ŒUVRES DE RENAUDOT
Description d'un médicament appelle Polychres- TON, dispensé publiquement par laques Boisse, Maistre Apotiquaire en la ville de Loudun, le 4 décembre 1619. — Avec la Harangue faite sur ce subiect par Théophraste Renaudot , Docteur en Médecine, Conseiller et Médecin du Roy, devant Messieurs les Députez des Églises refformées de ce royaume, assemblez à Loudun par permission de Sa Maiesté. — Dédiée à Messieurs de FAssemblée. — A Loudun ^"ço.! Quentin Mareschal, dit La-barre, 161 9. (In- 12 de 40 p., avec fleurons et lettres ornées.)
C'est le seul que j'aie trouvé des « livres » sur les matières médicales que Renaudot nous a dit (p. 8) avoir publiés à Loudun.
Il s'agit d'une de ces merveilleuses panacées, comme on en voit encore tous les jours — dans les réclames des jour-
naux. La description en est en latin. De la harangue de Renaudot, qui occupe la plus grande partie de la brochure, nous ne citerons que l'exorde :
« Messieurs, ce que Thomme est au monde, la teste en l'homme, l'œil en la teste, les sciences le sont en l'entendement, la médecine l'est ès-science, et le remède dont nous allons traitter en la médecine....
« Entre les médicaments nous en avons choisi un nommé poîychreston, mot grec qui signifie autant comme très-bon et utile à beaucoup de choses, et l'avons choisi non seulement pour les rares propriétez qui se trouvent encoî plus véritablement en lui que son nom ne le tém.oigne, mais aussi pour ce qu'ayant esté trouvé depuis quinze ou vmgt ans en ça seulement, sa composition peut être appellée nouvelle, et qu'il est originaire de ce païs, son invention estant due à l'industrie et soigneuse et docte expérience des médecins de Poictiers, du voisinage desquels cette ville se sent honorée. Eux donc, voyant le peuple affligé de maladies rebelles à tout autre remède, telles que sont la paralysie, le tournoyment, l'apoplexie, le mal caduc, la melancholie, les catharres et deffluctions, la toux, la colique, le calcul, la suffocation de mère, les maladies contagieuses, les fièvres, les gouttes, et infinies autres, d'un commun consentement composèrent ce remède icy, pour y avoir recours comme les Troyens à leur palladium, les Druides à leur guy, les Mariniers à leur anchre sacrée... »
Si l'on rapproche cette pièce du Mémoire adressé par Renaudot, vers la même époque, à la Faculté de médecine de Poitiers (suprà, p. i8), on verra à quel point il vénérait en quelque sorte les gros bonnets de la capitale du Poitou.
Oraison funèbre pow Monsieur de Sainte- Marthe^ décédé à Loudun le 29 mars 1623. — Prononcée au Palais le mercredi ensuivant, Séjour d'avril, en présence des officiers et autres notables personnes dudit lieu. — Par Jean Gesuet, estudiant chez Théophraste Renaudot, Docteur en médecine, Conseiller et Médecin du Roy. — Dédiée à Monseigneur le Président Chevallier. — A Saumur, pour B. Mignon, 1623.— In-4^
J'ai eu occasion, dans le cours de mon récit (p. 21), de parler de cette Oraison funèbre, qui paraît avoir eu un certain retentissement. Je n'en connaissais alors, comme Dreux du Radier, que l'édition de Paris, 16^29, qui se trouve dans le Tumulus Sammarthani.
Depuis, j'ai eu la bonne fortune de trouver cette édition de Saumur, qui est assurément l'édition princeps. Ce qui m'en a tout d'abord frappé, c'est ce nom de Gesvet, qui ne se voit plus dans le titre de l'édition de 162g, et qui figure ici de telle façon qu'on pourrait le prendre pour celui de l'auteur de cette Oraison funèbre, tandis qu'il n'en fut, selon ce qu'on peut conjecturer de plus vraisemblable, que le lecteur.
L'auteur, en effet, c'est, à n'en pouvoir douter, Théophraste Renaudot, comme le porte, d'ailleurs, l'édition de Paris. La dédicace est signée de lui, et elle est suivie de petites pièces d-e vers, français et latins, à sa louange.
Voici la plus significative de ces épigrammes, comme on disait alors :
A Monsieur Renaudot
Du beau soleil que tu r^allume
Te naist ce los tant mérité
Que tes labeurs, tes mains, ta plume,
Dédient à V immortalité.
Comme tes labeurs nous ravissent,
Ton stile ne peut s'imiter,
Et comme tes mains nous guérissent.
Ta plume fait ressusciter.
La Fuye Ferron,
advocat en Parlement.
Les autres ne sont pas moins louangeuses, et, à en juger par la suivante, ce n'est pas sans quelque impatience qu'on attendit à Loudun l'impression de cette superbe Oraison,
In dilationem impressionis hujus elogii quo Manibus D. Scœvolœ Sammarthani D. Theophrastus Renaudotius tam rite parentavit .
Epigramma
Ergone perpétuas patietur charta tenebras, Proh scelus ! innumeros vivere nata dies !
Imo âge, rumpe moras, et eodem nomine vive Cum Sammarthano sœciila longa tuo.
P. Carreus lulodunensis,
Causarum patronus.
Les deux autres épigrammes françaises sont signées : La Roche d'Oisseau, selon lequel il n'appartenait qu'à Renaudot de publier la gloire de Sévole ; et Jac. le Blanc, advocat, qui s'écrie :
Sont-ce vérite\ ou bien charmes Qui font voir à cette cité Par Téloqueyice de ses larmes Son Scévole ressuscité ?
Ceste facun de sans pareille Et tant d'éloges mérite:{ Ravissent Vâme par V oreille 'De charmes et de vérité^.
A la suite de TOraison funèbre viennent de nombreuses strophes, françaises et latines, sur le décès de Sainte- Marthe, signées : Theophrastus Renaudotius, Consiliarius et Medicus regius ; Ludovicus Ferronius, in sup. sen, patr. ; Malherbe, avocat; P. Carré, avocat; Leonardus Bulengerus luliod ; La Roche-d'Oisseau; Daniel Ferron, Loudunois ; Petrus Dumusterius ; Petrus Burlerius ; et enfin, pour un distique latin, loannes Cesuetus, cet élève de Renaudot qui figure en si belle place sur le titre.
Ces fioritures, qui, ici, précèdent et suivent le Discours, ne se retrouvent point dans l'édition de 1629, non plus que le nom de Cesvet.
De l'Oraison funèbre elle-même, je me bornerai à citer l'exorde, qui ne manque pas d'habileté :
« Scévole, en une de ses odes adressée aux cendres de Ronsard, cette autre merveille de la France, se trouve grandement empêché d'où il pourra commencer le los de la Touraine, qui les contient
« Les douces amorces du lieu de ma naissance, qui est
honoré de la sienne, m'excuseront envers vous, Messieurs, si je dy de mesme de ce pay, et sy je doute, après lui, d'où notre ville doit tirer principalement sa gloire; car la fertilité de sa terre, la pureté de son air, l'honneur qu'elle a • d'avoir été nommée et bastie par le plus grand capitaine des Romains, duquel il semble que sa jeunesse, née à tous les exercices de la paix et de la guerre, emprunte sa grâce et son adresse, sont bien des avantages qui la relèvent audessus des autres villes (i). Mais d'avoir souvent orné de beaux esprits les cours souveraines de ce royaume, donné de sages conseillers à nos rois, et au public des œuvres immortelles, ce sont là, Messieurs, des prérogatives non vulgaires, et qui tiennent en suspends le mérite des autres. La foule de tant de grands personnages qui reconnaissent ce pays pour le leur n'en permet pas le dénombrement », qui n'en suit pas moins, et que couronne le grand nom de Sainte-Marthe.
J'ai fait toutes ces citations, de prose et de vers — et de noms propres — en considération des Loudunois, qu'elles m'ont semblé devoir intéresser à plus d'un point de vue. Elles montrent combien les lettres étaient alors en honneur dans leur ville, et aussi, ce qui me touche particulièrement, en quelle haute estime Renaudot était tenu dès lors par ses compatriotes.
irCO Le même éloge se rencontre, en termes presque identiques, dans l'Oraison funèbre du mêmeScévole prononcée le II septembre 1623, dans l'église de Saint-Pierre de Loudun, par Urbain Grandier, alors curé de cette paroisse: « Sainte-Marthe vit le jour dans cette ville de Loudun, à l'honneur de laquelle je puis dire que, par la bénignité de son ciel et fécondité de son sol, elle porte des corps bien faits et des esprits encore meilleurs. »
Entre ces deux productions, il faut placer le Traité touchant le soin des pauvres, que j'ai mentionné p. 21, d'après Dreux du Radier, mais que je n'ai pu rencontrer. Il dut paraître en 1622, à Loudun, où, dans tous le cas, il fut composé.
Eloge d'A?mand Jean du Plessis, ca?'dinal de Richelieu. S. 1. n. d., in-4°.
Signé : Théophraste Renaudot, Médecin du Roy et Commissaire général des pauvres de ce royauraie. La première page est ornée d'un portrait de Richelieu, qui fournit à l'auteur une facile entrée en matière.
« Cette taille-douce, tirée au vif sur le cuivre, est Temblême de la douce gravité et vivacité d'esprit, jointe au solide jugement de celuy qu'elle nous représente, mais au grand desavantage de l'art, qui se confesse vaincu par la nature, et ne trouve pas moins impossible d'imiter avec le burin le brillant éclat de ses yeux, et l'agréable port de son visage, que de ranger dans cette feuille sa vie, Tample matière d'un juste volume... »
Abi'égé de la vie et de la mort de Henri de Bourbon, prince de Gondé. 1646, in-4.
La Vie et la mort du maréchal de Gassion. 1647, in-8°.
La Vie de Michel de Ma^arin, cardinal de Sainte- Cécile. 1648.
Mais le plus gros du bagage littéraire de Renaudot, c'est la Galette — qu'il rédigea pendant vingt-trois ans —
avec ses nombreuses annexes, sans compter une foule d^écrits, polémiques et autres, qui en étaient une émanation, et dont quelques-uns représentent la valeur d'un volume, comme, par exemple, celui dont j'ai parlé p. i3i, la
Response de Théophraste Renaudot, Conseiller et médecin du Roy, Maistre et intendant général des Bureaux d'adresse de France, et Historiographe de Sa Majesté, à Fauteur du libelle intitulé : Avis du Ga^etier de Cologne à celui de Paris. — Response des peuples de Flandre au donneur d''avis françois, et Réfutation du Correctif des ingrédients, etc. Du Bureau d'adresse,
In-4°de 176 pages, avec cette épigraphe : Non fumum ex luce^ sed ex fumo dare lucem !
J'ai déjà cité de ce long factum, où sont débattues une foule de questions intéressant l'histoire du temps, un curieux passage où Renaudot nous apprend que les gazettes étrangères circulaient dès lors à Paris, et s'y vendaient concurremment avec la sienne. Il dit encore, en s'adressant à son adversaire : a Je vous confesse que je reçois vos gazettes, comme celles de toutes les autres parties du monde où l'on en fait aujourd'hui, presque toutes à mon exemple, mais avec cette différence que quelques-unes me servent d'instruction, le reste de divertissement et de risée, notamment les vôtres. »
On peut ranger parmi les écrits polémiques de Renaudot, mais dans un autre ordre d'idées, les factums ayant trait à sa querelle avec la Faculté de médecine de Paris, et
je crois faire une chose utile en en donnant ici la liste — de ceux du moins dont j'ai eu connaissance, et en en rapprochant ceux de ses adversaires, qui en sont la contrepartie. On était alors au fort de la lutte entre l'école ancienne et l'école moderne, entre la vieille médecine et la médecine spagirique ou chimique, et, sous ce rapport, ces factums, bourrés de dissertations médicales, offrent, pour l'histoire de la médecine, un intérêt que je n'ai pu qu'entrevoir, mais qui mériterait assurément de fixer l'attention d'un spécialiste. Je ne doute pas, par exemple, que le savant professeur d'histoire de la Faculté de médecine de Paris, M. Laboulbène, qui, en 1880, a consacré à cette lutte homérique quelques-unes de ses leçons, où il s'est plu à « mettre en présence les grandes figures de Renaudot et de Guy Patin, en les plaçant dans le milieu où elles ont rayonné », n'y trouvât matière à plusieurs autres et non moins intéressantes conférences.
Rappelons que cette querelle fameuse, demeurée longtemps à l'état latent, éclata en 1640, à propos des consultations gratuites ; qu'arrêtée presque aussitôt par Richelieu, elle recommença plus violente après sa mort, et ne fut terminée que le i" mars 1644, par l'arrêt du Parlement que l'on sait.
Les Consultations charitables pour les malades. Dédié à Monseigneur Des Noyers, secrétaire d^Etat. 1640, in-4*'.
— Avertissement à Théophraste Renaudot, conte' nant les Mémoires justificatifs des droits et privilèges de la Faculté de médecine de Paris (par Riolan). 1641, in-4'^.
Remarques sur VAvej^tissement à maistre Théophraste Renaudot, porté à son auteur par Machurat, compagnon imprimeur. 1641, in-40.
Le grand Merci de Machurat, compagnon d'imprimerie, à Fauteur de l'Avertissement à maistre Théophraste Renaudot. 1 641, in-4«.
— La Défense de la Faculté de médecine de Paris contre son calomniateur (par Moreau). 1641, in-40.
Réponse de Théophraste Renaudot au libelle contre les Consultations charitables pour les pauvres malades. 1641, in-4°.
Factum du procès d'entre Théophraste Renaudot, Docteur et Médecin du Roy, Commissaire général des pauvres du royaume, Maître et intendant des Bureaux d'adresse, demandeur en requête, présenté au Conseil privé du Roy^ le 3o d'octobre 1640, contre le Doyen... In-40.
Factum de Vinstance de Théophraste Renaudot, Docteur en médecine de la Faculté de Montpellier,... appelant d'une sentencedulieutenant civil, donnée par défaut, et demandeur en Lettres patentes du 7 décembre ; contre les Doyens et Docteurs.... S. d., in-4".
Factiim de V instance d'entre The'ophraste Renaudot, demandeur en rapport d'arrêt. S. d., in-40.
Requête présentée à la Reyne par The'ophraste Renaudot en faveur des pauvres malades de ce royaume. S. d., in-4'.
— Examen de la Requête présentée à la Reyne par le Gazettier. 1643, in-4°.
Par Guy Patin, comme je l'ai dit, p. lyS, et comme le prouve surabondamment cet article des Expensa du décanat de Michel de la Vigne : « Initio mensis novembris 1643, dedi Magistro Guidoni Patin, censori. pro trecentis et amplius exemplaribus Examinis libelli supplicis a Gazetario porrecti Reginae, triginta octo libras et quindecim asses... XXXVIII 1. xv s. »
Réponse à V Examen de la Requête présentée à la Reyne par maistre Théophraste Renaudot, portée à son auteur par Machurat. 1644, in-4°.
— Requête de la Faculté de médecine de Paj'is contre Renaudot et autres soi-disant Docteurs de Montpellier. 1643, in-4°.
Enfin un factum sans titre, mais avec la date de 1643, et commençant par ces mots : « Le procès entre les Doyens et Docteurs régents en la Faculté de médecine de Paris et Théophraste Renaudot ».
Sur l'issue de cette lutte si inégale, issue dont les avocats de la Faculté égayèrent les tristesses par leurs grossières plaisanteries, les curieux pourront lire les pièces suivantes, que la Compagnie triomphante se hâta de publier :
Arrêt de la Cour de Parlement^ avec les plaidoyers de Pavocat général Talon et des avocats.
Magistri Michaelis de la Vigne^ doctoris medici et Facultatis parisiensis decani, Orationes duœ, quarum prior apud propraetorem urbanum, die IX decembris i643,posterior in frequenti Senatu kalendis martiis 1644, adversus Theophrastum Renaudot, gazettariuin, medicum Monspeliensem , et omnes medicos extraneos Lutetiae Parisiorum medicinam illicite jactantes. 1644, in-40.
V. p. 188. — On peut encore consulter un Recueil de plaidoyers notables de plusieurs anciens et fameux avocats, 1644, in-8°.
Presque toutes ces pièces se trouvent à la Bibliothèque nationale; M. Chéreau en possède aussi quelques-unes.
TABLE
TABLE
Avant-Propos.