ACTE V Scène dernière
THiSBÉ, seule.
A peine ai-jc repris mou esprit et ma voix. Celle peur m'a fait perdre un voile que j 'a vois
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Et m'a fait demeurer assez longtemps cachée. Possible mon amant m'aura depuis cherchée. Il doit être arrivé, s'il n'a perdu le soin De me venir trouver, car le jour n'est pas loin. Je n'entends plus que l'eau que verse la fontaine ; Le silence profond me rend assez certaine Que je puis approcher la tombe, où cependant Mon Pyrame languit sans doute en m'attendant. La bête qui cherchoit l'eau de cette vallée, Ayant éteint sa soif, ores s'en est allée. Autrement j'entendrois qu'elle feroit du bruit. Et ses yeux brilleroient au travers de la nuit. O nuit, je me remets enfin sous ton ombrage. Pour avoir tant d'amour, j'ai bien peu de courage. Mais, ou mon œil s'abuse en un objet trompeur. Voici de quoi rentrer en ma première peur : Une subite horreur me prend à l'impourvue *, Et, si l'obscurité peut assurer ma vue. Un augure incertain mes soupçons ne dément. Certains pas dans les miens mêlés confusément. Cette place partout sanglante et si foulée, Montre qu'ici la bête a sa fureur soûlée. Dieux ! je vois par la terre un corps qui semble mort. Mais pourquoi m'effrayer? c'est Pyrame qui dort. Pour divertir l'ennui de son attente oisive Il repose aux doux bruit de cette source vive. Ce sera maintenant à lui de m'accuscr ! Mais ce lieu dur et froid mal propre à reposer,
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Que tléjà la rosée a rendu loul Inimitié, M'iiiilii^e i\ l'éveiller. Dieux ! i|ue je suis limido! J'ai sou conlentcinent el son repos si cher, Que rua voix seulement a peur de le fâcher; H ilorl si doucement qu'on ne sauroit à peine Discerner parmi l'air le bruit de son haleine : Mais d'un vient qu'inuiiobile et froid dessous ma main Il sendjie mort'.' Pyrame ! ô Dieux j'appelle en vain. Je ne respire plus, ce beau corps est de jçlace. Ili'Ias! je vois la mort peinte dessus sa face; D'une éternelle nuit sou bel œil est couvert, Je vois d'un larii^e coup son estomac ouvert. Ht' ! ne meurs pas si tût, ouvre un peu la paupière Respire encore un coup, je mourrai la prendère, Ne t'en va point sans moi, ne me fais point ce tort Tu ne me réponds rien, mon cœur? Tu n'esjpas mort? Les Dieux ne meurent point, la nature est trop sage Pour laisser ruiner son plus aimable ouvrage. Mais, ù faible discours, ù faux soulagement, La perte que je fais m'ôte le jugement : Pyrame ne vit plus, ha ! ce soupir l'emporte. Comment? il ne vit plus, et je ne suis pas morte? Pyrame, s'il te reste encore un peu de jour. Si ton esprit me garde encore un peu d'amour, Et si le vieux Caron touche de ma misère, Retarde tant soit peu sa barque à ma prière. Attends-moi, je te prie, et qu'un même trépas. Achève nos destins ; je m'en vais de ce pas.
Mais tu ne m'attends point, et si peu que je vive, En ce dernier devoir mon sort veut que je suive, Coupable que je suis de cette injuste mort. Malheureux criminel de la fureur du sort. Quoi, je respire encore et, regardant Pyrame Trépassé devant moi, je n'ai point perdu l'àme ! Je vois que ce rocher s'est éclaté du deuil. Pour répandre des pleurs, pour m'ouvrir un cercueil ; Ce ruisseau fuit d'horreur qu'il a de mon injure, Il en est sans repos, ses rives sans verdure ; Même, au lieu de donner de la rosée aux fleurs, L'aurore, à ce matin, n'a versé que des pleurs, Et cet arbre touché d'un désespoir visible, A bien trouvé du sang- dans son tronc insensible; Son fruit en a changé, la lune en a blêmi, Et la terre a sué du sang qu'il a vomi. Bel arbre puisqu'au monde après moi tu demeures. Pour mieux faire paroître au ciel tes rouges meures * Et lui monfrer le tort qu'il a fait à mes vœux, , Fais comme moi, de grâce, arrache tes cheveux. Ouvre-toi l'estomac, et fais couler à force Cette sanglante humeur par toute ton écorce. Mais que me sert ton deuil? Rameaux,prés verdissants, Qu'à soulager mon mal vous êtes impuisssants !j Quand bien vous en mourriez, on voit la destinée Ramener votre vie, en ramenant l'année.
Une fois tous les ans nous vous voyons mourir, Une fois tous les ans nous vous voyons fleurir :
PIKCeS DIVERSES
Mais ninn Pyr.imp est mort,sans espoir qu'il retourne De ces pAles manoirs où son esprit séjourne. Depuis que le soleil nous voit naître et finir, Le premier des dtMunts est encore à venir, El (jiiand les Dieux demain me le feroient revivre, Je me suis résolue aujourd'hui de le suivre. J'ai trop d'impatience, et puisque le destin De nos corps amoureux fait son cruel butin. Avant que le plaisir «pie niéritoient nos flammes Dans leurs emiirassemenis ait pu mêler nos âmes, Nous les joindrons là-bas et par nos saints accords Ne ferons «ju'uu esprit de l'ombre de deux corps. El puisqu'à mon sujet sa belle àme sommeille. Mon esprit innocent lui rendra la pareille. Toutefois je ne puis, sans mourir doublement; Pyrame s'est tué d'un soupron seulement; Son amitié fidèle un peu trop violente, D'autant qu'à ce devoir il me voyoit trop lente, Pour avoir soupçonné (|ue je ne l'aimois pas, Il ne s'est pu ejuérir de moins que du trépas. Que donc ton bras sur moi davantas^e demeure, O mort ! et, s'il se peut, cpie |)lus que lui je meure! (Jue je sente à la fois, poisons, flammes et fers ! Sus ! qui me vient ouvrir les portes des enfers ? Ha ! voici le poitï^nard qui du sang' de son maître S'est souillé lâchement ! il en rougit, le traître ! Exécrable bourreau, si tu te veux laver Du crime commencé, tu n'as qu'à l'achever !
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Enfonce là dedans, rend-toi plus rude, et pousse Des feux avec ta lame. Hclas ! elle est trop douce. Je ne pouvois mourir d'un coup plus gracieux. Ni pour un autre objet haïr celui des cieux.