ACTE DE MAISTRES ISAAC ET EUSÈBE RENAUDOT
« Aujourd'huy sont comparus par devant les notaires " garde-nottesduRoy,nostresire,ensonChasleletdePau ris, soubsignés. M" Isaac et Eusèbe Renaudot frères, u licenciés en la Faculté de médecine de Paris, demeurans, ' scavoir : le dict sieur Isaac, isle Notre-Dame sur le quay « de Bourbon, et le dict frère Eusèbe, rue des Petils- 'i Champs, lesquels ont déclaré qu'ils n'entendent point 'i se servir des arrests qu'ils ont obtenus contre la dicte 'i Faculté, en cas qu'elle leur faict l'honneur, comme il a ' esté arresté depuis peu par deux décrets d'icelle Faculté, ii de les admettre aux degrés de doctorat et présidence, « pour jouir comme les aullres docteurs des droicts, 'i honneurs et émoluments de l'EschoIe. Consentants ^i d'estre mis au catalogue selon l'ordre de leur réception
' Cumin, nianiiscriU, t. XI M, f. oGj, r".
TIIKIUMIItASTK II K N A li DO T. 271
<i (le Ijdiiim;!. (|iii si; (cr.i p.ir l'Kscliolc, (hVsadvoii.iiiîs loin « ce qui a csLé l'aicl par M' Tlir'oplirasl»! liciiaiidol, leur « père, laiil |)ar libelles (jiie proetMleiires (piele()n(|iie>, Il en {général et en parlieiilier eonlrc la dicte l'aeullé cl " docteurs (rieelle; proinellanls, en conformation d'un « certain acte passé par devant l'ar(|ue et son compai- " [';nou, notaires audit Chaslelel de l*aris, de n'exercer a auleuiie desConetions du lUireau d'adresse, telles quelles « soient, mais de s'adonner cnliôremcnt, comme ils ont u toujours l'aie! , à l'exercice de la inédocine, et consentent Il à faulte de ce l'aire, d'estre privez de toutes dignités cl a émoluments de i'EschoIc. Ce fut fait et passé à Paris ez " estudes des notaires soubsi{jués, l'an mille six cents Il quarante-sept, le 21" décembre, et ont si{jné la minute ^i des présentes demeurée vers et en la possession de a François, l'un des notaires soubsignés.
Il Dlpcis, Fraxçois. -5
Le lundi 23 décembre 1647, devant une grande assemblée de docteurs et d'auditeurs, Isaac fut enfin doctorifié. Le tournoi fut, parait-il, des plus brillants, et Michel de la Vigne répondit au doyen qui lui posait une question, « d'une façon si remarquable, qu'il se surpassa lui-même, M bien qu'il fi\l depuis peu convalescent d'une maladie ^< qui avait failli le conduire au tombeau ' ^^ .
Quant à Eusèbe, il fut vespérisé le 9 janvier 1648, et reçu docteur le 6 février. Les deux frères avaient mis dix ans pour acquérir un titre quel'Kcole conférait :généralement après trois années d'étude, et souvent moins. Us avaient dû deux fois renier leur père, et n'a-
' Coiiuit. maiiuscrils, t. XIH, f. 346.
272 TIIEOI'IIRASTE REAAUDOT.
vaient été reçus qu'après deux arrêts du Parlement rendus en leur faveur.
Avec eux rouirait dans l'Ecole un élément nouveau dont nous allons bientôt constater les symptômes.
Presque à la mi'ime époque, la Faculté de médecine de Montpellier cherchait à faire rapporter l'arrêt de 1644, qui frappait ses membres en interdisant la médecine aux médecins étran{jers, et, fort irritée de se voir ainsi censurée, elle ne Irouva rien de mieux que de renier M° Martin qu'elle avait bien et dûment constitué sou avocat, et de prétendre, avec la plus insigne mauvaise foi, qu'elle n'avait même jamais songé à intervenir dans le procès Renaudot.
Le 27 mars 1G47, elle fit signifier le " contenu cy-des- « sous au sieur Perreau, audit non parlant, mais au .' nommé Claude, son domestique, en son domicile, par ^' raoy, Lorguet, huissier au Chastelet, soussigné.
« Signification du chancelier de la Faculté de médecine ï de Montpellier :
c. A la requeste de M" Roger de Relleva!, conseiller « et médecin ordinaire du Roy, professeur de S. M. en c l'Université de médecine de Montpellier, chancelier et .. juge en icelle, tant paur luy que pour et au nom des « doyen, professeurs, docteurs et régents en l'Univer- « site susdite et d'eux fondés de procuration spéciale '< passée par devant Gardcl, notaire royal audit Montpel- <■■ lier, le 14' jour de janvier an présent mil six cents qua- - rante-sept :
« Soit signifié et deuement faict sçavoir à Jacques Per- " reau, tant pour luy que pour les aultres soi/ disants « doyen, docteurs et médecins en l'Eschole de Paris: que c. ledit sieurde Belleval estant en cette ville de Paris, il se-
r III'; (II' III! \sTi'; li^:^Alll)flT. 273
« roil, venu en sa cofjruMssancc un prcli-iidii arrc^l du I*ar- « Icinoiil do Paris du premier jour de uiars IGii, donné « cnlrc M" riié()|)liras(o Kcnaudol, docteur en médc- « cinc de la dicte ville de Montpellier d'une part, cl Ics- « dits prétendus docteurs de THscliole de inédecine de « Paris d'aullre, par lequel M" IMarlin advocat au dicl « Parlement a occupé pour la dicte Université de Montci pcllier comme intervenant audict proccz. FI, d'autant (i que celte prétendue intervention a esté faiclc sans (i aulcune charjjc, mandement ni procuration expresse « pouroccupcr par Icdicl Martin au nom de ladictc Uni- « vcrsité de médecine à IMontp^'ilier, au proccz d'entre « Icdict Rcnaudot et lesdicts soy-disants docteurs de « l'Escholc de Paris, et que d'ailleurs, ledict arrest du " 1" mars 1G14 est au désadvantage desdicts doyen et « professeurs, docteurs régents et médecins de ladicte « Université de Montpellier, et contraire aux privilèges " d'icelle Université accordez et confirmez par une " longue suite de Rois et notamment par le Roy à pré- « sent régnant, iccluyde Belleval, tant en son nom qu'en (t vertu de ladicte procuration, adéclaré et déclare audict " Perreau, tant pour luy que pour tous les aullres méde- ^<- cins de son Escliole, qu'il a desadvoué et désadvoiie par « ces présentes, l'intervention quia esté faictc en la sus- « dicte instance, sous le nom de ladictc Université de « Montpellier, ensemble toutes les comparutions, con- « tcstations, poursuites et procédeures f.iictcs sur icelles « et par ledict Martin, attendu qu'il les a faictes sans " aulcune charge, pouvoir, mandement ni procuration " de ladicte Université en médecine de Montpellier, pro- II testant de nullité du contenu au susdict arrest eu ce i^ qui concerne la susdicte Université de Montpellier, ea-
is
« semble lous ses docteurs, et de se pourvoir par devant " le Roy et nosseigneurs de son Conseil et ailleurs, " quand bon leur semblera, en cassation du susdict ara rest comme estant contraire aux susdicts privilèges de K ladicte Université de médecine de Montpellier'. »
La rétractation de l'École de Montpellier était trop tardive pour être sincère ; aussi, la Faculté de médecine de Paris, ne discutant même pas la possibilité d'une uonintervenlion dans le procès contre Reuaudot, réponditelle par une autre : « Requeste pour présenter contre la « susdicte signification, dressée par MM. du Rozée et « Deffita^ advocats du Parlement, après avoir consulté.
« A Nosseigneurs du Parlement,
« Supplient humblement les doyen, docteurs et sup- « posts de la Faculté de médecine en l'Université de " Paris, disants que, ayant obtenu arrest contradictoire « en l'audiance de la grande chambre avec toute sorte « de cognoissance de cause et sur les conclusions de « MM. les gens du Roy, par lequel deffences ont été « faictes à M'= Théophraste Renaudot, docteur en méde- « cine en l'Université de Montpellier, d'exercer la mé- " decine eu cette ville de Paris nonobstant l'interven- K tion de ladicte prétendue Université de Montpellier : « lenommé Roger de Relleval,5oy-^/isfm^ professeur, chan- " celieretjugeen ladicte prétendue Université de Montci pelller, se seroil ingéré de faire signifier à M" Jacques « Perreau docteur et doyen de la Faculté de médecine en Il l'Université de Paris, le 27 mars dernier, un exploit
' Comm. manuscrits, t. XUI, f. 347-348.
s Deffita avait plaidé la cause de l'Université de Paris intervenant contre Renaudot.
TiriïOl'HllASTF': IIIINAUDOT. 275
« par U;(|ncl iccliiy do H(;llcv.'il, J.inl pour Iny que pour c( « au nom des |)ror<;s.scurs, doclciirs réjycnls de ladjcle « prétendue llnivcrsilé, déclare ((u'il désavoue M Marti (in, advocal (-n la eour, (pii a plaidi* pour lesdiets doi;- " leurs de IMoi)l|'/(;llier, lors diidicl arresl : passant plus « ouKre, je proteste de niillilé de ladicle intervention et « de demander la cassation dudiel arrest au Conseil et « ailleurs, oii bcsoing sera, avec des termes de nicspris, " outre l'honneur deu aux arrests du Conseil souverain, u ce qui obli^^c les suppliants d'avoir recours à la Cour " pour leur eslre sur ce point j)ourveu.
« Ce considéré, Nosseifjueurs. il vous plaise perci mettre aux suppliants de faire assi{ji:er eu ladicte (i cour Icdict de Bellcval, tant en son nom que comme " soy-disant avoir charge des doyen et professeurs de (i ladicte prétendue Université de Montpellier, pour « y voir dire que : sans avoir esgard audict prétendu « desadveu et protestations faictes par Icdict exploit du il 27 mars dernier , ledict arrest contradictoire du « 1" mars 1644 soit exécuté selon sa forme et teneur, « avec déffences audict de Belleval et tous aultres d'y " contrevenir; lequel exploit comme injurieux sera (i lacéré en la présence dudict Belleval, et luy cou- « damné pour la faulte par luy commise à aumosner la « somme de deux mil livres à l'Hostel-Dieu de Paris, « avec déffence de récidiver, à peine de punition corpo- « relie. Et vous ferez bien*, i^
Il était intéressant, croyons-nous, de publier in extenso ces pièces, qui se rapportent, du reste, directement à notre sujet, pour faire voir à quel point de grossiè-
» Comm. maïuiscrils, t. XIH, f. 348-349.
276 THÉOPHRASTE IIENAUDOT.
reté, deux grands corps constitués, comme la Faculté de Paris et celle de Montpellier, pouvaient en arriver.
On y peut voir que, môme en style officiel, les gros mots n'étaient pas épargnés. Ce n'était là, du reste, que l'accentuation momentanée d'une querelle séculaire qui, avec Riolan et le «t chien Courtaud » comme celui-ci appelle le doyen de Monipellier, va bientôt passer à l'état aigu; querelle dans laquelle les adversaires se jetteront réciproquement à la tête beaucoup plus de gros mots que de bonnes raisons '.
Quant à la cassation de l'arrêt du 1" mars tG44, que la Faculté de Montpellier disait n'avoir appris que y:'«r hasard, elle ne fut jamais accordée, et l'École de Paris continua à poursuivre les médecins " exotiques ".
' Riolan, Curieuses recherches sur les Escholes en médecine de Paris cl de Montpellier, nécessaires d'estrc s^:cues pour la conservation de la vie. Paris, 1651.
CILMMTIIK VIII
La o.\zi;ttk pkndant i,v frondi:. — lienaudol suit la cour à Saintr.cnuai» (.'i janvier 1049). — Les Mnz/trintidcs et les contrefaçons de la Gazette. — Ses fils, qu'il a laissés ù Taris, funt le Courrier François. — La presse n'est libre que dans un pays libre.
Exil de Mazarin (i()51). — Tracassei'ies du chancelier Séyuier devenu président du Conseil. — on retire à Henaudot sa pension de coninussaire général des pauvres; on lui refuse communication des nouvelles officielles. — Il répond par V.-lpologic du Bureau d'adresse contre ceux qui se plaignent qu'il ne leur fournil plus gratuitement les Gazettes. —Nouvelle activité de Renaudot. — Chafjrins domestiques. — Il meurt le 25 octobre 1653, « gueux comme un peintre » , après avoir pardonne à ses ennemis.
En 1646 , Reaaudot abaiidoiiuaut définitivement le terrain médical, avait été nommé liistoriog^raphe de la couronne, et, pénétré de l'importance de sa nouvelle fonction, s'était décidé à consacrer à la Gazette tout son temps et tous ses efforts.
Après avoir transporté son Bureau d'adresse, d'où dépendait la Gazette, de la rue de la Calandre à la tt rue Saint-Honoré, près la Croix-du-Tiroir devant la « riie du Four i;, il était enfin venu occuper son poste officiel^ le 16 mai 1648, aux « Galleries du Louvre, devant t; la rue Saint-Thomas '?.
Ce n'était pas une sinécure que d'écrire pour la postérité l'histoire si troublée de cette époque.
278 TllEOrilRASTK UI'NAL'DOT.
Après la victoire de Lens (1648), Mazarin avait repris courage contre le flot sans cesse montant des réclamations du Parlement soutenu par l'opinion publique. II s'était décidé à faire arrêter trois des magistrats les plus populaires : Novion Blancmesnil, Charton et Rrousscl. Le résultat ne s'était pas fait longtemps attendre : le même jour (20 août 1648), Paris se couvrait de barricades et le peuple ameuté criait : " Liberté et Broussel. » Devant cette émeute, qui menaçait de devenir une révolution, la cour eut peur et céda, et, après quelques pourparlers, le jour même où était sip^né le traité de Westplialie (24 octobre 1648), la Reine, par la paix de Saint- Germain, sanctionnait toutes les demandes de la cour Saint-Louis formée par le Parlement, la Chambre des comptes, la Cour des aides et le Grand Conseil « unis le « 13 mars dans la chambre Saint-Louis, au Palais de « justice, pour servir le public et le particulier, et ré- " former les abus de l'État «.
Débarrassé de la guerre étrangère, Mazarin, qui savait
toujours courber le dos sous l'orage, releva la lête, et,
sur son conseil, la Reine quittait Paris le 6 janvier 1649,
emmenant avec elle ses enfants, et faisant appel aux
troupes qui lui étaient restées fidèles.
La Fronde était commencée.
Mais si, d'une part, Condé, cédant aux sollicitations d'Anne d'Autriche, consentait à prendre le commandement des troupes royales, si, d'autre part, le Parlement ralliait sous sa bannière " les princes et les jeunes sei- « gneurs qui pouvaient s'amuser à la guerre civile sous « un ministre qui ne savait plus faire tomber les tètes », Mazarin, en homme habile, s'assurait le concours de la Gazelle et emmenait Rcnaudot avec lui à Saint-Ger-
TlirMllMli; ASTK iti:>Ai;i)nT. 270
main '. Il l'élahlil ;i poslc fixe cl ; lui donna la rlircdion " d(3 rimpriniorie qu'il faisail cniporlcr * cl qui fui éla- « biic flans un (\os apparicrncnis de i'Oran.'ycric;. Outre « la ncccssilc dt; (aire imprimer les arr(^ls (\[i conseil, les a IcKrcs el les déclaralions du Hoi pour les répandre el (i les faire connaiire, le Cardinal avait l'inlcnlion d'ac- « eepler la lutte avec la Fronde sur le terrain de la pu- " biicité, d'opposer aux |)amphlélaircs ses écrivains , « d'avoir comme li; Paricmcnl et les généraux ses pièces « de polémiiinc el ses feuilles volantes. Pour cela, le fon- « dateur de la (7ff2e/^e clail bien l'homme qu'il lui fallail ; « rompu aux habitudes de controverse, il connaissail à a fond toutes les pelites finesses, toutes les ruses du méti lier qu'il avait exercé le premier.
K Si Rcnaudot convenait à la fonction, la fonction « convenait à Henaudol : elle devait aussi nécessairement « l'affermir dans la faveur de la Reine, du Cardinal, de ti la cour, et l'aider, par conséquent, à conserver, malgré " l'instabilité des choses à celte époque, le privilège de « la Gazelle. 11 n'eut donc garde de refuser. Mais quitter « Paris, c'était laisser le champ libre à la concurrence; le « Parlement pouvait autoriser la publication d'un jour- « nal, breveter quelque écrivain qui consacrerait son « savoir-faire à le défendre. La guerre finie, qui l'cmpor- « tarait : du gazetier du Palais-Royal ou de celui du Pa- « lais de Justice? Mazarin pouvait rester le maitre sans
' Renaudot avait déjà, h cette époque, subi une première attaque de paralysie dont il souffrait fort.
- En citant textuellement ce passage d'Hatin, nous devons ajouter que ce fut Renaudot lui-même, et non Mazarin, qui fournit les matériaux nécessaires pour rétablissement d'une imprimerie, et qu'il ne toucba jamais, comme nous le verrons, le montant des frais que lui occasionna une telle installation.
280 THÉOl'HRASTE RENAUDOT.
« doute, mais il pouvait être sacrifié; ou bien encore, la « paix pouvait se faire par un compromis. Daus celte " liypollièse, la Gazelle serait-elle assez favorisée pour '; conserver son monopole ? Le cas était douteux. En " politique habile, Rcnaudot marcha résolument contre 'i la dilTicuKé. Il avait deux fils attachés à la rédaction de « la Gazelle, il les laissa à Paris avec le plan d'un nou- « veau journal, et, pendant qu'il écrivait la Gazelle à c Saint-Germain pour la cour, ses enfants écrivaient à « Paris le Courrier francois, journal du Parlement '. Qui il sait même si Mazarin ne fut pas pour quelque chose « dans ces calculs? 11 était assez fin pour cela. On pou- « vait présumer que le Parlement, qui {gouvernait à « Paris, voudrait avoir, comme la cour, sa gazette à lui; « n'étail-il pas d'un habile politique , de la part du « Cardinal, de la lui faire faire par des hommes à sa dé- « votion ^. ■>'
Installé à Saint-Germain, Renaudot continua la Gazelle, im.prima les faits et gestes de la cour. Le 4 mars, le Roi vint le visiter : désireux de lui prouver son attachement, il composa sur-le-champ et fit imprimer immédiatement les vers suivants :
" ,]'accepte cet aufjure en faveur de Thisloire, • Qu'à l'instant que Paris se met à la raison,
' Un fait à noter, c'est que les numéros de la feuille imprimée à Saint-Germain pendant le séjour qu'y fit la cour continuent à porter la suscription : " A Paris, du Bureau d'adresse, aux Galle- " ries du Louvre, devant la rue Saint-Thomas. • Le numéro du 9 janvier, le premier qui fut imprimé à Saint-Germain, contient cette rul)rique : ' De Saint-Germain en Laye, le 8 janvier lGi9 :
■ Leurs Majestés et toute la cour arrivèrent icy le 6 de ce mois,
■ sur les neuf heures du matin. » Voil.'i tout. Rien des motifs de ce voyafje nocturne, pas un mot des troubles.
2 IlATi.N, Histoire de la Presse, t. I, p. 2.38-2^0.
TlIfidl'IlItASTI': IIK.NAUDOT. 281
Mon priiirc vi.silaiil. sa royale maison, " Va fournir do .siijcl aux oiilils de sa jjloirc. • Kiiihrassoz-vons, rranrois ! i;s|»a(;iiols, ;"i (;r;noiix « Tour recevoir la loi, e.ir la paix esl chez nous '. ■
M.'iis les Parisiens iToiidciirs ne pardonnèrent pas h Renaiulot d'avoir quille Paris pour suivre la eour h Sainl-(i(:rinai;i, A peine eut-il (juilté la ville que les pamphlets tombèrent dru et jjrèlc sur sa (èle.eltous fort injurieux :
« Maisire Courbe, — disait l'un d'eux* — el plus men- " leur que ne le l'ust jamais le plus subtil arracheur « de dents qui soit dans le domaine du pont Neuf, où ce diable allès-vous? Tout le monde sçait que le lendc- « maiu des Rois vous vous en fustes à Saint-Germain, « crainte que vous aviés d'estre enfermé dans les barri- « cades, où d'estre ensevely dans l'un des tonneaux qui « servirent de rampars à la défense des bourgeois de «Paris, lorsque le Roy, quittant son palais, t'avoit u laissé seul dans les {valleries de son Louvre, où tu estois " demeuré un moment pour apprendre ce qui se passoit « dans l'esprit, dans la pensée, dans l'intention des hâte bitans. O dieux ! tu manques de nez, si ce n'est que « les plus courts soient les plus beaux, ou que les plus « puants soient les meilleurs, comme l'on dit des fro- « maji'es, mais lu en eus cette fois, car les païsans ré-
' y. ^lOREVU, Bibliographie des mazarinadex, qui désif^ne 8 pièces dont la paternité appartient ;\ Renandut. - n:)ns la collection des " lettresdeLetellier-LoavoiSiManuscr.de IaBii)l.nat., vol. XXXIII), « se trouve une adresse au peuple pour renj^aj^jer à ne pas se « monirer hostile à la cour. Au projet est joint un ordre du « Roi portant que Renaudot publiera cette pièce sans nom d'im- « primeur, et la répandra sans nommer l'auteur. » ;II\tin, t. I. p. 238.)
^ Le Voyage de Théophraste Renaudot, gazeltier, à la cour.
282 THÉOl'HRASTR R E.N AIDO T.
^i Yoltcs cstoient résolus à te (aire mourir d lus im Ioq- « ncaii de la plus fine iiicrdo qui se trouve dans les niait rais ou dans la rïie des Gravilliers. d
Le reste du pamphlet est conçu dans le ni(ime style et dans le môme esprit :
Va donc 't ensei{ifncr aux Italiens les moyens dont tu " te servis pour le guarir de la vérole, ou les moyens 'i de bien empoisonner quelqu'un, sçachant qu'en ta « personne, comme en celle de la femme, tu as excellé « en ces deux secrets v.
Le vrai motif de toutes ces liaines traduites eu langage si grossier, et la raison de toutes ces attaques, sont contenus dans la même i- niazarinadc i) .
- Viens ça, vendeur de lliériaque : confesse ingénue- II ment et ne dissimule point. Que vas-tu faire à la a cour? Sans doute, Mazarin a dessein de t'empioyer à " te faire imprimer des arrêts contre le Parlement. »
Enfin, les contrefacteurs n'ayant plus à craindre les procès que Rcnaudot n'aurait pas manqué de leur intenter s'il avait été présent, s'en donnèrent à cœur joie. 11 serait difficile de compter et fastidieux d'énumérer tous les libelles ou toutes les publications jourualières qui cherchèrent , soit à supplanter la Gazette^ soit à la couvrir de ridicule. Citons néanmoins les extraits suivants d'une de ces publications éphémères, qui montrent bien l'esprit gouailleur de la population parisienne d'alors.
« La Gazelle Burlesque envoyée au Gazetlier de Paris, « mil six ccnls quaranle-neuf :
" Sunt quatuor qua? nunquam dicunl salis :
" MarC; vulva luulieris, infernus et Ijursa Gazettarii.
TIN. I d'il HAST K ItK.VAIJUOT. 283
ii De N;i|»l('s, l<; i du mois (|ii(; l'on maii};(' l("« mi;i(|iic- « re.'uix fr.iis.
a La nier ayanl es((; ex(r;i()r(lin;iir<'nienl or;i{jeiise, a i< vomi sur nostre rivafyc nne lelle (juaniilc de poissons « et (le ma((ii('reaMX, (lu'après les abondâmes provisions it du public, l'on en a pu encore saler dans des barriques " pour (MI Ibnrnir à l'univers.
u De Paris le des calendes de juin.
" II pleiU lellemenl deux jours durant, (|ue les fem- « mes qui esloienl par devers les rues dcsconvroient « leur cul pour couvrir leur leste-, les vieillards de no- « nanle ans ne peurent manger sans ouvrir la bouche, « les aveugles ne se voyoienf pas l'un l'autre et l'eau ne « cessa de couler par-dessous le pont Neuf, elc. "
Pendant ce temps, le Courrier franrois, que ses fils avaient fondé, obtenait le plus grand succès. Rédige par des hommes compétents et habitues à faire du journalisme, il avait réussi au delà de toute expression, bien qu'on silt et qu'on écrivit dans quelles conditions il avait été fondé :
" H nest pns jusqu'au gazettier « Pcre et fils d'un mcsme niestier, • Dont l'un à Saint-Germain ne crie...
» Et l'autre en faveur de Paris ' ". .
Les mêmes pamphlétaires consacraient eu ces termes le succès de cette feuille, qui, de même que la Gazelle, se vendait 1 sol :
" Il avoit loutesfois {le Courrier) bien choisy son temps, « et comme personne ne le contredisoit, il pouvoit faire " ses orges, et faire accabler son imprimeur de sols bos-
' La Guerre civile en vers burlesques. Mazarinade.
281 THÉOl'HRASTE RENAUDOT.
■ ■' SUS ; le pain ne se vendait pas mieux que ses papiers, on y " couiToit comme au feu, l'on assommoitpour en avoir, « et les colporteurs donnaient des arrhes dus la veille, « afin qu'ils en eussent des premiers : on n'entendoil les « vendredis , crier autre chose que le Courrier fran- « rois '. »
Lorsque, après la convention de Huel qui diminua quelques impôts et autorisa les assemblées des Chambres, la cour rentra à Paris (avril 1649), Renaudot publia de nouveau sa Gazette dans la capitale. S'appuyant sur ses privilégies, il demanda la suppression du Courrier français. Il est très probable que ses fils ne firent aucune difficulté pour cesser leur publication, mais cela ne faisait probablement pas l'affaire de l'imprimeur qui gaf^nailtant de « sols bossus 5), Aussi, résisla-t-il, et voulut-il continuer la publication du Courrier.
11 en était paru 12 numéros, du 5 janvier au 7 avril, alors que la cour était absente de Paris ; Renaudot fit saisir le treizième au moment où on le portait chez l'imprimeur, et cita celui-ci devant les tribunaux. Le procès, comme toujours, traîna en longueur, et, comme il était fort probable que l'historiographe de la cour n'aurait pas gain de cause devant le prévôt de Paris dont les appels allaient eu Parlement, " Sa Majesté attribua au " grand Conseil, le 8 octobre, par appel des Requestes « de l'Hostel, toutes les affaires dudict Renaudot, depuis 'i que le Parlement de Paris a condemné celui-cy aux (i despens et à l'amande pour avoir donné l'aumosne aux « pauvres dans ses consultations charitables, n'ayant pas « d'aparence que ledict Parlement aye diminué sa mau-
' Le Commerce des nouvelles rcsiabltj, ou le Courrier arreslê jjar la Ga^ xelle.k Paris, 1649.
TIN'; 01' Il II A. s CI': H K^ ai; 1)0 T. 28.';
« vaisc voNmlc (lcj)uis ces riiouvcriiciils, |)(;iifl.inl, Ics- « quels il n'y a eu que lecJicl Itenaudi)! seul qui aye « suivy le l?()y cl faici impriiiKT loiil rr. (|ui a esté faict « contre ledicl Parleinenl' ».
L'imprimeur l'Ul condamné, mais, pour une cause ou pour une autre , le cliancclier Séguier empocha (|ii'()ii délivrAl ji r>ciiaii(lo( rarr(^t portant condamiialioii; ce n'était, là d'ailleurs (|ue le commencemeul j)our le malheureux gazetier d'une n'ouvelle série de tribulations.
La presse n'était donc pas encore libre -. elle avait failli le devenir ou plutôt elle l'avait été pendant la Fronde : et, pendant tout le temps que Mazaria conservera le pouvoir, les pamphlets, les mazarinades, dont les auteurs resteront insaisissables, feront une (juerrc acharnée h l'autorité. Mais, lorsqu'aura commencé le règne de Louis XIV, des mesures plus sévères mettront un frein à la verve de ces hardis pamphlétaires qui, souvent grossiers et même cyniques, touchaient parfois juste et montraient qu'un jour ou l'autre l'opinion publique serait assez forte pour réclamer et obtenir le droit de dire la vérité.
Que Renaudot luttât contre cette liberté, rien déplus naturel : fondateur de la Gazelle, il la croyait tellement sienne qu'une imitation ne pouvait lui' sembler qu'une contrefaçon : du reste , pas un journal sérieux ne se fonda à cette époque ; tous les essais entrepris le furent par des imprimeurs qui, sans aucune initiative, se contentèrent de démarquer ses articles pour en tirer profit.
A partir de 1650 jusqu'à sa mort, il va lutter envers «t contre tous pour soutenir ses privilèges : ce sont ses
^ Lettre au chancelier Séguier. IManuscr., f. franc, n" 17391. f. 25, p. 220-221 ;Bibl.nat.
2S6 THEOl'llUVSTK RENALDOT.
fils qui, maintenant dans la place, vont faire triompher dans l'École elle-même les daclrines paternelles que celle-ci avait condamnées.
Outre sa Ciazclle, qui paraissait le samedi, Reuaudot publiait sous le titre à' Extraordinaires ', qu'il réunissait à la fin de chaque année dans le recueil de ses Gazeltcs, le récit des évéuements méritant une mention particulière et un peu étendue. C'était surtout ces Extraordinaires que les imprimeurs contrefaisaient. Dès la fin de 1649, ces contrefaçons prirent une extension considérable, mais, à partir de IG50, elles ne connurent plus de bornes. Du reste, les colporteurs des écrits émanés du Bureau d'adresse étaient eux-mêmes d'accord avec les faussaires :
Ils falsifient mes écrits, dit Renaudot, a avec les mesii mes nombres de pages, du chiffre et des signatures, Cl les mesmes souscriptions de mon dict Bureau d'adresse, 't afin de persuader par cet indigne fausseté, que leur 4t ouvrage est le mien. Il y a plus, quand je donne un « Extraordinaire au public, je le leur baille à un sol le (t cahier, qu'ils vendent un tiers davantage, et ainsi le Il Bureau en refuse d'abord au bourgeois afin qu'il soit « obligé de passer par lears mains, mais, l'ingratitude de Il ces colporteurs est telle, qu'ils ont la ruse de n'en Il acheter le premier jour que ce qu'il leur en faut pour
' C'est a n-i qu'il publiait : l'Abrégé de la vie et de la viorl du prince de Condé l'Henri II) (1647) ; la Vie et la mort du maréchal de Gassion (1647) ; Vie de Michel de Mazarin (1648). Avec ceS Extraordinaires, qu'il commença à publier le 1" mars 1634 (v. p. 92), nous devons mentionner divers pamphlets politiques peu importants ; liesponsc de Th. lienaudot à l'auteur des libelles intitulés : Avis du Gazettier de Cologne à celuy de Paris. Response des peuples de Flandre au donneur d'avis français, €t lièfutalion du correctif des ingrédiens, etc Paris, in-4", 1648.
TU KOI' Il II asti; ItK.NAl'IiOT. 287
a le coiiIrcCiiin; mal : ce que font cinq ou six imprimeurs " d'eiilr'eux, en peu d'heures, cl ces eolpoileiirs alleiia (lent lois à les aeliepler à ri()ri-))ris el à les vendre de « mcsnie, laissant toute la perte au Mureau et se réscr- " vaut tout le {yaia'. v Le public y trouvait son compte; seul, I\eiiaudot était l'ruslré, ce que les contrefacteurs 1 disaient fort liaul, afin (|u'on continnast de leur laisser ' iniprinierdes libelles". Aussi se plai{;nait-il amèrement : 't II y a de quoy s'estonner que ces gens de bien ne se « soyent avisez que vin{jt ans après l'eslablissement de « mes Gazelles de leur faire faire leurs libéralitez de a mou bien. Est-ce que le port des lettres venues .' mesmc de pais ennemi couste moins cher qu'il y a .1 vingt ans : tout a augmente de prix : le papier a dimi- « nue, c'est vray : mais qu'est-ce que cela, et ai-je aug- « mente le prix de mes Gazettes? » ce qui ne gênait guère les imprimeurs, si l'on en juge par le fait suivant: le même édii <iui condamnait les contrefacteurs à six mille livres d'amende, contenait également l'ordre d'imprimer les « Lettres envoyées par l'archidxic Lcopold •; : le lendemain, sans crainte del'édit, les - lettres de l'archiduc « étaient, nous apprend Reuaudot, livrées au public par les faussaires
Son caractère doux et bou s'aigrit à foutes ces luttes, à ces tromperies de tous les instants. Ne voudrait-il donc la liberté que pour lui seul ? Certainement, il n'était pas hommeàsoaffrirl'établissement d'une gazette rivale, mais son indignation est légitime contre ceux qui ne font que copier et vendre au rabais ce qui sort de ses presses. Et véritablement ces contrefacteurs faisaient grand tort à
• Gazette, 1050, p. 227
288 THÉOPHRASTE RExNAUDOT.
Renaudot qui les voyait le plus souvent impunis. A cette époque, Mazarin avait bien autre chose à faire qu'à protéger son historiographe, et les Iribunaiix, en ne poursuivant pas les conlrel'acteurs, faisaient de la popularité, car, condamner ceux qui pillaient Renaudot, mais qui donnaient les nouvelles meilleur marché que lui, c'était se nuire dans Tesprit du public.
Engagé sur cette pente fatale, tout devait se tourner contre l'infortuné gazetier, vieux et infirme, mais toujours sur la brèche et prompt à la riposte comme à ses plus beaux jours.
A la suite de l'union des deux Frondes, Mazarin avait été envoyé en exil (6 février 1651), et le chancelier Séguier, ami du Parlement et de la Faculté, avait été appelé à la présidence du conseil (3 avril 1651).
Depuis vingt ans, Renaudot jouissait d'une pension de huit cents livres, à titre de commissaire général des pauvres : on lui supprima cette pension, à lui qui avait tant donné de sa bourse pour soulager les malheureux. En même temps, on lui refusa toute communication des diverses nouvelles oftîcielles venues des provinces, et qui servaient en grande partie sous Richelieu à la rédaction de sa Gazette. En outre, on fit la sourde oreille lorsqu'il réclama le remboursement des frais qu'il avait faits lors de son voyage à Saint-Germain, à la suite de la cour.
Pour ne pas rester débiteur des personnages qui lui communiquaient des nouvelles, Renaudot leur servait gratuitement sa Gazette : à ces attaques de toutes parts, à cette suppression de communications, il répondit en supprimant à son tour tout service gratuit. Alors, tout le monde se plaignit, mais il ne se laissa pas intimider, et
Tlir;OI'lllî ASTK HKNAIJDOT. 2H9
il répotHhl ■ à ceux (|iii se pl.iiijii.iiciil (pi'il ne pouvait Il plus leur (loiiiicr jjr.iluilemciil IcsfJnzriirs' : Aulrclois, « on le protcjjcail , on di'fcndail son I5iir(;;ni confrc les « iTialinlcnlionnés ; cl il avait trouve nioycMi - de faire « subsister cet cslablissenieiit avec une simple pcnsiou « du Roy de huit ceots livres seulement, qui espar^înoient « dix fois davantage à Sa Majesté, la descliarjjeant des « frais des courriers ([u'elle estoit obligée de dépesclier « pour informer ses provinces dos choses ({u'elle leur « fait désormais sçavoir par là sans y engager son autho- « rite comme elle faisoit auparavant. Et, bien que depuis u la mort du Koy ou n'ait rien à lui reprocher, on ne l'a « pas trouvé digne d'estrc maintenu en la jouissance de ce cette petite pension dont le mcsnage ne peut guères « enrichir l'espargne, ni en celle de ses privilèges : de « sorte qu'il ne luy reste plus à présent moyen de subit sister ni faire les despences nécessaires à l'entretien « desdites impressions: la matière desquelles tirée de ce « qui se passe tant aux pais estrangers que dans la « France, luy estant le temps passé pour la pluspart « fournie par l'ordre des ministres précédents qui en " ont la plus certaine connaissance et qui sçavent le « mieux distinguer les choses qui doivent être teuës " d'avec celles qu'il faut donner au public : au lieu que « ceux d'aujourd'huy se réservent, comme tous ses autres « lecteurs, à syndiquer ses escrits après qu'ils sont pu- « bliez : ajoutans ainsi à l'abandonnement de la protec- 11 tion et au retranchement des appointements que plu- « sieurs autres estimeroyent possible estre deus à la « continuation de ses s cilles et travaux assidus, la pri-
' Apologie du Bureau d'adresse contre ceux qui se plaignent qu'on ne peut plus leur donner gratuitement les Gazettes. — 9 juin 1651.
290 THÉOPHRASTE RENALDOT.
« vation de toutes les nouvelles qui avoyeiit couslume « de luy venir. 11 semblcroit que ce sont là tous les « griefs dont on pourroit mortifier un fidellc sujet du « Roy et qui a vieilli comme luy dans le service, mais ce :t n'est pas encore fout : on luy supprime ses privilèges, « sa subvention, et on voudroit l'obliger aux niesmes « reconnoissauces que les profits du temps passé lui " donnoyent moyen de faire, et, que sa pension lui « estant ostce, il employé ce qu'il ne reçoit plus à « récompenser ceux qui ne luy procurent rien et pcr- « mettent que d'autres tirent tout le profict de son j)ri- « vilège. — On veut qu'il continue de donner graluile- « ment ses impressions à ceux qui ne songent point en « luy que pour luy demander sou bien, qu'il ne leur a « jamais deu et qu'il leur doit encore moins qu'aupara- « vaut : autrement ce scroit autant que de luy faire « payer le loyer d'une maison abattue. Injustice qui n'a « point sa pareille et laquelle ncantmoins, ne semblant «i pas telle à ceux qui se plaignent si hautement de luy « pour ce seul sujet, il les prie de souffrir qu'on les en « détrompe.
« 11 a esté longtemps à se résoudre comment il le « feroit et se laveroit d'un blasme qu'il ne mérite point; te mais enfin, se souvenant que c'a toujours esté la forme « de faire sçavoir aux puissances et mesme à Leurs Ma- « jestés ses justes plaintes, ausciuelles on ne sçauroit faire « raison sans les entendre, il a esté contraint de suivre « la mesme voye que Leurs Majestés ont de tout temps « approuvée, s'asseurant qu'elles et leur sage Conseil, u informez de ce qui se passe en cette matière, y donnc- « ront bon ordre, et, que les grandes despences qu'il a « faictes à les suivre à Saint-Germain nonobstant son
T II r; 01' Il 11 ASTI', lti;,N\( liflT. 20!
" };r;iii(l A{;(' cl s;i p.ir.ilysic, |»;ir leur coiiiiii.iiHhMriciil, cl (i à Iciu' louniir coiniiic il a i'aicl pour plus de liois mille « livres do ses impressions, par les ordres (|ue lui en ont « doimé MM. les (jualrc secrélaircs d'KsIal, soirnni; (pii « n'esl poini ac<|tiil(ée, elles Irouveroiil raisonnable « (]n'()n ue le réduise pas à l'impossible, mais (preslani, (i prest de finir sa carrière, les bonnes {jrûccs de Leurs " Majeslés ne luy soy(;ii( poiiil os(écs p;ir les mauvais « ol'fices de ceux qui se plaiiidronl à (orl de luj , et pour « ce qu'il ne leur peul plus fournir son bien sans estre « payé des advances par luy l'aiclcs, cl ([u'il soit restait bly, comme il les eu supplie très humblement, au pret: mier estât de son institution afin qu'il puisse avoir de « quoy fournir h la demande de ceux qui se plai(jnent (c de luy, ce qui fait bien voir (|n'il s'est acquitté de son « devoir, puis(|u'ils n'ont aucun sujet de se plaindre « sinon de ce qu'il ne peut leur continuer l'envoy de ses « escrits, lesquels ils monlrent par là ne leur estre pas « désagréables. Mais, soit (ju'on luy fasse justice en ce K chef, soit qu'on luy dénie celle qui se départ à tous « les autres : scacheut ses envieux : qu'il a choisi dès il y « a lon[>'temps le party de ceux qui croyent que la véri- « table vertu trouve sa vraye récompense dans elle- (c mesme, et qu'il ne se départira jamais de la résolution '( qu'il a prise de mourir comme il a toujours vescu, au " service du Roy, pour publier la gloire de ses armes et « la réputation de sa couronne, afin d'apprendre aux « ennemis que la France produit des sujets qui sçavent " bien servir sans autre intérest que celuy qu'ils prennent ti en la gloire de leur maistre. v
^t Malgré son grand âge et sa paralysie ^^ Reuaudot conserve et conservera jusqu'à sa mort toute son iutelli-
gciicc el ce stylo de pamphlétaire dans lequel il excelle r mais, si sa supplique est polie, il ne la jette pas moins à la face de MM. les quatre secrétaires d'État qui, non contents de lui supprimer sa maigre pension, ne lui remboursaient même pas les frais qu'il avait faits, sur leur commandement.
Il redouble alors d'activité : les colporteurs refusent de porter >• les feuilles v du Bureau d'adresse ; il avertit en conséquence le public (8 avril 1G51) : qu'on trouvera désormais le " cahier des commoditez qui se présentent (t en sondit Bureau, — tant en sondit Bureau qu'en « celuy des conditions serviles du Marché-Neuf — devant « la porte Saint-Louis, rue Saint-Anthoine, et devant " celle de Saint-Jacques de l'Hospital, rue Sainl-Denys, « chez un lunettier.
« Ce cahier ne coustera guères qu'une pièce de trois ic blancs, et on y trouvera : les terres, offices à vendre, ce maisons et terres à affermer et toutes autres adresses Cl à donner et à recevoir '. »
Puis, pour dérouter encore les contrefacteurs, il s'évertue à marquer de signes particuliers, de lettres chinoises, variant à chaque numéro ^, ses Extraordinaires, mais il ne peut arrêter « la malice » des colporteurs, malgré les avis réitérés qu'il publie dans sa Gazette :
ce Duquel avis vous apprendrez la nécessité par l'expéi< rience que vous avez eue cette semaine de la malice a des colporteurs, lesquels ne crient que fort mal ou Ci point du tout mesdits Extraordinaires, afin d'en pou-
' Gazelle, 8 avril 1851.
^ Les ExtraordiiKiires furent marqués de lettres chinoises, du 30 janvier 1651 au 9 février 1652.
Tiir;(ii'iiitASTi'; uknaijdot. 2'.»?.
« voir l'ruslrcr les personnes avec qui ils ont /ail inarchc de II. leur fournir tailles mes impressions le tomj de l'année^, « dont ils leur donncroycnt la connoissancc en les « criant : qui csl aussi la raison pour I.'kjucIIc ils ne vcu- « lent pas j)ul)li(;r les cahiers conlenans les {jrancles et « agréables utilitez qui se trouvent tous les jours en ce « Bureau : de quoy je vous avertis pareillement afin (|uc a ceux qui ne seroicnt pas moins curieux de l'utile cpie '< de l'agréable les puissent envoyer quérir céans, tant « que ces gens de bien persisteront en leur opiti niAtreté ^ ^
L'union des deux Frondes ne pouvait durer : les princes avaient trop de morgue et les magistrats trop de présomption pour vivre longtemps en bon accord -, d'autre part, Mazarin s'agitait et se préparait à rentrer en France. C'est alors, qu'en prévision d'une seconde retraite à Saint-Germain, qui du reste ne tarda pas à s'effectuer (décembre 1G51), on voulut confier de nouveau à Uenaudot l'emploi de directeur des imprimeries suivant la cour. Celui-ci, l'esprit chargé de tous ses ressentiments, répondit • au chancelier Séguier, qui , nous le savons, « avoit empêché qu'on lui délivrât l'arrest portant conii damnation contre les imprimeurs contrevenans à ses « privilèges :
« Quant à la direction qu'on veut donner audit Renau- K dot des imprimeries suivant la cour, qui est un employ
' Le Bureau d'adresse ne délivrait donc pas d'abonnements; c'était aux colporteurs qu'on s'adressait, ainsi du reste que cela se fait encore dans plusieurs villes de province, ou même dans certains quartiers de Paris, où l'on s'abonne à la semaine ou au mois chez les marchands de journaux, représentants actuels des colporteurs de Renaudot.
^ Gazette, 9 septembre 1651.
3 Manuscrit, f. fr. 17391. Bibl. nationale.
« plus imporlUQ el onéreux que profitable, comme il a « paru en la despence de plus de deux mille livres qu'il « a faictc pour ce sujet à Saint-Germain-cn-Layc ii la « suiltc du Roy, outre et pardessus ce qu'il a louché, « comme il l'a vériffié, ils soutient que sous ces mots " d'imprimeur suivant la cour, celle du Louvre ny autre « imprimerie qui ne bouge d'un lieu ne peuvent estre « entendues, suivre et ne bouger estant deux choses « opposées. Et toutesfois, pourjustifier que, s'il acceptoit « cette charge qu'il n'estime pas au-dessus de ses autres " emplois ni nicsmc leur estre égallée, ce ne seroit que « par le zèle qu'il a toujours tesmoigné au service du « Roy, il consent très-volontiers que, si Monseigneur le (i chancelier ne l'eu juge digne, elle soit conférée à ceux « qui s'en pourront mieux acquitter que luy, puisque " l'expérience a fait voir qu'elle estoit nécessaire, luy « devant suffire qu'il aye eu l'honneur le premier d'avoir 'i faict rouler une imprimerie à la suite de la cour, dans « la plus rude saison de l'année , par un temps où toutes « les autres personnes travailloient contre le gouverne- " ment présent. »
Proposez donc. Monsieur le chancelier, disait-il, cet emploi à vos protégés; je vous fais grâce pour une fois de mes privilèges, puisque vous semblez ne vous souvenir qu'ils existent que lorsque vous avez à les charger de couvrir les frais d'une opération véreuse que vos amis eux-mêmes ont refusé d'entreprendre.
Aussi, rcsta-t-il à Paris lorsque la cour partit pour Saint-Germain (27 décembre 1652).
A tous ces déboires allaient s'ajouter les chagrins domestiques. Le 20 octobre, Renaudot, veuf depuis de longues années, contractait une nouvelle alliance avec
TlIKdl'IlIlASTK li K.NALUOT. 295
uuc l'cinmc hcMicoii)) plus jcuiic que lui'. Colle union, ((uc SCS fils ne durenl pas voir favorablement, ne fui pas lonj^lcuips heureuse, el, moins (l'iiii an plus lard, le vieux };a/elier, après avoir été tourné en risée*, flcmanrlail
' " l'arnissc do S.iiiil-I.niiis en I Islo ■ F,e vin:jli('.sinr; (irlol)rf; « mil six cens ciiiquanlo un, api-rs la piihliralion di! deux hans cl " permission du dernier, avee dispan.se par monsieur l'offieial de " l'aris : je soussigné, curé tl(( la |):iroisse de Saint-Louis en l'isic, « après avoir en d'eux leur mutuel con^enlemenl , ay eonjoini au • sarré lieu du nnriajje le sieur riiéi)|ilirasle lienaudot, liislorir)- " jjraplie de l'rance, el damoiselle Louise de Maseoii. Kn présence " du sieur ilierosmc I)Our,;eois, sacristain en la dicte église, et du " sieur Hercules Kosy, lial)ilué.
« Kenaudol, Louise de Mascou, IL Rourjjcois, Hercules Bosy. • (Cité par Chcreau, in Union mcd., 1878, p. 25,1.)
On voit C()ml)ien peu de personnes assistèrent à ce mariajïe presque claudeslin.
* ,1. LoiiKT : la Mme historique, t. 1, 1. II, lettre LIl%du .31 décembre lt55(, édition 1857.
Vers 1.35 :
Je iii! (icvois p.is oublier,
M.iis di'-s r.mli'e mois pibiier,
(Car c'est assez plaisante clioze).
Que le sieur Gazetier en proze.
Autrement inr)nsieur Reiiaudot,
En lioniiaut un fort ample dot,
Pour dissiper mélancolie,
A pris une femme jolie,
Qui n'est encor qii'en son printemps,
Quoiiiu'il ait plus de septante ans.
Poui' avoir si jeune compagne.
Il faut qu'il ait mis en campagne
Multitude de ces louis,
Par ijui les yeux sont éblouis.
Car cette épouze étant pourvue, Vers 150 :
D'atrails à donner dans la vue.
Des plus beaux et des mieux peignez,
Ne l'a pas pris pour son beau nez.
Et plus loin, 1. III, 1. XKXV% du 8 septembre 1652
Il faut dire icy quelque mut, r»e Théophraste Ren;iudot :
Homme d'esprit et d'importance.
Et le grand gazetier de France, Vers 55 :
Qui voulant au dieu des amours, Sacrifier ses derniers jours,
29G THÉOPIIRASTE RENALDOT.
et obtenait une séparation que probablement ses ennemis s'efforcèrent de rendre scandaleuse. Mais laissons là l'homme prive, qui, au déclin de la vie, peut commettre une faiblesse nuisible à lui seul et n'entachant nulle-
Ayant des ans soixanle-et-douze,
Avoit pris une jeune tpouze,
Qui n'avoit pas valant rent francs,
Mais un beau corps et des pins blancs,
Contenant en plusieurs espèces,
Quantité d'aimables richesses.
Ses cheveux bruns, cendrez ou blonds
Vers 85
Les premiers jours du mariage.
Sans noize, sans bruit, sans orage, Coulèrent sijion plaizammeni , Du moins assez paiziblement.
Au mary, froid comme une souche, La femme n'étoit point farouche :
Renaudot, sans flre jaloux, Luy manioit souvent le poux, (Et c"ptoit IJ tout son possible), N'étant pas d'ailleurs trop sensible;
Ces pauvres petits passe-temps, Durèrent tant soit peu de temps ; Mais enfin cette déesse orde, Que l'on nomme dame Discorde, Parmy leur hymen se foura.
De leurs deux esprits s'empara, Les dégoûta de leurs caresses, Detruizit toutes leurs tendresses; Et, de son dangereux poizon, Infectant le docte grizon, Et mesme aussi la damoizelle, Une aversion naturelle, Dans le cœur de chaque marié Prit la place de l'amitié.
A la fin leurs communs parens, Ayant peur que leurs differens Après leur amitié détruite.
Eussent une éternelle suite, Ont jugé très fort â propo;, Qu'il les faloit mettre en repos; Si bien que par leur eiitremize, Les messieurs de la cour dEglize, En ayant été fort priez, les ont enfin démariez.
TIir'lOIMIlUSTK HI•:^AUI)OT. 2Î)7
nicnl son liomicUîlr, cl, occupons-nous de riiomino public qui lui ne r.iillir.i pas, et qui, à celle épo(|iic Iroui)ice, on (loiulé lui-nu^nie p.iss.iil ;i rcniieini, rcslcra loujours palriolc cl rulèlc à son lîoi.
Après le combat du faubourg Sainl-Antoinc (juillet 1G52), Condé fuyant devant Turennc qui avait embrassé le parti de la cour, était sorli de Paris après avoir loulcl'ois laissé lAclicmcnt massacrer les Mazarinx par ses soldais vaincus. Il élait allé dans les Flandres offrir sou épée aux Kspajjnols, suivi de la noljlesse (pii, {jrAce à l'arfïcnt qu elle soulirait des pensions prises sur l'impôt, avait pu armer dix mille hommes et les offrira l'ennemi. C'est alors que TFlspagne, relrouvant son ancienne vigueur, rassemblait loulcs ses forces pour lutter contre la France. Le 16 septembre, d'Estrades élait assailli par une armée anglaise alliée des Espagnols, laquelle, sans déclaration de guerre, suivant l'bonnételé britannique, était rentrée en campagne. H fut forcé de capituler et de livrer Dunkerque. Iienaudot enregistre avec douleur la perte de celte ville importante, forcé qu'il est de tenir les lecteurs de son journal au courant des événements, et il s'écrie tristement :
« Que les ennemis ont grand sujet de se rire de nos « dissensions perpétuelles qui leur donnent le moyen « qu'ils n'auroyent pas autrement de réparer en quelque K façon les affronts qu'ils ont reçu dans les campagnes « précédentes.... le Roy estant obligé de concentrer ses « forces dans le cœur de son royaume. »
Et il continue, en bon patriote, à déplorer la guerre civile. Le duc d'Angoulême, qui avait embrassé la cause de Condé, avait soulevé le Midi. Vaincu par le duc de Mercœur, « gouverneur et lieutenant général pour le
298 TllEOPllRASTE IIENAUDOT.
^ « Roy dans la Provence », il avail élé forcé d'évacuer Toulon. Henaudol, tout en publiant avec une satisfaction évidente -< les articl 'S accordez à la ville de Toulon par " le duc de Mercœur -, ne peut s'empêcher d'ajouter' :
« Faut-il que nia plume, qui n'avoil accoustumé de (i vous entretenir que des célèbres victoires de nostre « Monarque sur ses ennemis cslrangers, ne vous ap- « prenne plus maintenant que celles qu'il remporte sur « ses sujets? Certes, si le devoir d'un historien pouvoit it souffrir que je retranchasse de mes récits ces tristes i< avantages qui changent nos pahnes en cyprès et nos « chants dallaigresse en des airs de douleur et de « plainte, je me condaranerois au silence toutes les fois « que je n'aurois point d'autre matière d'écrire. Mais « la fidélité de ma charge ne m'en peut dispenser et veut « que je tienne un compte aux siècles à venir de ce qui a se passe dans le nostre... "
Mais enfin, Paris étant pacifié, le Roi, appelé par le Parlement lui-même, rentrait dans la capitale (21 octobre). Et Renaudot de se réjouir et de publier :
'i Le retour du Roy tant désiré en sa bonne ville de tt Paris ^.
« Courage, bons et fidèles sujets du Roy! Courage, « vrais François, et vous particulièrement chers habitans « de Paris, reprenez vostre première gayeté ! vos infor- « tunes arrivent à leurs termes! et vos anciennes pro- « spéritésvont reprendre un cours qu'aucun obstacle ne « pourra plus arrester. »
Du reste, rendu aveugle par son amour pour la patrie à une époque où tous les grands passaient à l'ennemi, il
' Gazette, 4 octobre 1G52.
* Gazette, 24 octobre 1652.
Tiii'ioriiiiA.sTi': ni;>AiiiJOT. 29:)
ne pciil soiijycr un seul iiislaiU que les Kspajjnols aicnl eu ([uelfiue siiccùs,
« Ils n'ont en ((ualrc .iiis, tlil-il, (ail anire eliosc que a de prendre une parlie de ce (juc nous leur avions {;ai- « [>;né, mais avec une lelle perle de temps, d'hommes et « d'arfïcnl, (jnc l'on peut dire qu'ils ont bien racliepté ce « <|u'ils avoient perdu '. »
Il prévoit déjà qu'ils vont être à tout jamais repoussés, et que la France qu'il aime tant va de nouveau devenir victorieuse : mais il meurt trop tôt pour apprendre les succès de l'urenne.
Il n'a du reste de la haine que pour les ennemis de son pays : il a pardonné à tous. Talon vient de mourir. Renaudot rapporte (13 février 1053) les honneurs que l'Université a rendus à sa mémoire; il l'appelle grand homme, protecteur des lettres; il fait son éloge funèbre, ne se souvenant plus qu'il lui a di^ en grande partie la condamnalion qui a ruiné toutes ses espérances.
Bien que fort malade, il reste toujours sur la brèche. (i Le cardinal et archevêque de Lyon, frère aisné du dé- « funct cardinal", vient-il à mourir, il loue ce prélat, frère de sou protecteur, " qui avoit toujours allié la fermeté « de son esprit avec les vertus * u.
Jusqu'à la fin il s'intéresse au sort des malheureux pour lesquels il a tant fait, sans récoller d'autre récompense que la haine et la calomnie :
« Le 18 avril, la Royne alla visiter l'Hostel-Dieu, et, de- « mandant ce qu'elle pouvoit faire pour les malades, ou " lui dit qu'elle devroit faire establir un hospilal de cou- « valesceuts, ce dont elle voulust qu'on lui reparlast. ^
• Estât gèirèral des affaires, janvier 1653. » Gazette, 5 avril 1653.
300 THÉOl'HRASTE RENAUDOT.
Toujours debout et soucieux de la vérité, il écrit encore le 23 octobre :
« Comme je suis fort exact dans toutes les relations « que je donne au public, quelques circonstances ayant ti manqué au récit que vous avez vu du combat de... «
Deux jours plus lard, le 25 octobre tG53, il succombait, brusquement frappé par la maladie.
Le 1" novembre, la Gazelle annonçait en ces termes la mort de son fondateur :
« Le 25 du moys dernier mourut au t5" moys de sa ti maladie, en sa 70" année, Théopbrasle Renaudot, con- « seiller médecin du Roy, historiographe de S. M. ; d'au- « tant plusrecommaudable à la postérité que, comme elle « apprendra de luy les noms des grands hommes qu il a <i employés en celte histoire journalière, on n'y doit pas Cl taire le sien, d'ailleurs assez célèbre par son grand « sçavoir et la capacité qu'il a fait paroistre durant cina quante ans en l'exercice de la médecine et par les au- « très belles productions de son esprit, si innocentes que^ « les ayant toutes destinées à l'utilité pubUque, il s'est « toujours contenté d'en recueillir la gloire. "
Et Guy Patin, apprenant la mort de celui qu'il avait tant
calomnié, proférait une dernière injure, ne se doutant
{juère que la postérité la considérerait comme un éloge :
« Le vieux Théophraste Renaudot mourut icy le mois
" passé, gueux comme un peintre* . t>
Et vous aussi, monsieur Patin, vous mourrez, et vous
paraîtrez bien petit à la postérité, lorsque vous arriverez
devant elle avec un bagage scientifique uniquement com-
' posé de négations et de calomnies, auprès de cet homme
' Lettre CXH, à Belin, 12 novembre 1G53.
TllftOI'IlUASTK H KW A II 1)0 T. .TOI
de bien, pour hupiel, jiis(iu';i préseni, ou s'est moiilr»'; si iii{'iMl, loiil en prolilaiil de ses hieiiCiils '.
' licnaiiiIoL fut ciitcrrr h Saiiit-(;(:rtii;iiii-l Aijxcrrois, ainsi que nous l'apprend Ensèhe dans s(»n Junnuil. <k fumillr. fiijbl. nal., Mnsx. WMV,). " I,e •i.'i octoln'e IGr*.}, inoiirul en sa 0!)" aniif^e on
• environ, noslre Irès-elicr père, 'lli. Itenaudot, d'nrio maladie
• de (rjinoySjayanl esté enlerrc; à Saiiil-Ccnnain-l Anxeiroisdevaiit " l'auLel. ' Nous savons fin'en ((liî) lienandot (';tail dt'j;^ paralyse'; : il dni avoir nne deuxième alta(|iie vei-s le mois de juillet l(i.>2, et succomba eerlainemciit d'une façon sui)ile à une troisième, le 25 (X'Iobrc Kir»:?.
lienandol, dit ,]Al(/)icli<>>ni(iirr ciili//ni] dr /iiiiijriiphit: ri d'Hisloirc), SC
maria deux fois :
1" Avec .leanne nAtinoT, dont il eut an moins cinq enfants;
Renée, le 2 décembre l(i2G (Saint-llilaire);
Une autre fille, qui mourut le 22 avril IG.'iO (Saint-Oermain-ie- Vicl);
Une troisième fille, Hélène, qui épousa François Soyer, seigneur de (;riji;non.
" Knfin, le 14 avril 1G56, dit E. Renaudot /.l/^"!<.srn7, f. fr, 14348), mourut d'une inflammation de poumon, au douzième jour de sa maladie, A l'ort-Royal desr.hamps, on elle esloit reli!;ieuse, Marie Rcnaudot, ma sœur, la dernière de notre famille, nous ayant laissé un regret inconsolable de sa perte, âgée denviron trentequatre ans, après avoir esté prieure de N.-I). de Liesse, du faubourg Saint-Germain, quelle réforma. "
Le 28 octobre 1G51, Th. Renandot s'était marié, avons-nous vu, avec Louise de Mascon, dont il n'eut pas d'enfants.
M. Chérean lui donne une troisième épouse intermédiaire entre les deux autres : Marthe du Moustier.
Isaac et Eusèbe étaient fils de Jeanne Baudot. Le premier mourut en 1G88 sans postérité; le deuxième, qui était le cadet, mourut le 19 novembre 1679, âgé de soixante-six ans; il était donc né en 1G13.
Il s'était marié le 12 février 1646 avec Marie d'Aiguës, fille de M. Estienne d'Aiguës, commissaire des guerres, et d'Elisabeth Robineau. 11 prit la place de conseiller des monnaies et devint premier médecin du Dauphin.
Il eut quatorze enfants, parmi lesquels nous citerons l'abbé Eusèbe Renaudot l'orientaliste, qui fut membre de l'Académie française.
" Une de ses sœurs épousa Mathieu Tbnilier, docteur régent; la « seconde et la quatrième se marièrent; quant i la troisième, elle » aimait un capitaine qu'on ne consentit pas à lui laisser épou- » ser et dont elle eut un fils qui fut élevé ;\>anterre. Ce fut le seul " héritier du nom de Renaudot. " i^Corlieu.)