TROISIEME ENTRETIEN
Dernière entrevue avec Victor Hugo. — Projet de poCme pour la Vie parisienne. — Le vêtement moderne. Les bouts-rimés. ! . ta inédits. — Vers à chanter. — Envois de présents.
Lettre de H. Paul de, Saint-Victor. — Musée secret. — Deux Bonnets. — Liste de devises.
I au banquet de la centième de Ruy-Blas, à l'Odéon, que Théophile Gautier a vu \ictor Hugo pour la dernière fois. Banquet fameux dans les annales de la superstition par la mort du pauvre de Chilly. Gautier en revint très-frappé : le fataliste, qui jamais ne s'endormait en lui, avait eu, ce soirlà, la vision flamboyante de son Même Thecel Phares. Ceux qui le connaissaient virent, à l'immense tris— de ses yeux, qu'il s'abandonnait.
Anière raillerie du sort, ce banquet fatal, d'où lui vint le découragement précurseur, faillit au contraire déterminer en lui un renouveau poétique dont nous attendions les effets les plus salutaires, et que depuis longtemps nous avions essayé de faire naître en cet esprit lassé par tant de déceptions et de chagrins. On sait quelle adoration lui inspirait le nom de Victor Hugo et la fascination tremblante
qu'il éprouvait en la présence du maître ; il partit donc pour ce banquet, très-ému par l'idée de la rencontre.
A M'ai dire, la plupart d'entre nous n'en espérait pas pour lui la grande joie littéraire qu'il s'en promettait. Théophile Gautier ne devait guère trouver autour de son ami que des têtes hostiles à tout ce qu'il avait aimé depuis vingt ans. Certes, il n'était pas à craindre qu'aucun se départît envers lui du respect qu'il a toujours imposé même à ses adversaires; défendu par sa gloire, il pouvait entrer sans peur dans le camp ennemi, et serrer la main noblement à celui qui avait été le chef et le vainqueur d'autres batailles immortelles, batailles où Gautier avait porté l'étendard. Mais quel serait l'accueil public que lui ferait Hugo et de quelle sorte le discours-toast, de quelle nature les libations? On n'était pas sans quelque inquiétude, à Neuilly.
Le lendemain matin, je descendis assez anxieux dans sa chambre pour lui demander ce qui s'était passé ; mais l'ayant trouvé dans l'état d'esprit que j'ai dit, abattu par les noirs pressentiments, je n'osai plus l'interroger. Ce ne fut que quelques jours après qu'il satisfit de lui-même à ma pieuse curiosité.
a Hugo, nous dit-il, est toujours le premier gen-
ENTRRTIENS. 9!
tilhomme do France; il a les manières du grand siècle. C'était curieux de le voir parmi ces sansculottes. »
Et avec une naïveté bien malicieuse, Théophile Gautier ajouta :
» Il m'a parfaitement reconnu !
— Vvez-vous causé aveclui ? hasarda l'un de nous.
— Oui, assez longtemps. Comme X et Z étaient là, bien entendu, avec toute la rédaction du Rappel, la conversation devenait politique. Hugo m'a pris à part, dans une embrasure de fenêtre, et nous avons parlé poésie. Cela m'a fait du bien. Causer de poésie avec Hugo, c'est causer de divinité avec le bon Dieu. Et puis, il y avait si longtemps que pareille joie ne m'était échue ! Comme nous étions les deux Sachems, on a fini par nous entourer et nous avons dit de très-belles choses, moi surtout, conclut-il avec un de ces bons rires d'enfant que nous aimions tant à lui voir aux lèvres.
— Victor Hugo, dîmes-nous, aurait bien dû vous gronder un peu et choisir cette occasion, car vous ne faites plus de vers, et on se demande pourquoi.
— Savez-vous ce qu'il m'a proposé, Hugo ? Je vous le donne en mille. Il m'a offert de m'emmener à Guernesey et d'y rester avec lui le reste de nos jours : « Nous nous promènerons au soleil, sur le bord de la mer, et nous ferons des vers sur des rimes riches !
— Eh bien, que lui avez- vous répondu?
— J'avais bien envie d'accepter, rien que pour taquiner les autres. Mais Guernesey, c'est trop loin de fteuilly. »
Quoi qu'il en soit advenu, d'ailleurs, cette conversation avec Victor Hugo porta ses fruits : le goût des vers était revenu à Théophile Gautier. Pendant les semaines qui suivirent, il m'entretint de plusieurs projets de poëmes qu'il avait depuis longtemps conçus. Un jour que nous revenions ensemble de l'exposition posthume des œuvres d'ÏIenri Regnault, aux Beaux-Arts : «As-tu lu Beppo? » me dit-il. Et sur ma réponse affirmative :
« Je voudrais écrire un poëme parisien sur ce mode, quelque chose comme un JNamouna soigné, avec de vraies rimes, en strophes de six, régulières, que je publierais dans la Vie parisienne de Marcelin. Crois-tu que cela soit pratique? »
Il faut dire ici que Théophile Gautier a toujours été un admirateur passionné des écrivains de ce journal, dont le dandysme lui allait au cœur. Sous le voile de l'anonymat qui les dérobe, il se les re-
présentait comme autant de d'Orsay et de Brumiiitl, derniers chevaliers de l'élégance, du bon ton et des nobles amours, maniant la plume comme l'épée, du bout des gants. Il doutait très-sérieusement de voir sa prose acueillie par Marcelin et se jugeail indigne de collaborer à ce Moniteur de la fashion. 11 n'était pas jusqu'aux réclames de la dernière page qu'il ne trouvât admirables, écrites à miracle et faites pour être lues par les plus beaux yeux de duchesse. A tout le monde il demandait quel pouvait être l'auteur de ces poëmes de la mode, plus charmants cent fois que tous ceux des Parnassiens, et quand, le samedi soir, la Vie parisienne arrivait à Neuilly, il fallait laisser tout pour lui lire cette étonnante Petite Gazette.
« Sait-il assez son tatafouillon, l'animal! s'écriaitil. Comme c'est dit! Gomme c'est fait! Jamais je n'oserai proposer de copie à ce journal-là; on me flanquerait à la porte ! »
Et comme nous nous exclamions tous à cet accès de bizarre timidité : « Je ne pourrais les battre qu'envers! » terminait-il.
C'est peut-être de cette préoccupation, naïve si l'on veut, mais bien significative, que lui vint l'idée de ce poème à la façon de Beppo, dont il se plai-
sait à causer avec moi, lorsque nous nous promenions ensemble.
« On accuse ce temps-ci, nous clit-il un jour, de n'avoir pas de caractère propre et de s'inspirer de toutes les modes du passé; mais on oublie toujours que son originalité est d'être précisément le Ga*naval des autres temps. C'est l'âge de la parodie. Va dans un bal du grand monde et regarde les femmes : tu n'en verras pas deux habillées de même sorte et sur un même patron.
« Les unes s'inspirent du xvme siècle, les autres du xvi% celles-ci du Directoire et celles-là de l'Empire : la multiplicité des goûts qui préside à leurs ajustements fait du bal le plus sérieux le plus officiel même, un véritable bal costumé; je ne parle pas des hommes, bien entendu, qui ont tous l'air de hannetons trempés dans l'encre ; il semble, que, depuis la Révolution, le deuil soit de rigueur pour les Européens. Nos efforts sur ce point, en 1830, ont été vains, et l'habit noir a triomphé du Romantisme.
« Mais s'il y a uniforme pour nous, il n'yen a plus pour les femmes : elles ont secoué jusqu'au joug de la mode, et s'habillent selon leur beauté propre, en vue du milieu où elles doivent briller, et après
une étude approfondie devant le miroir, des avantages qui, en elles, doivent être mis en relief. I ne femme ae s'habille jamais pour elle-même, rarement pour son amant, mais toujours pour une rivale. Il en résulte que rien n'est plus charmant queceue variété de formes et de couleurs, et qu'à aucune époque le thème féminin n'a fourni aux artistes des variations aussi étincelantes et des développements aussi originaux.
« Ces! cela, coniinua-l-il, que je me propose de meure en œuvre dans le poëme dont je te parle. Nous verrons bien si, à l'heure qu'il est, il y a un peintre capable, avec son pinceau, d'exécuter une robe de Worth comme je le ferai en vers. Hein ! que dis-tu de cela, une robe en vers, une robe avec ses plis, ses finesses de tons, ses moelleux, ses éclairages et ses rellets sur la peau? Je crois que cela sera nouveau. Yois-tu cela dans la Vie parisienne?
— A moins, fis-je pour le taquiner, que Marcelin ne refuse le poëme.
- Je le porterai à la Revue des Deux-Mondes, s'écria-t-il, et Buloz en mourra! »
Quelques instants après, il reprit :
« Le plus difficile, c'est de trouver un vers propre à l'idée, ou, si tu veux, de faire ma palette. Je rêve quelque chose comme le vers de Musset rime par Banville, à la fois souple et ferme, et bien dans la main. Cela demande un long exercice par
exemple, et je crains d'avoir perdu le maniement.
— Le vers, dis-je, est une forme sensuelle de la pensée, et il n'y a pas à redouter que votre esprit s'en soit déshabitué. Il vous suffira d'en relire une dizaine pour en réveiller en vous la formule familière.
— En relire, ce n'est pas assez, il faut en faire.
Théophile Gautier resta longtemps encore épris de ce poëme, et il commença même à s'exercer avec moi à cette facture de l'alexandrin qu'il se figurait trop avoir désapprise. A la vérité, il y était resté d'une force merveilleuse. Aucune difficulté ne l'arrêtait, et les pièges prosodiques que je lui tendais ne servaient qu'à prouver sa maestria triomphante. Ce fut le temps des bouts-rimés, qu'il a toujours aimés singulièrement. jNous allâmes une fois jusqu'à lui proposer le problème effroyable d'un sonnet-bout-rimé-acrostiche, avec sujet imposé : en un quart d'heure, il fit une merveille. Malheureusement il en demeura à ces exercices préliminaires, et jamais depuis il ne parla du pauvre poëme pour la Vie parisienne.
Voici ce sonnet- acrostiche-bout-rimé, que les amis les plus intimes du poète liront ici pour la première fois.
! NTRETIENS. 99
E-n ces yeux fiers et noirs que la gràco — tempère S-ous un rideau de cils dérobant leur — secret, T-out un monde est caché, mystérieux, — coccret, E-t (jiie voudrait en vain deviner un — Ampère.
L'-amour présomptueux n'y pourrait lire : — espère. L-eur sérieux profond, inconnu de — Lancret, E-xprime clairement que nul ne les — vaincrait. G-rave-. dans l'idéal est leur poyjt de — repère.
A-ux rivages du Gange où sont les — éléphants, U-n rajah la voudrait attirer plein d' — astuce; T-agahor de Delhi qu'éventent des — enfants,
1-1 dit : Pour reine, ô belle, il faudrait que je — t'eusse, E-t c'est pour t'enrichir que partout nous — pillons R-ubis. perles, saphirs, roses et — papillons.
Pareil à ces peintres, praticiens consommés, qui, le soir en famille, à la clarté de la lampe, s'exercent encore et s'entretiennent la main par des dessins à la plume qu'ils déchirent et que l'on recueille. Théophile Gautier se plaisait à ces jeux de poésie, dans lesquels triomphait sa patte de grand versificateur. Il eut longtemps la passion des boutsrimés. J'en ai sauvé quelques-uns de la flamme de l'âtre, c\ je puis en offrir aux amateurs la curiosité littéraire. En voici une pièce dont les rimes lui avaient été proposées par son fils ; c'est encore un sonnet : le ton familier et plaisant qui y règne est le sen 1 mérite sans doute du tour de force, et je serais
désolé que l'éditeur des poésies de mon maître crût de son devoir de la reproduire sérieusement dans ses œuvres.
l'étudiant.
Je suis plus affamé qu'un marin — à la côte, Car le ciel m'a doué d'un ancêtre — brutal Plus enrhumé cent fois que — monsieur Du Cantal. Je dois à mon portiet et je dois à mon — hôte !
Mon papa se refuse à payer une — note Oui s'étend chaque jour sur le papier — fatal. Je vois qu'il me faudra rentrer au lieu — natal, A moins que mon budget plus ample ne se — vote.
Adieu donc à jamais les cancans, les — polkas !
Je ne puis seulement offrir une — volaille
A Margot, à Mimi, qui m'appellent — canaille !
Pour la moindre dépense il fait un tel — fracas, Qu'il ne me reste plus qu'à déployer ma — trousse Et conduire à l'autel une héritière — rousse!
Octobre 1861.
Les rimes du sonnet-bout-rimé suivant avaient été fournies par une amie : il est intitulé, sur sujet imposé :
l'anachorète .
L'anachorète cherche au désert une — grotte ; A s'y mortifier consiste son — plaisir. Il s'abreuve d'eau claire et ronge une — carotte, Et Satan tâ?he en vain d'allumer son — désir.
Mais sur nous la folio agite sa — marotte, Nous montrant un mirage impossible à — saisir; Au bruit de ses grelots chacun s'empi esse et — trotte, Croyant qu'il va trouver les trésors d'un — vizir.
Quand nous perdons la nôtre il a soin de son — âme. Et le ciel lui sourit si le monde le — blâme. Barbare envers lui-môme et saintement — cruel
Il sort victorieux de son âpre — duel.
Nous autres, nous tombons au bout de notre — course,
Sans un espoir au cœur, sans un sou dans la — bourse.
Parfois aussi il se divertissait à rimer des paroles sur un air qui lui avait plu et dont le rhythme lui semblait défier la poésie. C'est ainsi qu'il improvisa un soir les deux quatrains ci-dessous, pour être adaptés à une chanson espagnole que le musicien Laiïitte, son ami, venait déjouer sur le piano. Cette chanson s'appelle : No tocaran campanasl Elle est fort populaire en Espagne où Gautier l'avait entendue. Nous conseillons aux amateurs de la chanter sur les paroles suivantes : elle est d'un effet saisissant:
Ne sonnez pas la cloche,
Ma mort e.-t proche !
Pour payer le noir coche
Rien dans ma poche 1
A mon convoi nul proche !
J'ai creuse de ma pioche Ma fosse sous la roche.
Ne sonnez pas la cloche !!
Il traduisit un soir, sur la demande de ses enfants, un merveilleux lied de Schumann dont nous étions tous férus. La traduction est mot pour mot, et elle adhère si bien à la musique, que l'on croirait celle-ci faite sur les vers français et non sur le texte de Henri Heine.
De mes larmes brillante Jaillit une moisson de fleurs, Et dans mes soupirs chante Le rossignol en pleurs.
Si tu veux m'aimer, ma petite,
Je te donnerai ces fleurs, Et le rossignol ira vite
Te conter mes douleurs.
Il avait encore l'habitude galante et xvme siècle, d'accompagner de quelque envoi rimé les présents modestes qu'il adressait à ses amis. Cette attention en doublait le prix ; souvent même elle en était tout le prix, comme on peut voir dans ce madrigal charmant :
Vous recevrez pour votre fête, Si le chemin est diligent, Un globe de rondeur parfaite, Tout étamé de vif argent.
Dans sa sphère pure et brillante Le ciel reproduit ses couleurs.
ENTRETIENS. m
Votre villa blanche et riante S'y mirera parmi les fleurs.
Par malheur la courbe polie Iv- pens déforme les reflets, Mais vous -aurez rester jolie Où les autres deviennent laids.
L'envoi d'une lorgnette de théâtre, qu'on l'avait é d'acheter à Paris, était poétisé par seize vers ainsi improvisés entre deux feuilletons de critique théâtrale :
Je vous envoie une lorgnette Pour étrennes, ce jour de l'an.
Elle vous montrera plus nette La perspective de Saint-Jean.
Vous distinguerez mieux Salève, L'Arve froid, le Rhône orageux, Les tours et les toits de Genève Et là-bas le mont Blanc neigeux.
Lorsque vous reviendrez en France Bientôt elle vous servira Près de nous, j'en ai l'espérance, Pour voir Roland à l'Opéra,
Ou bien cette jeune merveille Qu'on nomme Adelina Patti, Chantant d'une âme qui s'éveille La Linda de Donizetli.
30 décembre 1S64.
>;ote
Pour épuiser la question des vers inédits de Théophile Gautier, je dirai ici que la publication posthume des œuvres complètes du maître, faite par M. Maurice Dreyfous, chez Charpentier, en 1876, renferme tout ce que l'on pouvait espérer d'en réunir. L'éditeur a poussé ses recherches aussi loin que ses scrupules : tout ce qu'il a pu retrouver d'authentique a été inséré sans contrôle, même les pièces officielles, que le poëte n'avait jamais de son vivant comprises dans son œuvre. On peut se demander toutefois pourquoi, puisqu'il ne se reconnaissait point le droit de faire un choix entre ces essais de valeur diverse et d'éliminer ces malencontreuses pièces de commande, pourquoi, dis-je, il n'a pas donné place, dans l'édition définitive, aux pièces libres de l'auteur et à ses célèbres facéties rabelaisiennes et même pironniennes. La logique en faisait un devoir à son respect, ce me semble. Dans la plaquette imprimée à Bruxelles et qui est intitulée : Poésies de Théophile Gautier qui ne figureront pas dans ses œuvres complètes, il y a deux sortes de compositions : les vers politiques et... les autres. Il fallait tout y prendre ou tout y laisser; mais dans le choix arbitraire de l'éditeur, sa responsabilité seule reste engagée et non pas celle de la famille, dont une partie du moins se récuse. Une seule pièce était à recueillir dans cette plaquette et valait qu'on hasardât de la publier, car elle est le chef-d'œuvre du maître et l'un des plus beaux morceaux de la langue française.
Avant de mettre ce chef-d'œuvre sous les yeux du lecteur, j'en prends occasion de constater qu'il a été le point de départ des relations littéraires du maître avec M. Paul de Saint-Victor et l'origine de leur amitié réciproque. J'ai retrouvé dans les papiers de Neuilly une lettre fort belle et fort curieuse, qui fixe la date de cette liaison littéraire, et je ne résiste pas au plaisir de lui donner place dans ce livre écrit à la gloire d'un maître commun.
(( Monsieur,
« Je vous suis infiniment reconnaissant de votre bon souvenir... J'ai devancé votre conseil, et j'ai été avant-hier chez M. Gautier chercher ses vers qu'il a eu la bonté de me copier lui-même. L'Étude de mains m'a ravi, mais le Musée secret m'a ébloui. C'est pour moi le Régent de son écrin. Comme science de contour et illusion de couleur, ces vers sont peut-être sans précédents dans la langue. Il a raison de les appeler une transposition d'art. La strophe n'est pas écrite, elle est pétrie dans la pâte et dans l'huile du Titien et du Corrége. A sa place je les publierais hardiment. Un tel pinceau transfigure tout ce qu'il touche. Il diviniserait la croupe de la Vénus Callypige. Quelle draperie vaudrait cette pureté enflammée de lumière et de couleur dont il revêt ses nudités de marbre? Le Musée
secret est le dernier mot de la beauté plastique. M. Gautier est entré maintenant dans la manière souverainement pleine et calme des dernières
années de Goethe. Il ne lui manque que le divan de loisir et de contemplation du grand pacha de TVeimar. Sur des vers pareils à ceux-ci, un duc italien du xvie siècle lui aurait donné cent mille ducats et un sérail pour atelier, et le roi d'Espagne lui aurait envoyé la Toison d'or.
« C'est à vous, Monsieur, que je dois d'avoir pu connaître un homme que je respecte et que j'aime comme mon maître et mon initiateur. Croyez à toute ma reconnaissance et à celle que m'inspire la bienveillante sympathie dont vous m'avez donné de si cordiales preuves.
h Recevez l'assurance de ma considération la plus distinguée.
« Paul de Saint-Victor. »
Paris, 31 janvie:-.