CHAPITRE IX
Fin de l\ gueuke de l'a.ntiiioine (1556-166G). — Isaac et Kusèbe vengent les remèdes chimiques. — .lean Charlier et le Plomb sacré des Àlatjes [IGSOj. — Uenaudot a pu voir approuver, avani de mourir, par plus de la moitié des docteurs de l'École, V Antimoine trioviphant, Y Antimoine justifié, d'Eusèbe.
Qu'arriverait-il dans un État qui supprimerait aujourd'luii les intentions de Henaudot : le Journalisme, la Publicilé commerciale et les Monts-de-piélé?
Justice pour le fondateur de la (;.v/ette et des consultations cnvuiTAULES pour les pativres malades!
Renaudot était mort vengé sur le terrain doctrinal, et de la bonne sorte; uae fois ses fils rentrés à l'École de médecine, les remèdes chimiques l'avaient emporté, l'antimoine, le laudanum, le quinquina avaient vaincu.
Cette nouvelle guerre de ^ Cent ans' ", dirigée contre l'antimoine, et qui avait fait verser tant de flots d'encre envenimée, allait donc prendre fin.
Imbue de l'idée fausse qu'un poison ne pouvait être un médicament, la Faculté de médecine, refusant d'admettre les nouveaux remèdes, qu'elle considérait comme pernicieux, avait, en 15G6, condamné l'antimoine : " comme « substance délétère et pernicieuse, et que, n'existant « pas de préparation qui piU le corriger, on ne pouvait « en permettre l'usage sans danger. »
' J,' Ancienne Faculté de médecine, par A. COULIEU. Paris, 1877
Tiil^lOl'iliUSTK liKiNAUltOT. .'U)3
lui 1025, nouvciu (IcciTl poric dans le rruhiic sens, el à runanimil(5. Nous avons dit les colères qu'avait soulevées, en KJiîS, l'ins("ri|)lion de ce mcdicaiiicril sur VAvlidnlairc. Depuis lors, si on ne l'avail pas employé, on ne; l'avait que niollcmeiil coinbatlu dans rKcole,rnais au dehors, les doclcurs fulminaieiil à onlram e contre la secU avtimoniafc rcpréseiilce par liciiandol cl ses adhérents.
Après la récepliou des (ils du (Jazclier, la lui le allait reprendre dans le sein nu'^nie delà Faculté. Les docteurs, en elTel, n'ouhliaicnl pas (ju'ils avaieni eu la main forcée par le Parlement. Mais les deux frères, élevés à l'école de leur père, étaient de taille à soutenir la lutte'.
Le 7 novembre 1(518, Jean Pièlre, un des ennemis les plus acliaruésde l'antimoine, élailnommédoyen. Le 19 du même mois*, Eusèbe Hcnaudot, qui désormais, ainsi cjue son frère, faisait acie à l'École, alla trouver Jean Piètre, auquel il se plaif,nit de ce qu'il avait, lui, doyen de la Faculté, émondé de ses thèses plusieurs mots, el eu particulier les suivants ; « Vémétique souverain )i. Loin de faire des concessions, Jean Piètre répondit : « qu'il s'élonnait fort " de ce que M" Eusèbe Renaudot fiU assez impoli et assez " ingrat pour venir se plaindre à lui-même d'avoir rendu, " eu les corrigeant, ses thèses plus parfaites, el que, du « reste, doyen de la Faculté et fort de l'appui des autres " docteurs, il ne souffrirait jamais qu'on fit l'éloge de
' Us collaboraient depuis longleraps à la Gazette, aux bénéfices de laquelle ils parlicipaient :
» Si de toutes vos d»fniles,
0 'Sous me demandez des gazettes,
" Il faudi'ait eslre Heii;iudot,
« Qui les donne à ses fils en dot »,
dit Saiut-Julien à Condé dans le Courrier burlesque de la guerre de Paris,
* Comm. manuserits, t. XIII, f. 376, r°.
30Î THÉOPHRASTE llEINALDOT.
« rémétiquc, qui était tout au plus bon pour les empiri- « ques '. '^ 11 est probable qu'Eusèbe dut se montrer fort peu scnsil)le à ces remontrances; mais ce n'élait là que le commencement d'une série de vexations auxquelles n'allait pas tarder à s'adjoindre la calomnie, qui avait trop bien réussi vis-à-vis du père pour que l'École ne songeât pas à l'employer contre les enfants.
Le 22 novembre, M° Lancelot de Frades se plaignit à plusieurs docteurs, de ce que, consultant une femme, Eusèbe Renaudot avait répondu au mari de celle-ci qui l'interrogeait : " Votre femme est perdue si vous de- « mandez des soins à la Faculté de Paris; je possède, « quant à moi, des remèdes qui lui sont inconnus et qui « font même revenir les morts ; et, si vous me permettez « d'employer ces remèdes, dans trois jours, votre femme " sera en pleine convalescence. "
L'histoire fut de nouveau rapportée en assemblée générale; en l'entendant, les docteurs réunis prièrent le doyen de vouloir bien faire avertir par le grand appariteur M' Eusèbe Renaudot de venir se justifier le lendemain aux comices.
Eusèbe fut exact au rendez-vous; il se rendit à l'Ecole accompagné du mari de la femme pour laquelle on avait réclamé ses soins ^ Jl nia totalement, prenant à témoin celui-ci, avoir tenu de semblables propos : « M" Sébastien « Raimssaut, ajouta-t-il, qui était présent à la consulta- " tion, aura fort mal interprété mes paroles; avant de « m'accuser, interrogez-le, et vous verrez si j'ai manqué « de respect à la Faculté. »
M" Raimssant n'étant pas présent à la discussion, la
' Comm. mnmiscriU, t. XIII, f. 377, 1">. * Comm. manuscrits, t. XIII, f. 378, V°.
Tiir;OI'IIIlASTI' UKNAUDOT. 30.-)
Faculté ciU pu .s'.il).sl(;iiir de porter un JujjcmcDl; mais, ii'cc()u(arjl(|u«; sa haine, clinal{jré les asserlioiis du mari, clledéeréla (pj'Eusùi)e ne présiderail pas de tlièses (juodlibétaires avant de s'ùtre lavé de celte accusation.
Le l.S, le doyen vint rendre compte de la conversation (ju'il avait eue avec M" Ualmssant : « Celui-ci, en effet, i avait avec Kusèbe consulté la malade, mais il n'avait « pas remarqué que ce dernier se fiU livré à une inlem- « pérancc quelconque de lanf^af^e; s'il s'était étonné i< d'une chose, c'était de la forte dose des remèdes ((u'il ' lui avait vu donner. » Devant ces faits qui ruinaient l'accusation, la Faculté, {généreuse, pensa qu'on pouvait admettre Eusèbe à disputer, en l'avertissant toutefois, non-seulement de s'abstenir à l'avenir de « tous crimes ", mais encore de « tout soupçon »; en outre, elle le priait .' de ne rien ordonner de contraire à ce qu'elle approu- ^' vait » '.
Eusèbe se contint devant la guerre sourde qu'on lui faisait; mais il fit des prosélytes et rallia à ses idées beaucoup de jeunes docteurs qui, lorsqu'ils étaient étudiants, avaient autrefois suivi les conférences du Bureau d'adresse. Du reste, il était trop occupé à cette époque par la rédaction de la Gazette et du Courrier- français, pour pouvoir s'insurger directement contre la Faculté. Peutêtre, et ce qui parait le plus vraisemblable, ne sentait-il pas encore le terrain assez bien préparé.
Ce fut un de ses collègues qui mit le feu aux poudres : et un collègue cher à l'École, Jean Chartier, le fils de René Chartier, dont l'édition des OEuvres d'Hippocrate avait été offerte à M" Talon.
' Comm. manuscrits, t. XIII, f. 379.
(iiiy Patin, le fougueux ennemi de l'émétique, avait enfin leçu le bounel de doyen (5 novembre 1G50), qu'il ambilionnail depuis si longtemps; la première année de son décanat n'était pas écoulée, que, par une singulière coïncidence, Jean Cliarlier publiait : Le plomb sacré des mages, livre entièrement consacré à l'éloge de l'antimoine. L'auteur doutait absolument de l'approbation de ses collègues; non-seulement il préféra s'en passer, mais encore, payant d'audace, il osa menacer la Faculté des tribunaux, dans le cas où elle viendrait à censurer son ouvrage. « Le lundi 28 août 1G51, il signifia au doyen : : qu'il appellerait en justice, devant le Parlement, ceux ^ qui demanderaient sa censure aux Écoles, pour le livre ■i qu'il venait de publier en français sur l'antimoine'. >>
Le châtiment ne se fit pas attendre : Guy Patin lut cette « provocation •■• en pleine assemblée, et, de l'avis des docteurs présents, il fut résolu : < qu'on déférerait le miséct rable devant le Sénat où il voulait lui-même assigner it l'École, et qu'en attendant son retour à de meilleurs « sentiments, et d'accord en cela avec les statuts, on le « raierait du catalogue, et on le priverait des honneurs « et des émoluments attachés au litre de docteur de la « Faculté. '^
Enfin, on désigna comme « censeurs » du libelle, « Jean « Kiolan, Jean Merlet et René Moreau, très-illustres ».
On ne pouvait choisir trois meilleurs ennemis de la cause antimoniale, et Jean Chartier ne tarda pas à ressentir les effets de leur inimitié. On eiU pu croire qu'il s'était engagé à la légère dans cette lutte; il n'en était rien cependant, car il était vigoureusement soutenu dans
' Comm, manuscrits, t. XIII, f. 460-161.
T II r; ni' Il HAST M HENAIIFXIT, 307
la circonslîtnce par Vaulliier, son protccleur, docteur de Monlpcllior, fori parlisan de l'nnliinoiiic, v.\ de [dus, preiTiier médecin de Louis \IV, c'est-à-dire (oiil-piiis'.ant à la cour. Malheureusement, Vauthicr vint justement à mourir sur ces cniref'ailes, à la (grande joie du doyen qui écrivait à son ami Spou : u que ce premier médecin du « Roy estoit le dernier du royaume. »
Aussilôt Charticr fut condamné, chassé de TF-colc et livré sans défense à la merci de ses créanciers < qui n'en « pouvant avoir de l'argent, le firent mettre en prison ' >•.
« Pour comble de malheur, dit Maurice Raynaud', « il nous est impossible de voir en lui un talent persé- .< cuté, car son ouvrage est d'une rare insignifiance. Ce ^< qu'il a de plus remarquable, c'est un frontispice sym- « bolique, où l'on voit un hibou perché sur un cep de " vigne (allusion au vin émétique), portant des lunettes " et entouré de torches allumées. Au-dessous on lit :
« Le bibou fuit, la clarlé vivifique, Et, quoiqu il ait lunettes ei (lambeaux, Il ne peut voir les secrets les plus beaux De l'antimoine el du vin émétique. -
Les réponses ne manquèrent pas au -• Plomb sucré des ^( mages ». Blondel écrivit la " Légende anlimoniale, a aletojphanes , antilogia , pithœgia « ^ dans laquelle les injures n'étaient pas ménagées à ceux qui osaient prescrire ce médicament. Germain syllogisa ses vertus dans tt V Orthodoxe ou de ÏAhus de l'antimoine ■•-. Toutes ces diatribes n'empêchèrent pas les nouveaux remèdes d'acquérir non-seulement l'estime du public qu'ils avaient
' Cependant il plaida et finit par ryagner son procès contre Guy Patin en 1653.
- M. RVYN.VUD, p. 191.
déjà, mais encore celle des docteurs de l'École. L'anlimoine, le cachou, le laudanum et le quinquina, tous médicaments qui aujourd'hui jouissent de vertus incontestées,avaient fini par triompher, et, avant sa mort,Renaudot avait pu imprimer l'ouvrage de son fils Eusèbe : « V antimoine Jusli fié, l'anlimoine triomphant ' . "Ce qui, dans ce livre, avait dû réjouir et venger le vieux médecin de Montpellier, plus encore peut-être que toutes les bonnes raisons y contenues, c'était la note suivante, rédigée par plus de la moitié -des docteurs d'une Faculté qui, à dix ans d'intervalle, se déjugeait complètement en adoptant les remèdes chimiques, que, naguère encore, elle traitait de poison, et dont elle aurait vu briiler avec plaisir les partisans.
Le sentiment des docteurs régents en médecine de la Faculté de Paris touchant l'anlimoine.
« Nous soubsignez, docteurs en médecine de la Faculté '< de Paris, certifions à tous qu'il appartiendra, que les " qualités de l'antimoine ayans esté, par un long usage « et une expiiriance continuelle, reconnues de nous cstre " grandement convenables à la guérison de quantité de « maladies, nous déclarons que ce remède, bien loing " d'estre chargé d'aucune malignité vénéneuse, a plu- « sieurs rares vertus qu'un médecin peut employer à " combattre sérieusement grand nombre de ces maladies, (1 moyennant qu'il le fasse avec beaucoup de prudence « et de discrétion. En foy de quoy nous avons voulu
' Le permis d'imprimer est du 8 avril 1653. * Ces idées ne firent que s'accentuer, car, en 1666,92 docteurs sur 102 adoptèrent l'antimoine par décret solennel.
TIlfiOlMIIiASTK lU'NAnnOT. 309
« sififncr cet cscril. K.iil ;i l'aris, le vingl-sixi^sme mars « mil six cent cinquaulc-dcux.
« U. ClIAKTIER, J. DE GORRIS, HeNAIIT, F. (iUKNAUT,I>K
« Pais, 1. Bourgeois, de Vaili,y, de Beaurains, de « Bourges, Pmart, OniouEnoiaïF, du Ci.edat, Bi:df'-; « des Fouoerais, de Saint-.Iacjques, JouviN, V. Bo- « DiNEAU, I. Tiienart, C. Hubaut, Raimssant, Vaciiei ROT, J. Regnaut, Dui'Ri^:, L. Defrades, j. Ciiartier, " Léger, Le Vignon, Denyau, F-e Mercier, Richard, Cl Le Tourneur, Arakia, Mares, l. Gavois, D. .Ionc- « ouET, F. Langlois, Paiot, Le Breton, Le Gaigneur, 'i L Cousin, G. Petit, Moreau, J. Garde, Guyet, 'i Denorienne, du Pont, Tardy, Maurin, J. Hamon, " Morand, 1. Renaudot, E. Renaudot, Bachot, ^'Dieuxvoye, Mauvillain, Debourges, Hureau , « M. Langlois, Lopes, Arbinet, de Sarte, F. Lan- « DRIEU. (61.) »
Renaudot avait donc pu voir avant sa mort triompher les remèdes chimiques dans l'PÎicole même. H avait pu croire un instant peut-être, qu'avec eux, la méthode expérimentale allait être mise en vigueur, et que tout le dogmatisme médical s'écroulerait sous les efforts de rexpérimentation. Mais il ne devait pas en être ainsi : malgré l'esprit baconien dont il semblait imbu, et dont on retrouve dans ses livres de nombreux reflets associés à des citations appropriées, Eusèbe n'allait pas tarder à subir Tinflueuce du milieu académique dans lequel il se trouvait transporté. Son père mort, il vécut de concessions, son frère Isaac joua un rôle des plus effacés, et, alors qu'il eût pu rénover, il se contenta de suivre le courant des vieilles idées , qui ne se trouvera désormais
arrêté que deux siècles plus lard par Bichat et Claude Bernard.
Quant aux autres " innocentes inventions ^ de Renaudot, ainsi que lui-même les appelait sans orgueil, elles régissent aujourd'hui le monde, et, on se demande ce qui pourrait bien arriver dans un Etat qui les supprimerait, tant elles font partie des besoins fondamentaux d'une nation.
Après sa mort, Isaac et Eusèbe continuèrent à diriger la Gazelle qui passa après eux entre les mains du fils d'Eusèbe, Tacadémicien et célèbre orientaliste Renaudot. En 1762, elle prenait le titre de Gazette de France, et devenait effectivement organe officiel, bien qu'elle le fut déjà depuis longtemps.
Au mois d'août 1761, Louis XV avait, par lettres patentes, ordonné sa réunion au département des affaires étrangères. Après être sortie pendant la Révolution de ce ministère, elle y revint en 1791, et enfin, en 1792, elle rentra dans le droit commun. Le journalisme était libre depuis 1789; il est inutile d'insister sur le rôle prépondérant qu'il joue dans notre société.
Les bureaux d'adresse et de rencontre abolis par l'arrêt du 1" mars 1644, avaient été rétablis en 1647. Ils fonctionnèrent avec régularité jusqu'à la mort de Renaudot. Il est fort probable que ses fils, tous les deux médecins, ne se soucièrent guère de continuer le trafic peu lucratif de leur père, car, à partir de sa mort, on n'en entendit plus parler jusqu'au commencement du dix-huitième siècle.
" Suivant le Dictionnaire de Trévoux', le Bureau d'a-
' cité par Hatin, Histoire de la Presse, t. II, p. 499.
Tlir'.fll'IIKASTK MKNAUDOT. 311
" dresse liil loiiijhNnps iiilcn-omjni à ciuso de soti peu u de succès ([ui avait déc()ura{;é ceux (jui s'en élaienl (i iiièlés. 11 il lui rclabli en 1702, lel à peu prf'squc l'avait l'oiidé lîeiiaudot. — Ku 1710, I)u{jonc '• r)nda un re'ucil « iiililulé : AJficlics de Paris , des provinces cl des pays « étrangers, il se proposait par là de reproduire les affi- (i ches apposées dans les rues. 11 n'avait créé qu'une seule « chose, c'était le mot Affiches employé dans le sens où « nous le prenons aujourd'hui. Celait toujours l'idée de «i Ueuaudot qui portait de nouveaux fruits. ' De sorte que celui-ci peut et doit être considéré comme le créateur de la PubliciU commerciale.
Quant aux Monts-de-piêté, ils ont pris une telle cxtensiou que le chiffre de leurs opérations atteint les proportions les plus élevées.
Le Bureau d'adresse, les Monts-de-piélc , la Gazelle , ont prospéré : les Consultations charitables contribuent tous les jours au soulagement des malheureux : qu'est devenue la Faculté libre rêvée par Reuaudot au dix-septième siècle, et qui fut si près d'aboutir?
Les rôles sontmaiuteuant intervertis : Richelieuvoulait une Faculté d'Etat pour faire concurrence à la Faculté universitaire presque complètement indépendante du pouvoir souverain.
Aujourd'hui, le ministre de l'instruction publique est grand maître de l'Université, et grand maître effectif; et c'est à l'État lui-même que la Faculté demanderait appui contre les tentatives de >^ Faculté libre r venues du dehors, si celles-ci venaient à se produire.
Mais, à l'inverse de son aïeule, la Faculté de médecine a profité des leçons du passé : elle a rompu avec la tradition, réjeté l'huraorisme, embrassé la méthode expérimentale.
En résumé, Reiiaudot, le préourseur de deux siècles, triomphe et triomplie partout : comment se fait-il donc que son nom soit à peine connu , alors qu'il devrait être inscrit au livre d'or des bienfaiteurs de l'humanité? Comment se fait-il que sa ville natale n'ait jamais songé à honorer sa mémoire? Comment le Journalisme, dont il est le père, n'a-t-il jamais songé à accorder môme un sourire à son fondateur dont le centenaire approche?
Alors qu'on élève tant de statues aux conquérants, aux grands hommes qui ont eu pour unique but sur terre de fomenter les discordes et de faire s'entre-choquer les nations, ilétait rationnel d'oubher ce philanthrope ignoré, qui, à force de donner aux pauvres, mourut " gueux ■t comme un peintre ", et qui, en fondant les consultations charitables, a conservé, conserve et conservera toujours, la vie à tant de malheureux.