‹ Théorie de Calvin sur l'Écriture SainteChapitre 2 sur 14 · L'ÉCRITURE SAINTE, RÉVÉLATION DE DIEU · texte numérisé non relu

L'ÉCRITURE SAINTE, RÉVÉLATION DE DIEU

« Toute Ïa somme presque de nostre sagesse, laquelle, à tout conter, mérite d’estre réputée vraye et entière sagesse, est située en deux parties : c’est qu’en cognoissant Dieu, chacun de nous aussi se cognoisse, » (fiv. 1 Chap.r1, sect. 1!

Ces deux connaissances de Dieu et de nous mêmes

“sont indissolublement liées et contemporaines.

La connaissance de Dieu nous est innée : « Dieu a

imprimé en tous une cognoissance de soy-mesme, de

Re laquelle il renouvelle la mémoire............…. ceux qui, en tout le reste, semblent bien ne différer en rien d'avec les bestes brutes, quoy qu'il en soitretienent tousjours quelque semence de religion »(liv.[,chap.ur, sect. 1).

Comme notre bonheur consiste à connaître Dieu, Il s'est aussi révélé en l'Univers pour nous contraindre à l’apercevoir dans ses œuvres : « I s’est tellement manifesté à eux (aux hommes) en ce bastimen: tant beau et exquis du ciel et de la terre, et iournellement s’y monstre et présente, qu'ils ne scauroyent ouvrir les yeux qu'ils ne soyent contraints de l'appercevoir » (lvl chap secte)

L'homme, par sa perversité, a obscurci ces diverses révélations, faites en vue de sa félicité. I est sans excuse. Mais Dieu veut encore le sauver. 1] lui ouvrira de nouvelles voies. Il se révèlera d'une manière plus particulière encore, plus évidente, pour dissiper ces ténèbres volontaires.

Dieu s’est révélé pour altester son existence à l’exclusion des autres dieux, créés par l'imagination égarée des hommes, pour faire connaître sa volonté méconnue, sa miséricorde paternelle envers nous.

I s’est révélé comme créateur et gouverneur du monde, comme gardien de la Loi morale, comme Sauveur.

Cependant Dieu s'est accommodé à l'infirmité et à la rudesse de l'esprit de homme : « Dieu bégaye,

OU

comme par manière de dire, avec nous à la facon des nourrices pour se conformer à leurs petits enfants » (iv. F, Chap. xur, sect. 1).

Sa révélation a été progressive : «quand la première promesse fut au commencement donnée à Adam, lors il y eut seulement comme de petites estincelles allumées. Depuis. petit à petit la lumière est creue et augmentée de iour en jour » liv. Il, chap. x, sect. xx).

Elle cest arrivée à son épanouissement en ‘Jésus- Christ « qui est le soleil de justice, faisant esvanouir toutes nuées. » Quand il a été manifesté en chair «il nous à déclairé à bouche ouverte tout ce qui peut entrer de Dieu en humain esprit, et tout ce qui s’en peut penser » {liv. IE, chap.x, sect. xx; liv. IV, chap. vur, sect. vil). ;

Elle a été absolue et définitive. « Dieu. a accompli toute perfection d'enseignement en son Fils... Il n’adioustera point prophéties sur prophéties, ne revelations sur revelations...... (Christ, est le dernier et élernel tesmoignage que nous aurons de luy..…. I a tellement parlé, qu'il n’a rien laissé à dire aux autres après soy » (iv. IV, chap. vin, sect. vu).

Il ne faudrait pas croire que Dieu, en se révélant, ait voulu satisfaire une curiosité frivole, répondre à des questions oiseuses, nous donner matière à spéculer : « Les secrels de sa volonté qu'il a pensé estre bon de nous communiquer, il nous les a testifiés en sa parolle. Or, il a pensé estre bon de nous communi-

quer tout ce qu'il voyait nous appartenir et estre profitable » (iv. I, chap. xx1, sect. 1).

Dès lors ilne s’est pas montré en son essence incompréhensible, tel qu’il est en soi. Il s’est révélé «tel qu'il est envers nous» {liv. 1, chap. x, sect. im).

L'homme, en son égarement, n'aurait pu concevoir que Dieu était pour lui un Père plein de sollicitude. C'eût été de la témérité de sa part. Et cependant il avait besoin de cette certitude pour crier à Lui et sentir en son âme le calme succèder à l'angoisse. Dieu, poursuivant notre salut, a jugé nécessaire de nous révéler surtout sa bonne volonté à notre égard et nous offrir sa miséricorde : « Il testifie qu’il nous est Père propice (liv. IT, chap. n, sect. vu).

De quelle manière Dieu s'est-il révélé? Calvin ne s’explique pas très clairement sur ce point. 11 ne faut pas s’en étonner. Les atlaques contre la religion révélée du xvin° siècle et celles du xix° siècle, bien autrement sérieuses, ne s'étaient pas encore produites. On n’éprouvait pas le besoin de faire une exposition critique et dogmatique de ce qui était accepté de tous, catholiques et réformés. La r‘vélation était un fait incontesté. On se contentait donc d’affirmations.

Ce que Calvin Gent surtout à faire ressortir c'est ce que celte nouvelle révélation à été d’un caracière absolument spécial. Voilà pourquoi il va jusqu'à nous dire que Dieu à parlé lui-même du ciel de sa bouche sacrée (liv. [, chap. v, sect. xu, chap. vi, sect. 1;

PM ds.

Biv. IF, chap. x, sect, vi; Liv. IV, chap. vur, section 11, ni, 1V, vi.

Il ne faut pas prendre ces expressions à la lettre. Pour Calvin Dieu est invisible et l’homme ne pourrait supporter de le voir. Jamais homme, pas même Moïse na contemplé sa face. Tous les signes qu’il a choisis ne le révélaient pas tel qu'ilest, en son essence incompréhensible (lv, {, chap. x1, sect. n1, et nr).

Seulement aux révélations en l'âme de l'homme et en l'Univers, désormais insuffisantes, il en a ajouté une autre. Mais là, encore ce sont les effets visibles qui ont révélé la cause invicible. Dieu s’est servi de moyens divers miraculeux, de signes, de visions, de voix célestes, pour attirer et frapper l'attention des hommes. Calvin ne s'étend pas sur ce sujet; il ne cherche pas à expliquer ces phénomènes. Cependant pour lui cette révélation externe aurait été incomprise si Dieu n’avait donné à l’homme, par son Esprit, la certitude interne que ces révélations venaient de Lui. Les deux révélations externe et interne se soutiennent. L'une n'est rien sans l'autre.

Les Révélations que Dieu a jugé bon de nous conserver se trouvent contenues dans l’Ecriture Sainte. Calvin ne se lasse pas d'en exalter la valeur. I va jusqu'à l'identifier, semble-t-il, avec la Parole de Dieu elle-même.

« L'Écriture est de Dieu. Dieu parle en icelle. Elle nous a esté donnée de la propre bouche de Dieu. Il

EN

n'y a que les seules Escritures, où 1l à voulu que sa vérité fust publiée pour estre cogneuc iusques en la fin. Elles sont venues du ciel... Les fidèles (oyent) là Dieu parler de sa propre bouche » (liv. F, chap. vu, seCtUT, AV):

Ine parle là, très certainement que des choses essentielles au salut. Avant d’avoir publié l'institution chrétienne revisée, dont nous nous servons, il avail déjà fait des commentaires où il reconnait des erreurs de texte, de chronologie et de détails dans les livres canoniques {voir le chap. 1v de notre thèse).

On le voit pour Calvin la Révélation s'est faite sous des formes humaines et appropriées aux lemps et aux circonstances. Elle a été progressive, absolue seulement en Jésus-Christ. Elle n'apasenseigné à l’homme des vérités qu'il peut trouver par l'observation et l'étude. Son unique objet c'est Dieu, non pas une idée métaphysique de Dieu, mais ce qu'il est pour nous, sa bonne volonté à notre égard et les choses essenlielles à notre bonheur. Son seul but c'est le salut de l'homme.

SECTION II

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