PYRAME
Ta bonne volonté n'est pas diminuée?
THISBÉ
Elle a crû davantage, on n'a fait que jeter. Du soufre dans la flamme afin de l'irriter : Je suis d'un naturel à qui la résistance Renforce le désir, l'espoir et la constance ; Je crois qu'on me verroit mourir autant de fois Qu'on me force d'ouïr ces importunes voix. Sinon que mon amour de plus en plus persiste, Et brûle davantage alors qu'on lui résiste ; Et je n'ai rien de cher comme une occasion De tout ce qui sauroit nourrir ma passion, Puisqu'au divin objet dont je suis amoureuse Le sort veut que je sois parfaitement heureuse, Que tu mérites bien l'inviolable foi Que jusques au tombeau je garderai pour toi.
PYKAME
Et moi si le tombeau laissoit encore aux âmes
PIÈCES DIVERSES I 85
Quelque petit rayon de leurs défuntes flammes, Je n'aurois autre feu (|ue toi dans les enfers, Kt dedans leurs prisons je n'aurois que tes fers : Mais ]iarini nos iliscours nous ne prenons pas jçarde (Juo ce doux entretien dont Amour nous retarde. S'il n'est bien ménage nous man(piera bientôt.
Tuisnii Ilolas ! ue pourrons-nous jamais dire qu'un mol'.'' Les oiseaux dans les bois ont toute la journée A chanter la fureur qu'Amour leur a donnée ; Les eaux et les zéphirs, <piand ils se font l'amour. Leur rire et leurs soupirs font durer nuit et jour.
l'YR.VME
11 le faut retirer de crainte qu'il n'arrive
One de ce peu de bien encore on ne nous prive.
TIIISDÉ
Dans une heure au plus tard je reviens donc ici.
PYUAME
Et moi je serai mort si je n'y viens aussi.