LIVRE QUATRIÈME
Du mouvement de rotation des corps célestes.
Si la figure des corps célestes était celle de la sphère, ils tourneraient uniformément autour d’axes invariables; mais nous avons dit que la force centrifuge, due à leur mouvement de rotation, abaisse leurs pôles et relève leur équateur. Les forces qui les animent ne passant plus par leurs centres de gravité , il en résulte, dans leurs axes et dans leurs vitesses de rotation, des variations qui fixeront spécialement notre attention dans ce livre. Ici la loi de la pesanteur universelle ne se manifeste pas par des effets aussi précis et aussi sensibles que dans le mouvement de translation; elle est subordonnée à la figure du corps sur lequel elle agit, à la matière qui le compose, aux aspérités mêmes qui hérissent sa surface. Son action est difficile à saisir au milieu de tant d’obstacles qui la modifient, tandis que dans le mouvement des centres de gravité des corps célestes autour du Soleil , des effets de toutes ces causes secondaires se perdent dans les espaces immenses qui les séparent, pour ne plus laisser apercevoir que ceux qui dépendent de leur tendance mutuelle les uns vers les autres. Ce-
pendant l'influence, de cette grande loi de la nature n’en est pas moins admirable dans la question qui va nous occuper; elle lie entre eux des phénomènes qui sans elle paraîtraient n’avoir aucune analogie. Ainsi, comme nous l’avons dit, les mouvemens des axes de rotation des planètes ne sont qu’une conséquence de l’ellipticité de leurs figures, et l’on verra que les rapports qui peuvent exister entre les durées de leurs mouvemens de révolution et de leurs mouvemens de rotation les modifient encore d’une manière particulière. La pesanteur universelle, appliquée à cette nouvelle classe de phénomènes, non -seulement explique d’une manière très simple plusieurs points imporlaus du système du monde , que l’observation avait de tout temps révélés aux hommes, mais dont ils avaient jusque là vainement cherché les causes; elle donne encore le moyen de calculer les lois de ces phénomènes, avantage précieux, parce que, comme ils procèdent avec une extrême lenteur , on ne pourrait les déterminer directement que par des observations séparées par des milliers de siècles. Enfin, la théorie du mouvement des corps célestes autour de leur centre de gravité a pour nous cet intérêt spécial qui s’attache à tout ce qui nous touche de près; elle fournit plusieurs données importantes sur la figure et la nature du globe terrestre, et des renseignemens précieux sur sa stabilité.
L’analyse que nous allons présenter est générale et peut s’appliquer à tous les corps du système solaire; elle n’est que le développement des considérations exposées dans le chapitre III du livre II, et par les-
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quelles nous avons ramené à un seul et même principe la détermination de toutes les inégalités planétaires. Malheureusement, dans la question qui nous occupe, les observations sont bien en arrière de la théorie. On conçoit , en effet, combien elles demandent de précision et combien , à la distance où nous sommes des corps célestes, il est difûcile de saisir des phénomènes qui se passent pour ainsi dire à leur surface; aussi ce n’est encore que par rapport à la Terre et à la Lune que l’on est parvenu à rendre les observations assez certaines pour les comparer à la théorie. Nous examinerons en particulier les phénomènes relatifs aux mouvemens de rotation de ces deux planètes, et ils serviront d’application aux formules générales qui seront développées dans le chapitre suivant.