AVANT-PROPOS. XV
sentir le prix du concours si éclairé^ si dévoué^ si rare enfin ^ qu^a bien voulu me prêter V aimable président de la Société des Antiquaires de V Ouest, M. de la Bouralière ., et pour lequel je ne saurais lui exprimer asse\ hautement ma gratitude .
Je dois aussi des remerciements à l'honorable maire de Loudun, M. Duméreau, pour V obligeance avec laquelle il s^est associé à mes recherches, bien que le résultat n'ait pas répondu à sa bonne volonté : là où il ny a rien, on ne saurait rien trouver.
Mais n' est-ce pas vraiment chose étonnante que, pas plus dans les études de notaire que dans les archives municipales, on ne rencontre la moindre trace d'un homme qui, pourtant, a joué à Loudun,. pendant une vingtaine d'années, un rôle marquant, qui y a accompli les principaux actes de sa vie, qui s'y est marié, où sont nés ses premiers enfants, où ont été publiés ses premiers ouvrages ! Ne reconnaît-on pas là cette fatalité dont je parlais tout à l'heure ? En veut-on d'autres exemples ? Un des registres de l'état civil a disparu, et c'est précisément celui qui correspondait à la première
XVI AVAiNT-PROPOS.
péîHode de la vie de Renaudot ! — M. Eugène Ballejrguier avait donné à la ville les premiers numéros de la Gazette : « une main indiscrète, mV- « crit M. Duméreau, les a enlevés, et ils sont allés « rejoindre, peut-être^ le registre qui nous fait c( aujourd'hui si grand défaut! »
Cependant le souvenir de Renaudot est demeuré vivant dans sa ville natale. On y montre avec quelque fierté la maison qu'il habita, dans la rue du Centre. La ville de Loudun ne slionoi^er ait-elle pas en substituant au nom si absolument insignifiant de cette rue le nom autrement éloquent de Théophraste Renaudot., en même temps quune inscription, placée sur la maison qui fut peut-être son berceau, dirait à ceux qui les ignoreraient ses titres à cet hommage ?
J'applaudirais'' d'autant plus, pour ma part ^ à ce commencement de réparation^ qu' il pourrait avoir de Vécho à Paris, qui doit tant à Renaudot^ et être ainsi un acheminement vers un monument plus digne d^une telle mémoire.
COMMENCEMENTS
DE
Th. Renaudot.
SES COMMENCEMENTS
Patrie de Renaudot. — Date de sa naissance. — Sa famille. — Sa religion. — Son éducation. — Docteur en médecine à dix-neuf ans. — Ses débuts à Loudun; il s'y fait remarquer par ses idées humanitaires. — Il est appelé à Paris pour les mettre en pratique.
iHÉopHRASTE Renaudot est né à Loudun — ce le domicile des démons » — en i586, et non en 1 584, comme le portent toutes les Biographies. Cette dernière date a pour elle, il est vrai, l'autorité de la Ga:(ette, qui donne à son fondateur 69 ans au moment de sa mort, arrivée en i653; mais elle est contredite par Renaudot lui-même, qui nous dira tout à rheure qu'il avait dix-neuf ans en 1606, quand il fut reçu docteur, et aussi par la légende du portrait placé en tête du premier volume de la
THEOPriRASTE RENAUDOT.
Ga^ette^ et dont nous donnons une réduction, portrait évidemment gravé sous ses yeux -, cette légende est ainsi conçue :
Theophrastus Renaudot , Juliodumnsis , medicus et historiographus regius, œtatis anno 58, salutis 1644, . '
De sa famille, de ses commencements, je n'ai rien pu savoir, mais on ne peut douter qu^il ne fût de bonne bourgeoisie : sa profession, les longs voyages qui suivirent ses études, en témoigneraient suffisamment. Nous le verrons, d^ailleurs, répondant à ses adversaires, qui ne cessaient de lui reprocher d^avoir été « élevé de la fange et de la poussière » par Richelieu, amené à établir le bilan de sa fortune patrimoniale. Elle s'élevait à environ 40,000 livres, ce dont le greffe de la Cour pouvait faire foi, par l'arrêt qu'il avait obtenu en 16 18 contre ses curateurs.
C'était, pour l'époque, une assez jolie fortune, et Théophraste n'aVait pas été seul à recueillir l'héritage paternel : il avait au moins un frère.
Quand on parle d'un Loudunois de cette époque, on est amené presque naturellement à se demander de quelle religion il était. C'est une des questions sur lesquelles j'avais appelé l'attention des concitoyens de Renaudot.
SES COMMENCEMENTS
M. de la Bouralière est porté à croire qu'il était catholique, et voici ses raisons : i° la protection du cardinal de Richelieu ; 2° les actes religieux relevés par Jal dans son Dictionnaire biographique ; 3° Fabsence de son nom dans la France protestante des frères Haag ; 4° le même silence de la part du pasteur Auguste Lièvre, dans son Histoire des protestants du Poitou, qui ne cite que le nom d'un Renaudot, pasteur de Nesmy en i683, et qui alla s'établir à Londres après la Révocation.
Assurément il y a là de fortes présomptions. J^incline cependant vers Topinion contraire. Le fait seul de ce pasteur protestant qu'on rencontre à une époque si voisine de la naissance de Renau- (îot, qui était évidemment de sa famille, le frère de son père peut-être, me semblerait déjà un sérieux indice : on n'était généralement pas des deux religions dans la même famille. Mais j'en trouve un autre, plus certain encore, dans Tinsistance de ses adversaires à le représenter comme un a charitable convej'ti, qui a renoncé à Charenton, et qui fait dire des messes pour la pauvre âme de sa femme, qui est morte huguenote ». Nous entendrons Renaudot donner les raisons qui Tautorisaient à « faire dire un annuel pour l'âme de sa femme », mais il ne souffle mot de Pinculpatioq
qui Patteint personnellement. Et d'ailleurs un catholique aurait-il épousé une huguenote ? Je crois donc que Renaudot, né dans la religion réformée, se sera converti au catholicisme à la voix de son ami le Père Joseph, et peut-être un peu aussi à celle de son intérêt bien entendu.
Après avoir fait de bonnes humanités à Loudun, sous le savant Boulanger, dont Sainte-Marthe a écrit réloge, il fut envoyé jeune encore à Paris pour y étudier la médecine ; ce qu'il aurait fait, assure-t-on dans une intention de dénigrement, sous la conduite dMn maître en chirurgie. Toujours est-il qu'étant allé continuer ses études à Montpellier, il s'y fit recevoir docteur dans l'espace de trois mois, n'ayant encore que dix-nçuf ans. .
Or, quoi qu'on puisse supposer, il est impossible de ne pas voir dans ce fait la preuve d'aptitudes peu communes.
Il voyagea ensuite pendant plusieurs années pour perfectionner ses connaissances; ce qui, à la fois, dénote un grand désir de s'instruire, et suppose, comme je l'ai déjà dit, une certaine aisance.
Retourné dans sa patrie, il y exerça la médecine « avec toute la réputation imaginable en un homme de son âge ».
SES COMMENCEMENTS
Suivant ses envieux, au contraire, il y aurait été obligé, faute (inoccupation, de se faire maître d^école. Si bien que, découragé, il serait venu, en 1612, tenter la fortune à Paris; mais là encore, toujours selon les Basiles de la Faculté, il aurait dû, pour subsister, prendre des pensionnaires.
Qu^importerait d^ailleurs ? Si je signale ces petites bassesses, acceptées trop légèrement par les biographes, c'estpour donner la mesure de la bonne foi de ses détracteurs.
La vérité, qu'ils ne pouvaient ignorer, c'est que Renaudot n'était pas venu à Paris de son propre mouvement. Il y avait été mandé par le roi, ou, si Ton veut, par la reine régente, grâce vraisemblablement à Richelieu, qui n'était pas encore le puissant ministre — il n'avait guère que l'âge de Renaudot, — mais qui pouvait déjà être un puissant protecteur. Il lui aurait été recommandé par le Père Joseph, si connu sous le nom d'Eminence grise, dont notre jeune docteur avait fait la connaissance durant ses voyages, et le futur cardinal, qui se connaissait en hommes, s'était vivement intéressé à son jeune compatriote. Il l'avait donc fait venir à Paris, et avait obtenu pour lui, dès son arrivée, le titre de médecin du roi, quelques-uns disent avec un traitement de 800 livres.
Sur tout cela écoutons Renaudot lui-même dans ses explications, dénuées de tout artifice :
«Je n''avais que dix-neuf ans — en 1606 — quand je reçus le bonnet à la fameuse université de Montpellier. C'est pourquoi, sachant que Page est nécessaire pour autoriser un médecin, j'employai quelques années dans les voyages que je fis, dedans et dehors ce royaume, pour y recueillir ce que je trouverais de meilleur dans la pratique de cet art, que je vins exercer dans Loudun, ma ville natale, où je me rendis, encore jeune, recommandable par mon assiduité, employant le relâche que me donnaient les malades à de fréquentes anatomies, à la connaissance des simples, à la préparation des remèdes curieux, comme le témoignent les livres que je donnai lors au public. Voire, j'ai encore par devers moi les commentaires et journaux des observations très particulières de plusieurs années de mes pratiques de médecine, que je» n'interrompis sinon par la grande multitude de malades, qui m'empêcha d'en pouvoir plus tenir registre, auquel succéda celui de mes conseils donnés sur les maladies plus remarquables, que je continue encore à présent, et duquel j'espère de tirer un jour, ou les miens après moi, de quoi justifier de mes soins à illustrer ce bel art, que j'exerçai avec tel ap-
SES COMMENCEMENTS
plaudissement de mes concitoyens, qu'il n'y eut rien que Taffection qu'ils me portaient qui m'empêcha de les quitter et venir à Paris dès Pan 1612, auquel mon soin particulier au secours et traitement des pauvres, par où j'ai commencé et désire finir de même, fut cause de l'honneur que j'ai reçu d'être mandé exprès par le roi, du lieu de ma naissance, éloigné de cent lieues, dès son heureux avènement à la couronne, pour seconder la piété de Sa Majesté en ce bon œuvre. »
Voilà la vérité vraie, et nous la verrons plus d'une fois officiellement confirmée, notamment par une Déclaration du roi, de 1628, dont voici le préambule :
LOUIS, etc. Nous n'avons jamais rien eu en plus grande recommandation que le soulagement, bien et utilité de nos sujets, ce qui nous aurait fait rechercher dès notre avènement à la couronne, les moyens d'y pourvoir, et mander les personnes qui nous pourraient donner avis en cette occurrence, et entre autres, sur l'avis que nous avions eu de sa capacité, l'un de nos amés et féaux conseillers et médecins ordinaires, maître Théophraste Renaudot...
On remarquera que cet insigne honneur qui fut fait à Renaudot, il le dut non seulement à son habileté dans l'art de guérir, mais encore et surtout à ses idées humanitaires, dont il fallait bien
qu'il eût déjà donné des preuves. On voit, dans tous les cas, que ce n'était pas un simple médecin, un médecin ordinaire. La médecine, pour lui, ne fut pas uniquement une profession ; ce fut, si je pouvais ainsi dire, une forme, un moyen de son dévouement au bien public.
Renaudot, en effet, fut avant tout un ardent philanthrope, a Se reconnaissant, comme il le dit lui-même dans son langage naïf, né au bien public, il y sacrifia le plus beau de sa vie, sans autre récompense que celle dont la vertu se paye par ses mains ».
C'est dans ce rôle qu'il fit ses débuts sur la scène parisienne, et que nous allons tout d'abord le suivre.
Premier séjour de Renaudot à Paris. — Il présente au Conseil du roi et fait accepter le projet d'un établissement en faveur des pauvres, qui tient à la fois de l'office de renseif^nements et du bureau de placement. — Brevet qu'ail obtient à cet effet.
J'en viens aux pauvres, l'objet
de mes labeurs, et la plus agréable fin que je me sois jamais proposée.
Th. Renaudot.
)Ès son arrivée à Paris, Renaudot, sur rinvitation des commissaires établis pour le soin des pauvres, soumettait au lieutenant civil, entre autres projets, le plan d'un établissement auquel il donna le nom de Bureaux dCaddresse (i). Il y « faisait voir que
(i) Sans 5, qu'on veuille bien le remarquer. II les avait ainsi appelés « de leur effet, pareil à celui des enseignes ou addresses des carrefours, et des tables qu'on met au commencement ou à la fin des livres pour y trouver plus tôt ce qu'on y cherche ».
Pune des plus notables incommodités des sujets du roi, et qui en réduisait même plusieurs à la mendicité, procédait de ce qu'ils ne pouvaient aisément rencontrer les adresses de leurs nécessités, faute d'y avoir quelque lieu destiné à cet effet où lesdits sujets pussent avoir recours toutefois et quantes que bon leur semblerait )>.
Le projet de Renaudot, soumis au Conseil, fut, par sentence rendue au Ghâtelet le 12 août 16 12, sur les conclusions favorables du procureur du roi, reconnu « raisonnable pour le soulagement de la chose publique y>. En conséquence, le roi accorda à notre jeune docteur le Brevet suivant :
Aujourd'huy 14^ jour d'octobre 16 12, le Roy estant à Paris, désirant gratifier et favorablement traitter TJiéophraste Renaudot, l'un de ses médecins ordinaires, lequel Sa Majesté, sur l'advis qu'elle a eu de sa capacité, a fait venir exprès en cette ville pour s'employer au règlement général des pauvres de son royaume, Sadite Majesté, pour les bons et agréables services qu'il luy a rendus, et pour les frais de ses voyages* luy a fait don de la somme de six cents livres, dont il sera payé contant par le trésorier de son épargne, auquel est mandé ce faire en vertu du présent Brevet. Par lequel, en outre, Sa Majesté a accordé audit Renaudot et aux siens ou qui auront droit de luy la permission et privilège, exclusivement à tous autres, de faire tenir Bureaux et Registres d'addresses de toutes les commoditez réciproques de ses sujets, en tous les lieux de son royaume et terres de son obéissance qu'il verra bon estre. Ensemble, de
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mettre en pratique et establir toutes les autres inventions et moyens par luy recouverts pour l'employ des pauvres valides et traittement des invalides et malades, et généralement tout ce qui sera utile et convenable au règlement desdits pauvres, avec défence à tous autres qu'à ceux qui auront pouvoir exprez dudit Renaudot d'imiter, altérer ou contrefaire sesdittes inventions, en tout ou partie, n'y mesmement lesdis Bureaux, Registres et tables d'addresse et de rencontre, à peine de six mille livres d'amende, applicables, un tiers à Saditte Majesté, un autre au dénonciateur, et l'autre tiers audit Renaudot, auquel Sa Majesté veut toutes lettres nécessaires en estre expédiées en conséquence du présent Brevet, qu'elle a pour ce signé de sa main et fait contre-signer par moy, son conseiller secrétaire d'Estat de ses commandements et finances. Signé: LOUIS. — Par le Roy, la Reyne régente sa mère présente : De Loménie.
Il semblerait, après cela, que Renaudot n'eût plus qu'à se mettre à Pœuvre ; mais alors, pas plus qu'aujourd'hui, les meilleures choses n'allaient pas de soi, et c'est à travers d'interminables procédures qu'il dut poursuivre l'accomplissement d'une œuvre aussi hautement déclarée d'utilité publique. Heureusement qu'il était fortement trempé ; il se dit bonnement que « l'on ne saurait trop peser tout ce qui regarde le public ». Il se présenta donc derechef au Conseil de Sa Majesté pour faire examiner le contenu en son brevet, et notamment cette ouverture de Bureaux dont il s'agissait. Le Conseil en fit le renvoi à ses
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commissaires, lesquels se montrèrent si peu empressés de donner leur avis que Renaudot, perdant patience, s'en retourna à Loudun. Peut-être aussi quMl ne se sentit pas le courage de lutter contre les obstacles que la Faculté de médecine commençait à semer sur son chemin; peut-être encore fut-il ramené dans sa patrie par des attaches qu'il y aurait laissées.
Renaudot retourne à Loudun. — Il y demeure une douzaine d'années. — Preuves à l'appui de cette opinion. — Un curieux autographe.
Ce fait, d'une certaine importance dans la vie de Renaudot, n'avait jamais été remarqué, que je sache, tant il semble peu vraisemblable. Doué comme nous le savons, avec ses connaissances acquises, avec son^titre de médecin du roi, titre qui, si honoraire qu'on le suppose, n'en constituait pas moins une sérieuse recommandation, Renaudot aurait évidemment fait son chemin dans la carrière médicale à Paris, tout en poursuivant les effets de son brevet. Il ressort cependant à l'évidence du rapprochement de plusieurs passages des factums qu'il échangea avec ses
adversaires. Ainsi nous Pavons entendu dire tout à l'heure que Taffection de ses concitoyens Pavait empêché de les quitter dès cette année 1612 où il avait été appelé à Paris. Plus tard, en 1643, répondant à une assertion qui le faisait revenir à Paris vers 1620, il dit « qu*'il n''j est pas venu demeurer en 1620 ni de plus de quatre ans après » ; et encore que des trente-six ans de médecine qu'il comptait alors, il en avait passé la moitié dans le Poitou.
De tout cela il me semble résulter qu'il n'est venu se fixer définitivement à Paris que vers 1625, c'est-à-dire, on voudra bien le remarquer, très peu de temps après que Richelieu, tenu assez longtemps éloigné par l'antipathie du jeune roi, y était rentré en maître.
Renaudot revenait au milieu de ses compatriotes avec des titres qui ne pouvaient qu'ajouter à la confiance qu'ils lui avaient témoignée dès ses débuts. « Ce qui reste envie de médecins fameux du Poitou, répondra-t-ilplus tard à ses détracteurs, diront si j'avais quelque emploi, voire si ma réputation était médiocre en cet art. J'ai encore pour témoins du commencement de ma vie tout le Loudunois et la noblesse d'alentour^ où s'étendait Pexercice de ma charge », — de commissaire des
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pauvres, dont il fut investi en 1617, comme nous le verrons tout à Pheure.
M. de la Bouralière a eu la bonne fortune de déterrer dans les Archives du département de la Vienne une lettre inédite de notre docteur, se rapportant à cette période de sa vie, et qui témoigne de Pautorité dont il jouissait déjà. Je laisse au savant antiquaire Phonneur de publier cette pièce, curieuse à plus d'un titre ; je n'en retiendrai que quelques traits plus particulièrement propres à montrer combien Renaudot, qui devait plus tard si fort s'insurger contre les susceptibilités de la Faculté de médecine de Paris, prenait à cœur la dignité de sa profession.
Un de ses clients était atteint de je ne sais quelle maladie peu dangereuse en soi, mais dont la guérison devait être longue. Arrive à Loudun un certain personnage se disant médecin, et qui s'ingère de traiter ledit malade. Critiquant tout ce qui avait été fait, notamment le pronostic qui jugeait la maladie longue, il promet de la guérir en quatre jours, moyennant deux doigts seulement de certaine liqueur verte. Le patient se laisse naturellement persuader. Dès le lendemain des symptômes alarmants se manifestaient, et cinq jours après le pauvre diable était mort.
Grand émoi dans le corps médical de la ville, qui se réunit et mande le personnage susdit pour qu^il ait à rendre compte de Tadministration de son fameux spécifique et à en faire connaître la nature. Il va sans dire que cette sommation resta sans réponse. Là-dessus, dénonciation au magistrat, qui ordonne une enquête. Rapport des médecins concluant à Pempoisonnement; conclusion qui est confirmée par Pautopsie.
Alors intervient le procureur du roi deLoudun, qui ordonne que tous ceux qui y exercent la médecine aient à déposer au greffe et à y faire enregistrer leurs lettres de docteurs, afin qu'on puisse discerner ceux qui se croient capables de Texercer ou non. Les médecins de Loudun s'empressent de produire les leurs, obtenus à Puniversité de Montpellier. Force est bien alors à Pintrus d'exhiber aussi les siens ; mais « il les avait obtenus à Gahors, qui est une académie, et non une université, comme appert par lesdites lettres. Et qui plus est, le baccalauréat, la licence et le doctorat, entre lesquels il faut un si long temps es bonnes universités, sont tous datés du même jour, qui nous est une chose du tout inouïe, voire même répugnante, vu que le mot de degrés semble présupposer un intervalle compétent, et non pas un saut ».
Bref, le fait paraît assez grave aux docteurs de Loudun pour qu'ils croient devoir le déférer à leurs confrères de la faculté de médecine de Poitiers, désireux qu'ils sont d'avoir leur avis, et bien persuadés qu'ils prendront part avec eux à la conservation de l'honneur de la médecine, leur mère commune, àl'honneur de laquelle il importe beaucoup qu'on ne lui suppose pas des enfants bâtards pour des légitimes.
Ce mémoire, daté du i3 août 1617, est signé : D. Rogier, docteur-médecin; Renaudot, docteur en médecine. Il est accompagné d'une lettre d'envoi, signée au nom des deux par Renaudot, et dont nous donnons ci-contre un fac-similé malheureusement très réduit^ l'exiguïté de notre format ne nous ayant pas permis de reproduire dans son ampleur magistrale cette pièce curieuse à plus d'un titre. On remarquera surtout l'ingénieuse complication du paraphe, affectant visiblement la forme diî T initial de Théophraste.
Nous rencontrons encore, à six années de là, deux faits se rapportant à ce long séjour que Renaudot fit dans sa ville natale avant de venir se fixer définitivement à Paris.
On tromve dans les œuvres de Scévole de Sainte-Marthe une épigramme, datée du 4 janvier
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1623, à la louange d^un Traité touchant le soin des pauvres que Renaudot venait de faire imprimer, et qu'il avait adressé à son savant compatriote, qui se Pétait fait lire sur son lit de mort. Voici cette petite pièce, qui prouve le grand cas que Scévole faisait de Fauteur :
Non milita est reliqiiofides libello, Nam me pagina prima jam fefellit :
Dum librum piito pauperum tenere, Et minquam reperi ante ditiorem.
. Le titre en est remarquable en ce que les qualités dont Renaudot pouvait dès lors se prévaloir y sont énumérées tout au long : Ad Theophrastum Renaudotium, Régis medicum, Curœ pauperum totius Galliœ prœfectum^ Negotiorumque conciliatorem et interprètent. Il faut voir évidemment dans cette dernière qualification la traduction — mais assez étrange — du titre d'intendant des Bureaux d'adresse.
Scévole étant mort à quelque temps de là, Renaudot, qui était du nombre de ses meilleurs amis, prononça son oraison funèbre dans le palais de Loudun. Ce discours fut imprimé, et il se trouve dans le recueil qui a paru sous le titre général de Tumulus Sammarthani; il est intitulé : Oraison funèbre sur le décès de Scévole de Sainte-
Marthe^ par Théophraste Renaudot, conseiller et médecin du roi, prononcée au palais de Loudun, le Séjour d^avril 1623, en présence des officiers et autres notables personnes de la même ville. Paris, 1629.
Ajoutons tout de suite que ce même recueil contient plusieurs pièces de vers , français et latins, de Renaudot.
C'est à Dreux du Radier que j'ai emprunté ces quelques- détails sur les relations entre Sainte- Marthe et Renaudot; j'y reviendrai en parlant des œuvres de ce dernier.