Tome tradition n'est pas bonne , et il n'en
fàtrt suivre aucune sans Pexaminet». r ^ Lé systèKae des traditions favorise la paresse
des tà'lens médiocres , en même ténips qu'il met
des entraves au génie,
♦ L'artiste prudent se servira de la ttadition, comme le littérateur se^^èrt du commentaire ti'iin passage difficile : il examine si avant lui tel rôle a été bien saisi on telle situation bien Sentie, et il l'adoptera ou là rejetera selon
qu'il la trouvera vraie ou fausse ; mais il doit bien se garder de copier servilement le jeu et la déclamation de son prédécesseur : si l'un et l'autre ont été vrais» il se les appropriera tellement qu'ils paraîtront lui appartenir.
Ce n'est que dans ce sens qu'il est permis à l'acteur de copier , parce que rien ne peut le dispenser d'étudier et de sentir lui-même son rôle.
Les comédiens refusent quelquefois de jooer les pièces dont les traditions sont perdues; c'est une petitesse. Qui a fait les traditions? ce sont les acteurs. De nouveaux acteurs peuvent donc en établir aussi qui vaillent les anciennes, et même qui vaillent mieux; si Ton n'osait pas innover, où en sersàent les arts?
La tradition , suivant lady Morgan , parait avoir déterminé tout le jeu théâtral en France. •c Dans la petite querelle entre Valère et Marianne (Tartufie), on voit des évolutions dont la fprlnalité semble descendre de la première représentation de cette pièce à Versailles, et quand Dorine vient à bout d'effectuer une réconcilia^ tion entre les deux amans qui se boudent; Iji manière dont ils s'ai^ancent l'un vers l'autre'» dont ils mesurent leurs pas , dont ils calculait leurs mouvemens , dont ils s'embrassent tout à coup, leur donne l'air de deux automates^ de
deux marionnettes qu'on fait mouvoir ayec beaucoup moins d'adresse que je n'en ai re*marquée dans les célèbres rencontres où Polichinelle embrasse son adversaire , le Diable , tandis que Gilles, avec son admirable sang-froid ordinaire , les laisse se débattre en leur disant : Arrangez -vous, messieurs. »
Il n'a pas fallu peu de courage aux grands acteurs pour secouer le joug des traditions; et de nos jours il y aurait peut-être encore bien des choses à faire pour s'en affranchir tout-àfait, surtout dans la comédie ^ sous le rapport du costume, de certains effets , etc. Les mœurs ^ changent; ces changemens doivent avoir li^eu au théâtre destiné à en offrir la peinture fidèle. Rester dans l'ornière de la routine est le fait de la médiocrité; le véritable talent prend dés traditions ce qui est de tous les temps et de tous lieux, et il le combine avec ce qu'il doit au présent.