CADIX
Maisons très hautes, avec des tours pour voir en mer, tour carrée avec des petites coupoles dans un coin d'une blancheur éclatante, rayée de lignes de cinabre pour marquer les étages et les séparations architecturales, miradors très gaillards ornés de rideaux.
La description de Cadix dans le Voyage amplifie ces notes et insiste sur la couleur blanche des maisons; la blancheur de Cadix est célèbre, et je n’en finirais pas si je citais tous les voyageurs qui l’ont admirée (1).
La tour dont parle Gautier est la Torre de Vigia, qui a kx mètres au-dessus de la mer.
Vu des matelots chinois.
Dans le Voyage, quand il décrit le port de Cadix, il ne fait plus allusion à ces matelots que pour dire que l’on trouve sur ces quais toutes les couleurs des espèces humaines:
Place de taureaux de novillo petite, mais dans : un jardin rempli de palmiers gigantesques.
Les courses de novillos sont celles où paraissent de jeunes taureaux que l’on ne met pas à mort. | |
L’abondance des palmiers dans la région de re) a TRE les voyageurs; «rien n’est plus noble, plus royal qu’un palmier », dit Gautier, et cependant à Gibraltar il ajoutera : « la végélation du Nord si différente de ces découpures de tôle vernie qu ‘on Jail passer pour du feuillage dans les pays méridionaux ».
Promenades sur le bord de la mer, remparts énor-
(1) Cf. Fra Swinburne, Custine, Borrow, Laborde, FRrÉoRnES de -Amicis, etc. " |
mes avec des guérites espacées, orage qui a ravagé des quartiers de maçonnerie.
Ces notes correspondent dans le Voyage à deux belles pages de description; les murailles de Cadix ont un développement de 4500 mètres, elles ont 5 m. 80 de largeur à la base.
Vert bleu très dur.
Notation très exacte; la baie de Cadix est d’un bleu particulier qui étonne surtout si l’on songe que l'océan est là, très puissant et agité; Byron parlera du contraste entre ce bleu et le blanc des maisons; par contre, un autre voyageur moins poète mais tout aussi bon observateur pourtant, Monselet, écrira un jour :
« Je pourrais bien, sans être trop sévère, Sur ce bleu-là chicaner aujourd'hui (1). »
Mouvement de voiles, ciel plus beau qu'ailleurs.
Cette note n’est pas prise le même jour que la précédente, car il fait cette réflexion dans le Voyage, lorsqu'il revient de sa promenade en mer sur le Volligeur.
Pots et volutes sur les maisons, aspect de la mer très beau.
Il développe ceci dans le Voyage : « Les pots de fleurs, les volutes et les tourelles qui terminent les maisons varient à l'infini la dentelure. »
Dôme jaune, cathédrale fin XVIe s. Longues colonnes corinthiennes. Petit martyr de 7 ans peint et sculpté.
Il faut revenir à la page 395 du Voyage pour trouver la des. cription de la cathédrale; c’est de l’ancienne qu’il veut parler en la datant ainsi, car Cadix a deux cathédrales : la plus vieille, très vieille, Santa Maria de las Aguas, n’a de remarquable que son rétable: la seconde date de la première moitié du
(1) Monselet, De Montmartre à Séville, p. 287. 2
. LE CARNET DE ROUTE Lu
XVII siècle, mais c’est celle-là qui a les colonnes corinthiennes; Gautier a confondu les deux.
Femmes plus grasses et d'un type spécial, nez aquilin, pommettes peu saillantes, œil long et légèrement bridé.
Il les déclare fort belles dans le Voyage; tous les voyageurs déjà cités s'accordent sur la beauté des Gaditanes, ainsi Byron au [° chant de Childe- Harold.
Puerto Santa Maria.
IL y passe pour aller à Jerez; il s’y arrête deux fois, à l'aller et au retour.
Marché nocturne aux lumières, très pittoresque; femmes comme des mulâtresses.
La description de ce marché est une des pages les plus réussies du livre; cette femme « aux yeux de jais dans un ovale de bistre » lui est restée dans la mémoire.
Caméléons, couffins.
L'histoire de ces caméléons, qu'il achète à Puerto et porte jusqu'à Port-Vendres où ils meurent, est pleine de cocasserie et de fantaisie.
Puis voici les détails sur la course de toros :
Course bouffonne. Barco de vapeur monté par des ânes. Matador ridicule, souquenille déchirée, renversé à chaque instant. Picador en Turc qui se mouche au coin de son turban. Taureau tué par un artifice caché dans la vasa; cheval, picador, taureau, renversés par la détonation,;, media luna horrible; la bête rampe sur ses pattes comme Hyacinte des Variétés, quand il fait la naine.
Ces courses grotesques existent encore dans quelques endroits d'Espagne et même dans notre Sud-Ouest français à l’occasion des courses landaises où tout est tourné en ridicule.
La course de Santa-Maria est décrite dans le Voyage aux
pages 4o4 et 405; le grotesque attelage monté par des ânes sur lequel le taureau se jette pour renverser les pauvres bêtes paraît très drôle à Théo.
L’artifice est un bloc de poudre que l’on cache dans la lance et qui éclate au moment où il touche le taureau; la media luna est un instrument tranchant avec lequel on coupait les jarrets du taureau, cette coutume barbare a été interdite depuis. |
Entre ces deux arrêts à Puerto, Gautier alla une première fois à Jeres.
JERES
Jeres de la Frontera est à trois quarts de lieue du Rio Guadalete et à deux lieues de l'Océan.
Chemin d’une aridité absolue.
Jean-François Bourgoing emploie le mot « aride ».
Bodegas.
Ce sont les caves à vins célèbres.
Bu 25 espèces de vin.
Il nous dit dans le Voyage, en racontant aimablement cet intermède, qu’il marchaït droit cependant; Alex. de Laborde raconte qu'on exportait 50.000 quintaux de vin par an; voici d’ailleurs, à titre de curiosité el pour expliquer l'abondance de vins bus par Gautier, les exportations de Jerez de 1837 à 1840, c'est-à-dire à l’époque du passage de Gautier, en « botas de 50 arrobas » : He
LEE Le APN NARRN AN Es LR LE DODGE ANA EAT OO 1830 Haies nes er 1SHO FE AN rer Oo
Je suppose que ce n’est pas Gautier qui a bu la différence entre 1839 et 18/0. :
Il retourne, de Cadix, une seconde fois à Jerez pour une course de taureaux qu'il décrit dans le Voyage, pages 403-404.
Place de taureaux immense très belle, nègre tué, beaucoup de costumes, châles rouges sur la tête, petit nom de Montes : Paquito.
L'incident du nègre tué est raconté avec beaucoup d'émotion dans le Voyage; nous voyons, comme je l'ai déjà dit, que ces notes ne parlent pas du singe qui avait l’air de pleurer son pauvre compagnon. La plaza de taureaux de Jerez, très grande, était justement célèbre par les belles courses que la ville très riche y donnait. Montes est le célèbre torero dont il a parlé plus longuement à Malaga; il ne dit rien de la ville de Jerez, qui possède pourtant de beaux monuments arabes.
Revenu à la voile.
Il parle ici de son retour de Jerez à Cadix.
Dîner à bord du « Voltigeur », temps affreux, la barque pleine d'eau, mouillé jusqu'aux os, resté 48 heures; très bon; propreté merveilleuse, recurage; matelots en pénitence dans les haubans; revenu dans un canot à 10 rameurs.
Le Volligeur était un brik français au commandant duquel Gautier avait été recommandé; l’histoire pittoresque de cette visite occupe dans le Voyage trois pages pleines de vie auxquelles je n’ai rien à ajouter.
Puis voici le départ de Cadix.
Le retour par mer; parti sur l'Océan vapeur français, pas de mal de mer.
Il resta très fier de n’avoir pas eu le mal de mer, et nous trouverons plus tard dans Pochades el Paradoxes :
« Les Anglais de Gibraltar n’ont pas eu la satisfaction de voir un jeune Parisien prendre un teint de citron qui a fait des excès au roulis d’un steamer britannique. »
Aperçu les côtes d'Afrique; le cap Spartel près de
Tanger, vue très belle; thons qui sautent; goëlands; grande montagne sur la côte d'Afrique, encapuchonnée de nuages.
L'histoire de ce voyage tient 4 pages dans la rédaction définitive. Les détails sur le mal de mer sont très amusants : tout le monde était malade, même les perroquets, sauf Gautier; on va maintenant en quelques heures de Cadix à Gibraltar; le cap Spartel est celui près duquel la flotte française et l’escadre espagnole furent anéanties le 21 octobre 1805.