‹ Théologie pastoraleChapitre 82 sur 209 · DIVISION DES PARABOLES DE JÉSUS- CHRIST · texte numérisé non relu

DIVISION DES PARABOLES DE JÉSUS- CHRIST

i. Les unes ont pour objet d'exposer et d'éclaircir le sens d'une vérité qui s'adresse à tous les auditeurs sans distinction; les autres d'en dévoiler le sens à ceux qui sont dignes de l'entendre, de le cacher ou de l'affaiblir aux yeux de ceux qui en sont indignes. Les unes ont un côté obscur, d'autres n'en ont pas.

11. Parmi celles qui n'ont pour objet que d'exposer et d'éclaircir une vérité/ les unes sont des peintures caractéristiques ; les autres, la plupart plus courtes, ne sont que des comparaisons semées dans le discours.

m. Parmi les peintures caractéristiques il faut placer les paraboles du Pharisien et du centenier; celle du prêtre, du lévite et du Samaritain; celle du riche qui veut construire un grenier pour ses récoltes; celle de ce juge injuste. A cette catégorie appartiennent aussi les trois paraboles dont le Sauveur se servit pour justifier ses relations avec des pécheurs (i) ; celle du pasteur qui cherche sa brebis perdue ; celle de cette femme qui balaie toute sa maison pour chercher la dragme perdue; celle de ce père qui presse dans ses bras son fils perdu et retrouvé.

iv. Les comparaisons plus courtes, parsemées dans le discours, se recommandent surtout par leur naturel, par leurs figures faciles et intelligibles, et par un juste coup d'oeil jeté sur les objets de la nature. Elles se rencontrent surtout dans le sermon prononcé sur la montagne : « Le sage bâtit sur un fondement solide, » et dans le discours où le Sauveur prend congé de ses disciples.

v. Les paraboles qui servent à la fois d'éclaircissement et d'obscurcissement avaient pour objet de dévoiler la vérité à ceux qui cherchaient la sagesse, sans risquer de fournir à ses ennemis des occasions et des motifs de persécuter la vérité et ceux qui l'annonçaient. La vérité toute nue excite souvent des luttes ardentes contre la chose et des attaques dangereuses contre la personne. Des paraboles de cette espèce sont principalement celles du vigneron et des noces (2) . En voilant ainsi la vérité on ne se proposait nullement de la soustraire à jamais aux regards, ni d'attirer la foule sous prétexte de lui révéler un mystère. Cet esprit-là n'est pas l'esprit de Jésus-Christ. On ne cachait la vérité que pour la dévoiler, et pour empêcher momentanément les ténèbres de s'attaquer à la personne qui l'annonçait.

vi. Quelques paraboles tirent leur obscurité de l'incapacité des auditeurs, d'autres de l'esprit de la prophétie qui a trait à des choses futures, et un grand nombre la tirent de l'une et de

(1) Luc, xv.

(2) Matth., xx, 33-45; et xn, 1-U.

l'autre cause. La clef des paraboles de la première espèce se trouvait dans le cœur des auditeurs, celle des paraboles de la seconde dans l'histoire, celle des paraboles de la troisième dans Tinsensibilité des auditeurs et dans l'histoire. Des exemples de la première espèce sont fournis par la parabole d'une seule et même semence tombant sur plusieurs terrains, par celle du trésor et du champ, par celle de la recherche et de Tachât des bonnes perles. Des exemples de la deuxième espèce sont fournis par les paraboles sur le sort des Israélites; des exemples de la troisième, par les paraboles du bon grain et de l'ivraie, du grain de sénevé, du levain, par celle du filet qui renferme de bons et de mauvais poissons.

vu. Certaines paraboles sont plutôt des exemples que des comparaisons; d'autres sont plutôt des comparaisons que des exemples.

vin. Quand ce sont des exemples, ils sont ordinairement choisis dans des faits particuliers propres à éclaircir une vérité générale. Ainsi cette proposition générale : Celui qui ne ramasse pas de trésors pour l 'éternité, mais seulement pour le temps présent, est un insensé, cette proposition est mise dans tout son jour par l'exemple de cet homme qui se propose de construire de nouveaux greniers et meurt la nuit même. C'est ainsi encore que cette vérité générale : L'humilité du centenier vaut mieux que l'orgueil des Pharisiens, trouve son explication dans la prière du centenier et dans celle du Pharisien.

ix. Quand la parabole tient plus de la comparaison que de l'exemple, on fait ressortir, ou l'on néglige tour à tour la chose figurée par comparaison.

§ IV. — Propriétés et avantages des paraboles de Jésus-Christ.

1 08. Les paraboles de Jésus-Christ sont :

1° Exprimées dans le langage de la conversation ordinaire, mais ennobli tantôt par la brièveté et la précision, tantôt par le choix des images.

2° Les paraboles de Jésus-Christ sont présentées dans ce beau

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langage qui tient le milieu entre la langue élevée du poète et la langue abstraite du philosophe. Le Fils de Dieu et des hommes a donné une enveloppe humaine à des pensées divines.

3° Les paraboles de Jésus-Christ se distinguent par la noblesse des pensées et par la simplicité de l'expression, qualités tout à fait proportionnées à la dignité et à la pureté de son caractère, ainsi qu'à la religion qu'il enseigne. Les petits esprits aiment à étaler les grands mots, et à s'en servir comme d'échasses pour grandir leurs personnes; les grands esprits se plaisent à cacher de grandes pensées sous une enveloppe simple et modeste.

4° Les paraboles de Jésus- Christ s'adaptent parfaitement aux circonstances qui les ont fait naître. Ces circonstances les rendent plus intelligibles, leur donnent plus d'à-propos et les gravent mieux dans la mémoire.

5° Les paraboles de Jésus-Christ sont de telle nature, que tout en empruntant leur origine à quelque fait particulier, leur contenu et leur esprit, dans ce qu'ils ont d'essentiel, répondent aux besoins de tous les temps. A toutes les époques, il y a des Pharisiens et des centeniers, des Samaritains compatissants et des prêtres sans entrailles, des avares qui, voulant construire de nouveaux greniers, meurent au milieu de leurs plans, des Lazares qui demandent les miettes qui tombent de la table des riches.

6* Les paraboles de Jésus-Christ sont intéressantes à cause de l'intention cachée sous la figure. Le sujet en est intéressant, c'est-à-dire aimable et gracieux quand les circonstances le demandent. Quoi de plus charmant que l'empressement de cette pauvre mère de famille qui, pour retrouver sa dragme perdue, allume une chandelle et bouleverse toute la maison? Quoi de plus aimable que le zèle de ce berger qui laisse quatre-vingtdix-neuf brebis dans le désert pour courir après la centième qui est perdue? Le sujet en est intéressant, c'est-à-dire terrible et effrayant quand l'occasion l'exige, par exemple dans cette parabole où le maître revenant subitement fait sentir tous les effets de sa colère à ses serviteurs infidèles.

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7° Jésus-Christ, dans ses paraboles, sait placer le divin et l'humain sur une même ligne, figurer et éclaircir celui-ci par celui-là, sans confondre ce qui est éternel avec ce qui est temporel. Si ce juge inique, cédant aux importunités de la veuve, finit par lui rendre justice ; si cet ami, imploré à contre-temps, finit par se rendre aux instances de celui qui le prie ; si ce père, cruel envers d'autres hommes, ne donne pas à son fils un scorpion pour un œuf, un serpent pour un poisson, comment le bon Dieu n'exaucerait-il pas les prières de ses enfants ?

8° Les paraboles de Jésus- Christ sont tantôt détaillées, tantôt courtes, suivant que l'occasion le demande. Elles sont détaillées quand les petites circonstances entrent dans le but principal de la parabole, et surtout quand elles occupent l'imagination de manière à ne pas laisser d'échappatoire à l'intelligence. De telles descriptions se rencontrent dans la parabole de ce voyageur maltraité, où il est dit que le Samaritain banda ses blessures, y répandit de l'huile et du vin, plaça ce malheureux sur sa bête de somme, et s'entendit avec l'hôte pour qu'on lui donnât tout ce qui était nécessaire. Toutes ces circonstances donnent plus de valeur à cette question et à cette réponse : « Qui est le prochain? Celui qui fut miséricordieux. » Des peintures analogues se rencontrent aussi dans la parabole de l'enfant prodigue, où cette circonstance dans laquelle il est dit que l'autre fils revint des champs au moment môme où l'on faisait les préparatifs de la fête qu'on célébra à l'occasion du retour de l'enfant prodigue, et murmura en voyant la bonté de son père, n'est nullement inutile. Nous avons un exemple de brièveté dans cette comparaison : « Tout docteur instruit de ce qui regarde le royaume des cieux est semblable à un père de famille qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes.»

9° Les paraboles de Jésus-Christ ne dédaignent pas l'attrait du merveilleux là où il est à sa place. Ainsi le merveilleux qui règne dans la parabole de Lazare et du mauvais riche est emprunté au monde surnaturel, et a sa source dans l'éternité [Luc, xvi).

i 0° Les paraboles de Jésus-Christ dissimulent le but de la figure jusqu'à ce que sa révélation puisse produire tout son effet. Ainsi dans la parabole des deux débiteurs qui ont obtenu tous deux la remise de leur dette, l'intention reste cachée jusqu'au moment où se présente cette question : « Quel est celui des deux qui l'aimera le plus? » Il en est de même de la parabole des deux fils.

11° Les paraboles de Jésus- Christ se distinguent par leur richesse, et par l'intelligence facile que présente le sujet de la figure. Ses figures, le Sauveur les empruntait à la vie domestique, à la nature, à la vie des champs, aux travaux agricoles, au vignoble, à la pêche, au commerce, aux proverbes, aux membres du corps humain.

i 2° Les paraboles introduisent dans le monde, sous une enveloppe qui a la transparence d'un voile, les doctrines les plus pures et les plus profondes sur Dieu et sur l'homme. Quiconque soulève ce voile avec respect et accueille avec reconnaissance ce que lui offre la parabole, trouvera plus qu'il n'a cherché, et cessera bientôt d'être étranger dans la maison de Dieu et dans la sienne propre.

§ V. — Du sens des paraboles de Jésus-Christ.

109. L'art le pluso facile de trouver le ciel, que la Sagesse a mis à la portée des simples, c'est-à-dire l'art de trouver le sens élevé et profond que Jésus-Christ a déposé dans ses paraboles, consiste à se faire les questions suivantes et à pouvoir les résoudre :

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