ACTEURS
Julian Romea, Florencio Bombha, Matilde Diez femme à Romea, premiers rôles.
Feodora Lamadrid, Antonio Guzman, (Gracioso) Elias Noven (père noble).
Les journaux madrilènes de l’époque, Mesonero dans ses Escenas Matrilenses, parlent surtout de Matilde Diez.
Les pages 12, 13, 16, 26, 27, 28, 29, 31 et 32 ont été expliquées par René Jasinsky dans España.
Page 31 et 32, des notes de grammaire espagnole — surtout des temps dé verbes. |
Nous en avons fini avec le carnet.
(1) Jorge Borrow, La Bible en Espagne.
CF. p. 96. — VécéraTIoN-EN ANpALOUSIE
CF. p. 103. — LES REMPARTS DE LA MOSQUÉE DE CORDOUE
CF. p. 107. — CALLE DE LAS SIERPES, A SÉVILLE, OÙ HABITA GAUTIER
CE. p. 139. — Les RUINES DU CHATEAU DE LA CAVA
QUATRIÉME PARTIE L'histoire
I. Les légendes. — II. Les Mores. — HI. Les Romains, les Juifs, les Rois catholiques.
Gautier n’a point écrit un voyage historique. A-t-il étudié l'histoire d'Espagne? À aucun moment il ne fait œuvre de savant. Mais gardons-nous de l’impression née de la première lecture. Nous nous tromperions si nous pensions qu’il parle de ce qu'il ne connaît pas.
On doit relire Gautier après l’avoir lu. Il faut comparer ce qu'il dit avec les documents qui se rapportent aux faits qu’il signale. On est alors étonné de la véracité de ses affirmations. Mais sa science n’est pas pédantesque. Il s’en sert en se jouant. Il ne se targue pas d’avoir appris. il traite ses sources avec indifférence, voire avec irrespect, car il ne les signale presque jamais.
Gautier n’a pas fait un voyage critique, mais une promenade artistique, ce qui ne veut pas dire qu’il ne se soit pas documenté.
Disons un mot des sources auxquelles il paraît avoir puisé.
IL a certainement pris connaissance, dans la Revue des Deux
Mondes, des études sur l'Espagne qui ont précédé son voyage
de 1840 : celles de Blaze de Bury de mars 1837, de Charles
Didier en 1835 et 1836; de Fouriel en 1839; et surtout celles de Fontaney parues en 1832-1833-1834-1835. Nous avons noté et noterons des réminiscences au passage. |
Mais c’est surtout en Espagne et chez les Espagnols qu’il se documentera.
A-t-il lu dans le texte les auteurs dont il se sert? C’est un peu douteux : sans doute il connaissait le castillan mieux qu’il ne voulait l'avouer, mais sa lecture n’était pas assez sûre pour lui éviter les erreurs. Il est probable qu’il se fit traduire certains passages des livres dont il avait besoin. Il avait des amis en Espagne : Mesonero, qui sera plus tard assez sévère pour lui, le reçut à Madrid; est-ce lui qui le renseigna et lui servit de traducteur ? il est permis de le croire.
Il eut aussi quelque rapport avec Eugenio de Ochoa (1).
À Burgos, il fit la connaissance de Don Enrique (2) de Vedia, dont il loue l’obligeance.
À Grenade, où il demeura longtemps, des amis purent l’aider. |
Ce qui n’est pas douteux, c’est qu’il s’est servi de livres espagnols pour l’étude des légendes et de l’histoire. Deux d’entre eux sont cités par lui, non dans le Voyage, mais dans le carnet de route à la page 23 (c’est à propos de la Mosquée de Cordoue) : Antoine de Morales et notre vieux guide que nous retrouverons souvent, Antonio Ponz; or les références que donne Théo sont tracées d’une encre beaucoup plus pâle et avec une écriture plus petite; c’est une preuve qu'il s’est renseigné après la visite de la Mosquée, mais sur place néanmoins.
Il à certainement connu l'existence du livre de Lucio Marineo Siculos : De las cosas memorabiles de España, imprimé à Madrid en 1533. Lorsqu'il parle du martyre de Santa Casilda ou de la construction, à Tolède, d’édifices par Brute, consul romain, il paraît en avoir pris la donnée chez Siculos, livre IV, folio xzr, ou livre I, folio xur.
Tout porte à croire qu'il a lu aussi l’Histoire des Arabes de José Conde; la version française avait paru à Paris chez
(1) Gautier avait lu le Tesoro del teatro español. (2) Gautier écrit : Enrico.
Aymeri, en 1826, quelques années avant le voyage de Gautier, à une époque où l'Espagne More était à la mode chez les poètes romantiques, toutes raisons pour que Gautier l’ait lue, car ce n’est pas au hasard qu'il parlera de l’histoire arabe.
Source principale : Gristobal Lozano
Mais le livre auquel il a fait les plus larges emprunts c’est l’Historia de los reyes nuevos de Toledo, de Cristobal Lozano.
IL faut signaler l’importance de cette source où a puisé Gautier. C’est un point capital qui nous éclaire sur la façon dont travaillait notre voyageur. Il ne nomme jamais cette source, c’est le hasard seul qui me l’a fait trouver. Je lisais le livre de Cristobal Lozano: or, en parcourant cerlains passages, j'avais l'impression d’un texte déjà rencontré; soudain la lumière se fit. En prenant le Voyage de Gautier (celui de 1840), je ne mis pas longtemps à m'’apercevoir que notre voyageur avait puisé sans vergogne dans l’auteur espagnol.
Aucune pudeur ne l’a retenu. Si, une fois, négligemment, il parle du vieil auteur dont il extrait certains détails, il ne lui fait pas l'honneur de le nommer.
Il l’a plagié avec tant de cynique et innocente tranquillité que, si la vérité nous oblige à signaler le fait, nous n’avons pas le courage de lui en vouloir.
Nous avons sous les yeux l'édition de Los Reyes Nuevos de Toledo imprimée à Barcelone en 1744. Nous livrons avec un peu de regret aux lecteurs les passages copiés presque entièrement par Gautier.
Dans le Voyage, page 6r, nous trouvons :
« Les uns attribuent l'honneur d’avoir posé la première pierre à « Tubal, les autres aux Grecs, ceux-ci à Telmon et Brutus consuls « romains. Ceux-là aux Juifs qui entrèrent en Espagne avec Nabu- « chodonosor, s'appuyant sur l’étymologie de Tolède qui vient de « Toledoth, mot hébreu signifiant générations parce que les douze « tribus avaient contribué à la bâtir et à la peupler. »
Voici le texte espagnol :
« Unos quieren que Tubal pusiese la primera piedra, y se llamase su Rey, otros que Telmon y Bruto consules romanos, otros que los
Hebreos que pasaron d España con Nabuco… colijolo de la etimologia de su nombre Toledo, que en su idioma es palabra hebrea.…. llamdndola
Toledoth (que en su idioma quiere decir generaciones) por cuanto concurrieron à su poblaciôn 6 reedificaciôn de todas las generaciones de las diez tribus de Israel (x). »
Et voici la traduction :
« Quelques-uns croient que Tubal posa la première pierre ei s’en appela le roi; d’autres que ce furent les Grecs; d’autres, que ce furent Telmon et Brutus, consuls romains ; d’autres, que ce sont les Hébreux qui passèrent en Espagne avec Nabuchodonosor. Je le déduis de l’étymologie de son nom Toledo qui est un mot hébreu, car ils la nommèrent Toledoth (ce qui dans leur idiome veut dire générations) parce que des gens de toutes les générations des dix tribus d'Israël ont concouru à sa fondation ou à sa réédification. »
Autre exemple dans lequel il y a un demi-aveu :
« Notable félicité! blason illustre des Tolédans! le plus excellent « trophée de leurs gloires! » s’écrie dans une effusion lyrique l’auteur dont nous extrayons ces délails (2). »
Texte espagnol :
«/Felicidad notable! ; Blasôn ilustre de los Toledanos ! ; Trofeo el mds excelente de sus glorias! »
Mais il n’avoue pas la phrase précédente :
« Elpidius éleva à l'endroit marqué une église qu’il mit sous l’in- « vocation et le titre de Sainte-Marie, pendant que cette Dame divine « vivait encore à Jérusalem. »
Texte espagnol :
«San Elpidio pues segundo arzobispo de Toledo edifica la primera iglesia loledana en la parte que señal6 su dueño con advocaciôn y titulo de Santa Maria aun viviendo esta Divina Señora (3). »
Traduction :
. &« Saint Elpidius, alors second archevêque de Tolède, posa la pre- « mière pierre de l'église tolédane dans l'endroit indiqué par son pro- « priétaire, sous l'invocation et le titre de Sainte-Marie, du vivant « même de cette Divine Dame. »
(1) Cristobal Lozano, Los Reyes Nuevos de Toledo, p. 2. (2) Gautier, Voyage, p. 173.
: (3) Cristobal Lozano, ibid., p.45.
Ni celle-ci :
« L'église subsista telle quelle, jusqu’à saint Eugène, évêque 6° de « Tolède, qui l’agrandit et l’embellit autant que lui permirent ses « moyens, sous le titre de Notre-Dame de l’Assomption qu’elle con- « serve encore aujourd'hui (1). »
« Dur esta iglesia ast hasta que San Eugenio primero de este nombre y sexto arzobispo de Toledo... la ampli y perficiond lo que bastaron sus fuerzas con litulo ya de la Asunciôn de Maria que dura hasta hoy. »
Comparons la traduction :
« Cette église resta ainsi jusqu'au moment où saint Eugène I‘ du nom et sixième archevêque de Tolède l’agrandit et la perfectionna selon ses moyens sous le titre, déjà, de Notre Dame de l’Assomption qui subsiste jusqu’aujourd’hui. »
IF serait fastidieux de tout citer. Le mot à mot est presque continu. Je dois cependant donner encore quelques exemples pour l’édification du lecteur :
« Tolède avait alors pour archevêque Marinus, homme docte, let- « tré, jouissant de la familiarité de l’empereur; cette circonstance lui «aïssa toute liberté d’agir, et il n’épargna rien pour bâtir un temple « remarquable, de grande et somptueuse architecture. »
Voici le texte de Cristobal Lozano :
« Era, en aquella sazôn, arzobispo de esta ciudad Marino, varôn señalado en letras y muy familiar del Emperador. Con esto. tuvo harta mano para hacer y fabricar un templo famoso de grande y suntuosa arquilectura, etc. (2) »
« À cette époque, Marino, homme très lettré et grandement fami-
lier de l’empereur, était archevêque de Tolède. Grâce à ce titre il put construire un temple fameux et de somptueuse architecture. » :
Lorsqu'il parle de la Cueva de Hercules, nous trouvons encore :
« La grotte d'Hercule est un souterrain qui s'étend, dit-on, à trois « lieues-hors des murs et dont la porte fermée et cadenassée soigneu-
(1) Quant à la Vierge de la Almudena, elle aurait été placée dans le primitif sanctuaire de Tolède par San lago en 37 ap. Jésus-Christ, selon le ms. 184 du fonds espagnol de la Bibl. Nat., p. 8.
(2) Gautier, Voyage, p.175; Cristobal Lozano, p.46,
« sement se trouve dans l’église de San Gines sur le point le plus « élevé de la ville (1). »
Espagnol :
« Yace esta cueva y principio de ella en la iglesia Parroquial de San Gines, casi en los mas alto de la ciudad (2).»
« Cette grotte est placée et commence dans l’église paroissiale de « Saint-Genest, presqué dans la partie la plus haute de la ville. »
Plus loin :
« À cette place s'élevait autrefois un palais fondé par Tubal. Her- « cule le restaura, l’agrandit, y établit son laboratoire et son école de « magie (3). »
« Tubal la did principio y Hercules famoso la reedificô y amplid sir- « viéndose de ella como de Real palacio leyendo alli la Arte Magica (4).»
« Tubal la commença, et le grand Hercule la réédifia et l’agrandit, en faisant son palais royal, et y enseignant l’art magique. » :
Ces exemples sont concluants. Gautier ne soutenant pas une thèse de doctorat ès lettres, ne soyons pas trop sévère pour son élégant sans-gêne. S'il nous fallait passer au crible de la critique tous les chefs-d’œuvre, nous aurions sans doute bien des étonnements.