‹ ThéophileChapitre 3 sur 48 · LA SOLITUDE · texte numérisé non relu

LA SOLITUDE

Dans ce val solitaire et sombre, Le cerf, qui brame au bruit de l'eau, Penchant ses yeux dans un ruisseau, S'amuse à regaraer son omlire.

De cette source une Naiade Tous les soirs ouvre le portai * .

ODKS ET STANf.KS

I)o sa demeure de eristal, El nous ehanle une sérénade.

Les nymphes que la chasse attire A l'onibratïe de ces forêts Chcrcheni les cabinets secrets.

Loin de l'embûche du satyre.

Jadiji au pied de ce ij;rand chêne, Presque aussi vieux que le soleil, liacchus, l'Amour et le Sommeil.

Firent la fosse de Silène.

Un froid et ténébreux silence Dort à l'ombre de ces ormeaux.

Et les vents battent les rameaux D'une amoureuse violence.

L'esprit plus retenu s'engage Au plaisir de ce doux séjour, Où Philomène nuit et jour Renouvelle un pileux langage.

L'orfraie * et le hibou s'y [)erche ; Ici vivent les loups-garous ; Jamais la justice en courroux Ici de criminels ne cherche.

aG THÉOPHILE

Ici l'amour fait ses études ; Venus y dresse des autels ; Et les visites des mortels Ne troublent point ces solitudes .

Cette forêt n'est point profane; Ce ne fut point sans la fâcher Ou' Amour y vint jadis cacher Le berger qu'en seignoit Diane.

Amour pouvoit par innocence, Comme enfant, tendre ici des rets, Et comme reine des forêts Diane avoit cette licence.

Cupidon, d'une douce flamme Ouvrant la nuit de ce vallon, Mit devant les yeux d'Apollon Le garçon qu'il avoit dans l'àme.

A l'ombrage de ce bois sombre Hyacinthe se retira, Et depuis le soleil jura Qu'il seroit ennemi de l'ombre.

Tout auprès le jaloux Borée, Pressé d'un amoureux tourment, Fiit la mort de ce jeune amant, Encore par lui soupirée.

Sainte forêt, ma confidente, Je jure par le Dieu du jour Que je n'aurai jamais anioiu- Oui ne te soit toute évidente.

Mon ange ira par cet ombrage ; Le soleil, le voyant venir, Ressentira du souvenir L'accès de sa première rage.

Corine, je te prie, approche ; Couchons-uous sur ce tapis vert, Et pour être mieux à couvert, Entrons au creux de cette roche.

Ouvre tes yeux, je te supplie :

Mille amours logent là dedans, Et de leurs petits traits ardents Ta prunelle est toute remplie.

Amour de tes regards soupire.

Et, ton esclave devenu, Se voit lui-même retenu Dans les liens de son empire.

0 beauté sans doute immortelle, Où les Dieux trouvent des appas !

Par vos yeux je ne croyois pas Que vous fussiez du tout si belle.

Oui voudroit faire une peinture Qui peut ses traits représenter.

Il faudroit bien mieux inventer Que ne fera jamais nature.

Tout un siècle les destinées Travaillèrent après ses yeux, Et je crois que pour faire mieux Le temps n'a point assez d'années.

D'une fierté pleine d'amorce, Ce beau visage a des regards Qui jettent des feux et des dards Dont les Dieux aimeroient la force.

Que ton teint est de bonne grâce !

Qu'il est blanc, et qu'il est vermeil ! Il est plus net que le soleil.

Et plus uni que de la glace.

Mon Dieu ! que tes cheveux me plaisent ! Ils s'ébattent dessus ton front, Et les voyant beaux comme ils sont, Je suis jaloux quand ils te baisent. ;

Belle bouche d'ambre et de rose, JTon entretien est déplaisant Si tu ne dis, en me baisant.

Qu'aimer est une belle chose.

ODES ET STAM.rS

D'un air plein tranioureu.se llaniine, Aux accents île la douce voix, Je vois les fleuves et les bois ^ iilirascr coiuine a l'ail mon àine.

Si tu mouilles les doigls d'ivoire Dans le cristal de ce ruisseau, Le Dieu qui loge dans cette eau Aimera, s'il en ose boire.

Pn'sente-lui la face nue, Tes yeux avec(]ue l'eau riront.

Et dans ce miroir écriront Que Vénus est ici venue.

Si bien elle y sera dépeinte Que les Faunes s'enflammeront, Et de tes yeux, qu'ils aimeront, Ne sauront découvrir la feinte.

Entends ce Dieu qui te convie A passer dans son élément ; Oy * qu'il soupire bellement Sa liberté déjà ravie.

Trouble-lui cette fantaisie.

Détourne-toi de ce miroir, Tu le mettras au dé.sespoir, El m'iMoras la jalousie.

3o THÉOPHILE

Vois-lu ce tronc et cette pierre?

Je crois qu'ils prennent garde; à nous, Et mon amour devient jaloux De ce myrthe et de ce lierre.

Sus, ma Corine ! que je cueille Tes baisers du matin au soir !

Vois comment, pour nous l'aire asseoir, Ce myrte a laissé choir sa feuille !

Oy * le pinson et la linotte, Sur la branche de ce rosier ; Vois branler leur petit gosier !

Oy * comme ils ont changé de note !

Approche, approche, ma Dryade !

Ici murmureront les eaux ; Ici les amoureux oiseaux Chanteront une sérénade.

Prète-moi ton sein pour y boire Des odeurs qui m'embaumeront ; Ainsi mes sens se pâmeront Dans les lacs de tes bras d'ivoire.

Je baignerai mes mains folâtres Dans les ondes de tes cheveux, Et ta beauté prendra les vœux De mes œillades idolâtres.

ODES ET STANCES '^l

Ni' <Taiiis rioii, ('.iipidon nous f^ardc. Mon petit autfc, cs-lu pas mica?

Ha! j»' vois que lu m'aimes bien :

Tu rouîi^is ipiancl je U". rci^arde.

Dieu ! »pie cotte Faron timide Est puissante sur mes esprits !

Renaud ne fut pas mieux épris Par les charmes de son Armide.

Ma Gorine, ijue je t'embrasse!

Personne ne nous voit tju'Amour ; Vois (jue même les yeux du jour Ne trouvent point ici de place.

Les vents, ([ui ne se peuvent taire, Ne peuvent écouter aussi.

Et ce que nous ferons ici Leur est un inconnu mystère.

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