‹ Theorie de l'art du comédienChapitre 107 sur 131 · TRAVAIL · texte numérisé non relu

TRAVAIL

Peine ; étude.

11 ne suffit pas , pour qu'un comédien soit achevé, que la nature lui ait donné les moyens de réussir ; il faut encore que l'étude et l'application viennent Ifes diriger et fhîîre disparaître les imperfections dont l'être même le plus favorisé de la nature n'est jamais exempt.

En peu de temps Lekain eut Tart de réduire au silence tous ceux qui le décriaient, et li^UYa le secret^par un travail inconcevable sur luimême , de corriger tout ce qu'il y avait en lui de vicieux» .

11 faut se mettre souvent devant les yeux l'ardeur, infatigable avec laquelle trayaillaienK Démosthènes et Cicéron : ils étaient owtvainV eus que, sans une application opiuîàtre^ioniniB

pQuyaU rien faire de grand; ils ^e dounaiei^ tOjUt entiers au travail.

JRaron déclamait elL eadençait les vers, dans ses premières années, comme les autresactewrs^ mais à force de s'exalter Uii-même , de s'égalep autant qu'il le pouvait aux grands U<^mines qu'il représentait y la simple et véritable grandeur lui devint familière.

Buffon dans son cabinet à Montbar, lieu consacré et appelé par J.-J* Rousseau, le hei^ ceau de l' histoire, naturelle ; àsjis ce lieu, disons-nous, Buflfon, avant de se mettre au travail, contemplait respectuisusement le buste de Wevsrton. Une simple idée, lorsqu'elle est lumineuse, vaut mieux qu'un gros livre rempli des mots.

Voici une des plus fortes pensées du philosophe de Montbar :

« Le génie n'est quune plus grancfe aptitude à la patience. » Il suQlt en effpl d'avoif reçu cette qualité de la nature; avec elle op regarde long-temps les objets et Ton parvient , aies pénétrer. Gela revient au mot de Nevvton; on lui disait: Comment avez- vou3 fait jtapt de découvertes ? ~ En cherchant tçiijoùfs et iç/p^rchaut patiemment. Eemàr(}uez qu0 le n^ot patience doit, s'appliquer 4 tcmt : pf^ti^np^ ppuJ chercher son objè*; patiewCf pp^yç^sj^ter à

tout ce qui s'en écarte , patience pour souffinr tout ce qui accablerait un homme ordinaiie.

Il est une sorte de paresse à laquelle notre nature est fort encline ; cependant lorsqu'une fois nous avons la force de nous encourager nous-mêmes , nous travaillons du plus grand cœur et nous trouvons un vrai plaisir dans l'activité.

Le moment du réveil donne le ton à tonte la journée pour les qualités du cœur et de l'esprit ; il faut donc commencer la journée par une étude , une composition , un exercice , nne action difficile , afin que , malgré le décroissement des facultés qui a lieu à mesure que le soleil descend et que l'homme se lasse , on soii toujours au niveau de son traVaiL

Avec le cœur le plus sensible, l'organe le plus heureux, l'intelligence la plus prompte, il faut encore que le comédien fasse des efforts incroyables, pour exceller, pour saisir ces nuances imperceptibles , ces bienséances théâtrales, ces mystères de l'art qui échappent à un travail superficiel et ne sont que le fruit tardif de la réflexion.

Saint- Thomas d'Aquin avait dans sa jenr nesse la mémoire si dure et si ingrate ^ que ne pouvant rien apprendre ni retenir , il.se désc^ pérait, lorsqu'un jour de pluie,étantà safenétre,

il aperçut au bas une grande pierre que des gouttes d'eau tombantes avaient creusée par le laps du temps . Cet exemple , lui fournissant une comparaison , servit à ranimer son courage abattu, et ayant redoublé d'étude et d'application, il sut enfin triompher de sa mauvaise mémoire.

Ayez une haute idée de vos facultés et travaillez, vous les triplerez.

Il ne faut pas courir ni s'appesantir sur les sujets ; ce sont deux excès ; le premier rend drague , mobile , superficiel ; l'autre étroit , monotone , ennuyeux. 11 faut passer et repasser a plusieurs reprises sur sa matière , en faisant ie petites pauses sur chaque partie.

Pour donjier une grande action au cerveau, il faut marcher, manger et dormir peu. Pour la ralentir, il faut muhîplier et faire durer toutes ces fonctions animales.

luçi force et la netteté du jugement sont proportionnelles au degré de pureté d'a/r et à la

quantité qu'on en respire dans un temps donné, sans excès toutefois.

Si l'on veut délasser l'organe de l'invention en conservant cette chaleur et ce mouvement rapide, sans lesquels l'imagination n'a ni mouvement ni force, il faut promener la pensée

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sur des sujets faciles, plaisans, légefs, p\m

revenir au genre sérieus: et difficile.

Les idées abordent les premières celui qui

se promène le long d'elles sans les chercher;

mais elles fuient celui qui les poursuit avec

trop d'âpre té.

11 y a dans les opérations intellectuelles quelque chose àe fortuit pour ceux qui pensent SANS MÉTHODE ; inais celui qui sait choisir le ienips et le lieu^ suivœ un régime approprié aux objets de ses trai^aux., qui médite en bon air et sur les hauteurs , qui sait se concentrer, isoler sa personne et les objets qu'il veut analiser , qui ne méprise point les petits profits, accumule sou à sou et s'enrichit insensiblement , devient un Crassus qiie les hommes regardent les jeux ouverts et la bouche béante. Georges Berchketson , l'un des hommes les plus distingués de la Suède, vient de mourir à Wicoping en Sudermanie , dans un âge avancé. Il était né aveugle , ce qui ne l'empêcha pas de faire dans les mathématiques , la théologie, la morale, la métaphysique, la philosophie» )a poésie et la musique^ des pi*ogrès qui firent ïadmiration des personnes les plus Ter$é09 ^tàBS CGR diverses sciences. Il s'abandomia aHissi k l'étude de l'histoire naturelle ^ et y obtinl; ^ snccèf ; mais ce qif i paraîtrait iilcroyaU^>. ^^

MANUEL tHÉÂtHàL. ^1^

des témoignages ceriaiûs ne venaient Patiest^r , c'est que cet homme extraordinaire cultiva la peinture. La privation de la vue ne fut point ua obstacle a ses progrès dans cet art difficile. Par un procédé dont il est l'inventeur , il est parvenu à faire des portraits, et celui de sa mère, qu'il exécuta à l'âge de 5o ans, était, dit-on , d'une ressemblance parfaite. On ajoute (ju'un de ses parens qui demeure à Stockolm , a écrit la vie de ce savant aveugle; l'ouvrage doit paraître incessamment, et il faut espérer que nos traducteurs ne nous laisseront pas ignorer des particularités si intéressantes.

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