RESSEMBLANCE ET DIFFÉRENCE DE L'ANCIEN ET DU NOUVEAU TESTAMENT
Cet Esprit qui a « imprimé son image aux Ecritures » dont il est l’auteur, ne peut varier en ses révélations. Il est le même partout (liv. 1, chap. 1x, sect. n1).
Toutes les Ecritures étant son œuvre, tout est également vrai. Pas de contradiction. II y a seulement progression plus ou moins lente par manière pédagogique. Il a accommodé les révélations, le langage, les institutions aux temps et aux circonstances. Les formes sont diverses. Le fond est le même.
Calvin à exprimé plusieurs fois sa pensée sur ce point et il a consacré deux chapitres à le traiter plus
longuement (liv. I, chap. x et xi).
Guidé par quelques interprétations allégoriques de l'apôtre Paul, par ses propres pensées dogmatiques et en opposition à Servel et aux anabaptistes qui méconnaissaient la valeur de l'Ancien Testament, il l’a exaltée au point de méconnaitre son caractère positif. C'est certainement iei la partie la plus caduque de son œuvre. Avec le sens historique moderne et les résultats de la critique, l'Ancien Testament nous apparaît sous un tout autre aspect. L'histoire d'Israël n'y perd rien. Elle est, en elle-même, beaucoup plus palpitante d'intérêt, Nous suivons avec une émotion grandissante sa marche lente vers la lumière, ses tâtonnements douloureux, ses magnifiques élans, ses divines découvertes, ses prévisions de l'avenir, réalisées au-delà de loute espérance. L'intervention de Pieu y apparaît loujours avec évidence, plus pédagogique, plus respectueuse de l'être humain.
© Pour Calvin « l'alliance faite avec les Pères anciens, en sa substance et vérité, est si semblable à la nostre qu'on la peut dire une mesme avec icelle, seulement elle en diffère en l’ordre d'estre dispensée » (liv. EH, chap. x, sect. 1).
I constate d’abord les ressemblances. L'Israélite, comme nous, croyait à la vie éternelle. Dieu ne lui proposait pas comme but une félicité terrestre. Il élevait plus haut sa pensée. Calvin en donne pour preuve quelques passages de l'apôtre Paul, la Loi et les Prophètes. Dieu est le Dieu d'Israël. Il ne l’est pas seule-
fo
ment de leur corps mais de leur âme. I s'appelle : Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, longtemps après leur mort. Donc ils étaient vivants. Les paltriarches auraient {6 insensés de placer leur bonheur sur une 4erre où ils avaient tant à souffrir. Us attendaient un héritage éternel après leur mort. David, Job, ont eu cette espérance. Les prophètes parlent d'un bonheur terrestre. Ce sont là des images pour diriger la pensée de l’Israélite vers la vie éternelle.
L'alliance de l’Ancien Testament n’a pas été fondée sur les mériles mais sur la miséricorde de Dieu comme celle du Nouveau.
Les Israélites ont eu aussi Jésus-Christ pour Médiateur. Toutes les promesses ont été fondées sur sa personne. Dieu, sans Lui, n'aurait pu leur être propice (liv.1T,.chap. vi, sect. n),
Dieu n'est réellement connu qu’en Jésus-Christ. Cela a loujours été vrai. Celui qui n’a point le Fils n'a point le Père. « Dès le commencement du monde, il (Jésus: Christ) a esté mis en avant aux esleus afin qu'ils eussent les yeux arrestez en Juy et que leur fiance s’y reposast » (liv. IE, chap. vi, sect. 1v).
Les promesses de vie éternelle leur ont été aussi confirmées par des sacrements « vrayement spirituels » (liv-4l,-chap..x, sect.ævi).
Ils tendaient au même but « envoyer et conduire à Jésus-Christ. Ils le prétiguraient..……. les nostres témoignent qu'il a été donné » (liv. IV, chap. xiv, sect. xx).
La loi morale donnée par Dieu que les prophètes n'ont pas eu pour mission d’abolir mais d'expliquer, a été, il est vrai, réalisée par Christ ; elle reste néanmoins l'expression de la volonté de Dieu à notre égard.
Il y a quelques différences entre les deux Testaments mais peu importantes, L'unité profonde subsiste.
Pour amener l’Israélite à penser aux choses invisibles, Dieu les lui faisait contempler sous des formes terrestres. Aujourd’hui nous pouvons les méditer directement sans ces moyens inférieurs.
L'héritage céleste espéré est le même. La terre de Chanaan était promise aux Israélites, encore à l’état d'enfance, comme une marque de bonté de Dieu et une fioure de cet héritage céleste. De là leur attachement à ce signe du bonheur attendu.
« L'Ancien Testament représentait la vérité absoute par des figures et a eu l'ombre au lieu du corps. Le Nouveaucontient la vérité présente et la substance. » C'est avec cette pensée qu'il faut lire les passages où l'Ancien Testament est opposé au Nouveau. Le fondement de l'alliance était Jésus-Christ. Depuis sa venue elle a été ratifiée et confirmée. En attendant Dieu a ordonné des cérémonies qui en ont été les signes (iv. 11, chap. xi, sect. 1v). Les Israélites étaient ainsi conduits à Christ. La vertu de la mort et de la résurreclion y étaient montrées mais de loin. Cependant en ces cérémonies judaïques il y avait plutôt « confession
des péchés que purgation », mais « le payement n’en était point fait ». La Rédemption des offenses s'est faite par la mort du Christ « lesquelles demeurayent dans l'Ancien Testament et n’estoyent point abolies. » Cest par Christ et non par les cérémonies qu'ils ont obtenu grâce.
Christ par sa mort a aboli ces observations externes par lesquelles « les hommes se confessaient redevables à Dieu et n’estoyent point acquittés de leurs dettes. » Voilà pourquoi à la mort du Christ le voile du temple s’est déchiré.
La Loi, prise en elle-même, sans les promesses de miséricorde, commande, menace et ne change pas. A cet égard lAncien Testament est un instrument de mort; le Nouveau un moyen de vie-parce qu’il nous délivre de la malédietion et nous réconcilie avec Dieu.
L’Ancien Testament est une alliance de servitude parce qu'il engendre la crainte et le Nouveau une alliance de liberté parce qu’il fait naître la confiance. Si les Israélites ont connu un peu de cette liberté ve n’est pas par la Loi mais « parce qu'ils ont eu recours à l'Evangile » (liv. IT, ch. x1, sect. 1x).
. Avant le Christ, Dieu s'était choisi un peuple auquel il s’est révélé d'une manière particulière, avec qui il a fait une alliance. Quand le Médiateur est ap- -paru, la miséricorde et la paix ont été accordées à tous les hommes.
Quant aux autres diversilés entre l'Eglise chrétienne
et Israël, cérémonies, administration et manière d’enseioner, ce sont des formes accommodées aux (emps et aux circonstances (liv. IT, ch. x1, sect. xt, XH1, XII, XIV).
Ainsi donc Calvin ne méconnait pas le caractère transitoire et inférieur de l'Ancien Testament. Son erreur est d'y trop voir le Nouveau Testament. Son sens critique, ailleurs si juste, a été ici en défaut. Aussi son exégèse dogmatique de l'Ancien Testament
a-t-elle singulièrement vieilli.
SECTION IV