‹ Théophile Gautier et l'EspagneChapitre 64 sur 79 · L'ORFÈVRERIE · texte numérisé non relu

L'ORFÈVRERIE

Ne quittons pas ce chapitre de la sculpture d’ornementation sans dire un mot de l’orfèvrerie, à laquelle Gautier consacre quelques rares lignes.

Nous avons vu qu'à Tolède il admira la Porte de bronze dite des Lions; les plaques en avaient été fondues par les ouvriers Villalplando et Ruiz Diaz del Corral en 1560; leurs armes figurent sur les bronzes.

A Tolède aussi, Gautier s’extasie sur la richesse du trésor; robes de la Vierge, parures, couronnes, ciboires (3). El libro de gastos de la cathédrale de Tolède, cité par Charles Davilliers, nous donne à ce sujet des précisions qui font comprendre l’émerveillement de Gautier devant tant de richesses; entre autres la couronne d'or, estimée à 60.000 douros, œuvre d’Alex. de Montoya. Les perles qui garnissent la robe dont parle Gautier avaient été achetées en partie par le chapitre de Tolède à Diego Ruiz, etc.

L’orfèvrerie était d’ailleurs un art très goûté en Espagne, grâce à l'abondance des métaux précieux gisant dans le sol de la péninsule et à la tradition héritée des Goths et des Arabes.

Le métier arabe ne s’est point perdu, et l’on travaille encore en Andalousie les métaux précieux dans le goût des « joyas moriscas » que vantait en 1567 Francisco Nuñez Muley (4).

L’Espagnol, ne trouvant rien d’assez beau pour garnir ses

(1) Quand on voyage.

(2) Voyage, p. 134.

(3) Voyage, p. 184.

(4) Cf. Charles Davilliers, L’orfèvrerie en Espagne.

temples, se plaisait à travailler, pour les enrichir, l'or et l’argent.

Le moyen âge porta très haut cet art qui ne fit que se perfectionner avec la Renaissance, donnant ainsi son nom de « plateresque » à toute une école, ce que Gautier n’ignore point. Pas plus qu’il n’ignore le nom du plus grand orfèvre de la péninsule : Juan de Arfe, qu’il cite à propos des splendeurs de la cathédrale de Séville.

Juan de Arfe, nous dit Cean-Bermudez, gagna le concours qui avait été institué en 1580 pour ciseler un ostensoir qu’admira Gautier. D’autres très belles œuvres de Juan de Arfe existent dans la cathédrale de Valence, mais Gautier ne paraît pas les avoir vues. Ce qu’il admira aussi en Espagne, ce sont les superbes grilles qui ferment les chœurs et les chapelles des cathédrales. À Séville, à Tolède, à Burgos « des grilles de fer repoussé d’un travail inconcevable ». Celle de la chapelle du connétable, que notre voyageur paraît avoir trouvée fort belle, est de Cristobal Audino.

Page 1