la charité dans les chrétiens et leur félicité dans l'Église militante comme dans l'Église triomphante.
Quelques passages seulement, qui feront comprendre ma pensée. .
THÉ0L0GTE PASTORALE. 177
V ordre. — Subordination de l'homme à Dieu , de la chair à l'homme : que peut-il y avoir de plus beau qu'un tel état. Vous êtes soumis aux choses supérieures, et les choses inférieures vous sont soumises Servez celui qui vous a fait, afin que vous soyez servi par ce qui a été fait pour vous.
Remède à nos maladies. — La crainte de Dieu est la médecine ; l'amour de Dieu est la santé même.
La racine. — Jamais on n'en viendrait à des œuvres mauvaises, si la mauvaise volonté ne précédait. Or, ce principe du mauvais vouloir, où faut-il le chercher, sinon dans l'orgueil (superbia) ? Et l'orgueil, qu'est-ce autre chose que le désir d'une élévation mal entendue? Car c'est assurément une élévation mal entendue que de vouloir lui abandonner le seul vrai principe de toutes choses auquel l'âme doive être attachée, pour être soi-même son principe. Or, c'est là ce qui arrive quand l'homme se complaît en lui-même, et qu'il laisse régner en lui cette complaisance.
La chose décisive. — Tous auront beau se marquer du signe delà croix de Jésus- Christ; tous auront beau répondre Amen et Alléluia fies enfants de Dieu ne se distinguent des enfants du démon que par la Charité.
De tels passages ](ceux- ci sont de saint Augustin), recueillis dans tous les docteurs, formeraient certainement la plus belle exposition qu'il soit possible de faire de la doctrine fondamentale et de l'esprit des saintes Écritures.
66. Voilà comment la lecture pratique des Pères peut favoriser la méditation pratique de l'Écriture, et comment l'une sert de confirmation et d'appui à l'autre. Par ce moyen, on se familiarise avec la tradition et l'on en fait son profit sans négliger l'étude pratique de l'Écriture sainte; on fait des anciens le meilleur usage possible, sans renoncer au bon emploi de sa propre raison. On apprend à ne pas trop présumer de ses propres pensées en accueillant généreusement tout ce qui est bon, quelque part qu'il se trouve. On apprend à voir de ses propres yeux sans répudier les lumières d'autrui, et Ton se préserve de cet Théol. past. I. 42
orgueil qui veut voir seul, et qui, avec sa demi-vue, se plaît tant parmi les aveugles.
ARTICLE II
De la traduction.
Paulo majora canamus.
S'il est difficile de saisir le sens et l'esprit des Pères de l'Église, et de se préparer ainsi à pénétrer le sens et l'esprit de la Bible, il l'est encore davantage de saisir le sens et l'esprit qui régnent dans les Écritures. Et s'il est un genre d'application où un grand nombre de nos contemporains aient perdu le vrai chemin, c'est assurément celui de la traduction. Il importe donc de dissiper les nuages qui égarent la foule des traducteurs et de les reconduire sur la voie qu'ils ont perdue.
§ I. — De la traduction en général.
67. L'Écriture sainte a un corps : ce sont les paroles ; elle a une âme : c'est le sens, qui se manifeste prochainement par les paroles; elle a un esprit : c'est ce qui tient au plus intime de l'écrivain, et qui se révèle avec plus ou moins d'évidence dans ses écrits.
Celui qui. transfère d'une langue dans une autre les paroles, le sens, l'esprit d'un écrivain, celui-là traduit. La traduction remplit donc une triple fonction :
1° Une fonction verbale, grammaticale, qui aux mots de l'auteur substitue d'autres mots;
2° Une fonction réelle, qui exprime dans une autre langue le sens des paroles de l'auteur ;
3° Une fonction intellectuelle, qui reproduit l'esprit de l'au teur, — ce qu'il y a en lui de plus individuel.
La traduction est parfaite quand elle fait passer dans une autre langue le corps, Y âme, Y esprit d'un livre, et qu'elle le fait avec toute l'exactitude que comporte le génie de l'autre langue. De même, en effet, que ce ne sont ni le corps, ni Y âme, ni Y esprit, considérés à part, qui constituent l'homme complet ;
mais la réunion des trois ; de même la traduction n'est parfaite que lorsqu'elle est une image fidèle du corps, de Y âme et de Y esprit d'un ouvrage.
68. Tout essai de traduction fait sur un bon ouvrage est déjà recommandable comme simple exercice des facultés de penser, de sentir et d'écrire ; car il force celui qui s'y exerce :
l ° A réfléchir sur des phrases, des expressions et des pensées
qu'il n'aurait d'ailleurs parcourues que superficiellement, et
' qu'il aurait laissé passer sans les approfondir plus longuement ;
2° A étudier les langues, afin de pouvoir donner aux pensées la forme qui leur convient, et dégager les pensées de l'enveloppe qui les recouvre ;
3° Il éveille en nous des sentiments qui, sans cette vive intuition du Vrai, du Bon et du Beau, comme aussi sans ces réflexions et ces études sur la langue, nous seraient restés étrangers;
4° Enfin, il nous fournit une provision de mots et de choses, de formes de la pensée et d'expressions, que sans cela nous aurions plus difficilement acquise.
69. La traduction ne saurait être faite avec beaucoup de succès que lorsque le traducteur saisit non-seulement les mots, mais encore l'idée fondamentale du livre, et qu'il en a suffisamment pénétré l'esprit pour être à même de faire passer dîme langue dans une autre, les mots, les idées et l'esprit.
Celui qui ne s'occupe que des mots, c'est-à-dire du corps de l'ouvrage, mettra des lettres françaises en place des lettres hébraïques, grecques ou latines, et donnera à cette substitution du signe le nom de traduction. Mais ce changement purement verbal, grammatical et mécanique de lettres n'est pas plus une traduction que l'esprit de Catilina n'eût été celui de Cicéron, si ces deux hommes eussent échangé leurs vêtements. L'échange • des vêtements n'est pas la substitution des personnes, le changement de l'extérieur n'est pas la transformation de l'intérieur.
70. La traduction la plus parfaite est donc nécessairement celle qui est la plus fidèle ; car elle reste fidèle aux mots, au sens
iSO THÉOLOGIE PASTORALE.
et à l'esprit. A l'esprit, autant qu'il est possible de le saisir; au sens, autant qu'il est possible de le comprendre ; aux mots, autant qu'il est possible de les transférer dans une autre langue.
71 . L'idée d'une traduction parfaite exclut donc tout arbitraire ayant pour but d'embellir les mots, d'élever la pensée, et d'accommoder l'esprit de l'ouvrage à l'esprit du traducteur ou de son époque.
72. Cet idéal de toute bonne traduction avait été entrevu par l'excellent Huet, dans l'ouvrage classique qu'il écrivit sur la meilleure manière de traduire et sur les meilleurs traducteurs.
Selon lui, la traduction est parfaite, quand elle rend :
i. Les pensées de l'auteur;
ii. Les paroles qui servent d'enveloppe aux pensées, et
ni. Quand elle reproduit aussi parfaitement dans une langue étrangère que dans la langue originale, le caractère distinctif de l'auteur, tel qu'il se révèle dans son ouvrage.
Voici ses paroles :
« Optimum ergo illum esse dico interpretandi modum, cum » auctoris sententiœ primum, deinde ipsis etiam, si ita fert » utriusque linguae facultas, verbis arctissime adbaeret interpres, » et nativum postremo auctoris characterem, quoad usque fieri » potest, adumbrat, idque unum studet, ut nulla cum detrac- » tione imminutum, nullo additamento auctum, sed integrum » suique ex omni parte simillimum perquam fideliter exhibeat. » Cum enim nihil aliud esse videatur interpretatio, quam expressa » auctoris imago et effigies, ea autem optima imago habenda sit, » quae lineamenta oris, colorem, oculos, totum denique vultus » filum et corporis habitum ita refert, ut absens coram esse vi- » deatur ; inepta vero ea figura sit, quae rem aliter effingat atque » est, pulchriorem illam licet et aspectu jucundiorem expri- » mat : id profecto efficitur , eam demum praestabiliorem esse » interpretationem, non quae auctoris vel luxuriem depascat, » vel jejunitatem expleat, vel obscuritatem illustret, vel menda » corrigat, vel perversum ordinem digérât, sed quae totum » auctorem ob oculos sistat, nativis adumbratum coloribus, et
THÉOLOGIE TASÏORALE. 4 iS 1
» vel genuinis virtutibus laudandum, vel, si ita meritus est, » propriis deridendum vitiis propinet. »
(Pétri Danielis Huetii, de Interpretatione, libri duo. Pariais MDCLXXX, p. 13 et 14.)
73. Celui qui veut devenir un parfait traducteur doit nonseulement avoir présent à la pensée cet idéal de toute bonne traduction ; il doit encore en être tout pénétré et agir sous cette influence. Il doit être :
i. Tout imprégné de l'esprit de son auteur; car l'esprit
ii. Lui fera saisir les pensées, les idées,
m. Et les pensées lui feront traduire l'expression. L'esprit est donc pour lui le germe des pensées, et les pensées le germe de= expressions. Il commence sa traduction non par l'idée, ou par l'expression, mais par l'esprit de l'ouvrage.
§ II. — Traduction de la Bible.
74. Nos Livres saints, principalement les Écritures du nouveau Testament, sont écrits dans :
î. Un langage commun, simple et naturel ;
ii. Ils renferment des pensées élevées, et
ni. Un esprit divin.
En effet, tous les enseignements qu'ils contiennent se réduisent au fond à démontrer comment l'égoïsme a mis la division entre Dieu et les hommes ; comment l'union peut être rétablie entre le ciel et la terre par la charité ; comment cette union, qui s'opère dans l'Église de Dieu, doit, au milieu des obstacles, des luttes et des souffrances de toute nature, se propager toujours davantage et devenir de plus en plus parfaite, jusqu'à ce que Dieu soit tout en tout.
Les pensées de l'Écriture sont, dans chaque doctrine particulière, tellement élevées, qu'on ne saurait rien imaginer de plus sublime. L'esprit de l'Écriture est, dans l'ensemble comme dans les détails, tellement divin, qu'on ne peut rien se figurer qui le soit davantage. Nulle part l'expression ne trahit la recherche et l'artifice.
75. Celui-là donc qui veut donner une traduction parfaite de la Bible doit en avoir saisi les hautes pensées et le divin esprit ; car, ici comme partout, Fesprit est le germe du sens, et le sens le germe de l'expression.
76. Le sens et Fesprit de la sainte Écriture ont deux particularités qui font de ce monument un Livre saint, un Livre, dans le sens le plus complet. Ces deux particularités sont :
La simplicité et
L'onction.
La simplicité, qui est le cachet de Fantiquité ; — Fonction, qui est la marque de la sublimité de l'origine, le sceau de FEsprit- Saint, qui est un esprit de douceur, et qui. a déposé la vérité dans des vases communs.
77. La traduction la plus parfaite de FÉcriture sainte serait donc celle qui, comme toute traduction en général, porterait :
i. Le cachet de la fidélité ; Et, comme traduction de la sainte Écriture : h. Le cachet de la simplicité ; m. Le cachet de Fonction.
78. D'où résulte cette conséquence, qu'on ne saurait à tout instant traduire tout passage quelconque ; que, pour découvrir le sens de quelques pensées, il est besoin de certaines circonstances extérieures et de certaines impressions intérieures ; que, selon la belle remarque de Claude, il y a des pensées qui, lues sur les croix des cimetières, seront mieux comprises par un tel que s'il les lisait dans la Bible, et que le pieux lecteur est souvent redevable de l'intelligence d'un passage aux larmes qu'il a versées durant ses veilles.
C'est donc une chose bien humiliante pour les hommes sérieux de dire ou d'entendre dire que nous ne manquons pas, Dieu merci, d'hommes ayant assez de courage et de dévouement pour entreprendre la traduction de toute la Bible; car bien souvent ce n'est là qu'une preuve que les hommes chargent sur leurs épaules des fardeaux dont ils n'ont ni pesé le poids, ni apprécié la valeur. Comme il serait grand l'homme qui pourrait
seulement transfuser les derniers discours de Notre-Seigneur [Jean, xm, xiv, xv, xvi) du cœur du Sauveur dans le sien, et les traduire ensuite dans sa propre langue !
De là vient aussi qu'il est incomparablement plus difficile de traduire la Bible que n'importe quel autre livre; car il est beaucoup plus difficile de s'inspirer des sentiments sublimes qu'exprime l'Écriture , que de ceux qui respirent par exemple dans les poésies d'Ovide. L'amour sensuel trouve infiniment plus d'interprètes que l'amour qui a sa source dans le Saint des saints.
79. La traduction suivante d'un remarquable passage de la deuxième Épître à Timothée se distingue, à notre avis , par sa simplicité et son onction. (Chap. n, vers. 9-20.)
« Pour lui (pour l'Évangile), je souffre comme un malfaiteur, jusqu'à être jeté en prison : mais (il n'y a que moi) la parole de Dieu n'est pas (avec moi) dans les chaînes. Et voilà pourquoi je veux tout endurer volontiers, à cause des élus, afin qu'ils aient aussi part à la délivrance par Jésus-Christ, et à la gloire éternelle (avec nous). Oh ! il est une parole précieuse, sur laquelle chacun peut compter : Si nous mourons avec lui, nous vivrons avec lui ; si nous souffrons avec lui, nous régnerons avec lui; si nous le renions, il nous reniera aussi. Ce qu'il vous faut recommander, en prenant le Seigneur à témoin, c'est qu'on ne s'amuse point à des disputes de paroles : elles ne sont bonnes qu'à pervertir les auditeurs (qu'on doit convertir). Veillez soigneusement à ce que vous paraissiez devant le Seigneur tel qu'il vous veut avoir, comme un ouvrier qui ne saurait être confondu, qui sait bien traiter la parole de vérité. Évitez les profanes et inutiles discours, car ils favorisent singulièrement l'impiété, et leur parole gagne comme la gangrène. De ce nombre sont aussi Hyménée et Philète, qui se sont écartés de la vérité en disant que la résurrection est déjà passée ; mais (bien qu'ils aient renversé la foi de quelques-uns, ils ne sauraient néanmoins renverser l'édifice de Dieu) le fondement de Dieu est demeuré debout, et a pour cachet : Dieu connaît les siens, et :
qu'il s'éloigne de l'injustice tout homme qui prononce le nom du Seigneur ! »
80. Si le déluge des traductions de la Bible était jugé d'après l'idée de cette traduction, laquelle est à la fois une translation de la lettre, du sens et de l'esprit, et qui pourrait servir de pierre de touche, il est probable que peu continueraient à étaler leurs oripeaux.
Le cachet de la simplicité et de l'onction manque effectivement à la plupart, et celui de la fidélité fait défajit à un grand nombre. La fidélité suppose non- seulement dans le traducteur cette loyauté qui l'empêche de mêler ses pensées avec ses expressions en voulant traduire le sens de l'auteur, mais elle demande encore, avant tout, une disposition d'esprit pure, céleste et conforme au sens de l'Écriture, afin que le traducteur soit en état de trouver le sens de son livre. Elle demande, outre des connaissances et de la bonne volonté, ce qui est souvent un véritable bonheur : le souffle de l'inspiration qui nous anime à certaines heures favorites.
81. Les essais de traduction que le lecteur fait sur certains chapitres ou. passages de la Bible, sont d'autant plus favorables à la méditation édifiante de l'Écriture, qu'ils se rapprochent davantage, par la simplicité et l'onction, de l'esprit de la Bible.
82. Un autre conseil que l'on peut donner, c'est de s'exercer dans la traduction d'ouvrages où règne, dans une certaine mesure, l'esprit de l'Écriture. En voici un exemple :