BIOGRAPHIE
Vie de Théophile
Tlu'ophilc de Vian naquit en i5f)0, à CkTac, dans l'Agcnais, et il semble avoir été élevé à Boussères-Saintc- Radcçondc, où son père, ancien avocat au Parlement de Bordeaux, possédait un petit château. Sa famille était huç^uenote. Cependant on croit qu'avant d'aller faire sa philosophie àSaumur,où les prolestants avaient uneacadémie, il fréquenta le collège de la Flèche, que diric;eaient les Jésuites. Son incrédulité, excitée peut-être par cette éducation contradictoire, fut précoce. Ouand il abjura, vers iGaijCe fut par politique. Théophile vécut et mou-
rut en libertin, selon tous les sens que l'on peut donner à ce mot.
En 1610, il vint à Paris. Un de ses portraits le montre avec « une figure osseuse, labourée en tous sens, le front protubérant, l'œil mal fendu, mais plein de feu, les moustaches retroussées en l'air, la lèvre inférieure bouffie et dédaigneusement saillante (i) ». Tout autre apparaît-il dans l'effigie que Mairet fit graver en tête de ses Nouvelles Œuvres (2). Peu importe. Il sut plaire et se faire beaucoup d'amis, en même temps que ses vers commençaient sa réputation, qui fut fort grande, qui fut, pendant quelques années, immense.
« Balzac et lui se lient d'amitié, dit Paul Olivier (3), font ensemble un voyage en Hollande, en 161 2, au beau milieu duquel, on ne sait pourquoi, ils se brouillent ; du reste l'épistolier se montra peu généreux envers son ami, puisqu'il l'attaqua, au moment même qu'il était détenu à la Conciergerie, et sous le coup d'une accusation capitale. De retour à Paris, il trouva un protecteur, Henri II, duc de Montmorency (celui qui devait être décapité en 1032), et composa des vers de ballets, des mascarades, des impromptus, avec une facilité qui était passée en proverbe, mais lui fit quand même beaucoup d'honneur.C'est alors, dit- il, qu'il se plongea dans le vice ouvert favorablement à ses jeunes fantaisies ; la débauche des femmes et du vin '.( l'empiéta* » ; en tout cas il n'en fit ni plus ni moins que les autres; seulement il était calviniste, un peu trop frarit
(1) Tli. Gautier.
(2) C'est celui que nous reproduisons, d'après le tirage de \M^.
(3) Paul Olivier, Cent Poètes lyriques du XVII' siècle. —Nous corrigeons, dans cette citation, quelques inexactitudes.
AI'PICNDICE 20g
d'allure et d'opinions. Une pièce de vers libertins lui valut lin ordre du roi d'avoir à sortir du royaume le plus prouipleuienl possible, arrèl (jue lui sivjniHa, au mois de mai i6uj, le chevalier du t^uel. 11 vint à Londres, essaya mais en vain d'émouvoir la bicnveillaucc du roi Jacques, et se plaignit bientôt amèrement de ne respirer plus « le »loux air de la cour »; on lui accorda sa grâce, et, en iGai, ne se possédant plus de joie, il rentrait à Paris. A jjartir de ce moment, hélas ! son étoile allait faire rage, il sans répit, jusqu'à sa mort. Au détour d'une rue, ils se croisent, lui et un ami, ave»: un prêtre qui portait le bon Dieu à un malade ; Théophile se découvre et s'incline, mais l'ami, imprudent, persiste à vouloir passer léte haute : un homme du peuple se précipite, lui jette son chapeau dans la boue et se met à crier à lue-téle: « Calvinisle! » ce (jui ameute la foule. Théophile eut beau se convertir : ou lui mit tout sur le dos, et on invoqua ce l'ait plus tard parmi d'autres griefs. En 1623, paraît le Parnasse salijrique sous le nom de Théophile. Il eut beau désavouer l'ouvrage, le faire saisir, poursuivre les imprimeurs et même gagner son procès : les pères N'oisin, Garasse, fiuérin, Renaud, l'attaquent, obtiennent une prise de corps ; une action criminelle est ouverte; Théophile n'a plus qu'à fuir, cl c'est ce qu'il fait, lentement, espérant toujours accommoder l'affaire. Mais il est décrété en Parlement, déclaré coupable de lèsemajcstc divine, condamné de ce fait à venir, pieds nus, la corde au cou, au Parvis Notre-Dame, faire amende honorable, ensuite de quoi il sera brûlé vif en place de Grève. L'arrêt fut exécute en effigie le 19 août 1G23. « Le poète était à Chantilly, chez le duc de Montmo-
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rency. Par une délicatesse exquise, ne voulant pas que son protecteur fût inquiété, il s'enfuit, changeant tous les jours de retraite, mais, arrêté au Catelet, en Picardie, le 38 septembre, il est ramené de brigade en brigade, Dieu sait avec quelles brutalités ! transporté à la Conciergerie dans le cachot même où avait langui Ravaillac. La situation était navrante; la sentence du Parlement pouvait être appliquée le jour même, stricte : de plus, un inquarto venait de paraître, du Père Garasse : « la Doctrine curieuse des beaux esprits du temps, contenant plusieurs maximes pernicieuses à l'Etat et aux bonnes mœurs » — in-quarto bourré d'injures à l'adresse de Théophile, « poetastre A'ilain, pouacre, écornifleur, yvrongne, de Veau plutôt que de Viau, — que dis-je un veau? d'un veau la chair en est bonne bouillie, rostie, de sa peau on couvre les livres, mais la tienne, meschant, n'est bonne qu'à estre grillée; aussi le seras-tu demain... » Ah I il s'en fallut de peu que la prédiction ne se réalisât; cependant, sur une apologie, très franche, très honnête et très loyale que le poète adressa au roi, le procès fut révisé : cela demanda deux ans — deux ans d'incroyables souffrances, au bout desquels la peine fut commuée en un simple bannissement à perpétuité avec confiscation des biens. »
Théophile se retira à Chantilly, où il avait trouvé l'hospitalité, mais M. de Gaillon (i) a prouvé qu'il n'y fit qu'un séjour assez bref, puisqu'on le retrouve, dans Tété de i6aG, au château de Selles, en Berry, chez le comte de Béthune. C'est de là qu'il revint mourir à Paris, à l'huit) Le Poète Théophile, dans le Bulletin du Bibliophile, aoùtseplembre 1855.
APPKNOICB
lel de Monlmorcncy.lc a5 septembre iGaG.îlt^c de trentesix ans. Il fut, dit Goiijpt (i), cnlcrrë dans le cimclièrc de Sainl-Nicolas-des-Ciiamps.
^2. — Anecdotes
« Théophile avait une grande facilité à composer des vers; il en faisait même dans le moment sur le sujet qu'on lui proposait. Tels sont ceux qu'il fil au Louvre, devant Henri IV, sur une petite figure éipirslre en bronze de ce monaniue, qu'on venait d'apporter. Le poète, presse de dire son sentiment, passa doucement la main sur la croupe du cheval, en disant :
Petit cheval, joli cheval,
Doux au montoir, doux au descendre,
Bien plus pelil que Buc(5phal,
lu portes plus grand ((u'Alexandre.
(GoDJET, Blbl. fr., XIV.)
t Malherbe écrivait à Racan, le 4 novembre 1628 : • Pour moi, je pense vous avoir déjà écrit que je ne le (Théophile) tiens coupable de rien que de n'avoir rien fait qui vaille au métier dont il se mesloit. » Quoique .Alalherbe n'estimât pas les vers de Théophile, Théophile ne laissait pas d'estimer ceux de Malherbe :
.Malherbe a très bien fait, mais il a fait pour lui.
J'niiiie sa renommée cl non pas sa le<;on. Théophile se moquait néanmoins de ces vers de Mal- Ci) Bibliothèque fvançaUe, lomc .\1V.
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herbe, Cette Anne si belle, et, pour les tourner en ridicule, il en avait ainsi parodié le premier couplet :
Ce l;rave Malherbe Qu'on lient si parfait.
Donnons-lui de l'herbe.
Car il a bien fait. »
(MÉNAGE, Anti-Baillet.)
Le jésuite Voisin, un des ennemis les plus acharnés de Théophile, fut exilé en 1626 et dut partir pour Kome, accompagné d'un M. Machaud ou Machault. Or, raconte le père Garasse :
« Les principaux amis de Théophile Viau, qui sont Vallaux (ou Vallot), Desbarreaux, Saint-Remy, les allèrent surprendre sur le chemin de Dijon, sous prétexte d'un voyage vers la Limagne d'Auvergne. Ils l'attendaient dans un logis sur le grand chemin auquel il devait nécessairement passer, et, le Père étant arrivé, ils lui firent mille caresses d'abord, et des protestations étranges d'une amitié sincère, et, sur leur départ, lui persuadèrent par leurs cajoleries d'entrer dans leur carrosse, donnant son cheval et celui de M. Machaud, son compagnon, à deux laquais pour les mener doucement ; auxquels néanmoins ils avaient donné le mot de courir devant à toute bride. Quand ils tinrent le Père dans le carrosse, ils lui firent mille indignités, jusques à le souffleter et lui tirer la barbe, et lui donnèrent des coups d'éperons dans le ventre : ce qu'il endura patiemment, sans leur répondre une seule parole. M. Machaud, néanmoins, leur donna une verte réprimande, et, levant la portière, s'élança du carrosse, et fît si bien qu'il tira
APPENDICE aiiJ
le père île Jours mains, parrc que le carrossier mrrne clail honteux des indigiiiti's que l'ou comuiotlait eu sa pcrs(inn<'. Après tous ces outrages, ils furent contraints tic courir à pied plus d'une lieue, pour avoir leurs chevaux et leurs hardes. »
(L. P. Garasse, Mémoires publiés par Cl). Nisard, 18G1.)
« La maladie de Théophile fut longue. J'apprends de Clioricr, dans la Vie de Pierre de Boissat, part. I, p. 30, que Théophile étant au lit de mort, et recevant visite de son ami Boissat, témoigna une extrême envie de manger des anchoix. Celui-ci, qui croyait ce mets fort conlraire à un malade, le lui refusa, et depuis s'en repentit, disant, quand l'occasion se présentait d'en parler, que ces anchoix auraient peut-être sauvé la vie à son ami, la nature souhaitant (juelqucfois des choses qui, toutes malsaines qu'elles paraissent, lui seraient très salutaires, par la disposition particulière où elle se trouve. »
(MÉNAGE, Anti-Baillet.)
« Il (Théophile) mourut comme une béte le premier (le 20) septembre iGaG, dans l'iiùtel de Montmorency, après avoir traduit en risée les exhortations qu'on lui faisait pour l'amendement de sa vie. Car telles furent les paroles que m'en écrivit M. de Saint-Nicolas (le curé de la paroisse), du 20 septembre iGaG : Theophilus,iit vLvit, ila inortuus est. sine sensu religionis et pielalis. »
(Gau.\.sse, Méni.)
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§ 3, — Nécrologie
« Théophile mourut le 35 septembre, après avoir été exilé par plusieurs fois, étroitement emprisonné, et .avoir employé si longtemps le premier Parlement de France à sa condamnation. Enfin, il mourut d'une fièvre tierce, qui commença de le tourmenter quelque temps après son élargissement. Sa mort enfanta encore autant d'écrits, les uns pour, et les autres contre lui, comme l'on avoit fait durant sa prison. Le discours remarqualjle qui se fit sur sa vie et mort dit que le grand amas de mélancolie qui s'estoit fait en lui pendant sa prison avoit conçu un ardeur (se voyant élargi) qui lui causa cette fièvre tierce, qui eût été peu de chose si l'on y eût apporté les remèdes et que l'on eût suivi le chemin ordinaire de la médecine frayé par Hippocrate, qui estoit le plus sûr, de même qu'il estoit le premier de cet art; mais le malheur voulut qu'un chimiste eut le premier le soin de Théophile en cette maladie, lequel lui donna d'une poudre pour lui faire perdre cette fièvre tierce, laquelle se tourna en quarte et se communiqua après au cerveau, ce qui contraignit Théophile de se mettre au lit, où, après avoir été trois semaines, la parole enfin lui cessa, ses yeux appesantis ne purent plus vaquer à leur fonction ordinaire, et ses oreilles se fermèrent. Après cela, lui étant sorti quelques larmes des yeux, la violence -àa mal le contraignit de payer le tribut à la nature. Voilà le dernier état de Théophile et la fin de ses
jours. »
(Mercure français, t. XII, 1626.)
JUGEMENTS LITTÉUAIH ES
« Je ne sa'jrois approuver celte làclie espèce d'hommes qui mesurent la durée de leur affection à celle de la félicité de leurs amis ; et pour moi, bien loin d'être d'une humeur si basse, je me pique d'aimer jusques en la prison et dans le sépulcre. J'en ai rendu des tcmoi» j;;Dagcs publics durant la plus chaude persécution de ce grand et divin Théophile, et j'ai fait voir que, parmi l'intidélité du siècle où nous sommes, il se trouve encore des amitiés assez généreuses pour mépriser tout ce que les autres craignent; mais, puisque sa mort m'a ravi le moyen de le servir, je veux donner à sa mémoire les soin» que j'avois destinés à sa personne, et faire voir à la postérité que, pourvu que l'ignorance des imprimeurs ne mette point de faute à des ouvrages qui d'eux-mêmes n'en ont pas une, elle ne sauroit rien avoir qui puisse égaler ce qu'ils valent. Or, de ce grand nombre d'impressions qu'on u fait par toute la France de ces excellentes pièces, je n'en ai point remarqué qui ne doive faire rougir ceux qui s'en sont voulu mêler, et, certes, je commençois à désespérer de les voir jamais dans leur pureté naturelle, lorsqu'un imprimeur de cette ville, plus désireux d'acquérir de Ihoniieur que du bien, sans consi-
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dérer le temps, la peine et la dépense, s'est ofl'ert d'y apporter tout ce que peut un homme de sa profession. J'ai pris cette occasion au poil, et, me servant des manuscrits que la bienveillance de cet incomparable auteur a mis jadis entre mes mains, j'en ai corrigé ses épreuves si exactement que quiconque achètera ce digne livre sans doute sera contraint d'avouer que c'est la première fois qu'il a bien lu Théophile. De sorte que je ne fais pas difficulté de publier hautement que tous les morts ni tous les vivants n'ont rien qui puisse approcher des forces de ce vigoureux génie ; et si, parmi les derniers, il se rencontre quelque extravagant qui juge que j'otïense sa gloire imaginaire, pour lui montrer que je le crains autant comme je l'estime, je veux qu'il sache que
je m'appelle
De ScunERY (i). »
« J'ai lu ;Malherbe et Théophile ; ils ont tous deux connu la nature, avec cette différence que le premier, d'un style plein et uniforme, montre tout à la fois ce qu'elle a de plus beau et de plus noble, de plus naïf et de plus simple; il en fait la peinture ou l'histoire.
«L'autre, sans choix, sans exactitude, dune plume libre et inégale, tantôt charge ses descriptions, s'appesantit sur les détails; il fait une anatomie; tantôt, il feint, il exagère, il passe le vrai dans la nature; il en fait le
roman. »
(La Bruyère. Des ouvrages de l esprit.)
(1) Préface de l'édition de 1032 et de toutes les suivantes.
« Oiioi(]iic dès infériinir à Malherbe, il est certain qu'il n'est |)as l'ionnanl qu'il ail ébloui quelques personnes de son tcm|)s, et qu'il se soit trouvé alors dans Paris, comincle dit M. Desprcaux,
... des sols (le qimlité Pour juger 'le travers avec inipunité, A Malherbe, à Hneau préférer Théophile, etc.
o On pnuvoit ne pas s'apercevoir aussi facilement alors qu'aujourd'hui qu'il y a beaucoup d'irrcjîularit('' et de iiéf;liçcnce dans ses vers; que ce poète s'est plus pi([ué d'esprit que de justesse: qu'il a plus donné à l'imagination qu'au jugement.
« Mais on pouvoit l'excuser aussi en faveur même de son imagination, qu'il avoit belle et grande, et de son heureux génie ; et croire que si la mort ne l'avoit pas surpris à l'âge de trente-six ans, et s'il eût eu une vie moins orageuse, il auroit donné dans un âge plus avancé, et dans une situation plus tranquille, des ouvrages plus parfaits et plus exacts. »
(Goujet, Uibliolhùque française, tome XIV.)
a Cette fois, c'est d'un véritable grand poète que nous allons parler. — Il est mort jeune ; il a été persécuté toute sa vie et méconnu après sa mort. On voit que sa destinée de malheur a été complète : aussi dit-il lui-même qu'il fallait qu'il ftit né sous une étoile enragée.
« Il serait complètement oublié sans les deux ridicules vers de Nicolas Boileau dans l'Art poétique :
A Malherbe, à Racan préférer Théophile,
Et le clinquant du Tasse à tout l'or de Virgile,
et sans une mauvaise pointe tirée de sa tragédie do Pyrame et Thisbê :
Le voilà, ce poignard qui, du sang de son maître, S'est souillé lâchement; — il en rougit, le traître,
que l'on cite dans tous les traités de rhétorique comme un monstrueux exemple de faux goût, ce qui ne l'empêche pas d'être un poète dans le sens le plus étendu du mot, et d'avoir fait un des vers les plus vantés de l'abbé Delille :
11 n'oyt * que le silence, il ne voit rien que l'ombre,
et beaucoup d'autres dont de plus heureux ont profité, entre autres le même Nicolas Boileau qui parle de lui d'un ton si dédaigneux. — Il est vrai qu'il le met en compagnie du Tasse, et que c'est un affront que l'on pourrait envier...
i( 11 est difficile d'avoir un plus heureux tempérament poétique que Théophile. — Il a de la passion non seulement pour les hommes de vertu, pour les belles femmes, mais aussi pour toutes les belles choses; il aime un beau jour, des fontaines claires, l'aspect des montagnes, l'étendue d'une grande plaine, de belles forêts, l'océan, ses vagues, son calme, ses rivages; il aime encore tout ce qui touche plus particulièrement les sens, la musique, les fleurs, les beaux habits, la chasse, les beaux chevaux.
les bonnes odeurs, la bonne chère; c'est une Amcfacileel pleine de sympathies, prèle à se passionner à propos de tout cl de rien, un vrai cristal à mille facéties, rélléchis- Eunt dans chacune de ses uuamcs un tableau différent, avivé et nuancé de tous les feux de l'iris, et je ne sais vraiment pour(juoi son nom est si totalement oublié, tandis que celui de Malherbe, l'éplucheiu' juré de diphthoni;ues, est partout cité avec honneur. Riais, comme je l'ai dit, Théophile était né sous une étoile enragée, et de tout temps les hommes de prudence l'ont emporté sur les hommes d'audace : c'est ce (jui explique comment le grammairien Malherbe a éclipsé Théophile le poète...
« Théophile a fait à Chantilly trois ou quatre pièces de vers oii fourmillent, parmi un grand nombre de beautés, un aussi grand nombre de fautes de goût. Ces pièces sont malheureusement trop longues pour les rapporter ici. Elles sont semi-mythologiques, semi-descriptives et marquées du sceau le plus original et le plus étrange. Je ne sais si vous avez vu djins quelque galerie un de ces tableaux, où l'Albanc jette, sur un fond si vert qu'il en est noir, un essaim de petits amours bien blancs, avec de toutes petites ailes bien roses : ou bien, avcz-vous vu au Musée la délicieuse aquarelle de Dccamps représentant des baigneuses? Si vous avez vu l'un ou l'autre, ou tous les deux, vous pouvez vous former une idée de ce que sont les charmantes stances de Théophile ; ce sont de grands arbres, vieux chênes séculaires dont le front .s'arrondit en panache d'un vert foncé, se détachent sur un ciel d'outremer, pommelé çà et là de nuages blonds et floconneux. Ce sont des terrasses de brique avec des angles de pierre, de grandes fleurs épanouies dans des vases de
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marbre, des rampes à pente douce et à balustres ventrus. C'est un parc Louis XIII dans toute sa magnificence. On voit à travers les arbres et derrière les charmilles courir des daims privés et blancs comme la neige; des perdrix, des faisans de la Chine se promènent familièrement dans les allées avec toute leur couvée; des ruisseaux coulent en babillant sous des arcades de feuillage, et se vont rendre à l'étang et aux viviers, où nagent indolemment, dans une eau diamantée, quelques cygnes, le col replié, les ailes ouvertes. Pour personnage, sur le devant, une belle jeune femme, assise sur l'herbe haute et drue de la rive, pèche à la ligne les beaux poissons bleus et rouges des réservoirs. Dans le fond des vallées, de petits amours rebondis, blancs et potelés qui se jouent ensemble, et puis un groupe de ces belles nymphes allégoriques comme on les peignait de ce temps, un peu cousines de celles de Rubens, plus femmes que déesses, avec des mamelles saillantes, les hanches larges et ondoyantes, les bras gras et ronds, les mains et les joues toutes pleines de fossettes, la chevelure blonde et flottant en arrière comme un manteau d'or, l'œil limpide et bleu, la bouche souriante et rouge comme un pavot, le dos et l'épaule t d'une blancheur de lis et d'un poli d'agate, qui reluisent sous l'eau verte comme autant de statues d'ivoire submergées. Cette onde est si claire et si fraîche dans son cadre de verdure que les étoiles, la nuit, descendent du ciel • pour s'y baigner toutes nues. Ce val est si solitaire et si discret que Diane, la chaste, ne craint pas d'y amener son Endymion et de l'y baiser au front avec ses lèvres d'argent. C'est un paradis à dégoûter du paradis terrestre. C'est un de ces beaux rêves que les poètes et les peintres
AfrUNDICE 2«I
f'onl le soir (luand ils rc^ardcnl le soleil se coucIict derrière les u:raii(ls nuirrounicrs, el comme j'en ai (ail bien stiuvcnt à ma l'enôtre en rei;'ardant les pavillonsde brigue el les toits d'ardoise de ma place lloyale, au bruit de l'eau dans les bassins el du venl dans les arbres.
<< (Juanl à la place que Tla-ophile doit tenir parmi les poètes de son temps, clic est dit'ticile à manjucr. 11 est mort 1res jeune et n'a pas eu le temps de réaliser ses idées, ou du moins il n'a pu le faire que d'une manière iii(Om]>lèle; mais tel qu'il est, il nous semble, Régnier étant mort et Corneille n'étant pas encore venu, le poclc le plus remaripiabic de celte période; il vaut mieux que Hardy el que Porchère, que Bois-Roberl, Maynard, Gombaud, et tous les beaux esprits du temps qui ont, du reste, pins de mérite que l'on n'a l'air de le croire. Saint-Amant est le seul, à noire avis, qui le puisse balancer avec avantai^e; mais aussi Saint-Amant est-il un grand poète, d'un magnifique mauvais goût, el d'une verve chaude et luxuriante qui cache beaucoup de diamants dans son fumier, mais il n'a pas l'élévation et la mélancolie de Théophile, ce qu'il rachète par un grotesque et un entrain dont Théophile n'est pas doué. — L'un fait de la poésie d'homme gras, l'autre de la poésie d'homme maigre, voilà la ditVércnce. Pour Malherbe et Racan, quoiqu'ils soient plus irréprochables, ils lui sont assurément inférieurs, el j'ai toujours élé étonné du discrédit et de l'oubli où ce nom recommandable à tant d'égards est tombé depuis si longtemps. Maintenant ([ue les réformes qu'il voulait introduire sont acceptées de tout le monde, peut-être n'y Irouvera-l-on rien (jue de fort simple et de fort naturel ; mais il faut se reporter au temps ;
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et par ce qui arrive dans la suite, on verra combien Théophile était un esprit progressif et en avant de son siècle; mais toutes les vérités ont toujours quelque pauvre saint Jean précurseur qui marche hors de la voie, prêche dans le désert et meurt à la peine. — Théophile a été un de ceux-là ; et s'il revenait au monde maintenant, nul doule qu'il ne fût une des plus lumineuses étoiles de la nouvelle pléiade. »
(Théophile Gautier, les Grotesques.)
« ... Thisbé, si moquée, la Thisbé de Théophile, avec quelle grâce délicieuse elle raconte à Bersiane sa peur du bruil, de la vie extérieure du mouvement des choses!
THISBÉ
Sais-tu pas bien que j'aime à rêver, h. me taire, Et que mon naturel est un peu solitaire, Que je cherche souvent h m'oter hors du bruit ? Alors, pour dire vrai, je hais bien qui me suit. Quelquefois mon chagrin trouverait importun. La conversation de la bonne Fortune, La visite d'un dieu me désobligerait, Un rayon de soleil parfois me fâcherait.
Et que les professeurs ne viennent pas nous dire que le sentiment de la nature était inconnu au xvii* siècle, quand on trouve encore dans ce même Théophile des vers tels :
Les roses des rosiers, les ombres, les ruisseaux, Le murmure des vents et le bruit des oiseaux...
ArPENDU'.r.
ou tels :
Clia(|uo saison donne ses fruits, I.'Aiiti>nino nous donne ses pommes, I.'llivrr donne ses louffucs nuits Pour un plus grand repos des hommes, I^ Printemps nous donne des Heurs, Il donne l'Ame et les couleurs A la feuille (|ui semblait morte...
Je ne sais plus le reste. On lit toujours les mêmes livres, acheva Calixte, sans se douter que ceux-là seuls ont un inliTct «lue le grand nombre dédaigne.
— Théophile, dit Entraînes, est un des rares poètes français. Il est plein de délicates rêveries, je le connais bien et je l'aime :
Prête-moi ton sein pour y lioire Des odeurs ([ui m'embaumeront. »
(Remy deGourmo-nt, Siœtine, i8go.)
« Théophile de Viau... était un poète irrégulier, nonchalant, négligé, diffus souvent, mais doué de la plus charmante imagination du monde.
«... A vrai dire, il a ru tous les Ions et pour ainsi dire tous les goûls. Il a été poète philosophe dans la Mort de Sacrale, poêle précieux dans Pijrame, poète Malherbien dans ses odes. Le plus souvent, c'est un virtuose qui s'ac corde lui-même avec l'instrument qu'il prend en main, au lieu de l'accommoder à soi. Où il est vraiment lui-même et d'un vrai mérite, c'est dans ses ouvrages élégiaqucs. Le Théophile amoureux et le Théophile rustique son
quelquefois charmants... Soit qu'il décrive, dans, /a Maison de Sylvie, une nature très civilisée, parc, jardins, pièces d'eau, etc., soit que, plus rustique, il nous peigne les coleaux dorés du soleil, les vignes, les grappes mûres et les espaliers de son pays, il est minutieux, un peu mesquin, « il s'appesantit sur le détail », comme dit La Bruj'ère, il décrit infatigablement et comme insatiablementde petites choses; mais cela prouve qu'il regarde et qu'il aime à regarder, et l'on voit bien qu'il sent profondément le charme de ce qu'il décrit, et il a des bonheurs d'expression àfaire envie aux plus grands poètes... La Solitude, après un beau début, est un peu traînante ; mais des vers charmants, originaux, qui n'ont jamais été < faits auparavant, y fleurissent par intervalles.
«... 11 est admirable pour rencontrer des vers pittoresques, de ceux que les Anglais, dès le xvui' siècle, ont appelés romantic... 11 est même romantique jusque dans les excès du romantisme moderne. Cela est rare, mais est à noter comme tendance...
« C'était un beau génie poétique très mal réglé et avec des bizarreries et incartades. 11 était plein d'imagination et d'esprit. . . »
(Emile Faguet, Histoire delà littérature française, igoo, tome II.)
«... Le talent poétique de Théophile de Vian consiste surtout à une succession (on pourrait dire accumulation) d'images brillantes, ou plutôt brillantées.
Cette manière, si en contraste avec celle plus sobre de l'art classicjuc au dix-septième siècle, surprit et fit extravaguer l'ignorance des Romantiques, au temps où ils
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venaient de découvrir, pour s'en n'clamer, toute la bande obscure des rimeurs Louis XIII,
Tlicopliile Gautier (il est vrai qu'il n'avait point achevé de jeter sa gourme) en délira. Ouant à Sainte-Beuve, il fut plus circonspect et remit les choses en place.
Disons que ce pittoresque, souvent défraîchi, venait à Théophile de Viau et à ses émules, du seizième siècle finissant. Mais comme alors les derniers héritiers directs de la Pléiade savaient encore observer la décence et fuir une improvisation de mauvais aloi !
^lalgré toutes réserves et toutes répu^^nanccs, malgré les objections les plus fortes, il faut avouer que Théophile, ainsi que quelques autres parmi ses contemporains, avait reçu le don de poésie, vicié certes, mais véritable.
Théophile n'est pas si primesautier ou plein de fraîcheur (jue quelques-uns l'affirment, ni Boileau-Despréaux si morne et rébarbatif que plusieurs, hier encore, se flattaient de le penser.
Hélas ! la juste ojjinion a sa tare comme la fausse. Saisir un avis et rappliiiucr ciiaque fois à point, mais c'est le diable !
« Plus d'un parle encore de Théophile, et avec assez d'ostentation, mais en continuant d'iiçnorer ses ouvrages, sauf (juelques morceaux cités par Gautier et principalement la Solitade.
A la vérité, celte pièce, qui est fort longue et que Gautier a su émonder avec discernement, enferme plus d'une image poétique vive et harmonieuse.
La première strophe en est belle :
Dans ce val solitaire et sombre.
Le cerf qui brame au bord de l'eau, Penchant ses yeux dans un ruisseau, S'amuse à regarder son ombre.
Dans ses paysages, Théophile de Viau nous montre, comme d'ailleurs tous ses contemporains, un mélançe de faux et de vrai qui ne laisse pas d'être curieux à noter. Dans un décor de toile et de carton-pâte, au milieu des concetti et des pointes, il trouve moyen de faire entendre parfois la voix naturelle des choses...
Les rayons du jour égarés Parmi les ombres incertaines Eparpillent les feux dorés Dessus l'azur de ces fontaines.
Son or dedans l'eau confondu Avccque ce cristal fondu Mêle son teint et sa nature, Et sème son éclat mouvant.
Comme la branche au gré du vent Eiïace et marque sa peinture.
On comprend l'éblouissement de la jeunesse romantique devant de pareils vers : elle y trouvait un modèle de débraillé et de truculent cher à ses propres aspirations. Cependant Théophile de Viau vivait en un temps où les plus abandonnés gardaient encore comme un arrièregoût de style.
Ce que le romantisme a goûté chez les petits poètes Louis XIII, ce que les ignorants y goûtent encore aujourd'hui, c'est surtout le plaisir de la surprise.
Ne soyons pas tout à fait intolérants avec la nouveauté même équivoque. Et j'ajouterai: Admettons une pointe de mauvais goût capable de relever à l'occasion le beau N immuable. Mais il ne faut pas qu'elle l'encanaillé.
aim'knhicg K27
V Certes, la Irage'die de Pijratne et Tliisbè contribua peu à la gloire de Tlico[)hile de Viau. Cependant, il ne serait pas exagéré de direcju'elle le garda de l'oubli mieux toute autre de ses œuvres. Et cela, à cause d'un hémistiche qui est devenu proverbial, ayant fait sourire les doctes et les ignorants.
Le passage suivant de Boilcau finira de vous rappeler cette affaire.
« Veut-on voir, dit-il. combien une pensée fausse est froide et puérile? Je ne saurais rapporter un exemple qui le fasse mieux sentir que deux vers du poète Théophile, dans sa tragédie intitulée Pyrame et Thisbé, lorsque cette malheureuse amante ayant ramassé le poignard encore tout sanglant dont Pyrame s'est tué, elle querelle ainsi ce poignard :
Ah ! voici lo poignard qui du sang de son maître S'est souillé Idchement. Il en rougit, le traître!
« Toutes les glaces du Nord ensemble ne sont pas, à Hion sens, plus froides que cette pensée. Quelle extravagance, bon Dieu ! de vouloir que la rougeur du sang dont est teint le poignard d'un homme qui vient de s'en luer lui-même soit un effet de la honte qu'a ce poignard de l'avoir tué I »
A la vérité ce : Il en rougit, le traître', lu à sa place, ne doit pas surprendre outre mesure dans une œuvre écrite tout entière dans un style renchérissant sur les préciosités les plus forcées. Avouons maintenant qu'il se rencontre dans Shakespeare, dans quelques Espagnols
et dans Racine même deux ou trois fois, de pareilles o extravagances » et qui, à force de génie, touchent au sublime. Mais il est vrai dédire qu'il vaudra toujours mieux se tenir dans la juste mesure.
« Théophile professait qu'il fallait que le discours fût ferme et le sens naturel et facile ; il rejetait les afféleries « qui ne sont que mollesse et qu'artifice », comme par exemple : L'aurore toute d'or et d'azur, brodée de perles et de rubis, paraissait aux portes de rOrient. Les étoiles, éblouies d'une plus vive clarté, laissaient effacer leur blancheur et devenaient peu à peu de la couleur du ciel, etc.
« Le plaisant est qu'il se trouvait être justement plein à l'excès de toutes ces molles afféteries et que son discours manquait surtout de fermeté et de bon naturel... »
(Jean Moréas, l'Ermitage, i5 oct. 1906.)
«... Pendant ce temps, la réputation de Théophile allait grandissant; l'éclat de son nom se répandait par toute la France, et c'est sur lui que tous les poètes, tous les beaux esprits tenaient les yeux fixés comme sur leur chef... Malherbe, que les vers de Boileau ont mis hors de pair, malgré l'admiration de quelques-uns, n'a jamais obtenu parmi ses contemporains cette place incontestée que lui donne la postérité, et certes si Théophile eût vécu,
Tht'opliile eùl occupé le premier rang que nul ne lui aurait disputé. »
(CiiAiiLKs Garrisson, Tlu'opliilc et Paul de Vian, r.-iris, Picard, 1899.)
LE PARNASSE SATYRIOUE
Le J'amasse salijriqae est un recueil de vers où le madrigal voisine avec l'épigramme obscène et l'élégie avec l'ode priapique. Il parut en 1622 et ne souleva nulles colères. L'année suivante, l'imprimeur Lestoc en fit une nouvelle édition avec le nom de Théophile. Sur la dénonciation probable du jésuite Garasse qui, dans la suite, s'acharna après lui, Théophile fut poursuivi et condamne à être brûlé vif. Il put s'enfuir, fut pris, jeté en prison, puis relaxé après deux ans de procédures et de vexalions.
Âlleaume, dans son édition des Œuvres de Théophile (r866), a donné en appendice les pièces obscènes qui lui sont, sans preuve, attribuées. Nous ne pouvons ici être aussi hardis. Ce sont de pures ordures et on souhaite quelles ne soient pas de Théopliilc.
« G est, dit Théophile Gautier, un singulier monument littéraire, dans son genre, que le Parnasse satyrique : quelle différence avec les petits vers orduriers de Fer-
rand, de Dorât, de Voisenon, et autres coureurs de ruelle, mousquetaires ou abbés! — c'est comme une tête du Caravage, toute noire de bitume, à côté d'un pastel de Latour, enluminé de carmin ; comme un bas-relief de vase antique à côté d'une lithographie de Maurin. Sans doute de pareilles productions sont indisi;nes de l'art ; mais cependant il y reste encore assez d'art pour qu'on les voie brûler avec un sentiment de regret, et qu'on en retire avec le bout des doigts quelques feuillets échappés au feu de paille du bourreau : c'est comme ce musée erotique de Naples et ces belles statues qu'on n'a pas le courage de briser, mais sur qui la morale est obligée de tirer à tout jamais son rideau. »
Tout n'est pas à dédaigner dans ce Parnasse, bien qu'il soit assez inférieur, dans son genre, au Cabinet salyrique paru quelques années auparavant. Vers obscènes : que cela ne nous effraie pas trop I La seule différence qu'il y ait entre la poésie obscène et l'autre est dans le vocabulaire. Un mot fait du Lac de Lamartine une poésie obscène, tant il est vrai que l'obscénité est une question de philologie. Dans l'une et dans l'autre poésie, le sujet est le même, le rêve est le même, le désir est le même et l'une et l'autre aboutissent nécessairement au Crescite et multiplicamini que Marot et, après lui, Théophile traduisirent en termes fâcheux pour les oreilles chastes. Une partie des pièces obscènes du Parnasse satyrique est obtenue ainsi ; c'est œuvre de libraire sans scrupule ou de grimaud gagiste. Comme c'est difficile de substituer au mot aimer tel mot sale ou tel mot technique ! Et voilà-t-il pas un quatrain bien troublant!
Quelques pièces ont délibérément été écrites sur le
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mode çrossier. 11 en est de rebutanlcs; il ca est de spirituelles ; il en est de tout à fait licencieuses ; il en est peu de voluptueuses ; quelques-unes sont assez piquantes. J'avoue i;-oiUer fort l'épitaiihe appolcc Tombeau :
Ci-(lossi)Us gll la belle Nymphe au lait ; Fille d'amour et m^re des aiidotiillcs.
Qui ainia mieux le f — que le lait Et usa moins do souliers que de c — .
Le trait est donné par le mot c;rossier, qui ne paraît que vif, parce qu'il est un trait. Cepen.-fant, de peur de rouiçir, soyons discrets.
Voici deux épigrammcs qui sont presque de bonne compagnie et qui certes n'avaient nui besoin d'être imprimées sous le manteau :
ÉPKinAMMi:
CorHIle d'un seul fils fut mère, Qui, morl, fut mis nu cercueil.
Toute la cour en fut en deuil, Car chacun s'en pensait le pt're.
ÉPICiHAM.ME
Je perds mon temps et mes discours De vous raconter mes amours Et la rigueur de mon martyre.
.Mon désir ne se peut horner ; Je veux ce qne je n'ose dire El ce qu'on n'ose me donner.
Celle-ci a le mérite de l'impiété :