‹ ThéophileChapitre 9 sur 48 · SUR LA MORT DE SON PÈRE ODE · texte numérisé non relu

SUR LA MORT DE SON PÈRE ODE

Ote-toi, laisse-moi rêver :

Je sens un feu se soulever Dont mon âme est toute embrasée.

0 beaux prés, beaux rivages verts 0 grand flambeau de l'univers,

Que je trouve ma veine aisée !

Belle aurore, douce rosée,

Que vous m'allez donner de vers!

Le vent s'enfuit dans les ormeaux, Et, pressant les feuillus rameaux. Abat le reste de la nue ; Iris a perdu ses couleurs; L'air n'a plus d'ombre ni de pleurs ; La bergère, aux champs revenue.

Mouillant sa jambe toute nue.

Foule les herbes et les fleurs.

Ces longues pluies dont l'hiver Empêchait Tircis d'arriver Ne seront plus continuées ; L'orag'e ne fait plus de bruit; La clarté dissipe la nuit.

Ses noirceurs sont diminuées ; Le vent emporte les nuées, Et voilà le soleil qui luit.

Mon Dieuj que le soleil est beau !

Que les froides nuits du tombeau Font d'outrages à la nature !

La Mort, grosse de déplaisirs, De ténèbres et de soupirs.

D'os, de vers et de pourriture,

ODES ET STANCES Og

hUoiille dans sa sépulture I]l nos Ibrces et nos désii's.

Chez elle les géants sont nains; Les Mores et les Africains Sont aussi glacés que le Scythe; Les dieux y tirent l'aviron ; César, comme le bûcheron.

Attendant que l'on ressuscite, Tous les jours aux bords du Cocyte Se trouve au lever de Caron.

Tircis, vous y viendrez un jour; Alors les Grâces et l'Amour Vous (juilteront sur le passage :

!]llacé du rang des humains, Sans mouvement et sans visage, Vous ne trouverez plus l'usage Ni de vos yeux ni de vos mains.

Votre père est enseveli.

Et, dans les noirs flots de l'oubli Où la Parque l'a fait descendre.

Il ne sait rien de votre ennui, lit, ne fùt-il mort (ju'aujourd'hui, Puis([u'il n'est plus (ju'os et (jue cendre. Il est aussi mort qu'Alexandre, Et vous touche aussi peu (|ue lui.

Saturne n'a plus ses maisons, Ni ses ailes, ni ses saisons :

Les Destins en ont fait une ombre.

Ce grand Mars n'est-il pas détruit ?

Ses faits ne sont qu'un peu de bruit.

Jupiter n'est plus qu'un feu sombre Qui se cache parmi le nombre Des petits flambeaux de la nuit.

Le cours des ruisselets errants, La fière chute des torrents.

Les rivières, les eaux salées, Perdront et bruit et mouvement Le soleil insensiblement Les ayant toutes avalées, Dedans les voûtes étoilées Transportera leur élément.

Le sable, le poisson, les flots, Le navire, les matelots, Tritons, Nymphes et Neptune, A la fin se verront perclus :

Sur leur dos ne se fera plus Rouler le char de la fortune, Et l'influence de la lune Alîandonnera le reflux.

Les planètes s'arrêteront.

Les éléments se mêleront,

Va cette admirable structure Dont le ciel nous laisse jouir.

Ce (ju'on voit, ce qu'on peut ouïr, Passera comme une j)elnture :

L'impuissance de la Nature Laissera tout évanouir.

Celui (jui, Formant le soleil.

Arracha d'un protond sommeil L'air et le feu, la terre et l'onde, Ilenversera d'un coup de main La demeure du genre humain Et la base où le ciel se fonde, Et ce grand désordre du monde l'eut-ctre arrivera demain.

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