‹ ThéophileChapitre 2 sur 48 · LE MATIN · texte numérisé non relu

LE MATIN

ODE

L'aurore sur le front du jour Sème l'azur, l'or et l'ivoire, Et le soleil, lassé de boire, Conimeuce son obliciuo tour.

Ses chevaux, au sortir de l'onde, De flamme et de clarté couverts, La bouche et les naseaux ouverts.

Ronflent la luniiôrc du monde.

La lune fuit devant nos yeux ; La nuit a retiré ses voiles ; Peu à peu le front des étoiles S'unit à la couleur des cieux.

Déjà la diligente avette * (1) Boit la marjolaine et le thym, Et revient riche du butin Qu'elle a pris sur le mont Hymette.

Je vois le généreux lion Qui sort de sa demeure creuse, Hérissant sa perruque affreuse, Oui fait fuir Endymion.

Sa dame, entrant dans les bocages, Compte les sangliers * qu'elle a pris Ou dévale chez les esprits Errant aux sombres marécages .

Je vois les agneaux bondissants Sur ces blés qui ne font que naître ; Cloris, chantant, les mène paître Parmi ces coteaux verdissants.

Les oiseaux, d'un joyeux ramage,

(i) Pour les mots marqués d'un *, voir le Lexique, IV de V Appendice.

ODES ET STANCRS 23

Kii cliantanl semblent adorer La lumii'iT qui vient dorer Leur cabinet et leur plnniaiçc.

I^a charrue écorehe la plaine; Le bouvier, ([ui suit les sillons, Presse de voix et d'aii>iiillons Le couple de bœuis qui renlraînc.

Alix apprête son fuseau ; Sa mère, qui lui fait la t;\che, Presse le chanvre qu'elle attache A sa cpienouille de roseau.

Une confuse violence Trouble le calme de la nuit, Et la lumière, avec le bruit.

Dissipe l'ombre et le silence.

Alidor cherche à son réveil L'ombre d'Iris qu'il a baisée.

Et pleure en son âme abusée La fuite d'un si doux sommeil.

Les bêtes sont dans leur lanière, Oui tremblent de voir le soleil.

L'homme, remis par le sommeil, Reprend son œuvre coulumière.

24 ■ TIIKOI'IIILE

Le forgeron est au fourneau ; Oy* comme le charbon s'allume !

Le fer rouge, dessus l'enclume.

Etincelle sous le marteau.

Cette chandelle semble morte, Le jour la fait évanouir ; Le soleil vient nous éblouir :

Vois qu'il passe au travers la porte !

Il est jour : levons-nous, Philis ; Allons à notre jardinage.

Voir s'il est, comme ton visage, Semé de roses et de lys.

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