PRÉFACE
Depuis quelques années on a publié sur Calvin un grand nombre d'études, on a plusieurs fois réédité ses œuvres. Nous ne saurions trop nous en réjouir. Le protestantisme réformé, en particulier, ne pourra que gagner à vivre plus près de ce réformateur à l'âme profondément religieuse. S'il nous est bon de consulter les productions de l'Allemagne et de l'Angleterre pour y chercher les éléments que nous pouvons nous assimiler, nous ne devons pas oublier que nous avons en Calvin un penseur profond, un interprète de l’Écriture riche en aperçus solides, et un écrivain au style concis et clair. On se représente souvent Calvin comme un froid dialecticien ou un théologien peu édifiant. Nous avons abordé létude de ses œuvres avec ce préjugé. Mais comme nous avons été vite détrompé ! Nous nous sommes senti peu à peu altiré, saisi par ce chrétien qui touche et émeut le cœur en éclairant l'esprit. Aucun auteur ne nous a plus intéressé, plus remué, plus éclairé. Aussi sera-t-il désormais un de nos au-
teurs de prédilection.
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En entendant, il y a quelques mois, M. Sabatier signaler, en son cours de dogmatique, la pensée de Calvin sur l'Écriture Sainte, nous avons été frappé de ce qu'elle avait de religieux et de supérieur à lathéorie acceptée encore par beaucoup de membres de l'Église réformée. M. A. Westphal venait de publier un article sur la critique’et La foi (Revue chrétienne, 1* octobre 1888). M. Faucher, un laïque pieux, indigné, avait cru devoir prendre la défense des derniers partisans de l'inspiration littéralé (Eglise libre, 25 janvier 1889, supplément, Observations d'un laïque sur les teudances actuelles de la théologie). « J'ai voulu, moi aussi, calmer et rassurer des âmes simples qu'affligeaient et inquiétaient des attaques plus ou moins ouvertes contre la Bible, unique fondement de leur päix et de leur espérance, et qui s'étonnent du silence inconcevable gardé par ceux à qui revenaient le droit et le devoir de défendre la vérité révélée » (Lettre de M. Faucher, Zoangile et L'herté, 10 mai 1889). — M. le professeur Vaucher (Témoignage, mars, avril, mal, juin) et M. Paul Chapuis (Ævangile et Liberté, même époque) avaient immédiatement revendiqué les droits méconnus de à critique et montré que la foi n'a rien à craindre d'études qui n’en ébranlent pas les fondements mais plutôt la débarrassent d'un bagage inutile.
En ces circonstances, il nous a paru intéressant d'exposer la pensée de Calvin sur l’Ecriture. I n’a pas
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fuit d'exposilion systématique. Nous chercherons dans les divers livres de l'Institution chrétienne les éléments nécessaires. On verra que pour lai le seul fondement de l'autorité de l'Ecriture, c'est le témoignage interne ” du Saint-Esprit. On pourrait penser d'après l’Institution chrétienne qu'il croit à l'inspiration littérale comme les théopneustes modernes; mais il ne parle nulle part de la lettre et du détail. Dans les commentaires publiés avant la dernière revision de l’Institution dont nous nous servirons, on remarque que pour lui l'inspiration a porté seulement sur les faits importants à connaître pour notre salut. Nous le montrerons par quelques exemples dans notre dernier chapitre.
Nous nous sommes servi pour les œuvres de Calvin de l'édition de MM. Baum, Cunitz et Reuss. Nos citations sont faites d’après le texte français quand la traduction donne le sens ; dans le cas contraire nous corrigerons d'après le texte latin de 1559; nous nous en tenons aux notes des éditeurs.
https://archive.org/details/1A41547911 0023